{"id":731,"date":"2008-09-01T18:04:17","date_gmt":"2008-09-01T17:04:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=731"},"modified":"2016-10-03T18:37:08","modified_gmt":"2016-10-03T16:37:08","slug":"le-monde-mardi-2-septembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/09\/01\/le-monde-mardi-2-septembre\/","title":{"rendered":"Le Monde, Fannie Mae et Freddie Mac entre faillite et nationalisation, le mardi 2 septembre"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Dans la section <i>Le Monde &#8211; Economie<\/i> :<\/p><\/blockquote>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/le-monde-mde0902.pdf\">Fannie Mae et Freddie Mac entre faillite et nationalisation<\/a><\/strong> <\/p>\n<p>Le 30 septembre, les deux g\u00e9ants semi-publics, semi-priv\u00e9s du cr\u00e9dit immobilier r\u00e9sidentiel am\u00e9ricain, Fannie Mae et Freddie Mac, devront rembourser \u00e0 leurs investisseurs respectivement 120 et 103 milliards de dollars. Depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, la valeur de leurs actions a connu une d\u00e9pr\u00e9ciation de 80 % pour la premi\u00e8re et de 85 % pour la seconde. Leur faillite, jug\u00e9e impossible au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9, est maintenant une hypoth\u00e8se envisag\u00e9e. <\/p>\n<p>Premi\u00e8re de ces deux \u00ab Government\u2013Sponsored Entities \u00bb (GSE), aussi appel\u00e9s \u00ab Agencies \u00bb, les agences, Fannie Mae a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1938 comme une agence gouvernementale, puis semi-privatis\u00e9e en 1968 pour \u00e9liminer un poste budg\u00e9taire encombrant \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le co\u00fbt de la guerre du Vietnam commen\u00e7ait \u00e0 grever lourdement les finances de la nation. Freddie Mac a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1970 sur le m\u00eame gabarit, essentiellement pour cr\u00e9er un concurrent \u00e0 Fannie Mae. Les GSE \u00e9mettent des Residential Mortgage\u2013Backed Securities (RMBS), des titres construits en reconditionnant (titrisation) sous forme d\u2019une obligation unique quelques milliers de pr\u00eats au logement individuels.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 2000 \u00e0 2006, en pleine bulle immobili\u00e8re, les \u00e9tablissements priv\u00e9s &#8211; banques commerciales et caisses d\u2019\u00e9pargne &#8211; avaient envahi ce domaine de la titrisation des pr\u00eats hypoth\u00e9caires de l\u2019immobilier r\u00e9sidentiel am\u00e9ricain. Lorsque la bulle a \u00e9clat\u00e9 \u00e0 la fin 2006, les Agencies semi-\u00e9tatiques ont jou\u00e9 le r\u00f4le pour lequel elles avaient \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es, en prenant le relais du secteur priv\u00e9, pratiquement \u00e9limin\u00e9 depuis de ce march\u00e9 : en ao\u00fbt 2008, les GSE soutenaient \u00e0 elles deux 97,6 % des titres adoss\u00e9s \u00e0 des pr\u00eats hypoth\u00e9caires am\u00e9ricains et 42 % du secteur du cr\u00e9dit \u00e0 l&rsquo;immobilier r\u00e9sidentiel am\u00e9ricain : soit 5 000 milliards de dollars de cr\u00e9dits immobiliers qu\u2019elles garantissent ou poss\u00e8dent.<\/p>\n<p>On compte depuis leur cr\u00e9ation sur le fait que ces GSE seraient trait\u00e9es comme des entreprises publiques et sauv\u00e9es \u00e0 ce titre par l\u2019administration si elles devaient se r\u00e9v\u00e9ler insolvables. Mais maintenant que l\u2019heure de v\u00e9rit\u00e9 se rapproche, il s\u2019av\u00e8re que ceux qui \u00e9taient si convaincus de l\u2019ind\u00e9fectibilit\u00e9 de ce \u00ab jamais \u00bb se rapprochent lentement mais s\u00fbrement de la sortie de secours\u2026 comme en t\u00e9moigne l\u2019effondrement progressif du cours de leurs actions.