{"id":70824,"date":"2014-11-13T23:34:04","date_gmt":"2014-11-13T22:34:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=70824"},"modified":"2014-11-19T16:28:33","modified_gmt":"2014-11-19T15:28:33","slug":"productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-iv-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/13\/productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-iv-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>Productivit\u00e9, comp\u00e9titivit\u00e9, emploi et \u00c9tat social (IV)<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. La premi\u00e8re partie est <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/10\/productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-i-par-michel-leis\/\">ici<\/a>, la seconde <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/11\/productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-ii-par-michel-leis\/\">ici<\/a> et la troisi\u00e8me <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/12\/productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-iii-par-michel-leis\/\">ici<\/a>. <\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Refonder un \u00c9tat social<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue de cette plong\u00e9e dans les m\u00e9canismes de la productivit\u00e9 et de la comp\u00e9titivit\u00e9, il ne peut subsister aucun doute\u00a0: le travail se rar\u00e9fie, la machine se substitue \u00e0 l\u2019homme ou l\u2019emploi s\u2019exporte vers des cieux o\u00f9 les salaires ne co\u00fbtent pas grand-chose. Ce n\u2019est pas une cons\u00e9quence in\u00e9luctable du progr\u00e8s technologique ou de la mondialisation, ce ne sont que des tactiques mises en \u0153uvre dans une lutte sans piti\u00e9 pour imposer des rapports de forces. Ceux-ci sont devenus la forme dominante des relations dans le monde \u00e9conomique, o\u00f9 pour l\u2019essentiel quelques entreprises dominantes raflent la mise et confisquent les profits \u00e0 leur seul b\u00e9n\u00e9fice. L\u2019\u00c9tat acc\u00e9l\u00e8re ce processus par des politiques inadapt\u00e9es dont les r\u00e9sultats profitent pour l\u2019essentiel \u00e0 ces m\u00eames entreprises dominantes.<\/p>\n<p>Il y a une cons\u00e9quence \u00e9vidente \u00e0 ces \u00e9volutions qui n\u2019est pourtant jamais \u00e9voqu\u00e9e par les gouvernements ou les partis dits de pouvoir. Beaucoup d\u2019\u00c9tats ont construit l\u2019essentiel de leurs politiques sociales gr\u00e2ce \u00e0 une solidarit\u00e9 fond\u00e9e sur l\u2019emploi<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref\">[i]<\/a>. Ces politiques sont financ\u00e9es par les cotisations sociales calcul\u00e9es sur la base des salaires, pour partie pay\u00e9es par l\u2019employeur, pour partie pay\u00e9es par les employ\u00e9s eux-m\u00eames. Ces sommes aboutissent directement dans les caisses des organismes charg\u00e9s d\u2019appliquer ces politiques,\u00a0comme la s\u00e9curit\u00e9 sociale ou les caisses de retraite. Reste qu\u2019avec un emploi qui diminue et va diminuer encore plus drastiquement dans les prochaines ann\u00e9es, il n\u2019y a plus de solidarit\u00e9 possible dans le syst\u00e8me actuel. C\u2019est une construction qui montre d\u00e9j\u00e0 ces limites dans le domaine des retraites ou du ch\u00f4mage. En France, le syst\u00e8me de sant\u00e9 survit gr\u00e2ce \u00e0 une exception partielle, la CSG (contribution sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e), qui s\u2019applique \u00e0 tous les types de revenus. Elle ne contribue cependant au financement de la S\u00e9curit\u00e9 sociale qu\u2019\u00e0 hauteur de 20.4\u00a0% et ne repr\u00e9sente que moins de la moiti\u00e9 des ressources issues des cotisations sociales et charges patronales per\u00e7ues sur les salaires (58.2\u00a0%).<\/p>\n<p><!--more-->\u00c0 cet effet direct sur les m\u00e9canismes sociaux existants, il faut ajouter que dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les revenus reposent avant tout sur le travail, la rar\u00e9faction de l\u2019emploi est un enjeu fondamental. Elle pose frontalement la question de l\u2019extension des m\u00e9canismes de redistribution et celui du partage du travail.