{"id":71704,"date":"2014-12-19T12:15:30","date_gmt":"2014-12-19T11:15:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=71704"},"modified":"2014-12-19T12:15:30","modified_gmt":"2014-12-19T11:15:30","slug":"le-pret-a-interets-iii-le-credit-gratuit-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/12\/19\/le-pret-a-interets-iii-le-credit-gratuit-par-zebu\/","title":{"rendered":"<b>Le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eats (III)\u00a0: le cr\u00e9dit gratuit<\/b>, par Z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0<em>Mais cette r\u00e9volution qui vient \u00e0 nous d&rsquo;une marche invincible et d\u00e9j\u00e0 nous interroge, que veut-elle\u00a0? En pouvez-vous douter\u00a0? Elle veut que l\u2019\u0153uvre commenc\u00e9e en 89 s&rsquo;accomplisse. La f\u00e9odalit\u00e9 territoriale et militaire a disparu, il faut que la f\u00e9odalit\u00e9 financi\u00e8re disparaisse. Plus de privil\u00e8ges\u00a0! L&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Plus de privil\u00e8ges\u00a0! La justice.<\/em><\/p>\n<p><em>De l\u00e0 tous ces br\u00fblants d\u00e9bats sur la souverainet\u00e9 du capital, sur le despotisme de l&rsquo;usure, sur le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat, sur le cr\u00e9dit.<\/em><\/p>\n<p><em>La royaut\u00e9 de l&rsquo;argent, l&rsquo;aristocratie de l&rsquo;argent, voil\u00e0 bien effectivement ce qui est en question.<\/em>\u00a0\u00bb\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Quand Louis Blanc, un des penseurs socialistes les plus estim\u00e9s de son si\u00e8cle, \u00e9crit ces lignes dans \u00ab\u00a0L&rsquo;organisation du travail\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 1839<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, le Code Civil napol\u00e9onien est toujours en vigueur et ses dispositions concernant le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat \u00e9galement, et ce pour encore presque 50 ans avant que la loi de 1886 ne vienne transformer ce que souhaitait r\u00e9aliser l&#8217;empereur\u00a0: inscrire la pacification dans la loi civile entre les partisans de la lib\u00e9ralisation compl\u00e8te des int\u00e9r\u00eats du pr\u00eat et les partisans de leurs interdiction. De fait, les int\u00e9r\u00eats pourront ainsi \u00eatre stipul\u00e9s dans les contrats de pr\u00eat mais seront r\u00e9gul\u00e9s par la loi.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>En 1850, Saint-Simon a d\u00e9j\u00e0 largement influenc\u00e9 les d\u00e9bats d&rsquo;id\u00e9es, Cabet est d\u00e9j\u00e0 parti fonder son Icarie aux \u00c9tats-Unis et Fourier a d\u00e9j\u00e0 inspir\u00e9 de nombreux phalanst\u00e8res, sans oublier le &lsquo;Commerce v\u00e9ridique et social&rsquo; de Derrion ou les communaut\u00e9s d&rsquo;Owen en Grande-Bretagne. Mais pour la plupart d&rsquo;entre elles, ces exp\u00e9riences tourneront court, comme celle que relatent Gide et Rist sur le &lsquo;<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/02\/15\/la-revolution-sociale-et-1848\/\">National Equitable Labour Exchange<\/a>&lsquo;, o\u00f9, une fois l&rsquo;enthousiasme des fondateurs d\u00e9pass\u00e9, le projet se trouvait confront\u00e9 aux lucratifs app\u00e9tits de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 qui mettait un terme \u00e0 ses ambitions.<\/p>\n<p>Louis Blanc s&rsquo;inscrit dans cette lign\u00e9e de penseurs de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19\u00e8me si\u00e8cle qui d\u00e9siraient transformer la soci\u00e9t\u00e9 industrielle en plein essor et qui d\u00e9roulait d\u00e9j\u00e0 ses effets mortif\u00e8res, sur les prol\u00e9taires en particulier et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur l&rsquo;ensemble des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs dont l&rsquo;objet central \u00e9tait de fonder des communaut\u00e9s pour transformer les soci\u00e9t\u00e9s, il proposait d&rsquo;investir quant \u00e0 lui le syst\u00e8me \u00e9conomique tel qu&rsquo;il \u00e9tait constitu\u00e9 pour le transformer et transformer les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Ainsi, sur le cr\u00e9dit, Louis Blanc r\u00e9sume sa proposition\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>1\u00b0 Que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des capitaux, en principe, n&rsquo;est pas l\u00e9gitime<\/em><\/p>\n<p><em>2\u00b0 Que, dans le r\u00e9gime d&rsquo;individualisme et de concurrence, supprimer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des capitaux est impossible\u00a0; qu&rsquo;en dehors du r\u00e9gime d&rsquo;association, la gratuit\u00e9 du cr\u00e9dit pour tous ou organisation d\u00e9mocratique du cr\u00e9dit est pr\u00e9chim\u00e8re, et que la gratuit\u00e9 du cr\u00e9dit pour tous est r\u00e9alisable par l&rsquo;association seulement\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Mais que, pour arriver l\u00e0, en partant du point o\u00f9 nous sommes, il faut traverser une p\u00e9riode transitoire, qui est celle du cr\u00e9dit donn\u00e9 par l\u2019\u00c9tat.<\/em>\u00a0<em>(\u2026) Que, sous l&#8217;empire des principes qui r\u00e9gissent aujourd&rsquo;hui la soci\u00e9t\u00e9, un capitaliste ne veuille c\u00e9der son capital qu&rsquo;\u00e0 la condition d&rsquo;en retirer un int\u00e9r\u00eat, qui donc serait assez insens\u00e9 pour y trouver \u00e0 redire\u00a0? C&rsquo;est une cons\u00e9quence forc\u00e9e des rapports que le r\u00e9gime actuel a nou\u00e9 entre les hommes.<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour Blanc, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, \u00ab\u00a0(\u2026) <em>c&rsquo;est le prix que sont oblig\u00e9s de payer, pour l&rsquo;usage des capitaux, des instruments de travail, ceux qui ne les poss\u00e8dent pas.\u00a0<\/em>\u00bb, le capital \u00e9tant \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;ensemble des moyens ou instruments de travail\u00a0<\/em>\u00bb. Or, ce prix est ill\u00e9gitime selon lui parce qu&rsquo;il est issu d&rsquo;une appropriation du &lsquo;capital&rsquo; (tel qu&rsquo;il le d\u00e9finit), parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas issu du travail du capitaliste mais bien seulement du travail (des prol\u00e9taires), parce que le pr\u00eateur ne rend un service que dans un \u00e9tat de besoin\u00a0: si le &lsquo;capital&rsquo; est n\u00e9cessaire, pourquoi d\u00e8s lors se r\u00e9soudre \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer un syst\u00e8me o\u00f9 il ne profite qu&rsquo;\u00e0 quelques-uns plut\u00f4t qu&rsquo;au r\u00e9gime o\u00f9 il serait \u00e0 disposition de tous\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Comme si l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;une chose r\u00e9sultait de son accaparement et non de sa nature\u00a0!