{"id":70726,"date":"2014-11-09T23:31:06","date_gmt":"2014-11-09T22:31:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=70726"},"modified":"2014-11-09T23:35:36","modified_gmt":"2014-11-09T22:35:36","slug":"les-propositions-de-paul-jorion-et-bruno-colmant-dans-penser-leconomie-autrement-iii-le-defaut-sur-la-dette-est-il-inevitable-dans-la-zone-euro","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/09\/les-propositions-de-paul-jorion-et-bruno-colmant-dans-penser-leconomie-autrement-iii-le-defaut-sur-la-dette-est-il-inevitable-dans-la-zone-euro\/","title":{"rendered":"<b>Les propositions de Paul Jorion et Bruno Colmant dans \u00ab\u00a0Penser l&rsquo;\u00e9conomie autrement\u00a0\u00bb (III) Le d\u00e9faut sur la dette est-il in\u00e9vitable dans la zone euro ?<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-63846\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\" alt=\"Couverture choisie\" width=\"180\" height=\"285\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Il est paradoxal de constater qu\u2019aujourd\u2019hui, avec une dette de 92,6\u00a0%, la zone euro ne pourrait pas int\u00e9grer\u2026 la zone euro. Nous sommes en effet tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des 60\u00a0% requis par le Trait\u00e9 de Maastricht. Aujourd\u2019hui, la zone euro devrait consacrer un an de sa production pour rembourser sa dette. Est-ce tenable\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bruno Colmant\u00a0: <\/strong>Et les chiffres qui sont cit\u00e9s ne tiennent m\u00eame pas compte du surco\u00fbt des pensions li\u00e9 \u00e0 une esp\u00e9rance de vie plus longue\u00a0!<\/p>\n<p>Toute dette doit \u00eatre mesur\u00e9e de mani\u00e8re prospective. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9valuer sa soutenabilit\u00e9 ou supportabilit\u00e9 dans le futur et de mesurer la prosp\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle est cens\u00e9e avoir cr\u00e9\u00e9e. Si un pays affiche une dette de 200\u00a0% du PIB mais que l\u2019on y d\u00e9couvre par exemple un important gisement de p\u00e9trole, le probl\u00e8me est \u00e9videmment moins aigu. Mais si la soutenabilit\u00e9 n\u2019est pas assur\u00e9e, cette dette peut \u00eatre remise en cause et disqualifi\u00e9e. Dans la zone euro, je pense que l\u2019on ne pourra pas imposer cette soutenabilit\u00e9 aux g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Paul Jorion\u00a0:<\/strong> \u00c0 mes yeux, toute \u00e9valuation de la dette en pourcentage du Produit int\u00e9rieur brut, qui est un index de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique, est priv\u00e9e de signification. Ce ratio permet de comparer entre elles les nations mais pas de la mani\u00e8re qu\u2019il faudrait. En p\u00e9riode de r\u00e9cession, le PIB va baisser et le ratio augmenter m\u00e9caniquement, ce qui dramatisera le chiffre de la dette exprim\u00e9e en pourcentage de PIB, sans compter un effet pervers suppl\u00e9mentaire, un v\u00e9ritable cauchemar math\u00e9matique\u00a0: pour que ce ratio ne se d\u00e9t\u00e9riore pas, il faut que le taux de croissance soit sup\u00e9rieur au taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00ab\u00a0moyen\u00a0\u00bb auquel la dette souveraine a \u00e9t\u00e9 contract\u00e9e. Quand je dis taux \u00ab\u00a0moyen\u00a0\u00bb, c\u2019est le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pond\u00e9r\u00e9 en fonction du montant des emprunts qui ont \u00e9t\u00e9 faits et du temps qui reste \u00e0 courir sur chacun d\u2019eux. En finance, on parle de taux associ\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0duration\u00a0\u00bb, qui est le <em>centre de gravit\u00e9<\/em> dans le temps de la dette souveraine d\u2019une nation.