{"id":73246,"date":"2015-02-18T13:01:51","date_gmt":"2015-02-18T12:01:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=73246"},"modified":"2015-02-18T16:58:45","modified_gmt":"2015-02-18T15:58:45","slug":"snow-therapy-a-macro-therapy-de-letre-primitif-au-peuple-debout-par-annie-fortems","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/02\/18\/snow-therapy-a-macro-therapy-de-letre-primitif-au-peuple-debout-par-annie-fortems\/","title":{"rendered":"<b>Snow-Therapy \u00e0 Macro-Therapy :  de l&rsquo;\u00eatre primitif au peuple debout<\/b>, par Annie Fortems"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. \u00c0 propos de <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/02\/18\/paul-jorion-pense-tout-haut-le-dimanche-15-fevrier-2015-retranscription\/\" target=\"_blank\">Paul Jorion pense tout haut le dimanche 15 f\u00e9vrier 2015<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/tcChmUihjZY\" width=\"610\" height=\"345\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>Le dernier opus du su\u00e9dois Ruben Ostlund, Snow-Therapy, n\u2019est pas qu\u2019un thrilleur psychologique, intimiste. Il esquisse aussi une vision de macro-Therapy politique et sociale. Passer une semaine de sports d\u2019hiver dans les alpes fran\u00e7aises en compagnie de cette famille de bobos scandinaves n\u2019est pas de tout repos. On ne revient pas indemne de cette luxueuse station, pos\u00e9e dans un \u00e9crin blanc en haut d&rsquo;un pic rocheux. Amphith\u00e9\u00e2tre f\u00e9erique de lumi\u00e8re et de blancheur scintillante o\u00f9 l\u2019on se prend \u00e0 r\u00eaver de feux d\u2019artifices accompagnant les coups de canons \u00e0 neige. On verra que ce sera plut\u00f4t le lieu des artifices qui partent en fum\u00e9e.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Les parents vikings, Tomas et Edda et leurs 2 enfants Vera et Harry vont basculer, et nous avec, dans un monde de paradoxes acculant les \u00eatres. Ils \u00e9voluent dans un huis clos se d\u00e9pla\u00e7ant entre les vastes espaces enneig\u00e9s et l\u2019exig\u00fcit\u00e9 \u00e9touffante d\u2019une chambre d\u2019h\u00f4tel de luxe. La situation familiale apparait fig\u00e9e dans un \u00e9quilibre proche de l\u2019immobilisme. Le courant ne passe plus ais\u00e9ment dans ce couple d\u00e9saimant\u00e9 et les enfants se refugient dans leur monde connect\u00e9 o\u00f9 les \u00e9crans font office de filtre \u00e0 la vie r\u00e9elle. Cette semaine en altitude en terre \u00e9trang\u00e8re, sera donc l\u2019occasion opportune de se retrouver ensemble et de resserrer les liens. Loin s\u2019en faut. Nous verrons l\u2019\u00e9quilibre &#8211; en fait pr\u00e9caire &#8211; de cette famille nucl\u00e9aire classique se disloquer sous nos yeux.<\/p>\n<p>Le drame surgira d\u2019une d\u00e9ferlante, pr\u00e9tendument contr\u00f4l\u00e9e, de poudreuse. Face \u00e0 l\u2019\u00e9minence du danger, le p\u00e8re, occup\u00e9 \u00e0 filmer la sc\u00e8ne, se joindra instinctivement au sauve-qui-peut g\u00e9n\u00e9ral\u2026 en abandonnant femme et enfants \u00e0 leur sort. D\u00e8s cet instant, l\u2019irruption brutale du cerveau reptilien dans ce syst\u00e8me familial entropique produira un grand jeu de d\u00e9construction d\u00e9flagrateur. Les repr\u00e9sentations intimes de chacun concernant la place de l\u2019homme et de la femme, le r\u00f4le du p\u00e8re et de la m\u00e8re &#8211; et l\u2019admiration, voire l\u2019id\u00e9alisation qui y sont li\u00e9es &#8211; sont remises en cause. La foi dans le principe de pr\u00e9caution et la s\u00fbret\u00e9 des proc\u00e9dures norm\u00e9es, garant d\u2019un monde sans risque, ne tient plus. En fait, tout vole en \u00e9clats sous l\u2019effet d\u2019une pulsion de survie d\u00e9vastatrice. Sous l&rsquo;onde de choc, les constructions psychologiques et morales, \u00e0 diff\u00e9rents niveaux &#8211; aussi bien personnelles que conjugales, familiales, et m\u00eame amicales &#8211; se fissurent, chancellent ou s&rsquo;\u00e9croulent. Les certitudes et les id\u00e9aux partent en fum\u00e9e, faisant place \u00e0 un tas de gravats asphyxiant les protagonistes de culpabilit\u00e9, de honte ou de m\u00e9pris.