{"id":73453,"date":"2015-02-22T15:55:33","date_gmt":"2015-02-22T14:55:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=73453"},"modified":"2015-02-22T17:19:53","modified_gmt":"2015-02-22T16:19:53","slug":"carnets-de-voyage-de-pablo-iglesias-a-new-york-de-democracy-now-a-wall-street-par-lazarillo-de-tormes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/02\/22\/carnets-de-voyage-de-pablo-iglesias-a-new-york-de-democracy-now-a-wall-street-par-lazarillo-de-tormes\/","title":{"rendered":"<b>Carnets de voyage de Pablo Iglesias \u00e0 New-York, de <em>Democracy Now !<\/em> \u00e0 Wall Street<\/b>, par Lazarillo de Tormes"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le hasard c&rsquo;est Dieu qui se prom\u00e8ne incognito\u00a0\u00bb disait Albert Einstein. Dans ce billet il sera question des promenades de Pablo Iglesias dans la Grande Pomme. Ni les actes pos\u00e9s, ni les personnes rencontr\u00e9es ne sont le fruit du myst\u00e8re ou de l&rsquo;al\u00e9a, \u00e0 commencer par la dichotomie que symbolise New York, \u00e9picentre plan\u00e9taire de la finance folle et berceau du mouvement Occupy. On peut imaginer, sachant ce qu&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9 le mouvement 15M dans la gen\u00e8se de Podemos, que cette occurrence ne soit pas anodine aux yeux d&rsquo;Iglesias.<\/p>\n<p>Pour une perspective plus large, il peut \u00eatre pertinent de faire un crochet par <em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/02\/02\/la-carte-secrete-dalexis-tsipras\/\">La carte secr\u00e8te d&rsquo;Alexis Tsipras<\/a><\/em> et de remettre sur le m\u00e9tier la question du r\u00f4le qu&rsquo;assumeront \u00c9tats-Unis dans ce que l&rsquo;on nomme commun\u00e9ment sur ce blog \u00ab\u00a0le grand tournant\u00a0\u00bb. La question de savoir \u00e0 quels \u00c9tats-Unis nous aurons affaire ces prochaines ann\u00e9es se pose. Car si les options qui se profilent pour la pr\u00e9sidentielle de 2016 semblent peu excitantes en mati\u00e8re d&rsquo;innovation, nous vivons dans un monde qui bouge de plus en plus vite et force \u00e0 des repositionnements constants.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Et surtout les \u00c9tats-Unis ne sont pas un monolithe id\u00e9ologique. Des courants y portent les aspirations d&rsquo;un r\u00f4le nouveau et ambitieux pour leur pays dans un monde en transition. \u00c0 ceux ayant ces id\u00e9es chevill\u00e9es au corps de longue date, il faut ajouter une cohorte grandissante de tenants originels de \u00ab\u00a0l&rsquo;ancien monde\u00a0\u00bb qui constatent, souvent \u00e0 leur corps d\u00e9fendant, les impasses auxquelles m\u00e8nent les exc\u00e8s, leurs exc\u00e8s. Le fait d&rsquo;envisager leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 les rend moins obtus dans la qu\u00eate de solutions viables. Ce sont certaines ces voix qui ont parsem\u00e9 la visite de Pablo Iglesias \u00e0 New York. Elles sont comme un chapelet d&rsquo;indices que les grands d\u00e9fis qui se posent au niveau plan\u00e9taire et qui s&rsquo;attachent au r\u00f4le et au devenir de l&rsquo;Esp\u00e8ce, telle qu&rsquo;on l&rsquo;entend sur le blog de Paul Jorion, peuvent \u00eatre abord\u00e9s de fa\u00e7on novatrice, globale et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Rencontre avec Joseph Stiglitz<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0:<\/span> Prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie hors normes &#8211; pour le trouver, localisez Tirole, faites un 180 degr\u00e9s et marchez jusqu&rsquo;\u00e0 le perdre de vue- il est un iconoclaste de la premi\u00e8re heure des politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 men\u00e9es dans l&rsquo;Europe post 2008 et de la construction mon\u00e9taire qu&rsquo;est l&rsquo;euro dans sa forme actuelle. Il ne se prive pas d&rsquo;ironiser sur la main invisible d&rsquo;Adam Smith d\u00e8s que l&rsquo;occasion se pr\u00e9sente et ses th\u00e8ses pourraient inspirer, par exemple, un certain gouvernement \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb si celui-ci d\u00e9cidait par surprise \u00e0 tenter des politiques socialistes. Joseph Stiglitz fut un supporter pr\u00e9coce du mouvement des Indignados, embryon de Podemos, et l&rsquo;on se souvient de lui, porte-voix \u00e0 la main, s&rsquo;adressant aux indign\u00e9s dans le Parque del Retiro <a href=\"http:\/\/roarmag.org\/2011\/07\/stiglitz-addresses-indignados-at-first-15-m-social-forum\/\">\u00e0 l&rsquo;occasion du Ier Forum Social du 15M en juillet 2011<\/a>. Il remit le couvert quelques mois plus tard en apparaissant aux c\u00f4t\u00e9s des activistes d&rsquo;Occupy Wall Street \u00e0 Zuccotti Park.