<\/p>\n<p>On est \u00e0 la veille d\u2019un tournant politique majeur. La fiction d\u2019une r\u00e9sorption prochaine du ch\u00f4mage va bient\u00f4t voler en \u00e9clat avec une double cons\u00e9quence\u00a0: la rar\u00e9faction des ressources cens\u00e9es financer les d\u00e9penses sociales n\u2019est plus conjoncturelle (l\u2019a-t-elle jamais \u00e9t\u00e9\u00a0?), mais bien structurelle. Dans le m\u00eame temps, la hausse des d\u00e9penses sociales est in\u00e9luctable, ce qui va n\u00e9cessiter d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre des changements radicaux. On peut entrevoir deux options diam\u00e9tralement oppos\u00e9es pour faire face \u00e0 ces changements.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re option est la poursuite et le renforcement des politiques actuelles, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019abandon progressif de toute dimension sociale. Chaque renoncement est pr\u00e9sent\u00e9 comme un sacrifice n\u00e9cessaire pour pr\u00e9server l\u2019essentiel. Le laps de temps qui s\u2019\u00e9coule entre les mesures permet \u00e0 chacun de s\u2019habituer et consentir, avant de se voir soumis aux restrictions suivantes. Un jour, il ne restera rien \u00e0 d\u00e9fendre sinon soi-m\u00eame dans un monde qui ne sera plus qu\u2019une jungle, \u00e0 moins qu\u2019un pouvoir autoritaire ne maintienne l\u2019ordre \u00e0 tout prix. Dans ce contexte, les syst\u00e8mes d\u2019assurance individuels ne sont que des leurres puisqu\u2019ils reposent sur un acc\u00e8s de longue dur\u00e9e \u00e0 l\u2019emploi<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref\">[ii]<\/a>. C\u2019est l\u2019aboutissement logique d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur les rapports de forces. La question qui se pose est bien \u00e9videmment au b\u00e9n\u00e9fice de qui\u00a0? Malgr\u00e9 un discours populiste bien rod\u00e9 tenu par les nouveaux partis d\u2019extr\u00eame droite qui invoquent parfois l\u2019anticapitalisme, la r\u00e9alit\u00e9 est bien plus simple\u00a0: un ordre social fort est une n\u00e9cessit\u00e9 dans un contexte extr\u00eamement in\u00e9galitaire et il ne b\u00e9n\u00e9ficie qu\u2019\u00e0 ceux qui accumulent la richesse. L\u2019extr\u00eame droite est le vecteur naturel d\u2019un tel ordre social fort.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me option est de remettre \u00e0 plat le syst\u00e8me de financement des politiques sociales et des logiques qui sous-tendent le syst\u00e8me actuel. La politique sociale n\u2019est pas seulement un syst\u00e8me de solidarit\u00e9, c\u2019est un choix politique qui doit \u00eatre assum\u00e9 en tant que tel, que ce soit sur le plan des ressources ou celui des d\u00e9penses. Son financement ne peut \u00eatre fond\u00e9 sur une solidarit\u00e9 de statut\u00a0(fonctionnaire, salari\u00e9, artisan\u2026) : il concerne l\u2019ensemble de la nation. En d\u2019autres termes, c\u2019est un besoin accru de redistribution qui va n\u00e9cessiter d\u2019une part une hausse des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, et d\u2019autre part le d\u00e9passement du profit comme seul crit\u00e8re de gestion des entreprises.<\/p>\n<p>On peut essayer d\u2019esquisser les contours d\u2019un tel changement avec quelques propositions sur le financement ainsi que quelques id\u00e9es sur l\u2019emploi de ces ressources. En particulier, il me semble n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir une coh\u00e9rence entre les modes de financement, les objectifs poursuivis par une politique sociale et la mod\u00e9ration des rapports de forces \u00e9voqu\u00e9s dans le pr\u00e9c\u00e9dent billet. Il s\u2019agit de montrer qu\u2019il existe d\u2019autres alternatives possibles, bien plus r\u00e9alistes que les discours soi-disant gestionnaires qui nous sont propos\u00e9s par les partis de pouvoir actuels. Ces discours gestionnaires sacrifient le court terme sans pour autant proposer de solutions viables pour le long terme. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il faut poser un principe simple\u00a0: la ressource provient des imp\u00f4ts quelle que soient leur nature, l\u2019\u00c9tat alloue des moyens aux organismes qui g\u00e8rent les d\u00e9penses en fonction des politiques sociales. Le financement doit \u00eatre d\u00e9connect\u00e9 d\u2019un type de taxes sp\u00e9cifiques, en particulier celles qui sont li\u00e9es \u00e0 un statut.