{"id":7086,"date":"2010-01-24T10:30:09","date_gmt":"2010-01-24T09:30:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=7086"},"modified":"2010-01-24T11:54:11","modified_gmt":"2010-01-24T10:54:11","slug":"lactualite-de-la-crise-la-crise-de-societe-americaine-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/01\/24\/lactualite-de-la-crise-la-crise-de-societe-americaine-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: la crise de soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>LA CRISE DE SOCIETE AMERICAINE<\/strong><\/p>\n<p>Une bagarre \u00e0 l\u2019issue incertaine est en cours \u00e0 Washington, l\u00e0  o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas. Elle a pour cadre le S\u00e9nat et pour objet la confirmation de la nomination \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Fed, pour un second mandat, de Ben Bernanke. Un vote pourrait intervenir \u00e0 partir de mercredi prochain, alors que le mandat en cours se termine le 31 janvier, le calendrier est donc serr\u00e9. Ce qui est le plus significatif, dans cette situation que nul n\u2019aurait pr\u00e9dit il y a quelques semaines, c\u2019est que les votes qui pourraient manquer \u00e0 Ben Bernanke viennent \u00e0 la fois du camp d\u00e9mocrate et de celui des r\u00e9publicains. Prenant doublement \u00e0 revers Barack Obama, qui a r\u00e9affirm\u00e9 son soutien \u00e0 son candidat et pourrait le voir d\u00e9fait, et qui peut constater que l\u2019alliance bipartisane dont il n\u2019a cess\u00e9 de se revendiquer depuis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, cherchant l\u2019appui \u00e0 la fois des d\u00e9mocrates et des r\u00e9publicains, se constitue bien, mais contre lui en l\u2019occurrence ! <\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas non plus un des moindre paradoxes de la situation politique Am\u00e9ricaine actuelle que de constater que le pr\u00e9sident assure de son soutien, pour diriger la Fed &#8211; principal artisan et bailleur de fonds du sauvetage du syst\u00e8me financier &#8211; un homme qui \u00e9tait aux commandes durant toute la p\u00e9riode de mont\u00e9e en puissance de la crise et n\u2019a rien fait pour l\u2019endiguer. Alors qu\u2019il a entrepris depuis peu, en proposant une taxation des m\u00e9gabanques, puis dans la foul\u00e9e un projet de restriction de certaines de leurs activit\u00e9s (\u00e0 la port\u00e9e toutefois ind\u00e9cise), une v\u00e9ritable croisade contre ce que repr\u00e9sente ce m\u00eame candidat, qui \u00e9tait et reste l\u2019homme de Wall Street. <\/p>\n<p><!--more-->Dans ces conditions, il est loisible de s\u2019interroger sur la sinc\u00e9rit\u00e9 et l\u2019ampleur du tournant que semble prendre Barack Obama, qui serait plus cr\u00e9dible s\u2019il \u00e9tait assorti de modifications de son \u00e9quipe \u00e9conomique, alors que les r\u00e9serves au nouveau cours de certains de ses piliers, s\u2019expriment en priv\u00e9 \u00e0 d\u00e9faut de le faire devant les micros. D\u2019autant que le dernier plan de restriction des activit\u00e9s bancaires, qui \u00e0 l\u2019habitude du pr\u00e9sident n\u2019a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 que dans ses grandes lignes, laisse beaucoup de grain \u00e0 moudre dans tous ses tiroirs pour de futures n\u00e9gociations en vue de son passage devant le Congr\u00e8s. A moins qu\u2019une acc\u00e9l\u00e9ration n\u2019intervienne, amenant Barack Obama a proc\u00e9der par d\u00e9crets pr\u00e9sidentiels, ce qui serait alors un vrai tournant, que rien ne permet de pronostiquer dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses.  <\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9e depuis Washington, la vie politique am\u00e9ricaine est entr\u00e9e dans une phase faite \u00e0 la fois de grandes incertitudes et d\u2019une inconnue majeure\u00a0: jusqu\u2019o\u00f9 est pr\u00eat \u00e0 aller Barack Obama &#8211; qui s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se battre &#8211; afin de reconqu\u00e9rir un \u00e9lectorat qui lui a fait brutalement d\u00e9faut dans le Massachusetts \u00a0? Le sentiment dominant \u00e9tant que la bagarre qui s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 l\u2019initiative du pr\u00e9sident &#8211; qui a besoin de reprendre l\u2019initiative pour n\u00e9gocier sur la base d\u2019un meilleur rapport de force, ne semblant ainsi pas vouloir mettre en cause sa strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale &#8211; est d\u00e9sormais porteuse de d\u00e9rapages potentiels, car il faut \u00eatre deux pour se marier et le pr\u00e9tendant r\u00e9publicain s\u2019obstine \u00e0 se d\u00e9rober. Dix mois mouvement\u00e9s sont en tout \u00e9tat de cause devant nous, jusqu\u2019aux <i>midterms<\/i> de novembre prochain, pour que le paysage s\u2019\u00e9claircisse.