{"id":70789,"date":"2014-11-13T09:34:45","date_gmt":"2014-11-13T08:34:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=70789"},"modified":"2014-11-13T09:34:45","modified_gmt":"2014-11-13T08:34:45","slug":"les-propositions-de-paul-jorion-et-bruno-colmant-dans-penser-leconomie-autrement-iv-effacer-la-dette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/13\/les-propositions-de-paul-jorion-et-bruno-colmant-dans-penser-leconomie-autrement-iv-effacer-la-dette\/","title":{"rendered":"<b>Les propositions de Paul Jorion et Bruno Colmant dans \u00ab\u00a0Penser l&rsquo;\u00e9conomie autrement\u00a0\u00bb (IV) Effacer la dette<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-63846\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\" alt=\"Couverture choisie\" width=\"180\" height=\"285\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Mais un d\u00e9faut de paiement, ce serait une catastrophe pour les banques qui d\u00e9tiennent la dette mais aussi pour les particuliers, rentiers ou pas, qui d\u00e9tiennent des obligations \u00e9tatiques.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Paul Jorion\u00a0: <\/strong>C\u2019est toutefois la seule fa\u00e7on de remettre les compteurs \u00e0 z\u00e9ro et de repartir sur des bases assainies. De toute mani\u00e8re, le d\u00e9faut de paiement est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 mes yeux la r\u00e9alit\u00e9 sous-jacente.<\/p>\n<p><strong>Bruno Colmant\u00a0:<\/strong> Il est int\u00e9ressant de noter que les rentiers ne constituent plus une classe sociale segment\u00e9e, puisque nous sommes tous d\u00e9biteurs et cr\u00e9anciers d\u2019un syst\u00e8me d\u2019imp\u00f4ts, de cotisations, de transferts sociaux et de pensions. De surcro\u00eet, si la solution est d\u2019appauvrir les rentiers, ces derniers sont dilu\u00e9s dans toute la population au travers de syst\u00e8mes de pensions et de protection fond\u00e9s sur la r\u00e9partition collective et non pas sur la capitalisation individuelle.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, la dette publique a \u00ab\u00a0d\u00e9stratifi\u00e9\u00a0\u00bb les classes sociales. Nous sommes solidairement li\u00e9s les uns aux autres dans un inextricable imbroglio intra- et interg\u00e9n\u00e9rationnel, \u00e0 savoir un sch\u00e9ma sociologique compliqu\u00e9 qui assure un certain ordre social en emp\u00eatrant chaque citoyen dans une relation compliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Mais les prochaines g\u00e9n\u00e9rations vont-elles accepter l\u2019h\u00e9ritage des dettes publiques sans exercer un droit d\u2019inventaire\u00a0? Je ne le pense pas.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, j\u2019ai cru que la fin de l\u2019\u00c9tat-providence allait d\u00e9couler d\u2019un choc de march\u00e9 d\u2019une envergure comparable \u00e0 celui qui fut travers\u00e9 en 1979-81. Mais j\u2019ai peut-\u00eatre commis une erreur de jugement en ce que la crise actuelle met le mod\u00e8le social global en question. Au risque d\u2019\u00eatre mal guid\u00e9 par mon intuition, nous entrons peut-\u00eatre dans des turbulences id\u00e9ologiques. Comme la protection professionnelle est fond\u00e9e sur un syst\u00e8me d\u2019assurance collective, elle-m\u00eame b\u00e2tie sur l\u2019emprunt public, la r\u00e9sorption de ce dernier pourrait inciter certains \u00e0 \u00e9voquer une \u00e9tatisation accrue de toute l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat devrait, par exemple, conserver une forte tutelle sur le secteur financier pour canaliser l\u2019\u00e9pargne populaire vers son propre financement. En bonne logique intuitive, le syst\u00e8me d\u2019\u00c9tat-providence risquerait de se transformer en pi\u00e8ge financier pour toute la population et non pas pour certaines classes de contribuables.<\/p>\n<p><strong>Comment pourrait se d\u00e9rouler ce d\u00e9faut de paiement europ\u00e9en\u00a0dont vous parlez? La d\u00e9cision serait-elle prise lors d\u2019un week-end apr\u00e8s une r\u00e9union de crise?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Paul Jorion\u00a0:<\/strong> Oui, cela se ferait in\u00e9vitablement au cours d\u2019un week-end, quand les march\u00e9s financiers sont ferm\u00e9s. Mais cela demanderait une longue pr\u00e9paration. Et, parall\u00e8lement \u00e0 cette d\u00e9cision de d\u00e9faut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, il faudrait simultan\u00e9ment unifier le syst\u00e8me budg\u00e9taire et fiscal europ\u00e9en et mutualiser la dette pour en faire une dette europ\u00e9enne unifi\u00e9e. Les dettes nationales auraient cess\u00e9 d\u2019exister, il n\u2019y aurait plus qu\u2019une seule dette\u00a0: la dette globale de la zone euro. Elle s\u2019\u00e9mettrait \u00e0 un taux unique par maturit\u00e9 et s\u2019ach\u00e8terait et se vendrait \u00e9galement sur le march\u00e9 secondaire des instruments de dette \u00e0 un taux unique, ce qui est bien entendu le principe qui pr\u00e9vaut pour toute dette souveraine et qui aurait d\u00fb pr\u00e9valoir pour l\u2019euro depuis sa cr\u00e9ation en 1999.