{"id":72667,"date":"2015-01-28T10:36:13","date_gmt":"2015-01-28T09:36:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=72667"},"modified":"2015-01-28T10:36:13","modified_gmt":"2015-01-28T09:36:13","slug":"dix-premieres-lecons-de-lelection-grecque-par-jean-michel-naulot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/01\/28\/dix-premieres-lecons-de-lelection-grecque-par-jean-michel-naulot\/","title":{"rendered":"<b>Dix premi\u00e8res le\u00e7ons de l\u2019\u00e9lection grecque<\/b>, par Jean-Michel Naulot"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Para\u00eet \u00e9galement sur <a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/jean-michel-naulot\" target=\"_blank\">son propre blog<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>A vouloir s\u2019obstiner dans une politique qui conduit la zone euro au bord de la d\u00e9flation, les dirigeants europ\u00e9ens affrontent une r\u00e9action de plus en plus forte des peuples. D\u2019\u00e9lections en \u00e9lections, les peuples disent clairement qu\u2019ils d\u00e9sapprouvent la politique qui leur est impos\u00e9e dans le cadre de la gouvernance de la zone euro. \u00c0 l\u2019automne 2012, contrairement aux engagements pris pendant la campagne pr\u00e9sidentielle, la France avait approuv\u00e9 les \u00ab r\u00e8gles \u00bb ch\u00e8res \u00e0 la chanceli\u00e8re allemande en \u00e9change de vagues promesses de relance de la croissance (sommet europ\u00e9en de juin 2012). D\u00e9clarations informelles contre texte des trait\u00e9s\u2026 Le pi\u00e8ge s\u2019est referm\u00e9 sur la France et sur la zone euro.<\/p>\n<p>Les dirigeants europ\u00e9ens qui avaient esp\u00e9r\u00e9 ces derniers mois que les \u00e9lections europ\u00e9ennes resteraient sans lendemain se disent probablement aujourd\u2019hui que les \u00e9v\u00e9nements prennent une mauvaise tournure. Les trait\u00e9s europ\u00e9ens ont-ils oubli\u00e9 que dans nos vieilles d\u00e9mocraties ce sont toujours les peuples qui ont le dernier mot ? La mont\u00e9e en puissance des partis qualifi\u00e9s de populistes exprime leur refus devant la pr\u00e9carit\u00e9, le ch\u00f4mage des jeunes, la paup\u00e9risation, les coups de canif dans le mod\u00e8le social et l&rsquo;\u00e9chec de la politique de croissance. Les politiques de d\u00e9valuation interne qui consistent \u00e0 baisser les co\u00fbts salariaux (plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 ajuster la monnaie) pour maintenir la comp\u00e9titivit\u00e9, en tentant de s\u2019aligner sur le pays le plus comp\u00e9titif de la zone mon\u00e9taire, sont rejet\u00e9es.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le peuple grec qui a le plus souffert de cette politique mise en place au printemps 2010 a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 dire non. Il a vot\u00e9 courageusement pour un parti qui n\u2019existait pas il y a encore quelques ann\u00e9es (4% des voix en 2009).<\/p>\n<p>Quelles le\u00e7ons tirer de l&rsquo;\u00e9lection grecque ?<\/p>\n<p>Premi\u00e8re le\u00e7on, la plus importante : le peuple grec n\u2019a pas c\u00e9d\u00e9 au chantage au chaos. Antonis Samaras n\u2019avait cess\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la veille des \u00e9lections, de r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une politique possible pour la Gr\u00e8ce. Les Grecs ne l\u2019ont pas \u00e9cout\u00e9. Dans le reste de la zone euro, le chantage au chaos, qui alimente notamment le d\u00e9bat sur l\u2019euro, devrait perdre en cr\u00e9dibilit\u00e9. Le d\u00e9bat d\u00e9mocratique doit avoir lieu.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me le\u00e7on : les deux grands partis traditionnels de droite et de gauche ont subi une d\u00e9route collective. De 2009 \u00e0 2015, leur score est pass\u00e9 de 77% \u00e0 34%. C\u2019est un avertissement pour les autres grands partis des pays de la zone euro qui, \u00e0 force de dire d\u2019une m\u00eame voix qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule politique possible, se discr\u00e9ditent. Lorsque les grands partis proposent tous la m\u00eame politique, l\u2019alternance est recherch\u00e9e ailleurs.