\u00a0(\u2026) C&rsquo;est justement parce que le capital est utile, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire, que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, qui en resserre si fort l&rsquo;usage et en ralentit la circulation, n&rsquo;est pas l\u00e9gitime. Criez donc\u00a0: Vive le capital\u00a0! Nous applaudirons, et nous en attaquerons avec d&rsquo;autant plus de vivacit\u00e9 le capitalisme, son ennemi mortel.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Si le capital est n\u00e9cessaire, la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9mun\u00e9rer le capitaliste doit \u00eatre examin\u00e9e car elle est diff\u00e9rente selon Blanc de la question de r\u00e9mun\u00e9rer le capital\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Que le travailleur vienne \u00e0 mourir, son travail cesse\u00a0: que le capitaliste meure, son capital lui survit. Sans travailleur, pas de travail\u00a0: le capital, au contraire, se peut fort bien concevoir sans capitalistes. La richesse ne perd point son caract\u00e8re de richesse pour \u00eatre poss\u00e9d\u00e9e et f\u00e9cond\u00e9e collectivement\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Louis Blanc, \u00e0 l&rsquo;inverse des penseurs des &lsquo;communaut\u00e9s&rsquo;, s&rsquo;inscrit donc pleinement non seulement dans la n\u00e9cessit\u00e9 du capital mais aussi dans la l\u00e9gitimit\u00e9 de la r\u00e9mun\u00e9ration du capital, \u00e0 savoir les int\u00e9r\u00eats, d\u00e8s lors que ceux-ci ne sont pas capt\u00e9s par quelques uns. C&rsquo;est dans ce cadre qu&rsquo;il va ensuite \u00e9tudier les conditions de mise en \u0153uvre d&rsquo;un acc\u00e8s pour tous au cr\u00e9dit, puis au cr\u00e9dit gratuit.<\/p>\n<p>Selon lui, ces conditions ne peuvent \u00eatre atteintes car elles pr\u00e9supposent deux conditions pr\u00e9alables\u00a0: la limitation de l&rsquo;acc\u00e8s au cr\u00e9dit (cr\u00e9dit gratuit), mais surtout la prime de risque auquel celui qui ne poss\u00e8de rien expose sa contrepartie, le pr\u00eateur. \u00ab\u00a0<em>Car il y a une chose de plus important que d&rsquo;obtenir le cr\u00e9dit gratuitement quand on l&rsquo;obtient\u00a0: c&rsquo;est de commencer par l&rsquo;obtenir. Tel ouvrier\u00a0s&rsquo;estimerait fort heureux de trouver \u00e0 emprunter, m\u00eame \u00e0 5 pour cent, un capital dont il serait assur\u00e9 de tirer 10 pour cent par son industrie. Mais il ne poss\u00e8de rien, il n&rsquo;a pas de garantie r\u00e9elle \u00e0 offrir, et, cons\u00e9quemment, gratuit ou non, tout cr\u00e9dit lui est refus\u00e9. (\u2026) Et quel rem\u00e8de \u00e0 cette calamit\u00e9, si on ne touche pas \u00e0 ce qui sert de base \u00e0 tout l&rsquo;\u00e9difice de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, si l&rsquo;on s&rsquo;obstine \u00e0 vouloir la concurrence, si on s&rsquo;en va pr\u00f4nant l&rsquo;individualisme, si on repousse l&rsquo;association\u00a0?<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>La seule solution pour l&rsquo;auteur r\u00e9side donc dans son grand projet, le c\u0153ur de son analyse et de ses propositions, qui est que rien ne peut \u00eatre entrepris pour transformer la soci\u00e9t\u00e9 si la concurrence sauvage du syst\u00e8me qui pousse les uns contre les autres n&rsquo;est pas attaqu\u00e9e par la cr\u00e9ation d&rsquo;associations de travailleurs, les fameux <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ateliers_sociaux#cite_ref-blanc72_24-0\">ateliers sociaux<\/a> (et non &lsquo;ateliers nationaux&rsquo;, cr\u00e9\u00e9s sp\u00e9cifiquement et perfidement par <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/02\/15\/la-revolution-sociale-et-1848\/\">Pierre Marie de Saint-Georges<\/a> pour contrer les ateliers sociaux) d&rsquo;un Louis blanc devenu pr\u00e9sident de la Commission du Palais du Luxembourg lors de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848, en lieu et place d&rsquo;un Minist\u00e8re du travail et d&rsquo;une garantie du travail pour les citoyens.<\/p>\n<p>Pour permettre \u00e0 ces associations de fonctionner, o\u00f9 tout travailleur pourrait acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;envers des corporations de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, il serait alors n\u00e9cessaire que le cr\u00e9dit ait \u00e9t\u00e9 entre-temps nationalis\u00e9 par la cr\u00e9ation d&rsquo;une Banque d&rsquo;Etat, laquelle fournirait le cr\u00e9dit \u00e0 ces associations qui d\u00e9poseraient leurs productions dans des d\u00e9p\u00f4ts d&rsquo;\u00e9tat comme garanties, obtiendraient ainsi le cr\u00e9dit qu&rsquo;individuellement le travailleur ne pourrait obtenir, et progressivement, un cr\u00e9dit gratuit se mettrait ainsi en \u0153uvre, les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat baissant avec l&rsquo;activit\u00e9, la Banque d&rsquo;Etat, sous contr\u00f4le de l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, n&rsquo;ayant aucun avantage \u00e0 laisser un taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9, n&rsquo;\u00e9tant pas un int\u00e9r\u00eat particulier comme les banques mais bien le repr\u00e9sentant d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le cr\u00e9dit gratuit n&rsquo;est donc pour Louis Blanc qu&rsquo;un outil, n\u00e9cessaire mais insuffisant selon lui pour transformer la soci\u00e9t\u00e9, laquelle est principalement rong\u00e9e par la concurrence et l&rsquo;individualisme\u00a0: cr\u00e9er des associations de travailleurs<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, ayant les moyens (le capital) de produire et n&rsquo;\u00e9tant pas frein\u00e9es dans l&rsquo;acc\u00e8s au cr\u00e9dit \u00e0 la fois par les int\u00e9r\u00eats et \u00e0 la fois par l&rsquo;absence de garanties, dans l&rsquo;industrie, l&rsquo;agriculture et m\u00eame la culture<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, le tout dans un syst\u00e8me politique totalement refondu dans une R\u00e9publique soutenant ce mouvement associatif tout en s&rsquo;en distinguant, c&rsquo;est l&rsquo;objet m\u00eame de ses propositions dans son &lsquo;Organisation du Travail&rsquo;.