<\/p>\n<p>Les r\u00e9actions des r\u00e9publicains enregistr\u00e9es \u00e0 ce jour, ainsi que celles peu nombreuses des repr\u00e9sentants des m\u00e9gabanques, sont prudentes et semblent montrer que les uns et les autres ne souhaitent pas d\u2019affrontement au grand jour. Ils privil\u00e9gient une autre tactique, qui a si bien r\u00e9ussi jusqu\u2019\u00e0 maintenant aux m\u00e9gabanques. Pour ces derni\u00e8res, il va s\u2019agir de mener une nouvelle guerre d\u2019usure, de toute la puissance de leur action de lobbying, s\u2019appuyant sur leurs hommes au Congr\u00e8s, ayant pour objectif de mener \u00e0 bien un v\u00e9ritable travail de sape afin de bloquer ou d\u2019\u00e9dulcorer des projets qu\u2019ils consid\u00e8rent comme contraires \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats, de leur retirer leur substance afin de n\u2019en garder que l\u2019enveloppe. Les r\u00e9publicains, quant \u00e0 eux, pris dans un dilemme, ne pouvant s\u2019afficher ouvertement en faveur des m\u00e9gabanques, mais ne voulant pas davantage avaliser les plans d\u2019Obama. <\/p>\n<p>Ces jeux \u00e0 venir, qui se voudraient la r\u00e9plique de ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9s de succ\u00e8s, \u00e0 propos des projets de loi de r\u00e9gulation financi\u00e8re et de r\u00e9forme de la sant\u00e9, risquent toutefois d\u2019\u00eatre perturb\u00e9s dans leur d\u00e9roulement. Car si une le\u00e7on peut \u00eatre tir\u00e9e des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es au S\u00e9nat par Ben Bernanke, c\u2019est que celles-ci proviennent principalement de s\u00e9nateurs &#8211; quel que soit leur bord &#8211; qui doivent se pr\u00e9senter prochainement devant leurs \u00e9lecteurs, dont ils redoutent le verdict. Washington ne peut pas ignorer ce qui se passe dans le pays, l\u2019opinion de Main Street telle qu\u2019on la d\u00e9nomme, dont la traduction en terme politique est devenue une inconnue redout\u00e9e. Ni les membres du Congr\u00e8s, ni le pr\u00e9sident lui-m\u00eame ne peuvent le faire, comme ce dernier vient avec \u00e9loquence de le d\u00e9montrer. Les acteurs de la vie politique jouent sur un plateau leur partie, mais ils doivent tenir compte des r\u00e9actions de la salle, ne pouvant pas toujours tout r\u00e9gler en coulisses. Si une chose est certaine dans la situation actuelle, c\u2019est bien que le poids de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine en crise est en train de s\u2019affirmer. Ce qui l\u2019est moins, c\u2019est ce qu\u2019elle va susciter. <\/p>\n<p>La crise, en effet, n\u2019est pas seulement \u00e9conomique et sociale, faite de saisies immobili\u00e8res qui se poursuivent et d\u2019un ch\u00f4mage qui s\u2019installe, de la poursuite des faillites des banques r\u00e9gionales et des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les PME pour obtenir des cr\u00e9dits, ou bien de la situation financi\u00e8re tr\u00e8s tendue de grands Etats et de grandes m\u00e9tropoles. Aboutissant \u00e0 une situation in\u00e9dite\u00a0: le pouvoir d\u2019achat des classes moyennes, pris globalement, est durablement menac\u00e9, son financement par le cr\u00e9dit n\u2019\u00e9tant plus assur\u00e9, les d\u00e9s\u00e9quilibrant sans r\u00e9mission. La crise qui les atteint est aussi id\u00e9ologique, mettant en cause ce qu\u2019il \u00e9tait convenu de consid\u00e9rer \u00eatre leurs <i>valeurs<\/i>, leur ciment, leur endoctrinement et croyance dans les vertus in\u00e9galables de la libre entreprise, de la concurrence et du libre exercice du march\u00e9, de la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine. Une situation qui n\u2019a eu comme pr\u00e9c\u00e9dent r\u00e9cent, mais moins d\u00e9vastateur, que la contestation profonde de la guerre men\u00e9e au Viet-Nam qui avait travers\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re, et qui pourrait m\u00eame rel\u00e9guer au second plan le grand traumatisme du 11 septembre, avec tout ce