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me le\u00e7on : la politique conduite depuis le printemps 2010 par l\u2019Eurogroupe est un \u00e9chec. L\u2019affirmation, sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, selon laquelle la Gr\u00e8ce est sur la voie du redressement parce qu\u2019elle d\u00e9gage un exc\u00e9dent budg\u00e9taire primaire (avant int\u00e9r\u00eats de la dette), alors que tous les voyants \u00e9conomiques et sociaux sont au rouge, ne trompe personne. Apr\u00e8s six ans de r\u00e9cession, le taux de ch\u00f4mage des jeunes est de 60%. L\u2019Espagne \u00e0 qui les dirigeants europ\u00e9ens ne cessent \u00e9galement de r\u00e9p\u00e9ter que la politique de d\u00e9valuation interne produit des r\u00e9sultats puisque l\u2019\u00e9quilibre ext\u00e9rieur se r\u00e9tablit ne peut \u00e9galement qu\u2019\u00eatre r\u00e9volt\u00e9e par le discours officiel. Lorsque l\u2019on ne consomme plus, les importations ne peuvent en effet que diminuer et la balance commerciale s\u2019am\u00e9liorer\u2026<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me le\u00e7on : les \u00e9lections grecques ont eu un \u00e9cho exceptionnel dans toute l\u2019Europe. Elles vont faire r\u00e9fl\u00e9chir d\u2019autres peuples de la zone euro, par exemple les Portugais et les Espagnols qui vont s\u2019exprimer bient\u00f4t.<\/p>\n<p>Cinqui\u00e8me le\u00e7on : la remise en cause de la politique europ\u00e9enne survient dans un contexte o\u00f9 les risques syst\u00e9miques propres \u00e0 la zone euro sont moins \u00e9lev\u00e9s qu\u2019au printemps 2010 ce qui laisse une plus grande libert\u00e9 de man\u0153uvre pour trouver des solutions. La dette publique a en effet \u00e9t\u00e9 largement renationalis\u00e9e apr\u00e8s la crise des march\u00e9s de 2010-2012. L\u2019op\u00e9ration d\u2019assouplissement mon\u00e9taire annonc\u00e9e par la BCE va \u00e0 cet \u00e9gard accro\u00eetre cette tendance puisque les achats de dettes souveraines se feront par l\u2019interm\u00e9diaire des banques nationales, quasiment sans mutualisation des risques (la BCE ach\u00e8tera seulement 8% des titres de dettes souveraines).<\/p>\n<p>Sixi\u00e8me le\u00e7on : les citoyens de la zone euro vont prendre conscience que les plans d\u2019assistance qui ont \u00e9t\u00e9 mis en place depuis le printemps 2010 pour sauver l\u2019euro ne sont pas des sommes qui ne viennent de nulle part\u2026 Ces pr\u00eats, ce sont leurs revenus, leurs \u00e9conomies. L\u2019absence de transparence des dirigeants europ\u00e9ens lors de la mise en place des op\u00e9rations de sauvetage, au point que les pr\u00eats ne sont m\u00eame pas comptabilis\u00e9s dans la dette publique (!), a \u00e9t\u00e9 la r\u00e8gle dans la plupart des pays de la zone euro, sauf peut-\u00eatre en Allemagne. Les citoyens d\u00e9couvrent aujourd\u2019hui que la facture pourrait \u00eatre lourde ! La quarantaine de milliards pr\u00eat\u00e9e par la France \u00e0 la Gr\u00e8ce repr\u00e9sente les deux-tiers de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu. Les investisseurs priv\u00e9s ont d\u00e9j\u00e0 abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la restructuration de 2012 un montant de 107 milliards d\u2019euros. Sans cette annulation de la dette, celle-ci serait aujourd\u2019hui non pas de 177% mais de 240% du PIB, au lieu de 120% en 2010\u2026 Les aides \u00e0 la Gr\u00e8ce repr\u00e9sentent au total pr\u00e8s de vingt-cinq fois le montant des pr\u00eats \u00e0 l\u2019Argentine au moment de la crise de 2001, une crise pourtant consid\u00e9r\u00e9e comme syst\u00e9mique en raison de sa gravit\u00e9 !