<\/p>\n<p>Autrement dit, quand le PIB baisse, il faut pour que la dette exprim\u00e9e en pourcentage de PIB ne s\u2019aggrave pas, que la croissance augmente. Oui\u00a0: on a bien entendu\u00a0! \u00ab\u00a0Quand le PIB baisse, il faut pour que la situation ne s\u2019aggrave pas, que la croissance soit \u00e0 la hausse\u00a0\u00bb, ce qui est bien entendu un non-sens\u00a0: un PIB en baisse cela veut dire n\u00e9cessairement que la croissance est n\u00e9gative et certainement pas qu\u2019elle augmente\u00a0! C\u2019est ce d\u00e9lire math\u00e9matique que l\u2019on qualifie pompeusement de \u00ab\u00a0R\u00e8gle d\u2019or\u00a0\u00bb et que l\u2019Allemagne est all\u00e9e inscrire, on croit r\u00eaver, dans sa constitution\u00a0! \u2026 et cherche depuis \u00e0 imposer aux autres pays de la zone euro\u00a0! Le fait que ce soit un non-sens du point de vue math\u00e9matique, et qui impose des conditions impossibles \u00e0 remplir, ne d\u00e9range jusqu\u2019ici absolument personne\u00a0! Il ne faut donc pas croire que parce que l\u2019on est \u00e9conomiste on comprend n\u00e9cessairement comment fonctionne une \u00e9quation\u00a0!<\/p>\n<p>Ce choix du ratio dette\/PIB comme r\u00e9f\u00e9rence s\u2019explique avant tout par des raisons historiques et non pas \u00e9conomiques ou math\u00e9matiques. \u00c0 la fin de la Deuxi\u00e8me guerre mondiale, la quasi-totalit\u00e9 des pays du monde avaient perdu la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9valuer leurs recettes fiscales, on a alors \u2013 provisoirement, pensait-on \u2013 \u00e9valu\u00e9 la dette par rapport \u00e0 un chiffre que l\u2019on arrivait encore \u00e0 \u00e9valuer\u00a0: le Produit int\u00e9rieur brut.<\/p>\n<p>Il aurait fallu \u00e0 partir de 1950 recommencer \u00e0 comparer le <em>service de la dette<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019argent qu\u2019un \u00c9tat doit d\u00e9penser chaque ann\u00e9e pour respecter les engagements qu\u2019il a pris en raison de sa dette, avec ses rentr\u00e9es fiscales, autrement dit avec l\u2019argent qu\u2019il parvient \u00e0 collecter. Ce qu\u2019on appelle le <em>service de la dette<\/em>, ce sont tous les paiements qui lui sont li\u00e9s\u00a0: versements d\u2019int\u00e9r\u00eats aux acheteurs d\u2019obligations, c\u2019est-\u00e0-dire aux pr\u00eateurs, et remboursement de la somme avanc\u00e9e lorsque l\u2019emprunt arrive \u00e0 maturit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance\u00a0; quand on parle de la <em>charge de la dette<\/em>, il s\u2019agit seulement du versement des int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Le PIB reste par ailleurs une notion peu fiable. Il comptera bien entendu en positif le fonctionnement d\u2019une usine, mais aussi la destruction d\u2019une usine mal construite. Vous b\u00e2tissez une usine, le PIB augmente de X\u00a0; maintenant vous la d\u00e9molissez parce qu\u2019il y a un d\u00e9faut structurel, le PIB augmente de Y\u00a0; maintenant vous la reconstruisez et le PIB augmente une seconde fois de X, etc. Le PIB ne tient pas compte non plus ni de la fraude fiscale ni de l\u2019\u00e9vasion fiscale. On pense que tout ce qui appara\u00eet au PIB va se retrouver refl\u00e9t\u00e9 en termes de revenus pour l\u2019\u00c9tat, mais prenez les entreprises fran\u00e7aises\u00a0: elles sont quatre dans l\u2019indice boursier CAC 40 \u00e0 ne pas payer d\u2019imp\u00f4ts.