<\/p>\n<p>Le positionnement de Blanc au sein des socialistes utopistes, comme on les d\u00e9nommera apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mergence du socialisme \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb marxiste, est donc particulier, \u00e0 la fois &lsquo;lib\u00e9ral&rsquo; puisqu&rsquo;il s&rsquo;inscrit pleinement dans une \u00e9conomie de march\u00e9, de capitaux, de cr\u00e9dits et m\u00eame d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et \u00e0 la fois &lsquo;socialiste&rsquo; puisqu&rsquo;il pr\u00e9conise une socialisation du travail par l&rsquo;association et une socialisation du cr\u00e9dit par l\u2019\u00c9tat, le dissociant ainsi non seulement des utopistes &lsquo;communautaires&rsquo; mais aussi des socialistes anarchistes comme Proudhon.<\/p>\n<p>On le sait, Louis Blanc n&rsquo;aura jamais la possibilit\u00e9 de mettre en \u0153uvre son projet, tacl\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part par les r\u00e9publicains &lsquo;mod\u00e9r\u00e9s&rsquo; comme Lamartine, qui refus\u00e8rent de lui donner les moyens de ses ambitions (un Minist\u00e8re du Travail), tout en le cantonnant au r\u00f4le de Pr\u00e9sident de la Commission du Palais du Luxembourg, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Commission_du_Luxembourg#La_cr.C3.A9ation_d.E2.80.99associations_conform.C3.A9ment_au_projet_de_Louis_Blanc\">Commission<\/a> qui eut n\u00e9anmoins des impacts r\u00e9els, tant en termes de cr\u00e9ation d&rsquo;associations que de r\u00e9flexion sur la l\u00e9gislation du droit du travail. Faisant l&rsquo;amalgame entre ateliers nationaux dont la fermeture fut \u00e0 l&rsquo;origine des journ\u00e9es de juin 1848 et les ateliers sociaux de Louis Blanc, journ\u00e9es pendant lesquelles l&rsquo;arm\u00e9e du G\u00e9n\u00e9ral Cavaignac tira sur la foule, le gouvernement r\u00e9publicain l\u00e8ve l&rsquo;immunit\u00e9 du d\u00e9put\u00e9 dans le cadre d&rsquo;un commission d&rsquo;enqu\u00eate, le for\u00e7ant \u00e0 s&rsquo;exiler en Belgique puis en Angleterre pendant plus de 20 ans.<\/p>\n<p>De cet \u00e9chec, d\u00fb \u00e0 la d\u00e9pendance de l&rsquo;intervention de l\u2019\u00c9tat dans la constitution des ateliers comme du cr\u00e9dit &lsquo;gratuit&rsquo;, un \u00c9tat dont on a pu voir la malveillance de certains quant \u00e0 cette tentative, un autre penseur socialiste, Proudhon, estima voir se confirmer ainsi ses propres positions.<\/p>\n<p>Des positions qu&rsquo;un Louis Blanc alors en exil critiquait pourtant vertement en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il a \u00e9t\u00e9 fait derni\u00e8rement une exp\u00e9rience qui montre combien il est pu\u00e9ril et insens\u00e9 de pr\u00e9tendre combiner avec la doctrine de l&rsquo;individualisme, de la concurrence illimit\u00e9e, du laissez-faire, celle de la gratuit\u00e9 du cr\u00e9dit pour tous. Une banque a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, qu&rsquo;on a pompeusement appel\u00e9e\u00a0: Banque du Peuple. La grande nouveaut\u00e9 consistait en ce qu&rsquo;\u00e0 la diff\u00e9rence des billets ordinaires de banque \u00e0 ordre et payables en esp\u00e8ces, le papier de la banque du peuple \u00e9tait un ordre de livraison, payable \u00e0 vue par tout soci\u00e9taire ou adh\u00e9rent en produits ou services de son industrie. Quant \u00e0 la gratuit\u00e9 du cr\u00e9dit, la Banque la promettait. En attendant, elle prenait un int\u00e9r\u00eat de 2 pour cent, et ce qu&rsquo;il y a de plaisant, c&rsquo;est que les ouvriers et travailleurs salari\u00e9s \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 verser chaque semaine dans les coffres de la Banque tout ou partie de leur salaire, sans qu&rsquo;on s&rsquo;engage\u00e2t, bien entendu, \u00e0 leur en servir l&rsquo;int\u00e9r\u00eat\u00a0: de sorte que la combinaison revenait, pour le Peuple, \u00e0 pr\u00eater \u00e0 z\u00e9ro et \u00e0 emprunter \u00e0 2 pour cent, en attendant mieux\u00a0! Il y avait gratuit\u00e9 du cr\u00e9dit \u2026 au profit de la Banque\u00a0! Ce n&rsquo;est pas que ce m\u00e9canisme n&rsquo;e\u00fbt pu, par la baisse de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, rendre quelques services aux adh\u00e9rents, propri\u00e9taires, si, comme il serait facile de le prouver, sa nature m\u00eame ne l&rsquo;e\u00fbt condamn\u00e9 fatalement \u00e0 p\u00e9rir\u00a0; mais pour des prol\u00e9taires isol\u00e9s, ne poss\u00e9dant rien, n&rsquo;ayant rien \u00e0 offrir qu&rsquo;une esp\u00e9rance incertaine contre une valeur positive, que signifiait l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;une pareille banque\u00a0? Elle n&rsquo;aurait pu pr\u00eater sans gage qu&rsquo;en se ruinant \u00e0 coup s\u00fbr, et en suivant la marche contraire, elle rendait d\u00e9risoire, en ce qui concernerait le Peuple, la gratuit\u00e9 m\u00eame du cr\u00e9dit\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Louis Blanc critiquait ainsi l&rsquo;exp\u00e9rimentation d&rsquo;une &lsquo;Banque du Peuple&rsquo;, une mise en \u0153uvre concr\u00e8te des th\u00e9ories de Proudhon sur la soci\u00e9t\u00e9 et sur le cr\u00e9dit en particulier, une mise en \u0153uvre qui se r\u00e9v\u00e9lera \u00eatre un \u00e9chec.<\/p>\n<p>Pourtant, et bien que Pierre-Joseph Proudhon ait ouvertement critiqu\u00e9 la Commission du Luxembourg et le projet de Louis Blanc \u00e0 travers son journal &lsquo;Le repr\u00e9sentant du Peuple&rsquo;, participant de la d\u00e9stabilisation des ateliers sociaux<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, c&rsquo;est en bonne partie <a href=\"http:\/\/revuesshs.u-bourgogne.fr\/dissidences\/document.php?id=1481\">issus de cette Commission<\/a> que sont provenus les membres qui ont particip\u00e9 \u00e0 la constitution de cette Banque du Peuple, en grande majorit\u00e9 des artisans, cette \u00e9lite ouvri\u00e8re si particuli\u00e8re, qui connaissent de grandes difficult\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s au cr\u00e9dit et aupr\u00e8s desquels Proudhon a eu l&rsquo;intelligence de s&rsquo;adresser.