<\/p>\n<p>La prime de cr\u00e9dit comprise dans le taux serait celle <i><\/i>d\u2019une dette souveraine saine, sans risque de d\u00e9faut, sans risque de restructuration ou de r\u00e9\u00e9chelonnement, c\u2019est-\u00e0-dire une <em>prime de cr\u00e9dit<\/em> de 0\u00a0%. En fait, exactement comme pour l\u2019Allemagne aujourd\u2019hui. De m\u00eame il n\u2019y aurait pas non plus, compris \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces taux par maturit\u00e9, de <em>prime de conversion<\/em> en une autre devise, comme celle qui accable aujourd\u2019hui dans la zone euro les dettes souveraines des pays dont on craint qu\u2019ils ne doivent un jour la quitter et qui devraient s\u2019acquitter alors de leurs engagements dans leur ancienne devise\u00a0: drachme, escudo, punt, peseta ou lire, n\u00e9cessairement fortement d\u00e9valu\u00e9e \u00e0 la suite de la sortie de la zone euro du pays en question et de son d\u00e9faut sur sa dette.<\/p>\n<p>C\u2019est le message qu\u2019il faut faire passer \u00e0 l\u2019Allemagne. Lui rappeler que les autres pays ont fait un sacrifice pour permettre la r\u00e9unification allemande, mais que cette fois-ci, c\u2019est l\u2019Allemagne qui doit se montrer solidaire. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 ce point de vue sur une radio allemande et les r\u00e9actions avaient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s positives dans la presse. Un chroniqueur dans l\u2019un des grands quotidiens allemands avait d\u2019ailleurs sugg\u00e9r\u00e9 au pr\u00e9sident de la r\u00e9publique de me rencontrer.<\/p>\n<p><strong>Bruno Colmant\u00a0: <\/strong>Je penche pour des solutions nationales comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas pour la Gr\u00e8ce ou Chypre. On pourrait se dire que la monnaie \u00e9tant unique, le d\u00e9faut doit \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. C\u2019est la vue de Paul. Pour ma part, je consid\u00e8re l\u2019euro comme une monnaie artificielle. Nous n\u2019avons jamais connu un f\u00e9d\u00e9ralisme budg\u00e9taire et fiscal. L\u2019union \u00e9conomique et mon\u00e9taire est redevenue centrifuge. Les dettes publiques ont par ailleurs \u00ab\u00a0remigr\u00e9\u00a0\u00bb vers les pays d\u2019origine. C\u2019est une tendance assez lourde de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment pour \u00e9viter un risque syst\u00e9mique. Les dettes sont revenues dans les mains de cr\u00e9anciers nationaux. Tous ces \u00e9l\u00e9ments me laissent \u00e0 penser que des solutions nationales de d\u00e9faut seront privil\u00e9gi\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion\u00a0<\/strong>: Le retour de la dette souveraine dans le syst\u00e8me financier local des pays en crise de la zone euro s\u2019est fait par un mouvement naturel\u00a0: comme les banques locales et l\u2019\u00c9tat s\u2019entra\u00eenent mutuellement dans leur chute, la <em>prime de cr\u00e9dit<\/em> comprise dans le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat (le \u00ab\u00a0coupon\u00a0\u00bb) de la dette souveraine ne compte pas. Et la <em>prime de conversion<\/em> ne joue \u00e9videmment pas non plus\u00a0: si le pays sort de la zone euro, l\u2019\u00c9tat et les banques commerciales locales retourneront conjointement \u00e0 l\u2019ancienne devise. Ce qui fait que pour une banque domestique, d\u2019un point de vue purement pratique, la <em>prime de cr\u00e9dit<\/em> et la <em>prime de conversion<\/em> peuvent \u00eatre engrang\u00e9es comme un profit au lieu de devoir \u00eatre r\u00e9serv\u00e9es comme provisions \u00e0 constituer en cas de d\u00e9faut sur cette dette souveraine. Apr\u00e8s le retour \u00e0 l\u2019ancienne devise, d\u2019un point de vue local, tous les compteurs auront \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 z\u00e9ro.