{"id":70979,"date":"2014-11-21T10:34:00","date_gmt":"2014-11-21T09:34:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=70979"},"modified":"2014-11-23T23:20:54","modified_gmt":"2014-11-23T22:20:54","slug":"interstellar-assumer-plutot-detre-dici-terrien-par-marc-peltier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/21\/interstellar-assumer-plutot-detre-dici-terrien-par-marc-peltier\/","title":{"rendered":"<b><em>Interstellar<\/em> &#8211; Assumer plut\u00f4t d\u2019\u00eatre d\u2019ici : Terrien<\/b>, par Marc Peltier"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je suis en dissonance par rapport \u00e0 beaucoup de ce que je lis ici \u00e0 propos du film \u00ab\u00a0Interstellar\u00a0\u00bb. A force de lire les billets et les commentaires, j\u2019en suis venu \u00e0 penser que mes r\u00e9ticences m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre dites, nonobstant l\u2019avis exprim\u00e9 par Paul Jorion, pour qui les spectateurs se diviseront en deux cat\u00e9gories, ceux qui n\u2019y comprendront que pouic, et ceux qui y verront une grande \u0153uvre en r\u00e9sonance particuli\u00e8re avec ce qui s\u2019\u00e9crit sur ce blog. Je proteste en tant que tiers exclu\u00a0!\u00a0\ud83d\ude09<\/p>\n<p>La science-fiction permet de faire des \u00ab\u00a0exp\u00e9riences de pens\u00e9e\u00a0\u00bb, et d\u2019explorer des hypoth\u00e8ses utopiques ou u-chroniques sur un mode plus l\u00e9ger que l\u2019essai, en gardant la possibilit\u00e9 de mobiliser d\u2019autres voies de la compr\u00e9hension, comme la po\u00e9sie, ou l\u2019\u00e9motion. Le genre suppose que l\u2019on s\u2019affranchisse de certaines contraintes de la r\u00e9alit\u00e9, pour pouvoir mettre en sc\u00e8ne une probl\u00e9matique int\u00e9ressante. Mais il n\u2019est pas question pour autant d\u2019abandonner toute coh\u00e9rence logique ou scientifique, car alors il ne s\u2019agit plus de science-fiction, mais de fantasmagorie magique. \u00ab\u00a0Harry Potter\u00a0\u00bb ne rel\u00e8ve pas de la science-fiction, c\u2019est \u00e9vident.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Tout est donc affaire de dosage, et surtout de circonscription des hypoth\u00e8ses imm\u00e9diatement non r\u00e9alistes. On peut s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui r\u00e9sulterait de telle ou telle impossibilit\u00e9 physique devenue possible, mais quand les probl\u00e8mes soulev\u00e9s s\u2019empilent en relevant tous d\u2019un \u00ab\u00a0Et pourquoi pas, puisque c\u2019est de la science-fiction\u00a0?\u00a0\u00bb, pr\u00e9cis\u00e9ment, ce n\u2019en est plus. C\u2019est du \u00ab\u00a0Harry Potter\u00a0\u00bb \u00e0 la sauce scientifique : on sollicite notre empathie, notre capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9merveillement, notre go\u00fbt du conte \u00e9pique, des r\u00e9sonances po\u00e9tiques que les questions scientifiques suscitent, mais ce n&rsquo;est pas de la science-fiction. Interstellar nous fait traverser les trous de ver, entrer et sortir d\u2019un trou noir et communiquer \u00e0 travers son horizon, et nous promener physiquement d\u2019un univers d\u2019Everett \u00e0 l\u2019autre. \u00c7a fait beaucoup\u00a0! Quand, comme spectateur, je me dis \u00e0 chaque plan \u00ab\u00a0au point o\u00f9 on en est, pourquoi pas\u00a0?\u00a0\u00bb, mon int\u00e9r\u00eat pour la partie \u00ab\u00a0science-fiction\u00a0\u00bb s\u2019effiloche. Quand le film nous place dans des situations qui impliquent des probl\u00e9matiques scientifiques av\u00e9r\u00e9es, mais qui forment pr\u00e9cis\u00e9ment un d\u00e9bat scientifique en cours, sans assumer en aucune fa\u00e7on le minimum de coh\u00e9rence qui permettrait de mettre en sc\u00e8ne la probl\u00e9matique consid\u00e9r\u00e9e, ou les enjeux intellectuels, je ressens cela comme de la simple cuistrerie, qui devient parfois cocasse quand elle est confront\u00e9e aux trivialit\u00e9s romanesques du sc\u00e9nario \u00ab\u00a0made in USA\u00a0\u00bb (La banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e plant\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la suppos\u00e9e seule survivante de toute l\u2019humanit\u00e9, perdue de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019univers, fallait oser\u00a0!).