qu\u2019il a d\u00e9clench\u00e9 et permis de changements profonds au sein de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>D\u2019autant que des contradictions se d\u00e9veloppent au sein de l\u2019administration, qui vont \u00e9galement jouer leur r\u00f4le, aux luttes d\u2019influence se succ\u00e9dant des luttes de succession. Celle de Ben Bernanke pourrait donc se r\u00e9v\u00e9ler ouverte, de m\u00eame que celle de Tim Geithner, secr\u00e9taire au Tr\u00e9sor, qui va avoir beaucoup de mal \u00e0 sortir du pi\u00e8ge dans lequel il est tomb\u00e9 \u00e0 propos du sauvetage de m\u00e9gabanques via le renflouement d\u2019AIG. Elisabeth Warren a certes peu de chances de prendre la direction de la future agence de protection des consommateurs, la cr\u00e9ation de celle-ci risquant de faire les frais d\u2019un accord global avec les t\u00e9nors du S\u00e9nat. Mais Sheila Bair, pr\u00e9sidente du FDIC continue de faire campagne et se verrait toujours bien prendre la succession de Tim Geithner. <\/p>\n<p>Il est par ailleurs in\u00e9vitable que des r\u00e9v\u00e9lations sortent, \u00e0 la faveur de telle ou telle audition devant les diff\u00e9rentes commissions qui les multiplient, ou bien d&rsquo;enqu\u00eates journalistiques en cours, contribuant \u00e0 d\u00e9stabiliser les acteurs du sauvetage des m\u00e9gabanques et de ses conditions scabreuses, alors que la situation \u00e9conomique et sociale p\u00e8se lourdement et que les m\u00e9gabanques paradent, faisant preuve d&rsquo;un \u00e9tonnant manque de sens politique pour qui ne comprend pas le monde fern\u00e9 dans lequel ses cadres vivent. Cette situation, \u00e0 elle seule, est difficilement tenable si le sort des victimes de la crise ne s&rsquo;am\u00e9liore pas substantiellement, or cela n&rsquo;en prend pas le chemin. <\/p>\n<p>Tout ceci va cr\u00e9er des ouvertures pouvant d\u00e9jouer les calculs des uns et des autres. Deux analyses sont \u00e0 ce stade possibles, un choix entre elles deux encore impossible. On peut soit penser que Barack Obama va multiplier les d\u00e9clarations fortes &#8211; comme il vient de les renouveler \u00e0 propos de la d\u00e9cision de la Cour Supr\u00eame d\u2019ouvrir en grand les vannes du soutien financier des entreprises au monde politique &#8211; tout en n\u00e9gociant de nouveaux reculs sur les r\u00e9formes en cours, afin de leur faire passer le barrage du S\u00e9nat, aboutissant au final \u00e0 des ersatz de r\u00e9formes et prenant de ce point de vue un risque \u00e9lectoral majeur pour le renouvellement de son mandat. Soit, au contraire, qu\u2019il va \u00eatre amen\u00e9, dans la logique de ses derni\u00e8res prises de position, pouss\u00e9 par son \u00e9lectorat, harcel\u00e9 par une opposition voulant le d\u00e9faire et le laisser sans pouvoir \u00e0 la faveur des <i>midterms<\/i>, a d\u00e9fendre ses propres projets et \u00e0 les imposer. Ce qui supposera de changer d\u2019\u00e9quipe \u00e9conomique, de proc\u00e9der par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel ou de menacer clairement de le faire. De changer de strat\u00e9gie, par la force des circonstances. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>LA CRISE DE SOCIETE AMERICAINE<\/strong><\/p>\n<p>Une bagarre \u00e0 l\u2019issue incertaine est en cours \u00e0 Washington, l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas. Elle a pour cadre le S\u00e9nat et pour objet la confirmation de la nomination \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Fed, pour un second mandat, de Ben Bernanke. Un vote pourrait intervenir \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,18,17],"tags":[98,61,122,4475,195,289,286,285,290,288,275,287],"class_list":["post-7086","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-monde-financier","category-politique","tag-barack-obama","tag-ben-bernanke","tag-elizabeth-warren","tag-etats-unis","tag-fed","tag-midterms","tag-reforme-bancaire","tag-reforme-de-la-sante","tag-senat","tag-sheila-bair","tag-taxation-des-banques","tag-tim-geithner"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7086","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7086"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7086\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7108,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7086\/revisions\/7108"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}