<\/p>\n<p>Le d\u00e9ficit d\u2019un pays doit \u00eatre examin\u00e9 par rapport \u00e0 ses rentr\u00e9es annuelles, exactement comme pour un m\u00e9nage\u00a0: il faut comparer ce qui sort de la caisse \u00e0 ce qui y rentre. Pour un pays, il faut \u00e9valuer le chiffre du service de la dette par rapport \u00e0 celui des rentr\u00e9es fiscales. Il faut noter qu\u2019on obtient ainsi un ratio qui, tout comme le ratio d\u00e9ficit ou dette \/ PIB, permet de comparer les nations entre elles. Quand on fait ce calcul, on se rend compte que le seul paiement des int\u00e9r\u00eats repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 en soi une somme effrayante par rapport aux recettes fiscales\u2026 et qu\u2019il y a parfois des surprises\u00a0: que les pays pr\u00e9tendument \u00ab\u00a0vertueux\u00a0\u00bb ne le sont pas n\u00e9cessairement. Comparez par exemple le ratio service de la dette par rapport aux recettes totales pour la France et pour l\u2019Allemagne\u00a0: 13,4\u00a0% pour la France, 23,38\u00a0% pour l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p>Quelle est, des deux, la nation la plus vertueuse\u00a0?<\/p>\n<p><code><strong>Comparaison des principaux ratios finances publiques - France, Belgique, Suisse, Allemagne (chiffres 2012 en euros courants. Conversion CHF\/\u20ac sur base du taux de change moyen 2012)<\/strong><\/code><\/p>\n<table width=\"642\">\n<thead>\n<tr>\n<td width=\"197\"><\/td>\n<td width=\"104\"><strong>Belgique<\/strong><\/td>\n<td width=\"104\"><strong>Suisse<\/strong><\/td>\n<td width=\"132\"><strong>France<\/strong><\/td>\n<td width=\"106\"><strong>Allemagne<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"197\">PIB (en milliards d\u2019\u20ac)<\/td>\n<td width=\"104\">375,88<\/td>\n<td width=\"104\">491,04<\/td>\n<td width=\"132\">2032,29<\/td>\n<td width=\"106\">2666,4<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Dette publique (en milliards \u20ac)<\/td>\n<td width=\"104\">375,12<\/td>\n<td width=\"104\">171,24<\/td>\n<td width=\"132\">1833,81<\/td>\n<td width=\"106\">2160,19<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Dette publique (en\u00a0% du PIB)<\/td>\n<td width=\"104\">99,8<\/td>\n<td width=\"104\">35,7<\/td>\n<td width=\"132\">90,2<\/td>\n<td width=\"106\">81<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Imp\u00f4ts sur la production et les importations (en\u00a0% du PIB)<\/td>\n<td width=\"104\">12,9<\/td>\n<td width=\"104\">6,5<\/td>\n<td width=\"132\">15,4<\/td>\n<td width=\"106\">11,2<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Imp\u00f4ts courants sur le revenu et le patrimoine (en\u00a0% du PIB)<\/td>\n<td width=\"104\">16,5<\/td>\n<td width=\"104\">14,5<\/td>\n<td width=\"132\">12<\/td>\n<td width=\"106\">12<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Cotisations sociales (en\u00a0% du PIB)<\/td>\n<td width=\"104\">17,1<\/td>\n<td width=\"104\">6,9<\/td>\n<td width=\"132\">19<\/td>\n<td width=\"106\">16,8<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Recettes totales des administrations (en\u00a0% du PIB)<\/td>\n<td width=\"104\">51<\/td>\n<td width=\"104\">33,8<\/td>\n<td width=\"132\">51,8<\/td>\n<td width=\"106\">44,8<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Recettes totales des administrations (en milliards d\u2019\u20ac)<\/td>\n<td width=\"104\">191,7<\/td>\n<td width=\"104\">165,97<\/td>\n<td width=\"132\">1052,73<\/td>\n<td width=\"106\">1194,75<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Charge de la dette (int\u00e9r\u00eats en