<\/p>\n<p>Il faut dire que les autorit\u00e9s n\u2019aident pas, comme quand l\u2019administration Bush se gratte publiquement la t\u00eate \u00e0 propos de ce qu\u2019il conviendrait de faire si les GSE devaient se r\u00e9v\u00e9ler insolvables, ou quand William Poole, ex-gouverneur de la Fed d\u00e9clare, le 11 juillet, que les GSE \u00e9taient d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 insolvables. Le fait est que le parti r\u00e9publicain s&rsquo;est toujours exprim\u00e9 en faveur d&rsquo;une privatisation compl\u00e8te des GSE et consid\u00e8re que leur statut semi-public en fait une arme de guerre du parti d\u00e9mocrate.  <\/p>\n<p>Alors que Henry Paulson, la ministre am\u00e9ricain des finances, d\u00e9clarait encore le 10 juillet que tout allait bien pour Fannie et Freddie, le 13 juillet, les autorit\u00e9s financi\u00e8res am\u00e9ricaines se sont soudain pr\u00e9cipit\u00e9es au secours de Fannie Mae et Freddie Mac. Henry Paulson a expliqu\u00e9 qu\u2019une nouvelle l\u00e9gislation lui donnerait autorit\u00e9, pour une p\u00e9riode de 18 mois, d&rsquo;accorder \u00e0 Fannie Mae et Freddie Mac des pr\u00eats d&rsquo;urgence et de prendre, au nom du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, des participations dans les GSE. La loi cr\u00e9erait \u00e9galement une nouvelle autorit\u00e9 de tutelle des GSE, le Federal Housing Finance Agency. Le 30 juillet, la loi a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e \u00e0 une forte majorit\u00e9 et promulgu\u00e9e aussit\u00f4t par le pr\u00e9sident Bush. Si Fannie Mae et Freddie Mac devaient d\u00e9sormais tomber, ce serait le bon renom de l&rsquo;Etat am\u00e9ricain lui-m\u00eame qui en serait entach\u00e9. <\/p>\n<p>M. Paulson a qualifi\u00e9 la loi de \u00ab\u00a0bazooka\u00a0\u00bb, pour souligner qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une arme de dissuasion, constitu\u00e9e dans le but pr\u00e9cis de n\u2019y avoir jamais recours. Malheureusement pour M. Paulson, le fait que l&rsquo;arme soit ou non jamais utilis\u00e9e ne d\u00e9pend pas de lui mais du march\u00e9 immobilier. On entend d\u00e9j\u00e0 dire que la premi\u00e8re injection de capitaux dans les GSE s&rsquo;\u00e9l\u00e8vera \u00e0 60 milliards de dollars. Mais on entend dire aussi que le gouvernement jettera l&rsquo;\u00e9ponge si la somme devait atteindre les 500 milliards. Si l&rsquo;on devait en arriver l\u00e0, on regretterait am\u00e8rement que M. Paulson n&rsquo;ait pas pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 la dissuasion d\u00e9risoire du bazooka, la frappe nucl\u00e9aire pr\u00e9ventive de la nationalisation.  <\/p>\n<p>Le seul r\u00e9sultat concret a \u00e9t\u00e9 en effet que les autorit\u00e9s financi\u00e8res am\u00e9ricaines ont transform\u00e9 leur soutien implicite aux GSE en soutien explicite. Pour celles\u2013ci, les implications \u00e9taient minimes mais pour Oncle Sam, cela changeait tout : le soir du 13 juillet 2008, les \u00c9tats\u2013Unis avaient bascul\u00e9 du lib\u00e9ralisme dans la social-d\u00e9mocratie. Dans une question qu\u2019il posait \u00e0 Henry Paulson, le 16 juillet, lors d&rsquo;une audition publique, Jim Bunning, un s\u00e9nateur r\u00e9publicain du Kentucky, d\u00e9clarait : \u00ab\u00a0Quand j\u2019ai ouvert mon journal hier, j\u2019ai cru que je m\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9 en France. Mais non, il s\u2019av\u00e8re que le socialisme r\u00e8gne en ma\u00eetre en Am\u00e9rique \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p>Et d\u00e8s le 16 juillet 2008, les actions des GSE reprenaient leur plong\u00e9e : Fannie Mae et Freddie Mac perdaient \u00e0 la bourse de New York plus du quart de leur valeur en une seule s\u00e9ance : \u201327,34 % pour Fannie Mae et \u201326,02 % pour Freddie Mac. Le message \u00e9tait clair : Henry Paulson et Ben Bernanke, le patron de la Fed, avaient beau r\u00e9p\u00e9ter que tout serait fait pour \u00e9pauler les GSE, les investisseurs \u00e9taient convaincus que la nationalisation larv\u00e9e intervenue trois jours auparavant se concr\u00e9tiserait rapidement en une nationalisation pure et simple \u2013 dont ils feraient les frais.