{"id":71151,"date":"2014-11-29T08:46:00","date_gmt":"2014-11-29T07:46:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=71151"},"modified":"2014-12-03T10:02:39","modified_gmt":"2014-12-03T09:02:39","slug":"lemprise-pris-en-tenaille-du-dehors-et-du-dedans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/11\/29\/lemprise-pris-en-tenaille-du-dehors-et-du-dedans\/","title":{"rendered":"<b>L&#8217;emprise : pris en tenaille, du dehors et du dedans<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Communication faite le 4 octobre \u00e0 Strasbourg, lors des Journ\u00e9es Nationales de l&rsquo;Association fran\u00e7aise des psychiatres d&rsquo;exercice priv\u00e9 &#8211; AFPEP.<\/p><\/blockquote>\n<p>J\u2019appelle, pour aller vite, \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb, le point d\u2019ancrage que suppose la conscience \u00e0 la volont\u00e9 subjective, qui serait le mode d\u2019action dont elle dispose sur le monde. Des modifications interviennent effectivement dans le R\u00e9el du fait des actes pos\u00e9s et constat\u00e9s par la conscience\u00a0; celle-ci en attribue l\u2019origine \u00e0 la volont\u00e9, dont le si\u00e8ge suppos\u00e9 est le Moi.<\/p>\n<p>\u00c0 propos du Moi, Freud \u00e9crit en 1929 dans <em>Malaise dans la Civilisation\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019origine le Moi inclut tout, plus tard il exclut de lui le monde ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb ([1929] 1970\u00a0: 12). Il avait d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 quelques lignes plus haut que<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0La pathologie nous fait conna\u00eetre une multitude d\u2019\u00e9tats o\u00f9 la d\u00e9limitation du Moi d\u2019avec le monde ext\u00e9rieur devient incertaine, fait l\u2019objet d\u2019un trac\u00e9 r\u00e9ellement inexact\u00a0: dans certains cas, des parties de notre propre vie psychique, perceptions, pens\u00e9es, sentiments, apparaissent comme \u00e9trangers, semblent ne plus faire partie du Moi\u00a0; dans d\u2019autres cas, on attribue au monde ext\u00e9rieur ce qui visiblement a pris naissance dans le Moi et devrait \u00eatre reconnu par lui. Ainsi donc le sentiment du Moi est lui-m\u00eame soumis \u00e0 des alt\u00e9rations, et ses limites ne sont pas constantes\u00a0\u00bb (ibid. 11).<\/p><\/blockquote>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Reprenant \u00e0 Henri Wallon (1879-1962) ce que celui-ci lit comme une \u00e9tape d\u00e9veloppementale\u00a0: la reconnaissance par l\u2019enfant de son corps propre dans son image au miroir, Lacan fera du <em>stade du miroir<\/em>\u00a0le moment o\u00f9 le Moi se constitue, non pas comme int\u00e9gration d\u2019un R\u00e9el reconnu comme tel mais sur un mode imaginaire. Une image\u00a0: celle du corps, propose une limite reconnaissable, d\u00e9tectable, une forme ou Gestalt,\u00a0\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019espace de laquelle la conscience sait qu\u2019elle est elle-m\u00eame et o\u00f9 elle situera le Moi.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas l\u00e0 d\u00e9termination par le R\u00e9el mais une repr\u00e9sentation fictive et leurr\u00e9e, m\u00eame si elle est vraisemblable.\u00a0Le point d\u2019ancrage de la volont\u00e9 subjective dont la conscience suppose, l\u00e0 aussi sur un mode leurr\u00e9, qu\u2019elle est le si\u00e8ge dans son action sur le monde, constatable dans des modifications du R\u00e9el, authentiques quant \u00e0 elles.<\/p>\n<p>Mirage que celui de la volont\u00e9 puisque la conscience ne fait qu\u2019enregistrer, avec une demi-seconde de retard, les d\u00e9cisions prises par l\u2019inconscient ou, dit plus correctement sans doute\u00a0: \u00ab\u00a0prises par le corps\u00a0\u00bb. Quitte pour la conscience \u00e0 r\u00e9injecter comme <em>input<\/em> dans la soupe de l\u2019humeur globale qu\u2019est la dynamique d\u2019affect, sa r\u00e9action \u00e9motionnelle \u00e0 l\u2019<em>output<\/em> constat\u00e9 \u2013 la satisfaction, la honte, etc.