{"id":69264,"date":"2014-09-23T08:53:01","date_gmt":"2014-09-23T06:53:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=69264"},"modified":"2014-09-24T08:02:59","modified_gmt":"2014-09-24T06:02:59","slug":"ecosse-un-concentre-de-contradictions-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/09\/23\/ecosse-un-concentre-de-contradictions-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>\u00c9cosse : Un concentr\u00e9 de contradictions<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019\u00c9cosse se termine sur une sensation d\u2019inachev\u00e9, il laisse une sensation mitig\u00e9e entre le regret de ne pas avoir vu les lignes bouger et le soulagement de ne pas avoir \u00e0 donner du grain \u00e0 moudre aux revendications nationalistes de tout poil.<\/p>\n<p>Inachev\u00e9e, cette d\u00e9faite du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb face \u00e0 un \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb qui portait haut toutes les certitudes du \u00ab\u00a0TINA\u00a0\u00bb. Certes, le score du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb est honorable, bien sup\u00e9rieur \u00e0 celui que lui donnaient les sondages il y a encore 3 mois. Il n\u2019emp\u00eache, les \u00e9lecteurs ont encore une fois illustr\u00e9 cette peur de l\u2019avenir qui constituait la trame d\u2019une pol\u00e9mique ancienne sur ce blog entre Al et moi\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/06\/07\/craintifs-inveteres-vs-creatifs-vertebres-par-al\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">Craintifs inv\u00e9t\u00e9r\u00e9s vs Cr\u00e9atifs vert\u00e9br\u00e9s<\/a>\u00bb. Pour rester dans cette discussion, il me semble que le flou qui r\u00e9gnait sur une partie du programme des ind\u00e9pendantistes \u00e9cossais n\u2019a pas aid\u00e9 \u00e0 construire une alternative cr\u00e9dible, indispensable pour obtenir un basculement par les urnes. Il ne s\u2019agit pas ici de dire qu\u2019un \u00ab\u00a0TINA\u00a0\u00bb doit s\u2019opposer \u00e0 un autre \u00ab\u00a0TINA\u00a0\u00bb, juste de montrer au travers d\u2019une construction suffisamment pr\u00e9cise qu\u2019il existe d\u2019autres alternatives tout aussi cr\u00e9dibles.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Inachev\u00e9e, cette mobilisation d\u2019une grande partie de la jeunesse en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance. Les plus jeunes ont vot\u00e9 \u00e0 71% pour l\u2019ind\u00e9pendance quand les plus de 65 ans ont vot\u00e9 \u00e0 73% contre. Autrement dit, les plus \u00e2g\u00e9s ont d\u00e9cid\u00e9 pour un futur qui ne leur appartient pas, la pr\u00e9servation des int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme (leurs retraites) pr\u00e9vaut sur les int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme. C\u2019est ce que montre aussi la large victoire du non dans la capitale p\u00e9troli\u00e8re (Aberdeen 59%) et financi\u00e8re (Edinburgh 61%). Ceux qui s\u2019enthousiasment sur cette mobilisation des jeunes et qui esp\u00e8rent qu\u2019elle laissera des traces doivent se rappeler que la mobilisation fut grande aussi pour les \u00ab\u00a0Indignados\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0Occupy Wall Street\u00a0\u00bb, avec la suite que l\u2019on sait. \u00c0 un certain moment, il devient difficile de concilier le \u00ab\u00a0struggle for life\u00a0\u00bb et l\u2019esprit combatif n\u00e9cessaire aux grandes luttes.<\/p>\n<p>Sensations mitig\u00e9es, car ces \u00e9lections illustrent des tendances contradictoires qui interrogent toute tentative de construire un programme alternatif.