<\/p>\n<p>Car pour Proudhon, Louis Blanc, dont il reconna\u00eet n\u00e9anmoins l&rsquo;importance<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> dans la r\u00e9flexion men\u00e9e avant et pendant la r\u00e9volution de 1848, se trompe car il m\u00e9conna\u00eet selon lui le principe essentiel qu&rsquo;est la circulation des \u00e9changes et sur l&rsquo;importance qu&rsquo;il donne \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Nos pr\u00e9c\u00e9dentes consid\u00e9rations sur la propri\u00e9t\u00e9 ont prouv\u00e9 deux choses : La premi\u00e8re, que la soci\u00e9t\u00e9 moderne est constitu\u00e9e sur le fait g\u00e9n\u00e9ral et pr\u00e9pond\u00e9rant d&rsquo;une circulation qui rend solidaires les unes des autres toutes les industries, toutes les fortunes, contrairement aux soci\u00e9t\u00e9s antiques, constitu\u00e9es sur la propri\u00e9t\u00e9 individuelle, et o\u00f9, par le peu d&rsquo;importance de la circulation, l&rsquo;ind\u00e9pendance des fortunes \u00e9tait compl\u00e8te. \u2013 De ce premier fait nous avons imm\u00e9diatement d\u00e9duit cette cons\u00e9quence, que le probl\u00e8me pos\u00e9 par la r\u00e9volution de F\u00e9vrier est avant tout un probl\u00e8me de justice commutative, un probl\u00e8me de circulation, de cr\u00e9dit, d&rsquo;\u00e9change, non un probl\u00e8me d&rsquo;organisation de l&rsquo;atelier. La seconde chose que nous avons prouv\u00e9e, c&rsquo;est que, par suite du progr\u00e8s \u00e9conomique qui a chang\u00e9 la constitution de la soci\u00e9t\u00e9, par la s\u00e9paration et l&rsquo;engrenage des fonctions productrices, la propri\u00e9t\u00e9, sur laquelle l&rsquo;antique soci\u00e9t\u00e9 vivait, est devenue une entrave \u00e0 la circulation, un obstacle \u00e0 la vie sociale. Cette entrave, cet obstacle doit dispara\u00eetre. Il est entendu, et je ne devrais pas avoir besoin de le dire, que cette r\u00e9forme, toute fiscale, doit avoir lieu sans violence, sans spoliation, sans d\u00e9possession, et avec l&rsquo;indemnit\u00e9 pr\u00e9alable. C&rsquo;est une liquidation \u00e0 faire de la nue-propri\u00e9t\u00e9 ainsi que de la rente, analogue au rachat des actions de jouissance des canaux<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour autant, la propri\u00e9t\u00e9 est &lsquo;invincible dans la rente&rsquo; selon lui car elle ne ferait que se d\u00e9placer, y compris en direction de l\u2019\u00c9tat ou de fermiers appoint\u00e9s. Il faut donc s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;argent<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, pour donner aux marchandises, aux produits \u00e9chang\u00e9s, des valeurs \u00e9gales et permettre la circulation des \u00e9changes sans que la monnaie puisse intervenir par son r\u00f4le n\u00e9faste selon lui, afin que la &lsquo;facult\u00e9 repr\u00e9sentative&rsquo; soit donn\u00e9e dans l&rsquo;ordre \u00e9conomique comme dans l&rsquo;ordre politique avec le suffrage universel\u00a0: \u00ab\u00a0<em>En un mot, il s&rsquo;agit de faire pour l&rsquo;ordre \u00e9conomique ce que nous voulons pour l&rsquo;ordre politique ; sans cela la r\u00e9volution serait tronqu\u00e9e et boiteuse<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>De ces analyses, Proudhon en d\u00e9duira alors qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de cr\u00e9er une banque qu&rsquo;il d\u00e9finira en premier lieu comme une banque d&rsquo;\u00e9change, avant que de cr\u00e9er une &lsquo;Banque du Peuple&rsquo; dont la configuration aura \u00e9t\u00e9 revue entre-temps par rapport \u00e0 ses desseins initiaux. Cette banque devait \u00eatre bas\u00e9e sur 3 principes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la suppression du num\u00e9raire,<\/li>\n<li>la gratuit\u00e9 du cr\u00e9dit (ou plut\u00f4t l&rsquo;absence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et de r\u00e9mun\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9pargne, mais bien la pr\u00e9sence d&rsquo;une commission de 1% pour le fonctionnement de la banque)<\/li>\n<li>l&rsquo;utilisation de lettres de change, permettant de gager une &lsquo;valeur d&rsquo;\u00e9change&rsquo; sur des produits vendus, convertie en bons, \u00e9changeables contre marchandises ou services sur pr\u00e9sentation et non encaissables en num\u00e9raire<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans les statuts de la Banque d&rsquo;\u00e9change, Proudhon pr\u00e9voira que tout citoyen acceptant ces &lsquo;papiers de cr\u00e9dit&rsquo; pourrait devenir soci\u00e9taire de la banque et que n&rsquo;utilisant pas de capital, celle-ci n&rsquo;en n&rsquo;aurait pas (articles 3 et 4), ne faisant pas non plus de b\u00e9n\u00e9fices (article 15). L&rsquo;essentiel de l&rsquo;activit\u00e9 bancaire devait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 par l&rsquo;escompte, soit l&rsquo;\u00e9change de lettre de change contre un papier de banque \u00e9changeable \u00e0 vue, ainsi que par le cr\u00e9dit aux soci\u00e9taires<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;objectif de Proudhon est de permettre que le cr\u00e9dit, condition de l&rsquo;\u00e9change, puisse se d\u00e9solidariser de la propri\u00e9t\u00e9 en se fondant sur la production, \u00e9changeable, de tous les producteurs, afin d&rsquo;\u00e9viter que les d\u00e9tenteurs de la propri\u00e9t\u00e9 ne puissent continuer \u00e0 s&rsquo;accaparer le cr\u00e9dit et la rente qui va avec\u00a0: \u00ab\u00a0travailler, c&rsquo;est produire de rien\u00a0\u00bb. Et la condition de cette r\u00e9alisation est bien \u00e9videmment le mutuellisme des soci\u00e9taires, dans leurs acceptations r\u00e9ciproques de ces fonctionnements.<\/p>\n<p>Quand Proudhon cr\u00e9e finalement la Banque du Peuple le 31 janvier 1849, ses <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k58041594\/f3.zoom\">statuts<\/a> sont alors diff\u00e9rents puisque la banque est constitu\u00e9e cette fois d&rsquo;un capital social, compos\u00e9 d&rsquo;actions de 5 francs et de 3 millions d&rsquo;actions<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. De m\u00eame, le bon de circulation est d\u00e9sormais encaissable et la banque pr\u00e9l\u00e8ve un pourcentage de 2%, qui ira cependant en d\u00e9croissant en fonction de l&rsquo;augmentation de l&rsquo;activit\u00e9. Cette r\u00e9int\u00e9gration du num\u00e9raire par Proudhon est due \u00e0 la r\u00e9ticence des \u00e9conomistes mais aussi de la population \u00e0 devoir se passer de num\u00e9raire, lequel est gag\u00e9 sur l&rsquo;or<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Pour sortir l&rsquo;or et l&rsquo;argent de l&rsquo;\u00e9change et du cr\u00e9dit, il fallait donc bien les r\u00e9int\u00e9grer dans un syst\u00e8me o\u00f9 ils finiraient pas dispara\u00eetre avec des bons de circulation, n&rsquo;\u00e9tant plus compens\u00e9s en num\u00e9raire<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, \u00e0 terme.