<\/p>\n<p>En outre, en bon lecteur de Paul Jorion, j&rsquo;ai eu un sourire amus\u00e9 en voyant que la survie de l&rsquo;humanit\u00e9 d\u00e9pendait finalement d&rsquo;une \u00e9quation&#8230; \ud83d\ude09<\/p>\n<p>Pour ces raisons (simplement \u00e9voqu\u00e9es, car je pourrais m\u2019\u00e9tendre), je ne vois pas, pour ma part, \u00ab\u00a0Interstellar\u00a0\u00bb comme \u00e9tant d\u2019un int\u00e9r\u00eat majeur <i><span style=\"text-decoration: underline;\">en tant que film de science-fiction<\/span><\/i>.<\/p>\n<p>Il reste que c\u2019est un film d\u2019un certain souffle, et je suis assez d\u2019accord avec ce qu\u2019en dit Steve Bottacin\u00a0: un film masculin, am\u00e9ricain, \u00ab\u00a0yang\u00a0\u00bb, qui glorifie la qu\u00eate prom\u00e9th\u00e9enne, la filiation, et surtout la volont\u00e9 de ne jamais renoncer\u00a0: \u00ab\u00a0<i>N\u2019entre pas consentant dans cette bonne nuit<\/i>\u00a0\u00bb. Rien que pour cette jolie phrase, je pardonne beaucoup au film\u2026<\/p>\n<p>Venons-en \u00e0 la question que je souhaite discuter, puisqu\u2019elle est sous-jacente \u00e0 la plupart des commentaires\u00a0: le film met sans ambages sous le nez du public, qui en est tout ahuri, la possibilit\u00e9 r\u00e9elle que notre plan\u00e8te devienne inhabitable pour nous, et qu\u2019il n\u2019y ait d\u2019autre choix que de la quitter ou de dispara\u00eetre comme esp\u00e8ce. Or je ne crois pas \u00e0 la disparition de notre esp\u00e8ce \u00e0 un horizon de temps \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb, et surtout, je pense totalement absurde l\u2019id\u00e9e que l\u2019on puisse s\u2019extraire de la biosph\u00e8re dans laquelle nous avons \u00e9volu\u00e9, et qui nous ont fait ce que nous sommes.<\/p>\n<p>Qu\u2019il soit tr\u00e8s clair d\u2019embl\u00e9e que, comme nous tous sur ce blog, je crois in\u00e9vitable une Grande Crise de l\u2019Humanit\u00e9 \u00e0 \u00e9chelle de cinquante ans (le soliton), qui s\u2019accompagnera malheureusement d\u2019une crise majeure de la biosph\u00e8re. L\u2019humanit\u00e9 pourrait conna\u00eetre une d\u00e9population massive, et en sortir dans un \u00e9tat de civilisation tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9. C\u2019est bien assez grave\u00a0!<\/p>\n<p>Pour autant, l\u2019hypoth\u00e8se que la terre devienne moins habitable pour nous que quelque autre endroit que ce soit, ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019analyse. Je veux surtout mettre en cause\u00a0l\u2019id\u00e9e que l\u2019on pourrait partir ailleurs, o\u00f9 que ce soit ailleurs.<\/p>\n<p>On peut \u00e9carter un moment, au nom d\u2019une science-fiction utile comme \u00e9voqu\u00e9e plus haut, les impossibilit\u00e9s, pourtant de bon sens, li\u00e9es \u00e0 la physique connue (\u00e9nergie, temps, etc\u2026), et \u00e0 l\u2019imminence de ce qui nous menace, qui nous laisse peu le loisir d\u2019explorer des plan\u00e8tes situ\u00e9es \u00e0 plusieurs dizaines d\u2019ann\u00e9es-lumi\u00e8re. Ma critique de l\u2019id\u00e9e de partir coloniser les \u00e9toiles se fonde plus profond\u00e9ment sur une repr\u00e9sentation de ce qu\u2019est l\u2019homme.<\/p>\n<p>Une telle id\u00e9e d\u2019\u00e9vasion de la biosph\u00e8re montre que l\u2019on se pense toujours, en tant qu\u2019humain, comme radicalement \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb de la nature, et capable de s\u2019en extraire \u00e0 volont\u00e9.