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 d\u00e9terminer comment, c\u2019est-\u00e0-dire redessiner un paysage fiscal qui procure des ressources suffisantes et qui r\u00e9ponde aux imp\u00e9ratifs de coh\u00e9rence entre les moyens (le financement) et des objectifs plus g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: L\u2019\u00c9tat social, la gestion du bien commun, une gestion durable. Il se doit d\u2019\u00eatre beaucoup plus simple dans la mise en \u0153uvre, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne doit pas multiplier les modes d\u00e9rogatoires et les exceptions, ces multiples niches fiscales qui font le bonheur des individus les plus fortun\u00e9s et des entreprises dominantes. Dans une telle approche, la part de la redistribution augmente de m\u00eame que l\u2019ensemble des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoire, c\u2019est le prix \u00e0 payer pour rester dans un \u00c9tat d\u00e9mocratique. Les propositions qui suivent ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 partiellement \u00e9voqu\u00e9es dans un <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=49947\">pr\u00e9c\u00e9dent billet<\/a>, mais elles restent plus que jamais d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re question est le remplacement des ressources issues des charges patronales pay\u00e9es sur les salaires. Il a souvent \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 dans ce blog diverses formes de taxes sur les robots ou les machines, mais les gains de productivit\u00e9 ne se limitent pas \u00e0 l\u2019automatisation, comme je l\u2019ai expliqu\u00e9 dans le premier billet de cette s\u00e9rie. La formule la plus simple me semble \u00eatre de cr\u00e9er une taxe sur le solde interm\u00e9diaire comptable \u00ab\u00a0Valeur ajout\u00e9e\u00a0\u00bb g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise. Le premier avantage, c\u2019est d\u2019augmenter l\u2019assiette imposable \u00e0 chaque fois qu\u2019il y a des gains de productivit\u00e9 bas\u00e9s sur la hausse de la Valeur ajout\u00e9e. Le deuxi\u00e8me avantage est de ne pas diminuer le montant des taxes collect\u00e9es si c\u2019est l\u2019emploi qui baisse<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref\">[iii]<\/a>. L\u2019important \u00e9tant d\u2019\u00e9viter l\u2019\u00e9vasion dans le circuit, en particulier quand la sous-traitance est r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et que les m\u00e9canismes de prix de transfert permettent de sortir le r\u00e9sultat de la maison m\u00e8re. Le troisi\u00e8me avantage, c\u2019est d\u2019\u00eatre totalement ind\u00e9pendant de l\u2019emploi en tant que base taxable\u00a0: \u00e0 l\u2019extr\u00eame, une entreprise enti\u00e8rement automatis\u00e9e g\u00e9n\u00e8re une valeur ajout\u00e9e et elle est donc soumise \u00e0 cette taxe. Par contre, cette taxe pourrait varier autour d\u2019un taux pivot en fonction de la politique sociale de l\u2019entreprise, en particulier sa mani\u00e8re de partager ou non le travail (le temps de travail effectif, la pyramide des \u00e2ges), d\u2019appliquer l\u2019\u00e9galit\u00e9 salariale homme femme, et sa politique salariale (l\u2019\u00e9cart entre le premier et le dernier d\u00e9cile, l\u2019\u00e9cart avec le dernier centile, les politiques de bonus), etc. \u00c0 la politique de niches et d\u2019emplois exempt\u00e9s qui permettait de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019effets d\u2019aubaine, on substitue un bilan social qui d\u00e9termine le taux appliqu\u00e9, mais qui favorise aussi une politique durable et permet d\u2019encourager une \u00e9volution positive ou de p\u00e9naliser une r\u00e9gression. Pour fixer les id\u00e9es, les charges patronales pay\u00e9es dans le secteur marchand repr\u00e9sentent aux environs de 20,2% de la Valeur ajout\u00e9e. On peut imaginer un taux pivot \u00e0 25% pour cette taxe sur la Valeur ajout\u00e9e g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019entreprise et des variations de +\/- 5% autour de ce taux pivot en fonction des politiques sociales. Un taux moyen qui passerait \u00e0 25% permettrait de d\u00e9gager plus de 62 milliards de revenus suppl\u00e9mentaires par an. Cela peut sembler une hausse brutale, mais pour m\u00e9moire, la part des salaires dans la valeur ajout\u00e9e a baiss\u00e9 de pr\u00e8s de 10% entre le maximum de la fin des ann\u00e9es 70 et le point bas, l\u2019effort ne semble donc pas insurmontable.