milliards d\u2019\u20ac)<\/td>\n<td width=\"104\">7,98<\/td>\n<td width=\"104\">1,877<\/td>\n<td width=\"132\">48,77<\/td>\n<td width=\"106\">35,45<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Service de la dette (int\u00e9r\u00eats + amortissement en milliards d\u2019\u20ac)<\/td>\n<td width=\"104\"><strong>40,54<\/strong><\/td>\n<td width=\"104\">\/<\/td>\n<td width=\"132\"><strong>146,67<\/strong><\/td>\n<td width=\"106\"><strong>279,37<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Ratio charge de la dette \/ recettes totales<\/td>\n<td width=\"104\"><strong>4,16\u00a0%<\/strong><\/td>\n<td width=\"104\"><strong>1,13\u00a0%<\/strong><\/td>\n<td width=\"132\"><strong>4,63\u00a0%<\/strong><\/td>\n<td width=\"106\"><strong>2,97\u00a0%<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"197\">Ratio service de la dette \/ recettes totales<\/td>\n<td width=\"104\"><strong>21,15\u00a0%<\/strong><\/td>\n<td width=\"104\">\/<\/td>\n<td width=\"132\"><strong>13,4\u00a0%<\/strong><\/td>\n<td width=\"106\"><strong>23,38\u00a0%<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><code>Sources\u00a0: Eurostat, agences de financement nationales. Merci \u00e0 Julien Alexandre !<\/code><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAux \u00c9tats-Unis, au train o\u00f9 vont les choses, en 2020, les rentr\u00e9es fiscales ne repr\u00e9senteront plus qu\u2019un quart des d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral ; en 2025, les recettes ne permettront plus de couvrir qu\u2019un seul poste budg\u00e9taire, pr\u00e9cis\u00e9ment le\u00a0<em>service de la dette<\/em>, le versement des int\u00e9r\u00eats et les remboursements de la dette souveraine.<\/p>\n<p>Quand on voit de tels chiffres on comprend imm\u00e9diatement pourquoi je suis partisan d\u2019un d\u00e9faut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la zone euro\u00a0: les pays s\u2019\u00e9puisent en ce moment dans le service de leur dette. La pente est tout simplement impossible \u00e0 remonter.<\/p>\n<p><strong>Bruno Colmant\u00a0:<\/strong> Je me demande si nous ne sommes pas d\u00e9j\u00e0 dans une situation de d\u00e9faut de paiement. La dette publique est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 devenue une fiction. Cette dette publique constitue, pour les cr\u00e9anciers, un capital. Mais, contrairement \u00e0 un capital qui repr\u00e9sente du travail pass\u00e9 progressivement \u00e9pargn\u00e9, la dette publique repr\u00e9sente aussi un pr\u00e9l\u00e8vement sur le travail futur. Plus sp\u00e9cifiquement, le cr\u00e9ancier de l\u2019\u00c9tat lui pr\u00eate avec de l\u2019\u00e9pargne du travail pass\u00e9 tandis que l\u2019\u00c9tat (le d\u00e9biteur) rembourse sa propre dette gr\u00e2ce \u00e0 un pr\u00e9l\u00e8vement fiscal sur le travail futur. C\u2019est logique\u00a0: la dette publique est garantie par la capacit\u00e9 de l\u2019Etat \u00e0 lever des imp\u00f4ts portant, entre autres, sur les revenus professionnels futurs. En s\u2019endettant, l\u2019Etat demande donc \u00e0 des cr\u00e9anciers de lui faire cr\u00e9dit au motif qu\u2019il sera capable d\u2019exiger un pr\u00e9l\u00e8vement sur la cr\u00e9ation de richesse de ses futurs contribuables. C\u2019est ainsi que Marx consid\u00e9rait que la dette publique \u00e9tait sans lien n\u00e9cessaire avec le processus de production de capital et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas un titre sur du capital r\u00e9el. Il l\u2019assimilait \u00e0 un capital fictif parce qu\u2019il en voyait l\u2019extinction dans la