<\/p>\n<p>Le R\u00e9el sugg\u00e8re-t-il une base solide pour la d\u00e9termination du Moi\u00a0? La question est oiseuse bien entendu si la volont\u00e9 elle-m\u00eame est un leurre. La r\u00e9ponse n\u2019en est pas moins, quoi qu\u2019il en soit, \u00ab\u00a0Non\u00a0\u00bb\u00a0: il n\u2019y a pas pour situer la fronti\u00e8re entre un int\u00e9rieur et un ext\u00e9rieur, de d\u00e9limitation pr\u00e9cise entre le Moi et le non-Moi. C\u2019est ce qui explique pourquoi les diff\u00e9rentes cultures et les diff\u00e9rentes classes ou castes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces cultures ont \u00e9tabli pour cette fronti\u00e8re, des d\u00e9limitations en grande part arbitraires\u00a0: le Moi se r\u00e9pand, ne s\u2019affaiblissant que petit \u00e0 petit en passant \u00e0 la famille proche, au clan, \u00e0 la nation. Il se r\u00e9tracte au contraire avec l\u2019avanc\u00e9e de la modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Plus le Moi est englobant, plus il devient vuln\u00e9rable puisque plus la sph\u00e8re est vaste au sein de laquelle des al\u00e9as sont susceptibles d\u2019advenir, mais plus le r\u00e9seau de solidarit\u00e9 s\u2019\u00e9tend parall\u00e8lement. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 croissante s\u2019accompagne d\u2019un filet de s\u00e9curit\u00e9 dont la superficie s\u2019\u00e9tend dans la m\u00eame mesure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le pouvoir des objets<\/strong><\/p>\n<p>Lucien L\u00e9vy-Bruhl (1857-1939), philosophe d\u00e9cri\u00e9 par les anthropologues sociaux pour avoir consacr\u00e9 de nombreux livres \u00e0 la \u00ab\u00a0pens\u00e9e primitive\u00a0\u00bb, notion que les anthropologues d\u00e9non\u00e7aient car sugg\u00e9rant l\u2019existence de populations \u00ab\u00a0arri\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb dans leur mode de pens\u00e9e, parlait des <em>appartenances<\/em> par lesquelles les membres des soci\u00e9t\u00e9s archa\u00efques prolongent leur personne dans le monde des objets. Je me suis r\u00e9-int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 cette notion, pas si sotte, des<em> appartenances<\/em> de L\u00e9vy-Bruhl, dans la perspective pr\u00e9cis\u00e9ment du Moi, pour les red\u00e9finir comme ce qui \u00e9voque la personne que je suis aux yeux des autres, l\u2019image \u2013 au-del\u00e0 du corps propre reconnu dans le miroir \u2013 \u00e0 laquelle je m\u2019identifie.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9crivais ainsi dans <em>Le capitalisme \u00e0 l\u2019agonie <\/em>(2011)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0\u2026 dans le cadre de la \u00ab pens\u00e9e primitive \u00bb, <em>la personne est constitu\u00e9e de l\u2019ensemble des choses o\u00f9 sa pr\u00e9sence est perceptible par autrui<\/em>\u00a0[\u2026]<\/p>\n<p>\u2026 la personne, c\u2019est son corps, son ombre, toutes les repr\u00e9sentations qui peuvent \u00eatre faites d\u2019elle (photos, enregistrement de sa voix, etc.), les rognures de ses ongles, les m\u00e8ches de ses cheveux, ses v\u00eatements, la trace de ses pas sur le sol, voire, dans la pens\u00e9e traditionnelle chinoise, les caract\u00e8res la repr\u00e9sentant dans la langue \u00e9crite, etc. Tous ces \u00e9l\u00e9ments sont en effet susceptibles d\u2019\u00e9voquer \u00e0 autrui sa pr\u00e9sence ; L\u00e9vy-Bruhl les appelle les \u00ab\u00a0appartenances\u00a0\u00bb de la personne.<\/p>\n<p>Mais cette d\u00e9finition de la personne op\u00e8re alors universellement, au sens o\u00f9 elle vaut pour tous, y compris pour celui dont il est question : de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019autrui consid\u00e8re comme \u00e9tant moi tout ce qui \u00e9voque pour lui ma pr\u00e9sence, ma propre repr\u00e9sentation de ce qu\u2019est ma personne sera la m\u00eame : <em>l\u2019ensemble des choses qui<\/em> <em>\u00e9voquent ma pr\u00e9sence \u00e0 autrui<\/em>\u2026\u00a0\u00bb (Jorion 2011\u00a0: 293-295).