{"id":68943,"date":"2014-09-15T00:37:08","date_gmt":"2014-09-14T22:37:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=68943"},"modified":"2014-09-15T11:07:18","modified_gmt":"2014-09-15T09:07:18","slug":"la-nature-de-la-crise-politique-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/09\/15\/la-nature-de-la-crise-politique-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>La nature de la crise politique<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce que nous vivons n\u2019est pas une crise des institutions, c\u2019est une crise des rapports de forces, ce n\u2019est pas une crise politique, c\u2019est une crise de l\u2019absence de politique, ce n\u2019est pas une crise de la d\u00e9mocratie, c\u2019est une crise de la fabrication du consentement.<\/p>\n<p>Les rapports de forces ont atteint un tel degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 entre le monde de l\u2019argent et les \u00e9lus qu\u2019ils ont fini par submerger la pens\u00e9e politique. La d\u00e9pendance du monde politique au monde \u00e9conomique est totale. Depuis le d\u00e9but de la crise dans les ann\u00e9es 70, les partis r\u00e9p\u00e8tent inlassablement le m\u00eame refrain sur le retour de la croissance et la bonne sant\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie qui serait la seule solution \u00e0 nos probl\u00e8mes. Une fois au pouvoir, leur destin politique d\u00e9pend donc de r\u00e9sultats dont ils n\u2019ont pas la ma\u00eetrise, ils sont sujets aux pressions diverses et vari\u00e9es des lobbys patronaux ou celles exerc\u00e9es par les relations de proximit\u00e9 qu\u2019ils entretiennent avec les dirigeants d\u2019entreprises. Le monde \u00e9conomique dicte une large part des programmes politiques. L\u2019exercice de la conqu\u00eate du pouvoir n\u00e9cessite des moyens financiers, une visibilit\u00e9 m\u00e9diatique, des cercles d\u2019influence. Compte tenu de cette n\u00e9cessit\u00e9, les partis de pouvoir vont au plus simple, ils demandent encore au monde de l\u2019argent de l\u2019aider dans cette entreprise de conqu\u00eate. A force de glorifier l\u2019\u00e9conomie et le monde de l\u2019entreprise, de le c\u00f4toyer sans arr\u00eat, la proximit\u00e9 devient telle que ce n\u2019est plus seulement de la connivence, c\u2019est du mim\u00e9tisme. Le parti est une organisation comme une autre, une hi\u00e9rarchie o\u00f9 les pr\u00e9dateurs ne pensent qu\u2019\u00e0 conqu\u00e9rir les sommets, o\u00f9 le seul enjeu est de maximiser les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019ils peuvent tirer de cette \u00e9puisante conqu\u00eate.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>C\u2019est une crise de l\u2019absence de politique. Depuis 30 ans, les m\u00eames programmes et les m\u00eames erreurs se r\u00e9p\u00e8tent. Dire que la croissance et la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique sont la seule voie pour cr\u00e9er de l\u2019emploi et maintenir les acquis sociaux est la marque d\u2019un autisme total. Du d\u00e9but des ann\u00e9es 80 jusqu\u2019au d\u00e9but de la crise en 2007\/2008, les taux de croissance ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une histoire \u00e9conomique longue, sans que le taux de ch\u00f4mage ne r\u00e9gresse, alors que les acquis sociaux ont \u00e9t\u00e9 peu \u00e0 peu grignot\u00e9s. Maintenir de telles politiques au nom du \u00ab\u00a0TINA\u00a0\u00bb n\u2019a pas de sens, c\u2019est un cap que l\u2019on garde par habitude, un vide et une absence que les personnalit\u00e9s politiques n\u2019arrivent plus \u00e0 incarner, auquel on ne peut plus donner le moindre souffle.<\/p>\n<p>C\u2019est une crise de la fabrication du consentement. Que l\u2019\u00c9tat tente d\u2019occuper la sc\u00e8ne m\u00e9diatique pour expliquer son action peut se comprendre, que le pouvoir de l\u2019argent veuille justifier ses strat\u00e9gies et l\u2019impact social de celle-ci fait aussi partie du jeu. Dans le mod\u00e8le de mass-media quasiment gratuit qui s\u2019est impos\u00e9 (la redevance t\u00e9l\u00e9 ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e sous sa forme actuelle comme un prix d\u2019acc\u00e8s), la conjonction de ces attentes contribue \u00e0 une propagande sans pareille. Cela fait maintenant plusieurs d\u00e9cennies que les media nous r\u00e9p\u00e8tent que seuls le dynamisme \u00e9conomique, la comp\u00e9titivit\u00e9, les efforts demand\u00e9s \u00e0 tous et la croissance sont en mesure de nous faire d\u00e9passer la crise actuelle. Le darwinisme \u00e9conomique est \u00e9rig\u00e9 au rang de mod\u00e8le, il n\u2019est pourtant que la face visible d\u2019un darwinisme social toujours plus sauvage. Le message est