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, la suppression des charges salariales pay\u00e9es par l\u2019employ\u00e9, remplac\u00e9es pas l\u2019imp\u00f4t sur le revenu dont le bar\u00e8me est revu en cons\u00e9quence. Pr\u00e9lev\u00e9 \u00e0 la source quel que soit le type de revenu, il alimente un pr\u00e9compte fiscal<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref\">[iv]<\/a> dont le solde est revu apr\u00e8s le calcul du taux effectif de l\u2019imp\u00f4t. Il est bien \u00e9videmment progressif, il repose sur un bar\u00e8me unique dont le taux est calcul\u00e9 en fonction de l\u2019ensemble des revenus. Cela veut dire qu\u2019il existe un taux pour les plus bas salaires (et qui remplace les actuelles charges sociales) et qu\u2019une personne qui serait soumise \u00e0 un taux de 50\u00a0% se voit appliquer ce taux sur l\u2019ensemble de ses revenus\u00a0: travail + capital (quelle que soit la nature des revenus du capital). Plus encore que le taux maximum, c\u2019est aussi la politique des niches fiscales qu\u2019il faut supprimer, car c\u2019est l\u2019une des principales sources d\u2019in\u00e9galit\u00e9 devant l\u2019imp\u00f4t. Une telle politique permet de r\u00e9partir plus justement la charge, avec un taux effectif qui serait moins \u00e9lev\u00e9 que les actuelles charges sociales sur les plus bas salaires et une contribution de l\u2019ensemble des revenus.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, l\u2019imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices. L\u00e0 encore, ce n\u2019est pas seulement le taux appliqu\u00e9 qui est en cause, mais bien la multiplication des niches fiscales qui permettent une optimalisation de grande ampleur, ainsi que l\u2019\u00e9vasion fiscale pratiqu\u00e9e \u00e0 grande \u00e9chelle. Comme pour la taxe sur la valeur ajout\u00e9e g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019entreprise, on peut imaginer de faire varier les taux autour d\u2019un taux pivot en fonction de bilans annexes sur l\u2019\u00e9cologie et l\u2019\u00e9nergie qui viendraient s\u2019ajouter au bilan comptable. Si les valeurs cibles pour ces bilans annexes d\u00e9pendent du secteur d\u2019activit\u00e9, une \u00e9volution positive peut \u00eatre aussi r\u00e9compens\u00e9e. Reste l\u2019\u00e9vasion fiscale organis\u00e9e qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une tol\u00e9rance incompr\u00e9hensible de la part des autorit\u00e9s et d\u2019une fraction du public. Imagine-t-on un voleur d\u00e9rober le contenu d\u2019un appartement, puis quelques ann\u00e9es plus tard, se sentant cern\u00e9 par la police, n\u2019en restituer qu\u2019une partie \u00e0 son propri\u00e9taire et \u00eatre quitte de toutes poursuites\u00a0? C\u2019est pourtant ce qui se passe de mani\u00e8re \u00e0 peine caricaturale avec des n\u00e9gociations pour solde tout compte quand le montant du d\u00e9tournement est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. C\u2019est \u00e0 cette tol\u00e9rance qu\u2019il faut mettre fin de m\u00eame qu\u2019il faut mettre fin \u00e0 l\u2019\u00e9cart que l\u2019on observe entre entreprises dominantes et la moyenne des entreprises.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me pilier du financement\u00a0: l\u2019imp\u00f4t sur le capital. Thomas Piketty a largement d\u00e9velopp\u00e9 dans son essai<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref\">[v]<\/a> la n\u00e9cessit\u00e9 de cet imp\u00f4t afin de contrer des m\u00e9canismes d\u2019accumulation de plus en plus in\u00e9galitaire. Ce serait aussi une source de financement r\u00e9guli\u00e8re dans le cadre d\u2019une politique fiscale destin\u00e9e \u00e0 refonder l\u2019\u00c9tat social. On peut aussi le suivre dans l\u2019id\u00e9e d\u2019une contribution exceptionnelle du capital qui permettrait de remettre \u00ab\u00a0les compteurs \u00e0 z\u00e9ro\u00a0\u00bb et d\u2019apurer pour partie la dette de l\u2019\u00c9tat en compl\u00e9ment d\u2019un d\u00e9faut partiel d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 sur le blog.