<\/p>\n<p>Certes, apr\u00e8s l&rsquo;annonce de la loi, le 13 juillet, les actions de Fannie Mae et de Freddie Mac ont grimp\u00e9 de plus de 30 %. Puis l&rsquo;on se mit sans doute \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 se dire que, finalement, pas grand-chose n\u2019avait chang\u00e9, puisqu\u2019\u00e0 la cl\u00f4ture, le cours de Fannie Mae est reparti \u00e0 la baisse, perdant 5,07 % de sa valeur par rapport au vendredi 11 et celui de Freddie Mac, 8,26 %. <\/p>\n<p>Un mois plus tard, le 18 ao\u00fbt 2008, les titres des GSE ont baiss\u00e9 \u00e0 nouveau fortement : l\u2019action de Fannie Mae perdait 22,25 % de sa valeur et celle de Freddie Mac, 24,96 %. La capitalisation de Freddie Mac, de 42 milliards de dollars, un an auparavant, s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9duite \u00e0 3 milliards, moins que les 5,5 milliards alors n\u00e9cessaires pour reconstituer ses r\u00e9serves obligatoires. Raison de cette rechute, un article paru dans le magazine Barron\u2019s du 15 ao\u00fbt, d\u00e9crivant le m\u00e9canisme qui permettrait au gouvernement de nationaliser de fait les GSE par le biais de \u201cpreferred shares\u201d (actions privil\u00e9gi\u00e9es) &#8211; avec s\u00e9niorit\u00e9 par rapport aux autres, dividendes privil\u00e9gi\u00e9s et convertibilit\u00e9 en actions\u2026-, dont l\u2019Etat serait seul acheteur ; ces actions privil\u00e9gi\u00e9es mettraient les actionnaires actuels des GSE sur la touche, et seule subsisterait l\u2019illusion de l\u2019appartenance de Fannie Mae et de Freddie Mac au secteur priv\u00e9. <\/p>\n<p>Le 20 ao\u00fbt, le Wall Street Journal indiquait qu\u2019une r\u00e9union au sommet avait lieu ce jour-l\u00e0 pour d\u00e9terminer ce qu\u2019il conviendrait de faire \u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance du 30 septembre : en cl\u00f4ture, l\u2019action de Fannie Mae perdait 26,79 % dans la journ\u00e9e pour se retrouver \u00e0 4,40 $, celle de Freddie Mac 22,6 %, pour se retrouver \u00e0 3,25 $.<\/p>\n<p>A mesure que le prix des actions des GSE baisse, une majorit\u00e9 des commentateurs se demandent ce que Mr. Paulson attend pour agir. Car les choses s\u2019aggravent de jour en jour. Du coup, on s\u2019inqui\u00e8te : et s\u2019il entendait simplement laisser pourrir la situation en se disant \u201capr\u00e8s moi le d\u00e9luge\u201d ? Le pire qui pourrait arriver serait que Fannie Mae et Freddie Mac fassent faillite. Serait-ce en soi une si mauvaise chose ? Le syst\u00e8me am\u00e9ricain du cr\u00e9dit immobilier en mourrait sans doute de sa belle mort. Mais au bout du compte il en co\u00fbterait sans doute moins au contribuable qu\u2019une s\u00e9rie d\u2019injections de capital ou de prises de participation de l\u2019Etat am\u00e9ricain qui finiraient apr\u00e8s de nombreux mois par s\u2019av\u00e9rer insuffisantes. Et &#8211; on est en Am\u00e9rique &#8211; toute autre issue pourrait donner lieu \u00e0 des actions en justice en nombre infini et dont les r\u00e8glements atteindraient des sommes astronomiques. Avantage suppl\u00e9mentaire : M. Paulson n\u2019aurait jamais eu \u00e0 se d\u00e9partir de sa confiance absolue dans la capacit\u00e9 des march\u00e9s \u00e0 s\u2019autor\u00e9guler. Brandir le b\u00e2ton &#8211; ou plut\u00f4t le bazooka &#8211; aurait suffi \u00e0 gagner suffisamment de temps. Enfin, assez de temps en ce qui le concerne personnellement : l\u2019administration du nouveau pr\u00e9sident n\u2019aura qu\u2019\u00e0 se d\u00e9brouiller\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Dans la section <i>Le Monde &#8211; Economie<\/i> :<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/le-monde-mde0902.pdf\">Fannie Mae et Freddie Mac entre faillite et nationalisation<\/a><\/strong> <\/p>\n<p>Le 30 septembre, les deux g\u00e9ants semi-publics, semi-priv\u00e9s du cr\u00e9dit immobilier r\u00e9sidentiel am\u00e9ricain, Fannie Mae et Freddie Mac, devront rembourser \u00e0 leurs investisseurs respectivement 120 et 103 milliards de dollars. 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