tellement inscrit dans nos esprits, il impr\u00e8gne tellement l\u2019espace social et politique que le jour o\u00f9 il devient \u00e9vident aux yeux de tous que la machine est gripp\u00e9e, nous sommes abasourdis, au consentement succ\u00e8de le vide. Si des discours alternatifs ont su trouver leur place de temps \u00e0 autre dans les grands media, surtout en ces temps de crise, ce n\u2019est que parce que la critique qu\u2019ils apportent tend \u00e0 maintenir l\u2019image d\u2019objectivit\u00e9. Il faut pourtant se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, quantitativement, la place du discours critique n\u2019est rien compar\u00e9e \u00e0 celle du discours dominant, l\u2019audience d\u2019un blog comme celui de Paul Jorion, m\u00eame si elle est bonne dans l\u2019univers des blogs ne p\u00e8se pas grand-chose par rapport \u00e0 la messe du JT. La place qualitative des discours critiques est tout aussi r\u00e9duite, rel\u00e9gu\u00e9s en fin de soir\u00e9e, ils restent peu accessibles. Cette absence de visibilit\u00e9 sur une longue p\u00e9riode de paroles alternatives rend difficile l\u2019\u00e9mergence d\u2019un d\u00e9bat d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>On peut bl\u00e2mer le monde politique pour ses d\u00e9rives, sa professionnalisation, son absence de vision. On peut imaginer des r\u00e8gles qui contraignent cette d\u00e9rive, en \u00e9vitant en particulier des carri\u00e8res politiques trop longues. On peut essayer de construire des cloisons plus \u00e9tanches entre le monde de l\u2019argent et le monde politique, en s\u2019attaquant r\u00e9ellement aux lobbys et en ne facilitant pas le passage du priv\u00e9 \u00e0 la politique (et vice-versa). On peut d\u00e9plorer que les institutions ne permettent pas toujours aux citoyens de faire entendre leur voix et imaginer des r\u00e9formes qui donnent plus de poids \u00e0 l\u2019expression directe.<\/p>\n<p>Il reste que la question des media est centrale dans l\u2019\u00e9mergence d\u2019un d\u00e9bat d\u00e9mocratique. La d\u00e9mocratie n\u2019existe que par une visibilit\u00e9 \u00e9quivalente des discours, celle-ci \u00e0 un prix que les \u00e9lites ne veulent pas assumer pour une raison tr\u00e8s simple, ce co\u00fbt est aussi une barri\u00e8re \u00e0 l\u2019entr\u00e9e pour des partis politiques alternatifs.<\/p>\n<p>Les seuls discours qui trouvent leur place aujourd\u2019hui sont ceux de partis populistes. En r\u00e9alit\u00e9, leur force c\u2019est de s\u2019\u00eatre impos\u00e9s plus ou moins rapidement aupr\u00e8s de la population sur la base de la d\u00e9fense de l\u2019existant, de la construction de forteresse jug\u00e9e inexpugnable, il n\u2019est pas question de remettre en cause dans ces discours le darwinisme \u00e9conomique et social.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps ces partis ont montr\u00e9 la voie, ils ont construit leur visibilit\u00e9 sur la base d\u2019un programme, m\u00eame hors sujet, il a trouv\u00e9 un \u00e9cho aupr\u00e8s des citoyens. Le poids politique qu\u2019ils repr\u00e9sentent les rend incontournables sur la sc\u00e8ne m\u00e9diatique. En ce sens le vide politique actuel est une opportunit\u00e9. La d\u00e9mocratie peut et doit \u00eatre un aspect de ce programme \u00e0 construire, mais il faut aussi se rappeler que la d\u00e9mocratie d\u00e9pend pour une large part d\u2019un r\u00e9\u00e9quilibrage des rapports de forces et d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9quilibre de la parole dans les grands media.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce que nous vivons n\u2019est pas une crise des institutions, c\u2019est une crise des rapports de forces, ce n\u2019est pas une crise politique, c\u2019est une crise de l\u2019absence de politique, ce n\u2019est pas une crise de la d\u00e9mocratie, c\u2019est une crise de la fabrication du consentement.<\/p>\n<p>Les rapports de forces ont atteint un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2597,17],"tags":[444,3508],"class_list":["post-68943","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-democratie-2","category-politique","tag-lobbying","tag-media"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68943","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68943"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68943\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":68957,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68943\/revisions\/68957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68943"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68943"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68943"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}