<\/p><\/blockquote>\n<p>Au sein des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, le domaine du Moi s\u2019\u00e9tend bien au-del\u00e0 de l\u2019image du corps propre \u00e0 travers de nombreuses ramifications qui nous paraissent \u00e0 nous, dont la perception du Moi est beaucoup plus ramass\u00e9e autour de l\u2019image au miroir, excessives. Ce domaine de Moi au-del\u00e0 du corps propre correspond aux <em>appartenances<\/em> de L\u00e9vy-Bruhl.<\/p>\n<p>Pourtant la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, exacerb\u00e9e dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, \u00e9tend le domaine de nos appartenances de mani\u00e8re pl\u00e9thorique, multipliant les moyens par lesquels les autres, et les objets eux-m\u00eames, ont une emprise sur nous. J\u2019ai eu ainsi pendant des ann\u00e9es une tr\u00e8s vieille gabardine que je jetais n\u00e9gligemment sur ma valise au-dessus de mon si\u00e8ge de train. Je viens d\u2019en acheter une neuve, qui me force \u00e0 la plier soigneusement.<\/p>\n<p>Plus l\u2019on est riche, plus l\u2019emprise est grande des objets sur nous. Qu\u2019on se souvienne d\u2019Harpagon\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Au voleur ! Au voleur ! A l\u2019assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassin\u00e9, on m\u2019a coup\u00e9 la gorge, on m\u2019a d\u00e9rob\u00e9 mon argent. Qui peut-ce \u00eatre ? Qu\u2019est-il devenu ? O\u00f9 est-il ? O\u00f9 se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? O\u00f9 courir ? O\u00f9 ne pas courir ? N\u2019est-il point l\u00e0 ? N\u2019est-il point ici ? Qui est-ce ? Arr\u00eate. Rends-moi mon argent, coquin\u2026 (<em>il se prend lui-m\u00eame le bras<\/em>.) Ah ! C\u2019est moi. Mon esprit est troubl\u00e9, et j\u2019ignore o\u00f9 je suis, qui je suis, et ce que je fais. H\u00e9las ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m\u2019a priv\u00e9 de toi ; et puisque tu m\u2019es enlev\u00e9, j\u2019ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n\u2019ai plus que faire au monde : sans toi, il m\u2019est impossible de vivre. C\u2019en est fait, je n\u2019en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterr\u00e9. N\u2019y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m\u2019apprenant qui l\u2019a pris ?\u00a0\u00bb (Moli\u00e8re, <em>L\u2019avare<\/em>).<\/p><\/blockquote>\n<p>La confusion d\u2019Harpagon est telle que c\u2019est le c\u0153ur-m\u00eame du Moi\u00a0: l\u2019image du corps propre, qui se trouve atteinte\u00a0: \u00ab\u00a0il se prend lui-m\u00eame le bras\u00a0\u00bb. La dynamique d\u2019affect est \u00e0 ce point perturb\u00e9e que le Moi s\u2019est dissout\u00a0: \u00ab\u00a0Mon esprit est troubl\u00e9, et j\u2019ignore o\u00f9 je suis, qui je suis, et ce que je fais\u00a0\u00bb, \u00e9crit Moli\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le pouvoir des r\u00e8gles<\/strong><\/p>\n<p>Mais il n\u2019y pas bien s\u00fbr que l\u2019emprise que les objets exercent sur nous pour nous contraindre, il y a aussi celle des r\u00e8gles que nous nous imposons, que celles-ci soient explicites ou implicites.<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles explicites visent \u00e0 r\u00e9guler d\u2019intention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e notre comportement social. Les instruments de l\u2019application des r\u00e8gles l\u00e9gales sont la police, l\u2019organisation judiciaire, et l\u2019institution p\u00e9nitentiaire. Les r\u00e8gles implicites correspondent \u00e0 ce qu\u2019\u00c9mile Durkheim (1858-1917) qualifiait de \u00ab\u00a0social int\u00e9rioris\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: notre comportement moral qui, \u00e0 nos yeux \u00ab\u00a0va sans dire\u00a0\u00bb, et qui proc\u00e8de du coup d\u2019un automatisme\u00a0; une notion en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s proche de la \u00ab\u00a0philia\u00a0\u00bb aristot\u00e9licienne\u00a0: la bonne volont\u00e9 que nous mettons \u00e0 \u00ab\u00a0huiler\u00a0\u00bb\u00a0la vie sociale dans nos relations quotidiennes avec autrui, pour que cela \u00ab\u00a0marche\u00a0\u00bb. Nous appelons cela \u00ab\u00a0courtoisie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0petits gestes\u00a0\u00bb, et ainsi de suite.