<\/p>\n<p>Que furent les suites de la Banque du Peuple\u00a0? Tr\u00e8s rapidement (en six semaines), Proudhon re\u00e7ut 20 000 adh\u00e9sions repr\u00e9sentant 60 000 soci\u00e9taires, mais fut frapp\u00e9 tr\u00e8s rapidement de 20 000 francs d&rsquo;amende pour son journal &lsquo;Le Peuple&rsquo; (journal de Proudhon, qui avait lanc\u00e9 la souscription) qui ne r\u00e9alisait que 8 000 francs de b\u00e9n\u00e9fice. 2 mois apr\u00e8s son lancement, la banque n&rsquo;avait que 3 600 actions formant un capital de 18 000 francs, soit un passif avant m\u00eame de commencer. Le projet \u00e9choua donc, avant m\u00eame que d&rsquo;avoir pu commencer.<\/p>\n<p>Quelles furent alors les erreurs d&rsquo;un Proudhon qui avait par ailleurs anticip\u00e9 bon nombre de fonctionnements bancaires actuels\u00a0? Ce fut en premier lieu de croire que l&rsquo;abolition de la monnaie m\u00e9tallique, notamment le lien d&rsquo;avec l&rsquo;or, permettrait d&rsquo;abolir l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et de rendre ainsi le cr\u00e9dit gratuit. Surtout, comme l&rsquo;\u00e9crira plus tard Rist dans son &lsquo;Histoire des doctrines \u00e9conomiques&rsquo;\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si la banque r\u00e9clame un escompte, c\u2019est qu\u2019elle fournit aujourd\u2019hui, en une marchandise imm\u00e9diatement \u00e9changeable, le prix d\u2019une lettre de change r\u00e9alisable dans quelques mois seulement\u00a0; c\u2019est qu\u2019elle donne une r\u00e9alit\u00e9 en \u00e9change d\u2019une promesse, une somme d\u2019argent pr\u00e9sente en \u00e9change d\u2019une somme d\u2019argent future (\u2026.) Quoi que fasse Proudhon, le payement \u00e0 terme et le payement comptant sont et resteront deux op\u00e9rations diff\u00e9rentes, tant que la possession actuelle d\u2019un bien sera jug\u00e9e plus avantageuse que sa possession future. (\u2026) La disparition du num\u00e9raire m\u00e9tallique n\u2019a rien chang\u00e9 aux ph\u00e9nom\u00e8nes de l\u2019escompte.<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce que Turgot d\u00e9finissait comme le prix du temps et que d&rsquo;autres d\u00e9finiront comme \u00ab\u00a0prime de liquidit\u00e9\u00a0\u00bb, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat comme r\u00e9mun\u00e9ration du capital op\u00e9rant sur le cr\u00e9dit n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 comme tel par Proudhon, parce que ne dissociant pas l&rsquo;\u00e9change imm\u00e9diat de l&rsquo;escompte \u00e0 terme.<\/p>\n<p>Quelles furent les suites qui seront donn\u00e9es \u00e0 ces deux utopies, diff\u00e9rentes mais ayant n\u00e9anmoins en commun de penser le cr\u00e9dit diff\u00e9remment, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme gratuit<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, dans le si\u00e8cle alors en cours puis au 20\u00e8me si\u00e8cle\u00a0?<\/p>\n<p>Pour ce qui est de Louis Blanc, il y eut principalement l&rsquo;id\u00e9e, novatrice \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, de la possibilit\u00e9 de s&rsquo;associer pour un but commun, qui donnera lieu ult\u00e9rieurement \u00e0 la loi de 1901, mais aussi que l\u2019\u00c9tat peut et doit intervenir, dans le cadre d&rsquo;une \u00e9conomie de march\u00e9, sous forme d&rsquo;incitation, de r\u00e9glementation, de contr\u00f4le de la concurrence par la loi, y compris en octroyant \u00e0 ces associations (ou \u00e0 d&rsquo;autres) des cr\u00e9dits gratuits pour des buts d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. On retrouve ainsi dans ce cadre conceptuel un \u00e9tat r\u00e9gulateur et interventionniste qui intervient par exemple dans l&rsquo;accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 immobili\u00e8re par des pr\u00eats \u00e0 taux z\u00e9ro, selon des r\u00e8gles que le l\u00e9gislateur d\u00e9finit. Pour autant, l&rsquo;\u00e9tat-propri\u00e9taire par les nationalisations de certaines activit\u00e9s \u00e9conomiques se distingue de la proposition de Louis Blanc, qui se fonde par ses ateliers sociaux sur la capacit\u00e9 autonome des travailleurs \u00e0 s&rsquo;organiser, certes avec l&rsquo;aide de l&rsquo;\u00c9tat, mais de mani\u00e8re temporaire, et se distingue a fortiori du principe de l&rsquo;\u00e9conomie dirig\u00e9e.<\/p>\n<p>Proudhon quant \u00e0 lui a inspir\u00e9 nombre d&rsquo;initiatives, \u00e0 commencer par la <a href=\"http:\/\/ress.revues.org\/227#bodyftn18\">banque Bonnard<\/a> qui reprit son concept de banque d&rsquo;\u00e9change, comme par ailleurs plus de 200 banques en France sur ce m\u00eame principe. Fond\u00e9e un jour avant celle de Proudhon, cette banque connut un succ\u00e8s rapide, au point de devoir ouvrir une succursale \u00e0 Paris en 1853 puis de permettre \u00e0 Bonnard de faire fortune. Les raisons du succ\u00e8s furent inverse aux raisons de l&rsquo;\u00e9chec de la Banque du Peuple puisque ce syst\u00e8me \u00e9tait fond\u00e9 sur la capacit\u00e9 de payer comptant des escomptes futurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire des ventes futures, la seule obligation pour le vendeur \u00e9tant d&rsquo;avoir en stock les produits \u00e0 d\u00e9livrer lors de la pr\u00e9sentation des bons d&rsquo;\u00e9change, qui n&rsquo;\u00e9taient pas endossables et \u00e9taient nominatifs, les \u00e9changes n&rsquo;\u00e9tant d&rsquo;ailleurs pas restreints aux seuls soci\u00e9taires comme ils l&rsquo;\u00e9taient dans le projet de la Banque du Peuple de Proudhon. La monnaie enfin n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9vacu\u00e9e de l&rsquo;\u00e9change puisqu&rsquo;elle servait \u00e0 payer la commission de la banque et \u00e0 \u00e9talonner le prix des marchandises. Mais comme pour l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;Owen quelques d\u00e9cennies avant, la &lsquo;bonne marchandise&rsquo; trouvait \u00e0 s&rsquo;\u00e9changer et la mauvaise restait dans le portefeuille de la banque, et en 1863, Bonnard d\u00fbt c\u00e9der la g\u00e9rance de la banque, laquelle continua en ce qui concerne le Comptoir de Paris. Les banques d&rsquo;\u00e9change feront ainsi r\u00e9guli\u00e8rement surface \u00e0 chaque fois que des crises de liquidit\u00e9 (d&rsquo;acc\u00e8s au capital) se mat\u00e9rialiseront et dispara\u00eetront peu ou prou d\u00e8s lors que les liquidit\u00e9s recommenceront \u00e0 affluer.