<\/p>\n<p>Dans ce paysage fiscal, il est n\u00e9cessaire aussi de combattre la tendance \u00e0 cr\u00e9er des gains de productivit\u00e9 en exportant le travail dans des pays o\u00f9 la main-d\u2019\u0153uvre est tr\u00e8s bon march\u00e9. Le recours \u00e0 la sous-traitance est une tendance forte en ce qui concerne la norme de production, et la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un rapport de force tr\u00e8s favorable pousse aux d\u00e9localisations. L\u2019un des enjeux majeurs est le faible co\u00fbt du transport, qu\u2019il soit physique ou de donn\u00e9es. <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=64174\">Taxer les transport<\/a>s est une double n\u00e9cessit\u00e9\u00a0: d\u2019une part cela permet de limiter le recours \u00e0 la sous-traitance, d\u2019autre part, cela r\u00e9pond \u00e0 des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9cologiques. On peut imaginer pour les transports physiques une taxation inversement proportionnelle au co\u00fbt des marchandises transport\u00e9es et proportionnelle \u00e0 la distance. Pour les transports de donn\u00e9es, c\u2019est une taxation au volume de donn\u00e9es avec une franchise qui pourrait \u00eatre appliqu\u00e9. Il faudrait aussi pouvoir taxer en fonction des pays d\u2019origine (ce qui est malheureusement en dehors du cadre europ\u00e9en), sur la base des politiques fiscales et sociales. Afin de favoriser les pays faisant des efforts pour s\u2019am\u00e9liorer dans ce domaine, des accords d\u00e9rogatoires et temporaires pourraient \u00eatre conclus avec des points d\u2019\u00e9tapes permettent ou non la poursuite d\u2019un tel accord.<\/p>\n<p>S\u2019agissant du partage du travail, il reste \u00e0 nous responsabiliser sur nos propres comportements, quand nous c\u00e9dons un peu trop \u00e0 la facilit\u00e9. Les transactions automatiques, le commerce sur Internet devraient \u00eatre tax\u00e9s pour contribuer au financement de la redistribution, solidarit\u00e9 d\u2019autant plus n\u00e9cessaire que nous encourageons l\u2019automatisation et la disparition de l\u2019emploi par nos propres comportements.<\/p>\n<p>Reste la TVA qui est l\u2019un des gros contributeurs au budget de l\u2019\u00c9tat. C\u2019est un imp\u00f4t injuste. Pour les classes les plus d\u00e9favoris\u00e9es, tout le budget des m\u00e9nages passe dans la consommation et la TVA s\u2019applique donc \u00e0 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des d\u00e9penses. Pourtant, le remplacement de la TVA par un autre imp\u00f4t n\u00e9cessite une r\u00e9flexion de grande ampleur, tant les montants collect\u00e9s sont \u00e9normes. Il est quand m\u00eame possible d\u2019augmenter les recettes en ce domaine de mani\u00e8re plus juste en r\u00e9tablissant un taux de TVA sp\u00e9cifique sur la consommation de luxe, comme ce fut le cas par le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas ici de faire le panorama complet des ressources fiscales, mais juste de montrer comment celles-ci peuvent \u00eatre augment\u00e9es et d\u00e9coupl\u00e9es des revenus du travail pour cr\u00e9er une solidarit\u00e9 qui ne soit pas fond\u00e9e sur l\u2019emploi. Reste \u00e0 d\u00e9finir quelques axes dans l\u2019optique d\u2019une redistribution des revenus et de l\u2019emploi dans un contexte o\u00f9 le travail dispara\u00eet.<\/p>\n<p>Si l\u2019on se place dans un contexte o\u00f9 l\u2019emploi se rar\u00e9fie sans dispara\u00eetre totalement, il faut \u00e9viter deux situations \u00e9galement pr\u00e9judiciables. Le premier risque, c\u2019est le partage du travail subi, sur des crit\u00e8res qui sont \u00e0 la discr\u00e9tion des entreprises\u00a0: \u00e2ge, salaire, comp\u00e9tence sp\u00e9cifique, etc\u2026 Le deuxi\u00e8me risque est celui que la rar\u00e9faction des emplois s\u2019accompagne de la d\u00e9gradation des rapports de force au d\u00e9triment des salari\u00e9s, avec pour corollaire une baisse des salaires. Il me semble que la meilleure mani\u00e8re de combattre de tels risques est de rar\u00e9fier l\u2019offre de travail. Il n\u2019est nul besoin d\u2019imaginer des politiques compliqu\u00e9es en la mati\u00e8re, il suffit de raccourcir drastiquement les carri\u00e8res, ce qui est possible avec un financement qui n\u2019est plus seulement fond\u00e9 sur la solidarit\u00e9 entre salari\u00e9s. On peut imaginer revenir \u00e0 une retraite \u00e0 taux plein \u00e0 partir de X ann\u00e9es de cotisations (35 ans\u00a0?), \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des politiques actuelles. Combin\u00e9 avec une r\u00e9duction du temps de travail et une possibilit\u00e9 d\u2019interruption de carri\u00e8re financ\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, on peut imaginer se retrouver dans une situation de plein emploi avec un nombre d\u2019emplois offerts et de candidats pour ces emplois beaucoup plus r\u00e9duit, combinant ainsi le partage du travail et la redistribution des revenus.