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de relever de ce point de vue o\u00f9 Freud se situe quand il r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 notre comportement social.<\/p>\n<p>Comme on le sait, il existe historiquement au sein de notre culture deux approches th\u00e9oriques antagonistes lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019envisager le comportement social de l\u2019homme. Il y a d\u2019abord, chronologiquement, l\u2019approche aristot\u00e9licienne, consid\u00e9rant l\u2019homme comme un <em>zoon politikon<\/em>, un animal politique (qui vit au sein de la \u00ab\u00a0polis\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire au sein d\u2019une communaut\u00e9 organis\u00e9e)\u00a0: un \u00eatre social par nature. Dans cette perspective aristot\u00e9licienne, le comportement social de l\u2019homme n\u2019est pas probl\u00e9matique\u00a0puisqu\u2019il constitue un donn\u00e9. C\u2019est l\u2019interpr\u00e9tation de notre esp\u00e8ce qu\u2019adoptent aussi aujourd\u2019hui les \u00e9thologues\u00a0: l\u2019esp\u00e8ce <em>homo<\/em> se situe g\u00e9n\u00e9tiquement au c\u0153ur m\u00eame de la famille \u00ab\u00a0grand singe\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0hominid\u00e9\u00a0\u00bb, constitu\u00e9e en plus de nous-m\u00eames, des chimpanz\u00e9s, bonobos, orangs-outangs et gorilles, quatre esp\u00e8ces \u00ab\u00a0sociales\u00a0\u00bb constitu\u00e9es toutes d\u2019individus organis\u00e9s en bande.<\/p>\n<p>Il y a ensuite l\u2019interpr\u00e9tation que nous devons \u00e0 Thomas Hobbes (1588-1679), d\u00e9velopp\u00e9e ensuite par Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), selon laquelle l\u2019esp\u00e8ce humaine conna\u00eet deux stades successifs\u00a0: celui de l\u2019individu vivant isol\u00e9, auquel succ\u00e8de celui o\u00f9 les individus s\u2019associent pour vivre en soci\u00e9t\u00e9, le moment de transition de la premi\u00e8re \u00e0 la seconde \u00e9poque \u00e9tant celui du \u00ab\u00a0pacte\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb social, par lequel les hommes d\u00e9cident d\u2019abandonner une part de leur libert\u00e9 pour un b\u00e9n\u00e9fice en termes de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous savons maintenant que l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un terme mis \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb par la conclusion d\u2019un <em>contrat social<\/em>, si elle constitue sans aucun doute une fiction f\u00e9conde sur le plan de la r\u00e9flexion politique, est priv\u00e9e de toute plausibilit\u00e9 historique. Or c\u2019est dans cette perspective-l\u00e0 que se situe Freud dans <em>Malaise dans la civilisation<\/em>, et automatiquement l\u2019\u00e9difice entier de la m\u00e9tapsychologie freudienne produit par lui.<\/p>\n<p>Pour Freud, dans ce qui s\u2019incarne en un jeu \u00e0 somme nulle, l\u2019homme abandonne une part de sa libert\u00e9 pour gagner en s\u00e9curit\u00e9 et, du coup, tandis que la civilisation progresse, sa satisfaction libidinale doit consentir des sacrifices de plus en plus lourds\u00a0: plus la s\u00e9curit\u00e9 augmente, plus les soci\u00e9t\u00e9s peuvent devenir plus dens\u00e9ment peupl\u00e9es, et plus la satisfaction libidinale se voit frustr\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais que devient l\u2019interpr\u00e9tation freudienne si l\u2019on se situe dans la perspective