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus structurelle, c&rsquo;est bien en partie gr\u00e2ce \u00e0 Proudhon que le <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mutuellisme_(th%8Eorie_%8Economique)\">mutuellisme<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.etika.lu\/spip.php?article119#nb46\">cr\u00e9dit populaire<\/a> purent se d\u00e9velopper en France, profitant \u00e0 la fois de ses r\u00e9flexions mais aussi de son exp\u00e9rimentation, jetant ainsi les bases des organisations mutualistes de la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle, pourtant bien diff\u00e9rentes de son projet de Banque du Peuple (cr\u00e9dit \u00e0 int\u00e9r\u00eat, absence d&rsquo;\u00e9changes). L&rsquo;id\u00e9e mutuelliste \u00e9tait aussi une des r\u00e9ponses \u00e0 apporter quant \u00e0 la prime de risque que pouvait demander le d\u00e9tenteur d&rsquo;un capital pour octroyer un cr\u00e9dit, du fait de la r\u00e9partition (la socialisation) de cette prime de risque sur l&rsquo;ensemble des soci\u00e9taires, id\u00e9alement sur l&rsquo;ensemble des citoyens, l&rsquo;objectif \u00e9tant de doubler dans l&rsquo;ordre \u00e9conomique l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de l&rsquo;ordre politique<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>Sur un autre plan, celui de la circulation mon\u00e9taire et du cr\u00e9dit, Proudhon fut repris par Silvio Gesell avec sa monnaie franche et son &lsquo;ordre \u00e9conomique naturel&rsquo;, en proposant une monnaie &lsquo;fondante&rsquo;. Partant du principe comme Proudhon que la circulation \u00e9tait le c\u0153ur du probl\u00e8me \u00e9conomique, Gesell propose de mettre en place une monnaie \u00e0 laquelle est rattach\u00e9 un coupon n\u00e9gatif, repr\u00e9sentatif de l&rsquo;usure que subissent les biens dont la &lsquo;valeur&rsquo; est repr\u00e9sent\u00e9e par la monnaie. Afin d&rsquo;\u00e9viter que cette &lsquo;valeur&rsquo; mon\u00e9taire ne se d\u00e9pr\u00e9cie, l&rsquo;\u00e9pargnant se doit donc de faire circuler rapidement son capital, en lieu et place de faire circuler les biens, ou de payer des coupons r\u00e9guli\u00e8rement afin de ne pas le d\u00e9pr\u00e9cier, ou surtout de l&rsquo;investir, la r\u00e9mun\u00e9ration du capital permettant ainsi d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;usure des biens et de la monnaie.<\/p>\n<p>Si Gesell reprit donc la th\u00e8se de Proudhon sur la circulation, il ne garda cependant pas l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9change des biens, ni m\u00eame de suppression de la monnaie (bien au contraire) mais il transforma l&rsquo;id\u00e9e de cr\u00e9dit gratuit en cr\u00e9dit n\u00e9gatif, la r\u00e9mun\u00e9ration, qui dispara\u00eet chez Proudhon, devenant ainsi n\u00e9cessaire pour maintenir \u00e0 niveau le capital. Gesell fut ainsi l&rsquo;initiateur le plus connu des &lsquo;monnaies franches&rsquo; ou des &lsquo;monnaies compl\u00e9mentaires&rsquo;, comme par exemple avec les syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9change local (<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%8Fme_d'%8Echange_local#Fondations\">SEL<\/a>) actuels. Un Gesell qui sera d&rsquo;ailleurs un des rares \u00e9conomistes \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 dans le grand \u0153uvre de Keynes, la &lsquo;Th\u00e9orie G\u00e9n\u00e9rale&rsquo;, quelques d\u00e9cennies plus tard\u00a0: \u00ab <em>Il importe (donc) avant tout d&rsquo;abaisser le taux de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la monnaie et Gesell montre qu&rsquo;on peut y parvenir en faisant supporter \u00e0 la monnaie des frais de conservation semblables \u00e0 ceux qui gr\u00e8vent les autres stocks de marchandises improductives<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais Keynes y souligne aussi son plus grand d\u00e9faut, l&rsquo;absence de prime de liquidit\u00e9\u00a0li\u00e9e \u00e0 la monnaie du fait de la taxe (coupon) pr\u00e9lev\u00e9e par sur la monnaie franche: \u00ab\u00a0<em>Il (Gesell) n&rsquo;avait pas compris que la monnaie n&rsquo;est pas la seule richesse assortie d&rsquo;une prime de liquidit\u00e9, qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;une diff\u00e9rence de degr\u00e9 entre elle et beaucoup d&rsquo;autres articles et qu&rsquo;elle tire son importance du fait qu&rsquo;elle a une prime de liquidit\u00e9 plus forte qu&rsquo;aucun autre article. Si les billets en circulation devaient \u00eatre priv\u00e9s de leur prime de liquidit\u00e9, toute une s\u00e9rie de succ\u00e9dan\u00e9s viendraient prendre leur place, monnaie de banque, cr\u00e9ances \u00e0 vue, monnaies \u00e9trang\u00e8res, pierreries, m\u00e9taux pr\u00e9cieux, en g\u00e9n\u00e9ral, etc. A certaines \u00e9poques, ce fut sans doute, comme nous l&rsquo;avons indiqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, le go\u00fbt de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, abstraction faite de son rendement, qui contribua \u00e0 maintenir l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du taux de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u2013 dans le syst\u00e8me de Gesell, ce ph\u00e9nom\u00e8ne serait rendu impossible par la nationalisation des terres. <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Cette utopie du cr\u00e9dit gratuit irrigua donc les d\u00e9bats th\u00e9oriques mais aussi les r\u00e9alisations concr\u00e8tes qui parsem\u00e8rent depuis la r\u00e9volution de 1848 le champ \u00e9conomique et politique, et parfois, s&rsquo;institutionnalis\u00e8rent. Une id\u00e9e qui continue d&rsquo;animer nombre d&rsquo;acteurs aujourd&rsquo;hui, avec des objectifs n\u00e9anmoins diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Ainsi, on trouve des banques coop\u00e9ratives, comme la <a href=\"http:\/\/rue89.nouvelobs.com\/passage-a-lacte\/2010\/01\/17\/et-si-ma-banque-ne-demandait-pas-dinterets-pour-un-emprunt-134154\">Jak<\/a>, banque su\u00e9doise depuis 1997, qui collecte l&rsquo;\u00e9pargne et octroie des cr\u00e9dits \u00e0 ses soci\u00e9taires sans int\u00e9r\u00eat. L&rsquo;id\u00e9e sous-jacente est surtout de permettre l&rsquo;\u00e9quilibre entre les d\u00e9p\u00f4ts et les cr\u00e9dits, par un syst\u00e8me de points en bonus\/malus (d\u00e9p\u00f4t\/cr\u00e9dit), consolid\u00e9s par une obligation de capitaliser au moins 6% du montant du pr\u00eat en participations sociales (qui lui seront revers\u00e9es en fin de cr\u00e9dit) et par une obligation d&rsquo;\u00e9pargner le montant \u00e9quivalent de son cr\u00e9dit s&rsquo;il ne poss\u00e8de pas suffisamment de points. Ce syst\u00e8me permet d&rsquo;assurer \u00e0 la fois la liquidit\u00e9 et \u00e0 la fois la solvabilit\u00e9, mais il fonctionne gr\u00e2ce \u00e0 ses membres militants, des membres par ailleurs solvables et surtout en capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9pargner, et d&rsquo;\u00e9pargner suffisamment pour pouvoir cr\u00e9diter des points.