\u00a0Le contenu social du programme \u00e9cossais ne doit pas cacher l\u2019essentiel\u00a0: promouvoir un \u00c9tat social et un \u00c9tat providence r\u00e9duit au pr\u00e9 carr\u00e9 d\u2019une nation \u00e9cossaise, c\u2019est vouloir partager les fruits de la prosp\u00e9rit\u00e9 entre soi. En ce sens, le mouvement ind\u00e9pendantiste \u00e9cossais ne diff\u00e8re pas sensiblement d\u2019autres mouvements nationalistes que l\u2019on voit triompher ici ou l\u00e0. La ligue du nord, la NVA ou les Catalans veulent avant tout ne pas partager avec les autres les fruits de leur prosp\u00e9rit\u00e9 relative. Peu importe au fond si les programmes politiques refl\u00e8tent des tendances oppos\u00e9es, du lib\u00e9ralisme le plus affirm\u00e9 comme la NVA flamande, dont les liens avec le VOKA (l\u2019\u00e9quivalent du MEDEF fran\u00e7ais) sont de notori\u00e9t\u00e9 publique jusqu\u2019au nationalisme \u00e9cossais beaucoup plus social. Ce qui se retrouve comme une constante dans toutes ces revendications nationalistes, c\u2019est une forme d\u2019\u00e9go\u00efsme des nantis qui veulent conserver leurs privil\u00e8ges pour eux seuls et ne plus avoir \u00e0 payer pour des r\u00e9gions moins favoris\u00e9es. En ce sens la mobilisation de toute la classe politique anglaise \u00e9tait pr\u00e9visible, la rente p\u00e9troli\u00e8re est tout aussi indispensable pour l\u2019Angleterre que pour l\u2019\u00c9cosse. La demi-victoire obtenue est aussi une demi-d\u00e9faite, les avantages conc\u00e9d\u00e9s vont pousser d\u2019autres partis nationalistes \u00e0 mettre encore plus de pression pour obtenir, sinon l\u2019ind\u00e9pendance, du moins encore plus d\u2019avantages.<\/p>\n<p>Mitig\u00e9es, car le retour du nationalisme dans le paysage politique interpelle. Il renvoie \u00e0 une articulation complexe entre l\u2019id\u00e9e de Pays, d\u2019\u00c9tat et de Nation. Je ne veux pas ici simplifier \u00e0 l\u2019extr\u00eame le d\u00e9bat, mais il convient de pr\u00e9ciser le sens des mots employ\u00e9s dans ce contexte pour comprendre une partie de ces enjeux. Le pays renvoie \u00e0 un concept centr\u00e9 sur le territoire, qui peut \u00eatre ind\u00e9pendant de l\u2019organisation politique (ne parle-t-on pas dans les r\u00e9gions du pays de \u2026 sans que celui-ci ne recouvre aucune division administrative).\u00a0Les fronti\u00e8res qui d\u00e9finissent un pays peuvent \u00eatre le r\u00e9sultat de l\u2019action du pouvoir, ou tout du moins de l\u2019interaction du pouvoir avec le pouvoir des pays voisins, mais elles peuvent \u00eatre de simples limites g\u00e9ographiques naturelles ou ancr\u00e9es dans la m\u00e9moire collective, ne parle-t-on pas du pays de Caux, de Bresse\u00a0et des centaines d\u2019autres encore\u00a0? Nous garderons dans la suite de ce billet l\u2019id\u00e9e de pays d\u00e9limit\u00e9s par des fronti\u00e8res plus ou moins reconnues par la communaut\u00e9 internationale. La notion d\u2019\u00c9tat superpose au territoire (le pays) l\u2019organisation du pouvoir politique et judiciaire qui lui est propre. Enfin, la nation renvoie \u00e0 une notion beaucoup plus complexe qui na\u00eet pour l\u2019essentiel dans la seconde moiti\u00e9 du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et que l\u2019on pourrait r\u00e9sumer dans la rencontre du territoire, du pouvoir et du peuple.\u00a0La difficult\u00e9, c\u2019est que pour revendiquer une nation dans un contexte ou le pays et l\u2019\u00c9tat n\u2019existent pas encore, il faut objectiver l\u2019id\u00e9e de la nation, c\u2019est bien sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un peuple partageant une langue, une histoire et une culture commune qui est mise en avant. Sauf que ces crit\u00e8res sont loin d\u2019\u00eatre aussi objectifs qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, les deux derniers si\u00e8cles nous ont entre autres montr\u00e9 comment l\u2019histoire et la culture pouvaient \u00eatre mall\u00e9ables quand il s\u2019agit de d\u00e9fendre un objectif de conqu\u00eate et de justification du pouvoir. De plus, une culture et une langue commune ne disent pas grand-chose des aspirations politiques des individus qui composent ce peuple. L\u2019id\u00e9e m\u00eame de nation est un pr\u00e9texte \u00e0 bien des d\u00e9rapages, le peuple peut ais\u00e9ment \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9, la culture (ou la croyance) peut se vouloir h\u00e9g\u00e9monique, les revendications territoriales au nom d\u2019une communaut\u00e9 de langue renvoient aux nombreux pr\u00e9textes brandis dans le pass\u00e9 pour justifier l\u2019invasion de telle ou telle partie du globe, quand ce n\u2019est \u00a0pas l\u2019id\u00e9e de race qui se substitue \u00e0 la notion de peuple.