<\/p>\n<p><strong>En octobre 2013, un rapport publi\u00e9 par des experts du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) assurait qu\u2019une taxe exceptionnelle de 10\u00a0% sur la richesse des m\u00e9nages permettrait aux pays de la zone euro de ramener leurs d\u00e9ficits aux niveaux d\u2019avant-crise. Est-ce le signe avant-coureur que des choses vont bouger\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bruno Colmant\u00a0: <\/strong>C\u2019est possible. N\u2019oubliez pas que pas mal de Belges ont en m\u00e9moire l\u2019op\u00e9ration Gutt, une op\u00e9ration de confiscation mon\u00e9taire. Cette op\u00e9ration consista, en octobre 1944, au remplacement du papier-monnaie tout en bloquant les avoirs en banque et aux comptes ch\u00e8ques postaux. L\u2019objectif \u00e9tait de confisquer les b\u00e9n\u00e9fices de guerre et de r\u00e9duire la masse mon\u00e9taire afin d\u2019\u00e9viter l\u2019inflation et de financer la dette publique. A l\u2019\u00e9poque, les citoyens re\u00e7urent, en \u00e9change de leurs billets, 2000 nouveaux francs belges, le surplus \u00e9tant transform\u00e9 en emprunt forc\u00e9. La masse mon\u00e9taire fut r\u00e9duite d\u2019environ 80\u00a0%.<\/p>\n<p><strong>Les Etats ne pourraient-ils pas transformer la dette existante en dette perp\u00e9tuelle, c\u2019est-\u00e0-dire une dette sans \u00e9ch\u00e9ance\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bruno Colmant<\/strong>\u00a0: Oui, mais je me demande si nous ne sommes pas d\u00e9j\u00e0 dans ce cas de figure, celui d\u2019un d\u00e9faut implicite, que je qualifierais de soci\u00e9tal. Ma v\u00e9ritable inqui\u00e9tude, c&rsquo;est la dette publique. Il s&rsquo;agit non seulement de la dette apparente, \u00e9gale \u00e0 une ann\u00e9e de richesse nationale, mais aussi de la dette latente et diff\u00e9r\u00e9e du vieillissement de la population, des pensions l\u00e9gales et des soins de sant\u00e9. Il faut honorer ces contrats moraux et collectifs. Mais on n&rsquo;y arrivera pas sans avoir la lucidit\u00e9 de structurer des solutions \u00e0 long terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire un nouveau contrat social et fiscal. La question n&rsquo;est plus de savoir si les Etats de la zone euro sont en d\u00e9faut : la plupart le sont soci\u00e9talement dans la mesure o\u00f9 le poids des dettes publiques n&rsquo;est plus transposable dans le futur. Ce n&rsquo;est pas la dette, en tant que telle, qui importe, mais sa coh\u00e9rence avec la prosp\u00e9rit\u00e9 et les revenus futurs. Cette dette ne finance d&rsquo;ailleurs plus des investissements mais des transferts sociaux. Au surplus, comment expliquer qu&rsquo;une crise de l\u2019endettement se r\u00e8gle \u00e0 coups de rigueur budg\u00e9taire et de ch\u00f4mage, c\u2019est-\u00e0-dire au d\u00e9triment de ceux qui devront la rembourser ? Comment sortirons-nous de ce pi\u00e8ge infernal ? Nombreux sont ceux qui invoquent la sortie \u00ab\u00a0par le haut et par l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb de l&rsquo;endettement public, c&rsquo;est-\u00e0-dire par la croissance (qui diminue le poids relatif de la dette publique) ou par l\u2019inflation (qui dilue la valeur de la dette). Malheureusement, il n&rsquo;y a pas de croissance et l&rsquo;obstination politique allemande \u00e9carte l\u2019inflation. Concr\u00e8tement, il faudra se pr\u00e9parer \u00e0 un effacement des dettes dans des pays faibles. Ce ne sera pas un d\u00e9faut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la dette europ\u00e9enne, mais des dissolutions et compensations nationales de dettes. La stup\u00e9fiante op\u00e9ration chypriote en est l\u2019exemple parfait. Mais il y aura d\u2019autres modalit\u00e9s : d\u00e9fauts (Gr\u00e8ce), annulation des dettes bancaires (Irlande) et confiscations (affectation obligatoire des pensions publiques au Portugal et r\u00e9serves d&rsquo;assurances en Hongrie).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-63846\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Couverture-choisie.png\" alt=\"Couverture choisie\" width=\"180\" height=\"285\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Mais un d\u00e9faut de paiement, ce serait une catastrophe pour les banques qui d\u00e9tiennent la dette mais aussi pour les particuliers, rentiers ou pas, qui d\u00e9tiennent des obligations \u00e9tatiques.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Paul Jorion\u00a0: <\/strong>C\u2019est toutefois la seule fa\u00e7on de remettre les compteurs \u00e0 z\u00e9ro et de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[3355,1436,2484,2671,142,3946,3947],"class_list":["post-70789","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","tag-penser-leconomie-autrement","tag-defaut","tag-defaut-generalise-de-la-zone-euro","tag-dette-perpetuelle","tag-dette-publique","tag-pe","tag-se"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70789","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70789"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70789\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":70791,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70789\/revisions\/70791"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}