r\u00e9volution, \u00e9tat pr\u00e9alable \u00e0 la victoire du prol\u00e9tariat. Aux yeux de Marx, cela allait m\u00eame plus loin\u00a0: comme la dette publique est un travail pass\u00e9 accumul\u00e9 gag\u00e9 par un travail futur, cette m\u00eame dette devait \u00eatre annul\u00e9e par la n\u00e9gation de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, qu\u2019il percevait comme un obstacle \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale. Le nihiliste Proudhon n\u2019avait pas une vision tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e. Quand on prolonge l\u2019analyse marxiste, on doit immanquablement dresser le parall\u00e8le entre la dette publique et la monnaie. La monnaie est une dette financi\u00e8re tandis que la dette publique est une dette sociale. Comme la dette publique, la monnaie est souveraine. Et, bizarrement, nous op\u00e9rons la m\u00eame confusion mentale avec la monnaie qu\u2019avec la dette publique\u00a0: nous conceptualisons la monnaie comme un acquis priv\u00e9 alors qu\u2019elle refl\u00e8te un bien public.<\/p>\n<p>Et, malgr\u00e9 que nous en soyons les d\u00e9biteurs individuels, nous visualisons la dette publique comme une obligation collective qui nous est \u00e9trang\u00e8re alors que nous b\u00e9n\u00e9ficions des biens publics. Comme la dette publique, la monnaie mesure la stabilit\u00e9 de l\u2019agencement \u00e9conomique. En effet, une monnaie faible refl\u00e8te un pays moins comp\u00e9titif, et inversement. Pour cette raison, la cr\u00e9dibilit\u00e9 mon\u00e9taire d\u00e9coule rarement d\u2019un acte d\u2019autorit\u00e9. La garantie de la monnaie est plut\u00f4t un \u00e9tat de confiance. Mais l\u2019effarante r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est que lorsque la dette publique est trop importante, ce ne sont plus les cr\u00e9anciers qui obligent les d\u00e9biteurs\u00a0: ce sont les d\u00e9biteurs qui imposent des effacements de dettes \u00e0 leurs cr\u00e9anciers. C\u2019est pour cela que l\u2019exc\u00e8s d\u2019endettement public met irr\u00e9m\u00e9diablement en p\u00e9ril la monnaie. Pour r\u00e9sorber la dette, il faut soit d\u00e9voyer la monnaie (c\u2019est-\u00e0-dire cr\u00e9er de l\u2019inflation), soit effacer les dettes, comme lors du d\u00e9faut grec ou de la confiscation des d\u00e9p\u00f4ts bancaires chypriotes.<\/p>\n<p>J\u2019avais esp\u00e9r\u00e9 qu\u2019une hausse de l\u2019inflation aurait pu constituer la voie pour un all\u00e8gement de la dette. D\u2019autant que nous sommes aussi en situation de r\u00e9pression financi\u00e8re avec le maintien par les autorit\u00e9s de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s bas. L\u2019inflation aurait \u00e9t\u00e9 compatible avec des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat faibles comme l\u2019a montr\u00e9 l\u2019Angleterre apr\u00e8s la guerre. Mais si ce n\u2019est pas possible, il faut se r\u00e9soudre \u00e0 un r\u00e9\u00e9chelonnement des emprunts voire \u00e0 un d\u00e9faut pur et simple.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-63846\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\" alt=\"Couverture choisie\" width=\"180\" height=\"285\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Il est paradoxal de constater qu\u2019aujourd\u2019hui, avec une dette de 92,6\u00a0%, la zone euro ne pourrait pas int\u00e9grer\u2026 la zone euro. Nous sommes en effet tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des 60\u00a0% requis par le Trait\u00e9 de Maastricht. 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