<\/p>\n<p>Le nationalisme serait l\u2019expression de la volont\u00e9 de voir le pouvoir et le peuple s\u2019exprimer d\u2019une seule voix dans le cadre d\u2019un \u00c9tat, Ernest Renan parle d\u2019un \u00ab\u00a0pl\u00e9biscite de tous les jours\u00a0\u00bb, Ernest Gellner d\u2019un \u00ab\u00a0principe qui exige que l\u2019unit\u00e9 politique et l\u2019unit\u00e9 nationale se recouvrent\u00a0\u00bb. Dans une vision optimiste, le nationalisme pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une revendication pour un pouvoir de proximit\u00e9 qui s\u2019exercerait par et pour les populations locales. C\u2019est le mot d\u2019ordre des mouvements nationalistes europ\u00e9ens, au c\u0153ur des forces centrifuges qui s\u2019exer\u00e7aient dans l\u2018empire des Habsbourg avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, o\u00f9 les pays p\u00e9riph\u00e9riques r\u00e9clament des \u00c9tats nations qui gouvernent dans leurs propres int\u00e9r\u00eats. C\u2019est paradoxalement le cas en Allemagne o\u00f9 \u00e0 l\u2019inverse, c\u2019est la parcellisation n\u00e9e du Saint-Empire Romain Germanique qui ne recouvre plus la r\u00e9alit\u00e9 et la culture commune des citoyens fond\u00e9e en particulier sur l\u2019emploi de la langue allemande qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par d\u00e9cret dans le pays. Mais dans ce dernier cas, peut-on mettre de c\u00f4t\u00e9 les int\u00e9r\u00eats de la nouvelle aristocratie industrielle pour qui de trop petits \u00e9tats ne permettent pas de construire les infrastructures indispensables \u00e0 l\u2019industrialisation\u00a0? C\u2019est enfin le cas pour les mouvements nationalistes qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les d\u00e9colonisations de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et qui ne veulent plus d\u2019un gouvernement contr\u00f4l\u00e9 par des \u00c9tats lointains.<\/p>\n<p>En ce sens, le nationalisme para\u00eet \u00eatre le d\u00e9ni des tendances initi\u00e9es par une forme de lib\u00e9ralisme largement influenc\u00e9 par les entreprises dominantes dans la cha\u00eene de valeur. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le concept de pays est devenu celui d\u2019un espace g\u00e9ographique o\u00f9 le r\u00f4le des \u00c9tats doit se borner \u00e0 construire un espace coh\u00e9rent, facile \u00e0 travailler pour les entreprises, si possible pas trop contraignant dans ces r\u00e8gles et dont les fronti\u00e8res sont poreuses, au moins pour les marchandises et les facteurs de production. Des instances communes ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre pour garantir que ces conditions soient remplies, comme le \u00ab\u00a0March\u00e9 Commun\u00a0\u00bb devenu plus tard \u00ab\u00a0l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, d\u00e9nomination beaucoup plus pr\u00e9sentable. Les n\u00e9gociations qui se poursuivent tous azimuts montrent que ce combat du grand capital est toujours d\u2019actualit\u00e9. Il ne faut pas s\u2019y tromper, le libre-\u00e9change n\u2019est pas synonyme d\u2019harmonisation. Les variations de fiscalit\u00e9, de r\u00e8gles sociales, de co\u00fbts du travail, de march\u00e9 et de main d\u2019\u0153uvre, sont autant d&rsquo;opportunit\u00e9s de profits pour les entreprises dans un syst\u00e8me o\u00f9 le co\u00fbt du transport est tr\u00e8s faible. Chaque pays offre une opportunit\u00e9 de march\u00e9, d\u2019optimisation fiscale ou de co\u00fbt de production.