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur, les machines et les installations m\u00e9caniques semblent partie prenantes du drame qui se trame. Les dameuses fantasmagoriques passent et repassent, aplanissent, effacent les traces, comme en \u00e9cho aux efforts d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s du p\u00e8re pour maintenir le d\u00e9ni massif dans lequel il a trouv\u00e9 refuge. Le lent cort\u00e8ge des remonte-pentes qui paradoxalement semble annonciateur de la descente aux enfers dans laquelle vont \u00eatre entrain\u00e9s les personnages. Le grincement inqui\u00e9tant du balancement d\u2019un t\u00e9l\u00e9ski comme le symbole du syst\u00e8me familial qui se craqu\u00e8le. Tout est intrigant et on se prend \u00e0 scruter la neige pour savoir d\u2019o\u00f9 va surgir le danger, pr\u00eat \u00e0 sursauter au moindre flocon. M\u00eame la puret\u00e9 surabondante des panoramas enneig\u00e9s ne parvient pas \u00e0 masquer la face obscure, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 cette occasion, de l\u2019\u00e2me humaine.<\/p>\n<p>L\u2019acte instinctif du p\u00e8re a apparemment pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 son intention, ou bien celle-ci \u00e9tait-elle d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, inconsciente comme le dit Freud, ou pr\u00e9alable au niveau c\u00e9r\u00e9bral comme le dit Gilles Lafargue, sp\u00e9cialiste en neurosciences, quand il \u00e9crit que \u00ab le cerveau prend l\u2019initiative et le sujet prend acte \u00bb ? Quel que soit le cas, l\u2019enjeu existentiel pour le p\u00e8re sera de taille : s\u2019absoudre durablement de sa propre responsabilit\u00e9, au risque de provoquer de nouveaux d\u00e9g\u00e2ts quant \u00e0 eux irr\u00e9versibles sur ses proches et lui-m\u00eame ou affronter sa propre ali\u00e9nation et recouvrer la libert\u00e9. Le film pose une question plus large et toujours d\u2019actualit\u00e9 : Que fait-on quand la nature, notre partie animale, reprend le pas sur l\u2019\u00eatre de raison et de culture civilis\u00e9 que nous sommes cens\u00e9s \u00eatre ? Quelle histoire doit-on se raconter pour sauver les apparences mises \u00e0 mal, ne pas apparaitre comme un monstre pour son entourage et \u00e0 ses propres yeux ou justifier une certaine dose de servitude volontaire ?<\/p>\n<p>Le film propose une r\u00e9ponse : affronter sa propre imposture. Le p\u00e8re hurlant fera ce chemin douloureusement. On se prend \u00e0 esp\u00e9rer pour cette famille que la fameuse th\u00e9orie des syst\u00e8mes dissipatifs du chimiste Ilya Prigogine \u2013 th\u00e9orie qui pose qu\u2019un syst\u00e8me dit dissipatif loin de l\u2019\u00e9quilibre peut autoproduire une nouvelle organisation \u2013 soit op\u00e9rante et aboutisse.<\/p>\n<p>\u00c0 peine remis de ses \u00e9motions, le spectateur se retrouve l\u00e2ch\u00e9 dans un hors-piste narratif. Fig\u00e9 quelques secondes interminables devant le trou noir d&rsquo;un rideau de flocons se demandant sur quels drames celui-ci va-t-il encore se lever ?