<\/p>\n<p>Il existe aujourd\u2019hui deux familles d\u2019alternatives face \u00e0 l\u2019explosion du ch\u00f4mage et ses cons\u00e9quences pr\u00e9visibles. On peut r\u00e9duire drastiquement le p\u00e9rim\u00e8tre social de l\u2019\u00c9tat, au nom du \u00ab\u00a0TINA\u00a0\u00bb, et se retrouver \u00e0 terme dans un \u00c9tat policier, garantissant une paix civile impos\u00e9e. \u00c0 moins qu\u2019une jungle libertarienne finisse par voir le jour, o\u00f9 l\u2019ordre sera simplement impos\u00e9 par la loi du plus fort. L\u2019autre direction est de refonder un \u00c9tat social en changeant une m\u00e9canique au bout du rouleau. J\u2019ai propos\u00e9 dans le dernier billet de cette s\u00e9rie une vision possible de cette refonte, il y en a s\u00fbrement d\u2019autres et diff\u00e9rents arbitrages possibles\u2026 Il existe donc bien des alternatives, mais reste-t-il une voix \u00e0 gauche pour les porter\u00a0?<\/p>\n<p>____________<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn1\">[i]<\/a> Le plus souvent parce que les caisses de solidarit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es par les salari\u00e9s<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn2\">[ii]<\/a> Auquel s\u2019ajoute un effet direct sur les attentes de profit, puisqu\u2019une retraite par capitalisation n\u00e9cessite des rendements \u00e9lev\u00e9s sur une longue p\u00e9riode.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn3\">[iii]<\/a> Elles augmenteraient m\u00eame avec le m\u00e9canisme de p\u00e9nalit\u00e9s en fonction du bilan social.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn4\">[iv]<\/a> C\u2019est le mode de fonctionnement de la plupart des pays qui pr\u00e9l\u00e8vent \u00e0 la source, avec un ajustement r\u00e9alis\u00e9 apr\u00e8s le calcul effectif du taux d\u2019imposition en tenant compte de l\u2019ensemble des revenus. Dans le cadre d\u2019un bar\u00e8me progressif et de revenus mixtes (travail + capital), le montant total des revenus n\u2019appara\u00eet effectivement qu\u2019en fin d\u2019exercice fiscal.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn5\">[v]<\/a> \u00ab\u00a0Le Capital au XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. La premi\u00e8re partie est <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/10\/productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-i-par-michel-leis\/\">ici<\/a>, la seconde <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/11\/productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-ii-par-michel-leis\/\">ici<\/a> et la troisi\u00e8me <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/12\/productivite-competitivite-emploi-et-etat-social-iii-par-michel-leis\/\">ici<\/a>. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Refonder un \u00c9tat social<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue de cette plong\u00e9e dans les m\u00e9canismes de la productivit\u00e9 et de la comp\u00e9titivit\u00e9, il ne peut subsister aucun doute\u00a0: le travail se rar\u00e9fie, la machine se substitue \u00e0 l\u2019homme ou l\u2019emploi [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,102],"tags":[],"class_list":["post-70824","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70824","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70824"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70824\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":70925,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70824\/revisions\/70925"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70824"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70824"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70824"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}