aristot\u00e9licienne de l\u2019homme comme <em>zoon politikon<\/em>\u00a0? La dimension sociale de l\u2019homme est alors constitutive de sa nature propre et la notion de \u00ab\u00a0sacrifice\u00a0\u00bb de la satisfaction libidinale se voit sinon priv\u00e9e de sens, en tout cas tr\u00e8s fortement relativis\u00e9e\u00a0: les hi\u00e9rarchies qui caract\u00e9risent les bandes de grands singes impliquent en soi une diff\u00e9renciation dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la satisfaction libidinale et le jeu \u00e0 somme nulle libert\u00e9 \/ s\u00e9curit\u00e9 constitue un invariant, quelles que soient les formes d\u2019organisation politique associ\u00e9es \u00e0 des niveaux particuliers de population, seule la dimension r\u00e9gime d\u00e9mocratique \/ r\u00e9gime autoritaire, demeurant pertinente.<\/p>\n<p>De ce point de vue aristot\u00e9licien, contrairement \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation freudienne, l\u2019emprise v\u00e9cue par chacun d\u2019entre nous, due \u00e0 la nature sociale de l\u2019homme, constituerait sur un plan historique un donn\u00e9 relativement constant pour l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les exigences potentiellement conflictuelles de la survie individuelle et celle de l\u2019esp\u00e8ce<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque Freud met en sc\u00e8ne le conflit entre pulsions de vie (\u00ab\u00a0Eros\u00a0\u00bb) et pulsions de mort (que Wilhelm Stekel [1868-1940] appellera \u00ab\u00a0Thanatos\u00a0\u00bb), sujet \u00e0 propos duquel il ne d\u00e9bouchera jamais sur une conclusion d\u00e9finitive, il existe l\u00e0 \u00e0 mon sens une confusion entre plusieurs dimensions distinctes.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re confusion, c\u2019est celle qui le conduit \u00e0 couvrir du m\u00eame terme \u00ab\u00a0Eros\u00a0\u00bb, deux types de pulsions susceptibles d\u2019entrer \u00e9ventuellement en conflit\u00a0: celles qui refl\u00e8tent les imp\u00e9ratifs de la survie individuelle et celles qui repr\u00e9sentent les exigences que la survie de l\u2019esp\u00e8ce (indispensable du point de vue du vivant du fait que l\u2019individu lui n\u2019est pas immortel) imposent \u00e0 l\u2019individu, en termes de satisfaction libidinale en particulier. Le destin individuel r\u00e9sulte d\u2019un compromis parfois difficilement n\u00e9gociable entre ces deux exigences, compromis qui ne se r\u00e9sout que lorsque la venue de la <em>m\u00e9nopause<\/em> ou de l\u2019<em>andropose<\/em> all\u00e8ge la pression qu\u2019exerce l\u2019imp\u00e9ratif reproductif de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>La seconde confusion r\u00e9side dans la d\u00e9finition des pulsions de mort, dont Freud fait la source de l\u2019agressivit\u00e9 quand elles s\u2019expriment vis-\u00e0-vis du monde ext\u00e9rieur, et dans lesquelles je lis plus volontiers le mode de r\u00e9solution des conflits apparaissant occasionnellement entre les deux dimensions de l\u2019Eros\u00a0: le moyen de r\u00e9soudre une contradiction \u00e9ventuelle entre les deux en sifflant, de notre propre initiative, la fin de la partie\u00a0; autrement dit, le d\u00e9sir d&rsquo;en finir quand la valeur d&rsquo;affect r\u00e9sultant du conflit entre les deux atteint la cote d\u2019alerte de l\u2019intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019irruption de <em>Thanatos<\/em> qu\u2019\u00e9voque Alfred de Vigny (1797\u20131863) dans <em>Mo\u00efse<\/em>, quand il met dans la bouche du proph\u00e8te juif s\u2019adressant \u00e0 Dieu, les mots qui suivent\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu l&rsquo;amour s&rsquo;\u00e9teindre et l&rsquo;amiti\u00e9 tarir ;<br \/>\nLes vierges se voilaient et craignaient de mourir.<br \/>\nM&rsquo;enveloppant alors de la colonne noire,<br \/>\nJ&rsquo;ai march\u00e9 devant tous, triste et seul dans ma gloire,<br \/>\nEt j&rsquo;ai dit dans mon c\u0153ur : Que vouloir \u00e0 pr\u00e9sent ?