<\/p>\n<p>Sur le m\u00eame type de fonctionnement, \u00e0 savoir l&rsquo;absence de r\u00e9mun\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9pargne et la possibilit\u00e9 (et non l&rsquo;automaticit\u00e9) de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un cr\u00e9dit gratuit, la banque coop\u00e9rative <a href=\"http:\/\/www.casden.fr\/Offres-et-services\/Epargne-et-Points\/Depot-Solidarite\">CASDEN<\/a> en France propose des d\u00e9p\u00f4ts Solidarit\u00e9 qui permettent de cr\u00e9diter des points (1\u20ac d\u00e9pos\u00e9 cr\u00e9dit 1,15 point solidarit\u00e9 au bout d&rsquo;un an) pour obtenir des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat les plus bas, tendant vers 0% d\u00e8s lors o\u00f9 le nombre de points est le double du montant du cr\u00e9dit sollicit\u00e9. Si des parts sociales sont \u00e0 acqu\u00e9rir lors de cr\u00e9dit, les points acquis restent acquis, m\u00eame en cas de retrait des d\u00e9p\u00f4ts, et peuvent \u00eatre transmis. Mais le syst\u00e8me mis en place reste sp\u00e9cifique car il n&rsquo;est accessible qu&rsquo;\u00e0 une certaine cat\u00e9gorie de personnes (professeurs, professionnels de la culture, etc.) et n\u00e9cessite l\u00e0 encore des capacit\u00e9s d&rsquo;\u00e9pargne.<\/p>\n<p>Enfin, sur un tout autre registre, le cr\u00e9dit peut \u00eatre gratuit dans le cr\u00e9dit \u00e0 la consommation, d\u00e8s lors o\u00f9 il remplit un certain nombre de pr\u00e9requis (d\u00e9finis par le <a href=\"http:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000022422300&amp;cidTexte=LEGITEXT000006069565\">code de la consommation<\/a>) ou parce que la r\u00e9mun\u00e9ration est <a href=\"http:\/\/www.leparisien.fr\/espace-premium\/actu\/des-credits-sans-interet-07-05-2013-2784897.php#xtref=http:\/\/www.google.fr\/url?sa=t$rct=j$q=$esrc=s$source=web$cd=8$cad=rja$uact=8$ved=0CGcQFjAH$url=http%3A%2F%2Fwww.leparisien.fr%2Fespace-premium%2Factu%2Fdes-credits-sans-interet-07-05-2013-2784897.php$ei=Op9vVLnzJoTPPZ2ggKAN$usg=AFQjCNHsl552wfC-rtasRKw5LGMYH_sYAA\">partag\u00e9e<\/a> par diff\u00e9rents acteurs, y compris d&rsquo;ailleurs le consommateur lui-m\u00eame \u00e9ventuellement, et sous certaines conditions (limitation de la dur\u00e9e, avance des int\u00e9r\u00eats et remboursement ensuite, etc.).<\/p>\n<p>Des syst\u00e8mes qui clairement cherchent par divers proc\u00e9d\u00e9s \u00e0 r\u00e9duire la r\u00e9mun\u00e9ration du cr\u00e9dit mais dont l&rsquo;objectif n&rsquo;est plus utopique, au sens que pouvaient en donner Louis Blanc et Proudhon\u00a0: la transformation sociale, pour permettre de tendre vers la justice et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, en reliant \u00e9conomie et politique.<\/p>\n<p>[\u00e0 suivre &#8230;]<\/p>\n<p>===============================<br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00a0 Cette citation est issue de la neuvi\u00e8me \u00e9dition, celle de 1850 (p.180).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0\u00a0 Id.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00a0 Id., p.189.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00a0 Id., p.190.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00a0 Id., p.195<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00a0 Ces associations s&rsquo;inscriraient dans le contexte d&rsquo;une \u00e9conomie concurrentielle, l\u2019\u00c9tat n&rsquo;interdisant pas les autres mani\u00e8res de produire mais cr\u00e9erait un cadre protecteur et incitateur pour les associations qui se r\u00e9v\u00e9lerait \u00e0 terme b\u00e9n\u00e9fique et attractif pour elles.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0\u00a0 Louis Blanc d\u00e9veloppa une r\u00e9flexion originale sur les droits d&rsquo;auteurs, m\u00ealant r\u00e9compense sociales et r\u00e9compenses financi\u00e8res.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0\u00a0 Id., pp 195-196.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0\u00a0 Les oppositions internes aux socialistes et utopistes de diff\u00e9rentes mouvances (communistes, proudhoniens, \u00e9tatistes, etc.) ont particip\u00e9, aussi, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec de la mise en \u0153uvre de ces utopies mais plus globalement de la r\u00e9volution de 1848 et in fine de la IIi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00ab\u00a0<em>M. Louis Blanc a eu le malheur et l&rsquo;avantage de personnifier en sa personne une id\u00e9e qui \u00e9tait alors dans la pens\u00e9e de tout le monde , et qui conserve encore une foule de partisans. Cette id\u00e9e avait sa place marqu\u00e9e dans la science \u00e9conomique , comme opposition au principe individualiste : comme conclusion finale elle \u00e9tait certainement fausse, mais comme conclusion relative et pr\u00e9paratoire elle \u00e9tait vraie. Or, il est toujours honorable d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le repr\u00e9sentant d&rsquo;une id\u00e9e. Combien de philosophes ont leurs noms burin\u00e9s dans l&rsquo;histoire, qui m\u00e9ritent encore moins les honneurs de l&rsquo;immortalit\u00e9 que M. Louis Blanc !&#8230;\u00a0<\/em>\u00bb. In \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/play.google.com\/books\/reader?id=585phQgLitIC&amp;printsec=frontcover&amp;output=reader&amp;hl=fr&amp;pg=GBS.PP7\">R\u00e9sum\u00e9 de la question sociale, Banque d&rsquo;\u00e9change<\/a>\u00a0\u00bb, 1849, p.26.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Ibid., pp.26-27. On trouve dans les propos de Proudhon une analyse sur la propri\u00e9t\u00e9, identifi\u00e9e comme structure fondatrice depuis l&rsquo;antiquit\u00e9, entravant la vie sociale parce qu&rsquo;elle entrave la circulation des \u00e9changes, comme frein \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s au cr\u00e9dit, au capital\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Qu&rsquo;est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0? La propri\u00e9t\u00e9, pour nous renfermer dans le cercle \u00e9conomique, est le veto mis sur la circulation par les d\u00e9tenteurs de capitaux et d&rsquo;instruments de travail. Pour faire lever ce veto et obtenir passage, le consommateur producteur paie \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 un droit qui, suivant la circonstance et l&rsquo;objet, prend tour \u00e0 tour les noms de rente, fermage, loyer, int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;argent, b\u00e9n\u00e9fice, agio, escompte, commission, privil\u00e8ge, monopole, prime, cumul, sin\u00e9cure, pot-de-vin , etc. etc.