{"id":72332,"date":"2015-01-14T18:18:39","date_gmt":"2015-01-14T17:18:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=72332"},"modified":"2015-01-17T17:18:50","modified_gmt":"2015-01-17T16:18:50","slug":"emporte-par-la-foule-par-pascal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/01\/14\/emporte-par-la-foule-par-pascal\/","title":{"rendered":"<b>Emport\u00e9 par la foule\u2026<\/b>, par Pascal"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette anecdote entendue un jour : \u00e0 la lib\u00e9ration de Paris, alors que le G\u00e9n\u00e9ral De Gaulle, depuis un balcon surplombant une place, se faisait ovationner par une foule heureuse et en liesse, un de ses conseillers le f\u00e9licita (en voici l&rsquo;esprit, ce n&rsquo;est pas une citation) : \u00ab\u00a0Mon G\u00e9n\u00e9ral, cette foule tout enti\u00e8re qui vous acclame, c&rsquo;est vraiment magnifique. Le peuple fran\u00e7ais est avec vous.\u00a0\u00bb Et le Grand Charles de r\u00e9pondre \u00e0 peu pr\u00e8s ceci : \u00ab\u00a0Vous savez, mon ami, il y a quelques temps \u00e0 cet endroit, c&rsquo;\u00e9taient les m\u00eames qui acclamaient P\u00e9tain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je me souviendrai toujours d&rsquo;un soir Gare de Lyon \u00e0 Paris, tous les panneaux d&rsquo;affichages \u00e9taient \u00e9teints. Il devait \u00eatre un peu apr\u00e8s 17h et sur l&rsquo;esplanade devant les quais. La foule s&rsquo;amassait, s&rsquo;amassait au rythme des m\u00e9tros qui se vidaient. Il y avait au moins un millier de personnes fatigu\u00e9es de leur journ\u00e9e qui n&rsquo;aspiraient qu&rsquo;\u00e0 une chose\u00a0: monter dans leur train de banlieue pour rentrer chez eux. Mais impossible, rien ne s&rsquo;affichait. La masse semblait enfler \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s. Dans les bureaux qui surplombaient l&rsquo;esplanade, un gars en chemise regardait ce spectacle, certainement comme tous les jours. Seulement, d&rsquo;habitude personne ne le voyait, mais ce jour-l\u00e0, il \u00e9tait soumis au regard de la foule inqui\u00e8te. Je pense qu&rsquo;il ne s&rsquo;en rendait pas compte. \u00c0 un moment, il a souri ou rigol\u00e9 s\u00fbrement d&rsquo;une blague d&rsquo;un copain dans le bureau. Mais la foule, dans son corps vivant, a per\u00e7u ce rire comme une moquerie. Une puissante rumeur est mont\u00e9e de cette masse surchauff\u00e9e par ce soir d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Je me suis dit : si quelqu&rsquo;un trouve un pav\u00e9 ou quelque chose \u00e0 lancer, il y a droit. Juste \u00e0 ce moment l\u00e0, les panneaux d&rsquo;affichages se sont mis tous en m\u00eame temps \u00e0 cliqueter et \u00e0 afficher la destination de leur train. Le monstrueux corps social se d\u00e9gonfla rapidement et se r\u00e9pandit en un flot d&rsquo;individus le long des quais. Il aurait suffi de quelques secondes de plus&#8230; Que serait-il arriv\u00e9 ?<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Oui, la foule est un fantastique corps social auquel on se sent appartenir en se fondant parmi des centaines d&rsquo;individus mus dans un m\u00eame \u00e9lan. Mais qui a la ma\u00eetrise de ce corps sans t\u00eate ? Pour la provocation, histoire de faire un peu son Charlie, on m&rsquo;avait dit un jour : le QI d&rsquo;une foule est inversement proportionnel au nombre de participants.<\/p>\n<p>La symbolique de ce peuple rassembl\u00e9 est tr\u00e8s puissante et fascinante mais quel \u00e9tait le lien qui unissait ces individus dimanche dernier : l&rsquo;affirmation de certaines valeurs ? le refus de la terreur ? le besoin de communier, de remettre un peu de sens dans une soci\u00e9t\u00e9 sans boussole et sans capitaine ?<\/p>\n<p>La question qui survint tout de suite apr\u00e8s fut la m\u00eame dans toutes les t\u00eates (je pr\u00e9sume) : \u00ab\u00a0Et maintenant, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9tat tr\u00e8s vite a dit : \u00ab\u00a0Je m&rsquo;occupe de tout, ne vous inqui\u00e9tez pas ! Nouvelles lois, nouvelles proc\u00e9dures polici\u00e8res et de renseignement&#8230;\u00a0\u00bb Et le peuple de t\u00e9moigner dans les sondages sa satisfaction des politiques. On l&rsquo;a \u00e9chapp\u00e9 belle ! Imaginons un instant que le peuple d\u00e9cide de prendre les choses en main\u00a0? C&rsquo;en \u00e9tait fini de la V\u00e8me R\u00e9publique et qu&rsquo;est-ce que le peuple aurait mis \u00e0 la place ? La D\u00e9mocratie ath\u00e9nienne ? La R\u00e9publique de Weimar ?<\/p>\n<p>Les processus spontan\u00e9s (ou presque) des foules ont la beaut\u00e9 des Printemps Arabes mais sont aussi les pr\u00e9mices de temps incertains sans assurance d&rsquo;aboutir \u00e0 une paix sociale. <em>La beaut\u00e9 des choses n&rsquo;exclut pas n\u00e9cessairement leur dangerosit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>Non\u00a0: les march\u00e9s financiers sont incapables de s&rsquo;autor\u00e9guler. Et le peuple alors ? Pareil ! Il faut sortir des cadres actuels dit Paul Jorion mais rien de souhaitable ne se fera sans cadre. Il faut se donner le temps, le courage et la patience de construire de nouveaux cadres. Alors peut-\u00eatre saurons-nous trouver un nouvel \u00e9quilibre, un nouvel ordre social (m\u00eame ces mots des fois me font peur !) ou disons une nouvelle construction sociale. Cela ne se fera pas dans la rue et il y aura beaucoup de r\u00e9sistance au changement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette anecdote entendue un jour : \u00e0 la lib\u00e9ration de Paris, alors que le G\u00e9n\u00e9ral De Gaulle, depuis un balcon surplombant une place, se faisait ovationner par une foule heureuse et en liesse, un de ses conseillers le f\u00e9licita (en voici l&rsquo;esprit, ce n&rsquo;est pas une citation) : \u00ab\u00a0Mon G\u00e9n\u00e9ral, cette foule tout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[833],"tags":[4077],"class_list":["post-72332","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-de-tous-les-jours","tag-charlie-hebdo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72332","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72332"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72332\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":72380,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72332\/revisions\/72380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72332"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72332"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72332"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}