<br \/>\nPour dormir sur un sein mon front est trop pesant,<br \/>\nMa main laisse l&rsquo;effroi sur la main qu&rsquo;elle touche,<br \/>\nL&rsquo;orage est dans ma voix, l&rsquo;\u00e9clair est sur ma bouche ;<br \/>\nAussi, loin de m&rsquo;aimer, voil\u00e0 qu&rsquo;ils tremblent tous,<br \/>\nEt, quand j&rsquo;ouvre les bras, on tombe \u00e0 mes genoux.<br \/>\n\u00d4 Seigneur ! j&rsquo;ai v\u00e9cu puissant et solitaire,<br \/>\nLaissez-moi m&rsquo;endormir du sommeil de la terre !\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>La mort, \u00ab\u00a0\u00e7a vous soutient\u00a0\u00bb, disait dans le m\u00eame sens Lacan \u00e0 Louvain en octobre 1972 :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0La mort est du domaine de la foi. Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir bien s\u00fbr ; \u00e7a vous soutient. Si vous n\u2019y croyez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez ? Si on n\u2019\u00e9tait pas solidement appuy\u00e9 sur cette certitude que \u00e7a finira, est-ce que vous pourriez supporter cette histoire. N\u00e9anmoins ce n\u2019est qu\u2019un acte de foi ; le comble du comble, c\u2019est que vous n\u2019en \u00eates pas s\u00fbr.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Eros a besoin de se soutenir de Thanatos comme l\u2019auxiliaire secourable de son projet fou de survie individuelle d\u2019une longueur potentiellement ind\u00e9finie\u00a0: celui qui \u00ab\u00a0soutient\u00a0\u00bb, qui procure le courage n\u00e9cessaire aussi longtemps qu\u2019on n\u2019en a pas \u00ab\u00a0assez vu\u00a0\u00bb. Lorsque Thanatos se manifeste, le commentaire qui accompagne son irruption c\u2019est en effet\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;en ai assez vu ! \u00bb, propos qui attire l&rsquo;attention, de mani\u00e8re invers\u00e9e pour ce qui touche \u00e0 Eros, sur la pulsion <em>scopique<\/em> qui leur assure \u00e0 elles, les pulsions de vie, leur r\u00f4le moteur. Annie Le Brun me r\u00e9pondit \u00e0 la question que je lui posais sur la raison pour laquelle nous voulons perp\u00e9tuer notre vie alors que s\u2019offre \u00e0 nous l\u2019option de l\u2019interrompre : \u00ab\u00a0Par curiosit\u00e9 : pour voir ce qui va se passer maintenant\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Se jeter sous le train qui entre en gare devant nous, c\u2019est \u00e0 la port\u00e9e de chacun\u00a0: il suffit \u00e0 \u00e7a deux pas en avant. Mais les malheureux, du sort desquels nous informe l\u2019interphone de la rame de train ou de m\u00e9tro sous la rubrique \u00ab\u00a0incident voyageur\u00a0\u00bb, encore appel\u00e9e \u00ab\u00a0accident de personne\u00a0\u00bb, ont-ils agi sous l\u2019empire d\u2019une impulsion soudaine ou s\u2019est-il agi chez eux d\u2019un geste pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 ? Les statistiques\u00a0ne peuvent malheureusement rien nous enseigner \u00e0 ce propos\u00a0: il faudrait pr\u00e9alablement interroger tous les voyageurs au bord des quais.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame veine, le vertige, ce n\u2019est pas la peur de tomber au fond du pr\u00e9cipice, comme on aime \u00e0 le croire pour se rassurer : c\u2019est bien au contraire, la tentation tr\u00e8s forte de sauter, le pugilat instantan\u00e9 au sein de notre corps-m\u00eame entre Eros et Thanatos.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le pouvoir de ce qu\u2019<\/strong><strong>il y a <\/strong><strong>\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du sac<\/strong><\/p>\n<p>Mais il n\u2019y a pas que l\u2019emprise du monde ext\u00e9rieur sur nous\u00a0: il y a aussi l\u2019emprise de la dynamique qui nous agite\u00a0int\u00e9rieurement et qui n&rsquo;est pas moins une emprise faisant irruption dans la petite lucarne de notre conscience, refl\u00e9tant le bilan en termes d&rsquo;affect de la cuisine int\u00e9rieure qui s\u2019y concocte et qui s\u2019exprime comme plaisir ou comme insatisfaction, soit ce que nous ressentons comme <em>excitation <\/em>ou comme <em>anxi\u00e9t\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Je suis de mauvaise humeur car, \u00e0 un niveau subliminal, j\u2019ai mal \u00e0 l\u2019estomac. Les Pythagoriciens interdisent la consommation de f\u00e8ves car la flatulence qu\u2019elles induisent obscurcit le jugement, lequel ils estiment crucial de maintenir en permanence dans son int\u00e9grit\u00e9.