<\/p>\n<p>Tout peut arriver. Le r\u00e9alisateur fait le choix de nous rappeler que le pire n\u2019est pas certain et que ce qui ne tue pas, rend plus fort. En quelques plans finaux, il esquisse alors une vision all\u00e9gorique comme s\u2019il proposait une macro-Therapy politique d\u2019actualit\u00e9 destin\u00e9e aux peuples en souffrance. L\u2019\u00eatre civilis\u00e9, comme la d\u00e9mocratie, sont fragiles et \u00e0 la merci des pulsions. Les \u00eatres, et les peuples, qui d\u00e9nient la responsabilit\u00e9 de leurs actes le payent du prix fort, celui de la libert\u00e9. La voie propos\u00e9e est celle du libre arbitre, de la d\u00e9cision participative, et de la force du collectif. Demander le risque z\u00e9ro est une impasse. Livrer son propre sort \u00e0 d\u2019autres ou aux experts est une voie trop dangereuse qui n\u00e9cessite la r\u00e9appropriation du bon sens individuel et collectif. A l\u2019instar de ce que nous dit le psychanalyste Roland Gori dans son ouvrage \u00ab la fabrique des imposteurs \u00bb, l\u2019homme moderne englu\u00e9 dans le mod\u00e8le normatif dans une sorte de servitude volontaire, complice de son propre formatage, de sa d\u00e9responsabilisation, de sa soumission aux oracles doit retrouver le chemin de la raison, du courage, de sa responsabilit\u00e9 pour conqu\u00e9rir sa libre autonomie.<\/p>\n<p>Comme les Grecs nous le montrent aujourd\u2019hui, quand ils d\u00e9cident de descendre collectivement du bus de la Tro\u00efka qui les m\u00e8ne dans l\u2019abime. Il convient d\u2019\u00eatre debout, t\u00eate haute, fort de la fiert\u00e9 recouvr\u00e9e et d\u2019affronter les risques ensemble. La marche sera longue, incertaine, harassante. Le r\u00e9alisateur nous dit : nous le pouvons. Podemos !<\/p>\n<p>___________________________________<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Benjamin Libet<\/strong> , Curtis A.Gleason, Elwood W.Wright and Dennis K.Pearl<\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"http:\/\/trans-techresearch.net\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/Brain-1983-LIBET.pdf\" target=\"_blank\"><em>Time of conscious intention to act in the relation to onset of cerebral activity (readiness-potential) the unconscious initiation of a freely voluntary act<\/em><\/a>, 1983<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Gilles Lafargue et Angela Sirigu <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"http:\/\/eugrafal.free.fr\/Lafargue%20Cervea&amp;Psycho.pdf\" target=\"_blank\"><em>La volont\u00e9 d\u2019agir est-elle libre?<\/em><\/a> \u2013 revue Cerveau et psycho N\u00b06, juin 2004<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Paul Jorion <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues\/home\/prescript\/article\/hom_0439-4216_1999_num_39_150_453573\" target=\"_blank\"><em>Le secret de la chambre chinoise<\/em><\/a> \u2013 revue L\u2019Homme, 1999<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ilya Prigogine<\/strong>, prix Nobel de chimie 1977<\/li>\n<\/ul>\n<p><em>Pour ses recherches sur la thermodynamique hors-\u00e9quilibre et les structures dissipatives<\/em><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Roland Gori <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><em><a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/journal-cesar\/070414\/roland-gori-la-societe-neoliberale-fabrique-des-imposteurs\" target=\"_blank\">La fabriques des imposteurs\u00a0\u00bb<\/a>, Edition LLL \u00ab\u00a0les liens qui lib\u00e8rent\u00a0\u00bb, 2013<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. \u00c0 propos de <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/02\/18\/paul-jorion-pense-tout-haut-le-dimanche-15-fevrier-2015-retranscription\/\" target=\"_blank\">Paul Jorion pense tout haut le dimanche 15 f\u00e9vrier 2015<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/tcChmUihjZY\" width=\"610\" height=\"345\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>Le dernier opus du su\u00e9dois Ruben Ostlund, Snow-Therapy, n\u2019est pas qu\u2019un thrilleur psychologique, intimiste. 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