<\/p>\n<p>Septi\u00e8me le\u00e7on : tous les pays de la zone euro qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9tendument sauv\u00e9s ont une dette qui est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 comme seul rem\u00e8de creuse la dette. L\u2019Italie elle-m\u00eame qui a vu son PIB baisser de 10% depuis 2007 a une dette repr\u00e9sentant 135% du PIB. Triste g\u00e2chis alors m\u00eame qu\u2019au printemps 2010 la dette en zone euro n\u2019\u00e9tait que de 79% du PIB (93% actuellement) !<\/p>\n<p>Huiti\u00e8me le\u00e7on : la n\u00e9gociation qui va s\u2019engager entre Alexis Tsipras et les dirigeants europ\u00e9ens passe n\u00e9cessairement par une annulation partielle de la dette grecque. Une simple restructuration de la dette, comportant un r\u00e9\u00e9chelonnement des \u00e9ch\u00e9ances et de nouvelles baisses des taux, ne ferait que gagner du temps. Compte tenu de la r\u00e9partition de la dette, les Etats, la BCE et le FMI sont aujourd\u2019hui en premi\u00e8re ligne. Cela devrait techniquement faciliter la n\u00e9gociation. Mais leurs premi\u00e8res r\u00e9actions, sans oublier celle de la Commission europ\u00e9enne, laissent bien mal augurer de cette n\u00e9gociation. Il est d\u2019ailleurs \u00e9tonnant que personne ne sugg\u00e8re que la BCE se retire de la Tro\u00efka. Ce serait pourtant le bon sens afin d\u2019\u00e9viter tout conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat. La mission de la BCE est de conduire la politique mon\u00e9taire et non pas de n\u00e9gocier la politique \u00e9conomique des Etats.<\/p>\n<p>Neuvi\u00e8me le\u00e7on : le vote grec s\u2019adresse principalement \u00e0 Madame Merkel puisque c\u2019est elle qui pilote de fait la politique de la zone euro depuis le printemps 2010. Or, apr\u00e8s les d\u00e9cisions d\u2019assouplissement mon\u00e9taire de la BCE, qu\u2019elle d\u00e9sapprouve mais sans le dire par respect pour l\u2019ind\u00e9pendance de la banque centrale, on ne peut exclure qu\u2019au lieu d\u2019assouplir sa position, elle la durcisse. Le fonctionnement de la planche \u00e0 billets pourrait l\u2019inciter \u00e0 \u00eatre encore plus ferme sur \u00ab les r\u00e8gles \u00bb.<\/p>\n<p>Dixi\u00e8me le\u00e7on : une diminution de la dette grecque ne pourra suffire \u00e0 rendre durablement espoir au peuple grec. La comp\u00e9titivit\u00e9 retrouv\u00e9e de la Gr\u00e8ce passe par davantage de souplesse mon\u00e9taire. Comme l\u2019avait annonc\u00e9 la th\u00e9orie \u00e9conomique (Robert Mundell, Michel Aglietta), avant m\u00eame la naissance de l\u2019euro, une monnaie unique renforce les plus forts, affaiblit les plus faibles. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une union de transferts financiers. Depuis dix ans, la production industrielle a diminu\u00e9 dans toute l\u2019Europe du sud et en France, de 10 \u00e0 35% selon les pays. Seule l\u2019Allemagne a progress\u00e9 (+12%). Le peuple grec n\u2019a aucune chance de renouer avec le \u00ab miracle grec \u00bb des vingt ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 son int\u00e9gration dans la zone euro si l\u2019on n\u2019envisage pas une r\u00e9forme de la gouvernance de la zone mon\u00e9taire. Puisque les peuples rejettent de plus en plus ouvertement le f\u00e9d\u00e9ralisme, pourquoi ne pas envisager la mise en place d\u2019un syst\u00e8me de monnaie commune au lieu de monnaie unique ? Euro drachme pour les transactions int\u00e9rieures (avec des ajustements r\u00e9guliers), euro pour les transactions ext\u00e9rieures. La zone euro a d\u00e9j\u00e0 connu ce syst\u00e8me de 1999 \u00e0 2002, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque sans possibilit\u00e9 d\u2019ajustement. Il est temps en tout cas que les dirigeants europ\u00e9ens admettent que le syst\u00e8me mon\u00e9taire actuel ne marche pas et qu\u2019il a au minimum besoin d\u2019\u00eatre r\u00e9form\u00e9. Depuis l\u2019origine, ce syst\u00e8me va de crise en crise. Ce sont les citoyens qui payent la facture d\u2019une id\u00e9ologie mon\u00e9taire qui ignore les r\u00e9alit\u00e9s industrielles, sociales et politiques de chaque pays.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. 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