<\/p>\n<p>Le Surmoi freudien, c\u2019est en premier lieu l\u2019instance, r\u00e9miniscence de l\u2019arbitraire parental, qui nous rappelle constamment que nous sommes soumis \u00e0 des imp\u00e9ratifs n\u2019ayant ni queue ni t\u00eate mais dont il faut cependant nous accommoder.<\/p>\n<p>Mais le Surmoi est bien davantage\u00a0: il est aussi le gestionnaire et le comptable de l&#8217;emprise qu\u2019exercent sur nous la vari\u00e9t\u00e9 de nos comportements orient\u00e9s vers un but. Le Surmoi g\u00e8re l&#8217;emprise des causes finales que sont les projets que nous nous assignons\u00a0: une t\u00e2che a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e, ce qui veut dire que sa repr\u00e9sentation comme achev\u00e9e a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e dans l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Le comportement imm\u00e9diat, dont l\u2019expression est spontan\u00e9e, peut \u00eatre v\u00e9cu sans malaise, mais il en va tout autrement de celui qui constitue l\u2019une des \u00e9tapes d\u2019un projet \u00e0 long terme : pour d\u00e9boucher sur l\u2019aboutissement escompt\u00e9, il doit tarauder.<\/p>\n<p>Un projet, c\u2019est un puits de potentiel qui entra\u00eene par gravit\u00e9, comme un \u00ab\u00a0attracteur\u00a0\u00bb physique, notre comportement vers son fond, \u00e0 quoi s\u2019assimile sa r\u00e9alisation. Tant que le projet n\u2019est pas achev\u00e9, il manifeste sa pr\u00e9sence en nous en tant que <em>souci<\/em>. Nous \u00e9prouvons le souci comme un malaise qui ne peut \u00eatre soulag\u00e9 que dans la r\u00e9alisation de la t\u00e2che dont il est la marque au sein de la dynamique d\u2019affect qui nous poss\u00e8de et qui est notre moteur. La tension entre le but encore non-r\u00e9alis\u00e9 dans le pr\u00e9sent et sa projection dans un point de l\u2019avenir est v\u00e9cue comme malaise, irritation, c\u2019est-\u00e0-dire comme un \u00ab\u00a0souci\u00a0\u00bb, et ceci jusqu\u2019\u00e0 ce que le but soit atteint, moment auquel intervient la relaxation\u00a0: la satisfaction du devoir accompli. La t\u00e2che une fois r\u00e9alis\u00e9e, le fond du puits a \u00e9t\u00e9 atteint\u00a0: il y a relaxation et le souci s\u2019\u00e9vanouit. Le Surmoi est le gestionnaire et le comptable du <em>souci<\/em>.<\/p>\n<p>Lue dans cette perspective, l&rsquo;<em>intention<\/em> est donc \u00ab\u00a0cr\u00e9ation d\u2019un souci\u00a0\u00bb qu\u2019il s\u2019agit alors d\u2019\u00e9liminer en mat\u00e9rialisant l\u2019acte qui est l\u2019objet de ce souci. Aussi longtemps que la t\u00e2che n\u2019est pas achev\u00e9e, un souci existe en arri\u00e8re-plan, comme tension \u00e0 laquelle est soumise la dynamique d\u2019affect, n\u2019\u00e9mergeant qu\u2019occasionnellement \u00e0 la conscience.<\/p>\n<p>Wittgenstein demande\u00a0: \u00ab\u00a0Quand ai-je donc l&rsquo;intention ?\u00a0\u00bb J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 cette question dans un article intitul\u00e9 <em>Le secret de la chambre chinoise<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Wittgenstein s&rsquo;est souvent interrog\u00e9 quant \u00e0 la nature de l&rsquo;intention. Il se demande par exemple : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai l&rsquo;intention de partir demain. \u2013 Quand as-tu cette intention ? Tout le temps : ou de mani\u00e8re intermittente ?