<\/p>\n<p>Dans le programme de ces partis nationalistes r\u00e9gionaux, on ne voit jamais inscrit de sortie de l\u2019Europe. Comme dans l\u2019Europe du 19<sup>e<\/sup> Si\u00e8cle, les consid\u00e9rations \u00e9conomiques sont largement pr\u00e9sentes. Si la main d\u2019\u0153uvre est souvent bien pay\u00e9e dans ces r\u00e9gions riches, la richesse relative permettrait d\u2019en faire des paradis fiscaux potentiels, d\u2019autant plus que la question de la reprise d\u2019une partie de la dette des pays dont ces r\u00e9gions veulent s\u2019affranchir n\u2019est jamais clairement d\u00e9finie dans les programmes, les cl\u00e9s de r\u00e9partition \u00e9voqu\u00e9es ne prennent jamais en compte la r\u00e9partition de la richesse, mais d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments comme la population ou la contribution au PIB (qui ne prend pas en compte l\u2019accumulation de richesse ant\u00e9rieure). Malgr\u00e9 la catastrophe annonc\u00e9e ici et l\u00e0 au cas o\u00f9 une r\u00e9gion parviendrait \u00e0 ses fins, il est peu probable que le syst\u00e8me soit r\u00e9ellement menac\u00e9 par un tel divorce r\u00e9gional. On ne parle pas de remise en cause de l\u2019ordre existant, juste un l\u00e9ger r\u00e9\u00e9quilibrage des pouvoirs dans le monde politique et \u00e9conomique o\u00f9 des petites entreprises moins internationalis\u00e9es esp\u00e8rent tirer leur \u00e9pingle du jeu. Il n\u2019est pas s\u00fbr que la perception qu\u2019en a la population soit du m\u00eame ordre. Ernest Renan \u00e9voque aussi dans ses \u00e9crits sur le nationalisme la n\u00e9cessit\u00e9 du consentement, question tr\u00e8s moderne \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle est formul\u00e9e, mais on sait aussi combien le pouvoir de l\u2019argent est efficace dans ce domaine.<\/p>\n<p>Un autre aspect du nationalisme, c\u2019est l\u2019espace de la d\u00e9cision politique.\u00a0 Un gouvernement qui agit en vue de satisfaire les int\u00e9r\u00eats d\u2019une nation a peu de chance de prendre en compte les enjeux globaux. On aurait pu \u00eatre l\u00e9gitimement inquiet dans le cadre de l\u2019\u00c9cosse, est-ce que la machine \u00e0 produire la rente p\u00e9troli\u00e8re n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e au maximum de ces capacit\u00e9s, histoire d\u2019entretenir l\u2019illusion de la prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0? Est-ce que l\u2019on peut se satisfaire d\u2019aspirations nationalistes quand le bien commun ne conna\u00eet pas de fronti\u00e8res\u00a0? Peut-on accepter d\u2019autres Fukushima ou Tchernobyl en vertu de d\u00e9cisions qui ne concernent qu\u2019une nation\u00a0?<\/p>\n<p>Ces questions sur le contenu et la port\u00e9e r\u00e9elle du programme politique valent aussi pour les partis nationaux populistes qui font flor\u00e8s ici et l\u00e0. Pourtant leur approche est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de celle des partis nationalistes r\u00e9gionaux. Ce n\u2019est pas la proximit\u00e9 du pouvoir qui sert d\u2019argument de vente, c\u2019est la coupure qu\u2019ils veulent r\u00e9aliser avec les instances supranationales qui ont coup\u00e9 ce qui reste des \u00c9tats de leurs peuples, d\u00e9truisant ainsi le concept m\u00eame de Nation. Ils ont construit leur rh\u00e9torique sur cette proximit\u00e9 suppos\u00e9e avec le pays r\u00e9el, leur acc\u00e8s au pouvoir restaurerait une nation fantasm\u00e9e o\u00f9 le pouvoir gouvernerait en fonction des int\u00e9r\u00eats de la seule population du pays. Est-ce bien s\u00fbr\u00a0? La remise en cause de l\u2019internationalisation et de ces m\u00e9faits ne doit pas \u00eatre confondue avec une remise en cause de l\u2019ordre existant et du darwinisme social\u00a0: ce n\u2019est pas un gouvernement de proximit\u00e9 par le peuple pour le peuple qui est au programme, c\u2019est juste un gouvernement qui se drape d\u2019un discours social pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats du petit patronat.