\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> \u00ab\u00a0<em>Quel est le despote de la circulation, le tyran du commerce, le chef de la f\u00e9odalit\u00e9 mercantile, le pivot du privil\u00e8ge, le symbole mat\u00e9riel de la propri\u00e9t\u00e9 ? C&rsquo;est le num\u00e9raire, c&rsquo;est l&rsquo;argent..<\/em>\u00a0\u00bb, ibid. p.34.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> On y retrouve les principes m\u00eames de l&rsquo;\u00e9conomie politique dans ces propos\u00a0: \u00ab\u00a0<em>S\u00e9parer l&rsquo;organisation politique de l&rsquo;organisation \u00e9conomique, c&rsquo;est r\u00e9trograder vers l&rsquo;absolutisme, c&rsquo;est prendre toujours l&rsquo;opinion pour loi au lieu de la r\u00e9alit\u00e9 ; c&rsquo;est enrayer le progr\u00e8s. Pour \u00eatre vraiment r\u00e9volutionnaire, il faut que la nouvelle constitution soit, qu&rsquo;on me pardonne ces termes d&rsquo;\u00e9cole, \u00e0 la fois subjective et objective, qu&rsquo;elle soit une organisation de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les choses comme entre les personnes. La balance des produits est la m\u00eame chose que la justice entre les citoyens ; la justice devient ainsi, pour nous, chose concr\u00e8te et chose id\u00e9ale. Et comme la r\u00e9volution de 1848 est, avant tout, une r\u00e9volution \u00e9conomique, c&rsquo;est \u00e0 la science \u00e9conomique que nous devons demander le nouveau principe r\u00e9publicain.\u00a0<\/em>\u00bb, ibid. p.35.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Moyennant deux cautions solidaires ou une hypoth\u00e8que, ainsi que l&rsquo;ouverture d&rsquo;un compte courant, id\u00e9e en avance sur son temps et de l&rsquo;activit\u00e9 de commandite.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> L&rsquo;article 10 des statuts pr\u00e9voyait n\u00e9anmoins que la banque n&rsquo;\u00e9tait constitu\u00e9e que si 10 000 actions \u00e9taient acquises.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00ab\u00a0<em>La Banque du peuple devait \u00eatre la propri\u00e9t\u00e9 de tous les citoyens qui en accepteraient les services\u00a0; qui, dans ce but, la commanditeraient de leurs capitaux, s\u2019ils jugeaient qu\u2019une base m\u00e9tallique lui f\u00fbt pour quelque temps encore indispensable\u00a0; qui, dans tous les cas, lui promettaient la pr\u00e9f\u00e9rence de leurs escomptes et recevaient en payement ses reconnaissances.<\/em> (\u2026) \u00bb, in &lsquo;<a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Les_Confessions_d%D5un_r%8Evolutionnaire\/Texte_complet\">Les confessions d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire pour servir \u00e0 l&rsquo;histoire de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier<\/a>&lsquo;, 1851, p.231.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> On retrouve ainsi l&rsquo;id\u00e9e du Bancor de Keynes qui imagina une int\u00e9gration de l&rsquo;or dans ce syst\u00e8me comme compensable en unit\u00e9 de compte de compensation, mais convertible unilat\u00e9ralement\u00a0: de l&rsquo;or vers le Bancor uniquement. La Banque du Peuple et ses bons d&rsquo;\u00e9change s\u2019inscrivent aussi dans un contexte o\u00f9 le num\u00e9raire gag\u00e9 sur l&rsquo;or est relativement faible, du fait de la raret\u00e9 de l&rsquo;or, obligeant le gouvernement r\u00e9volutionnaire \u00e0 cr\u00e9er un cours &lsquo;forc\u00e9&rsquo; aux billets de banque le 10 mars 1848. Quelque part, la r\u00e9flexion de Proudhon de 1848 sur le &lsquo;billet de banque&rsquo; (ou bon d&rsquo;\u00e9change), comme outil d&rsquo;\u00e9change, anticipe la fin de l&rsquo;\u00e9talon-or qui adviendra \u00e0 partir de 1914.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> A ce titre, on doit citer l&rsquo;\u00e9change \u00e9pistolaire entre 1849 et 1850 entre Proudhon et Fr\u00e9d\u00e9ric Bastiat, chacun chantre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque sur l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;id\u00e9ologies oppos\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Gratuit%8E_du_cr%8Edit\">Gratuit\u00e9 du cr\u00e9dit<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> La &lsquo;justice commutative&rsquo; disait Proudhon, du suffrage universel.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues\/home\/prescript\/article\/reco_0035-2764_1977_num_28_6_408358\">&lsquo;Perpetuum mobile et cr\u00e9dit gratuit. Deux propositions oubli\u00e9es pour am\u00e9liorer le fonctionnement d&rsquo;une \u00e9conomie mon\u00e9taire<\/a>\u00a0\u00bb, Michel Herland, 1977, p.963.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Mais cette r\u00e9volution qui vient \u00e0 nous d&rsquo;une marche invincible et d\u00e9j\u00e0 nous interroge, que veut-elle\u00a0? En pouvez-vous douter\u00a0? Elle veut que l\u2019\u0153uvre commenc\u00e9e en 89 s&rsquo;accomplisse. La f\u00e9odalit\u00e9 territoriale et militaire a disparu, il faut que la f\u00e9odalit\u00e9 financi\u00e8re disparaisse. Plus de privil\u00e8ges\u00a0! L&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Plus de privil\u00e8ges\u00a0! La justice.<\/em><\/p>\n<p><em>De l\u00e0 tous [&hellip;]<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21],"tags":[170,224,119,4041,135,295,134],"class_list":["post-71704","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-monnaie","tag-credit","tag-dette","tag-john-maynard-keynes","tag-louis-blanc","tag-monnaie-fondante","tag-pierre-joseph-proudhon","tag-silvio-gesell"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71704","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71704"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71704\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":71706,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71704\/revisions\/71706"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71704"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71704"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71704"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}