\u00a0\u00bb (<em>Zettel <\/em>1967 : 10). La r\u00e9ponse \u00e0 sa question est en r\u00e9alit\u00e9 \u00ab\u00a0tout le temps dans le corps et de mani\u00e8re intermittente dans l&rsquo;imagination\u00a0\u00bb \u00bb (Jorion 1999 : 189). Le <em>corps<\/em> ou l\u2019inconscient, l\u2019<em>imagination<\/em> ou la conscience.<\/p>\n<p>Le \u00ab sentiment de culpabilit\u00e9 \u00bb, le sentiment d\u2019une faute \u00e0 r\u00e9parer \u2013 cette tr\u00e8s grande sp\u00e9cialit\u00e9 du Surmoi \u2013 c\u2019est alors le pic dans la valeur d\u2019affect du souci attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation de la t\u00e2che qui a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e (dans l\u2019avenir), valeur qui s\u2019effondrera, sera relax\u00e9e par la r\u00e9alisation effective. Le sentiment de culpabilit\u00e9 nous conduit \u2013 en s\u2019\u00e9rodant en cours de route \u2013 vers l\u2019objectif, le puits de potentiel au sein du paysage que dessine sur notre m\u00e9moire la dynamique d\u2019affect, vers la <em>cause finale<\/em> au sens d\u2019Aristote.<\/p>\n<p>L\u2019apparition de nouveaux objectifs, impos\u00e9s par le monde ext\u00e9rieur en vue de la satisfaction de besoins ou par le monde interne des humeurs li\u00e9es aux d\u00e9sirs, ressuscite le sentiment de culpabilit\u00e9 qui nous guidera vers leur satisfaction, \u00e0 savoir la relaxation de notre dynamique d\u2019affect.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>S\u2019accommoder de l\u2019emprise\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Est-ce que tout cela importe\u00a0? Oui : l\u2019emprise fait sentir ses effets sur ce qui apparait dans la petite lucarne de notre conscience. Mais faut-il s\u2019en accommoder\u00a0?<\/p>\n<p>Un article de psychologie populaire nous enjoint, si nous voulons dormir sur nos deux oreilles, de nous assurer que toutes les issues sont bien closes. Mais de combien de portes, de fen\u00eatres, de syst\u00e8mes d\u2019alarme divers, le bourgeois ne doit-il pas s\u2019assurer ? N\u2019est-il pas alors pr\u00e9f\u00e9rable, pour secouer tant d\u2019emprise des choses sur nous, de choisir plut\u00f4t la libert\u00e9 qui est celle de Rimbaud : \u00ab\u00a0Je m\u2019en allais, les poings dans mes poches crev\u00e9es\u00a0\u00bb : de n\u2019avoir pour appartenances que celles comprises dans l\u2019enceinte de l\u2019image du corps que r\u00e9v\u00e8le le miroir\u00a0?<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019emprise qui s\u2019exerce sur nous de l\u2019int\u00e9rieur-m\u00eame du corps, elle demeure elle irr\u00e9ductible, et aussi longtemps que nos yeux, notre palais et notre nez feront des choix qui auront l\u2019heur de d\u00e9plaire \u00e0 notre estomac, la lutte contre l\u2019emprise restera h\u00e9las un combat perdu d\u2019avance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<p>Sigmund Freud, <em>Malaise dans la civilisation<\/em>, trad. Ch. et I. Odier [1929], <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, t. XXXIV, janvier 1970\u00a0: 9-80<\/p>\n<p>Paul Jorion, \u00ab\u00a0Le secret de la chambre chinoise\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Homme <\/em>150, avril-juin 1999\u00a0: 177-202<\/p>\n<p>Paul Jorion, <em>Le capitalisme \u00e0 l\u2019agonie<\/em>, Paris\u00a0: Fayard, 2011<\/p>\n<p>Jacques Lacan \u00e0 Louvain, <em>La mort<\/em>, le 13 octobre 1972<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Communication faite le 4 octobre \u00e0 Strasbourg, lors des Journ\u00e9es Nationales de l&rsquo;Association fran\u00e7aise des psychiatres d&rsquo;exercice priv\u00e9 &#8211; AFPEP.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>J\u2019appelle, pour aller vite, \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb, le point d\u2019ancrage que suppose la conscience \u00e0 la volont\u00e9 subjective, qui serait le mode d\u2019action dont elle dispose sur le monde. 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