<\/p>\n<p>Imaginer quitter la plan\u00e8te, c\u2019est prolonger d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s na\u00efve un \u00ab\u00a0Go West\u00a0\u00bb qui structure profond\u00e9ment notre imaginaire. C\u2019est consid\u00e9rer que nous pouvons transposer le concept d\u2019esp\u00e8ce colonisatrice hors des fronti\u00e8res de la biosph\u00e8re sans qu\u2019il perde sa substance.\u00a0C\u2019est tout simplement ne pas avoir int\u00e9gr\u00e9 que cette plan\u00e8te finie, contingente, celle-l\u00e0 et pas une autre, sur laquelle nous avons tous co-\u00e9volu\u00e9 depuis 3,5 milliards d\u2019ann\u00e9es, fait inexorablement partie de nous.<\/p>\n<p>Etre humain, c\u2019est \u00eatre d\u2019ici, terrien, avec des os dimensionn\u00e9s\u00a0pour 1 g de gravit\u00e9 tout juste, des r\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens faits pour ce soleil, pas un autre, des poumons adapt\u00e9s \u00e0 cette atmosph\u00e8re, telle qu\u2019elle est aujourd\u2019hui, c\u2019est avoir un m\u00e9tabolisme qui est enchev\u00eatr\u00e9 avec celui de tous les autres organismes terriens qui ont co-\u00e9volu\u00e9 avec nous, c\u2019est \u00eatre d\u00e9pendant de cette humidit\u00e9, ces saisons, cette dur\u00e9e du jour, etc, etc, et probablement, c\u2019est \u00eatre dot\u00e9 un psychisme qui n\u2019est pas \u00ab\u00a0hors sol\u00a0\u00bb non plus\u2026<\/p>\n<p>Nous ne sommes pas les \u00eatres \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb que nous avons toujours pens\u00e9 \u00eatre (en occident, au moins), libres de nous d\u00e9finir comme nous le fantasmons,\u00a0mais des animaux terriens, certes tr\u00e8s singuliers, capables de concevoir notre fiert\u00e9 et notre dignit\u00e9 d\u2019humains, mais n\u00e9anmoins\u00a0animaux parmi les autres, avec une histoire \u00e9volutive contingente terrienne. Notre facult\u00e9 de nous adapter \u00e0 d\u2019autres conditions que celles qui nous sont consubstantielles,\u00a0est tr\u00e8s limit\u00e9e, et d\u2019ailleurs la plupart de ces limitations nous sont probablement encore inconnues, puisque nous ne les avons pas \u00e9prouv\u00e9es. Nous ne pouvons transporter avec nous les conditions de notre survie que peu de temps, et pas tr\u00e8s loin. La proclamation du contraire est un acte de foi totalement gratuit, et certainement d\u00e9raisonnable.<\/p>\n<blockquote><p>le r\u00e9alisateur Christopher Nolan d\u00e9clarait\u00a0<i>\u00ab\u00a0J\u2019adore\u00a0<\/i><i>l\u2019exploration spatiale, c\u2019est le sommet de l\u2019ambition\u00a0<\/i>\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>C. Nolan se d\u00e9finit en parlant ainsi comme m\u00e2le, am\u00e9ricain, \u00ab\u00a0yang\u00a0\u00bb, etc. &#8230; et na\u00eff ! Pour ma part, je vois d&rsquo;autres sommets \u00e0 l&rsquo;ambition, et je ne pense pas du tout qu\u2019il y ait pour l\u2019homme moins d\u2019ambition ou de dignit\u00e9 \u00e0 assumer d\u2019\u00eatre d\u2019ici, terrien, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 s\u2019imaginer que, puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 le colon de la terre, son destin tout trac\u00e9 est d\u2019\u00eatre le colon de l\u2019univers, sans voir que ce prolongement contient une transition probl\u00e9matique et une faute logique.<\/p>\n<p>Pour le dire autrement, nous ne pourrions envisager de partir aussi radicalement qu\u2019\u00e0 condition de renoncer \u00e0 rester compl\u00e8tement humains, car un humain d\u00e9connect\u00e9 de sa biosph\u00e8re n&rsquo;est plus un humain. Est-ce cela dont il est question, pour sauver l\u2019humanit\u00e9\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Je suis en dissonance par rapport \u00e0 beaucoup de ce que je lis ici \u00e0 propos du film \u00ab\u00a0Interstellar\u00a0\u00bb. 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