<\/p>\n<p>On peut comprendre l\u2019id\u00e9e de vouloir se couper d\u2019institutions qui n\u2019ont agi pour l\u2019essentiel que pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des grandes entreprises et de l\u2019accumulation. L\u2019absence de l\u00e9gitimit\u00e9 criante des institutions europ\u00e9ennes est-elle une raison de se passer d\u2019une coop\u00e9ration internationale\u00a0? Dans un monde o\u00f9 les ressources sont rares et les biens communs menac\u00e9s, comment un \u00c9tat nationaliste cens\u00e9 d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9r\u00eat de la seule nation va-t-il se comporter quand ces int\u00e9r\u00eats s\u2019opposeront frontalement \u00e0 ceux d\u2019une autre nation\u00a0? C\u2019est l\u2019un des aspects inqui\u00e9tants dans ce nationalisme r\u00e9surgent, il n\u2019a aucune vision sur le bien commun, aucune vision internationale, il r\u00eave de forteresse l\u00e0 o\u00f9 il faudrait penser le futur. Il a sa v\u00e9rit\u00e9 qui doit \u00eatre partag\u00e9e par tous pour fonder la nation qui ne parle que d\u2019une seule voix. Comme le dit \u00c9ric Hobswbawm, il \u00ab\u00a0exige trop que l\u2019on croie \u00e0 ce qui manifestement n\u2019est pas tel qu\u2019il le voit\u00a0\u00bb, l\u2019endoctrinement et la pens\u00e9e critique ne sont pas au programme.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019a illustr\u00e9 le r\u00e9f\u00e9rendum en \u00c9cosse, c\u2019est que les partis nationalistes sont de natures diverses, ils apportent chacun \u00e0 sa mani\u00e8re une r\u00e9ponse \u00e0 la question de \u00ab\u00a0o\u00f9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pour qui\u00a0\u00bb s\u2019exerce le pouvoir. Mais \u00e0 cette question fondamentale, je doute que la nation apporte une bonne r\u00e9ponse. Au final, ce r\u00e9f\u00e9rendum aura \u00e9t\u00e9 un pr\u00e9cipit\u00e9 de nos contradictions, entre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et repli sur soi, entre la tentation de la rupture et nos angoisses d\u2019animaux craintifs et r\u00e9tifs aux changements. Plusieurs hommes politiques \u00e9cossais, qu\u2019ils soient partisans ou non de l\u2019ind\u00e9pendance, en ont tir\u00e9 une conclusion\u00a0: c\u2019est une occasion perdue pour une g\u00e9n\u00e9ration. Est-ce le destin dont r\u00eavent pour nous tous les ardents d\u00e9fenseurs de l\u2019absence de toute alternative\u00a0? Mais est-ce que le retour \u00e0 l\u2019id\u00e9e de nation est la bonne alternative\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019\u00c9cosse se termine sur une sensation d\u2019inachev\u00e9, il laisse une sensation mitig\u00e9e entre le regret de ne pas avoir vu les lignes bouger et le soulagement de ne pas avoir \u00e0 donner du grain \u00e0 moudre aux revendications nationalistes de tout poil.<\/p>\n<p>Inachev\u00e9e, cette d\u00e9faite du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb face \u00e0 un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,17,3621],"tags":[3816,3826],"class_list":["post-69264","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-politique","category-science-politique-2","tag-ecosse","tag-nationalisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69264","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=69264"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69264\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":69308,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69264\/revisions\/69308"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=69264"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=69264"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=69264"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}