<\/p>\n<p>En s&rsquo;assurant l&rsquo;appui de conseillers du calibre et de la facture id\u00e9ologique de Joseph Stiglitz, Thomas Piketty ou Vicen\u00e7 Navarro, Pablo Iglesias envisage pour Podemos une proposition de gouvernement \u00e9conomique coh\u00e9rente et solide en vue des l\u00e9gislatives de d\u00e9cembre prochain. L&rsquo;absence d&rsquo;un programme de ces caract\u00e9ristiques \u00e9tait une arme r\u00e9currente dans l&rsquo;argumentaire de ses adversaires du PP et du PSOE d\u00e8s l&rsquo;irruption du mouvement sur la sc\u00e8ne politique aux europ\u00e9ennes de mai 2014.<\/p>\n<p><em><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/www.democracynow.org\/2015\/2\/17\/the_next_syriza_as_greece_rejects\">Interview avec Amy Goodman<\/a> <\/span><\/em><span style=\"text-decoration: underline;\">:<\/span> Journaliste et activiste pacifiste, elle est co-fondatrice de Democracy Now! m\u00e9dia engag\u00e9, \u00e0 contre-courant et libre du fait d&rsquo;une ind\u00e9pendance financi\u00e8re stricte par rapport aux lobbys \u00e9conomiques et aux pouvoirs politiques. Ce leitmotiv est une h\u00e9r\u00e9sie singuli\u00e8re dans un spectre m\u00e9diatique am\u00e9ricain qui verse par nature dans la philosophie de la fabrication du consentement selon Noam Chomsky ou celle de chien de garde du syst\u00e8me \u00e0 la Serge Halimi.<\/p>\n<p>L&rsquo;interview dans son int\u00e9gralit\u00e9 vaut le d\u00e9tour, mais un extrait rec\u00e8le une charge symbolique particuli\u00e8re autant dans la question pos\u00e9e que dans la r\u00e9ponse donn\u00e9e. Amy Goodman interroge Pablo Iglesias sur Barack Obama dans des termes d&rsquo;une dualit\u00e9 violente : l&rsquo;histoire jugera-t-elle Obama comme un canard boiteux ou le fera-t-elle au regard de l&rsquo;\u0153uvre l\u00e9gu\u00e9e? En toile de fond la question de ce qu&rsquo;Obama peut esp\u00e9rer r\u00e9aliser dans ce qui lui reste de second mandat avec un congr\u00e8s et un s\u00e9nat aux mains des r\u00e9publicains et, peut-\u00eatre, que le moment de l&rsquo;audace est arriv\u00e9 ?<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 cette question d\u00e9licate, Iglesias fait une r\u00e9f\u00e9rence surprenante \u00e0 une passion cin\u00e9matographique qu&rsquo;il partage notoirement avec Obama, la s\u00e9rie \u00ab\u00a0The Wire\u00a0\u00bb. Ce chef-d&rsquo;\u0153uvre de r\u00e9alisme illustre, bien avant la crise des subprimes, la d\u00e9ch\u00e9ance de l&rsquo;industrielle Baltimore &#8211; jadis prosp\u00e8re &#8211; et pointe un doigt impitoyable sur les cons\u00e9quences d&rsquo;un n\u00e9olib\u00e9ralisme consum\u00e9riste qui s&rsquo;\u00e9rige en n\u00e9gation de l&rsquo;humain et du vivre ensemble. On peut y voir plus g\u00e9n\u00e9ralement une approche du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;<em>urban decay<\/em> dont Detroit et sa faillite retentissante en 2013 sont l&rsquo;exposant le plus remarquable.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans <a href=\"http:\/\/revistas.ucm.es\/index.php\/GEOP\/article\/view\/44306\">une recension en 2013<\/a> de \u00ab\u00a0The Enigma of Capital: And the Crises of Capitalism\u00a0\u00bb du g\u00e9ographe David Harvey qu&rsquo;Iglesias, alors professeur de g\u00e9ographie politique \u00e0 l&rsquo;Universidad Complutense de Madrid mentionne <em>The Wire<\/em> comme \u00e9tude de cas pertinente de ce d\u00e9mant\u00e8lement social en milieu urbain. Les d\u00e9clencheurs sont dat\u00e9s des ann\u00e9es &rsquo;70 et identifi\u00e9s dans la financiarisation \u00e0 outrance de l&rsquo;\u00e9conomie et dans la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. David Harvey, un des chefs de file de la g\u00e9ographie radicale enseigne \u00e0 la City University of New York (CUNY).<\/p>\n<p><em><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/pcp.gc.cuny.edu\/events\/hope-is-changing-sides-understanding-spains-political-change\/\">Conf\u00e9rence organis\u00e9e par le Left Forum de la CUNY<\/a><\/span><\/em><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0:<\/span> \u00ab\u00a0Hope is Changing Sides: <a href=\"http:\/\/videostreaming.gc.cuny.edu\/videos\/video\/2731\/\">Understanding Spain\u2019s Political Change<\/a>\u00a0\u00bb<sup><\/sup>.<\/p>\n<p>La CUNY est une universit\u00e9 publique surnomm\u00e9e l&rsquo;Harvard du prol\u00e9tariat ayant produit une longue liste de laur\u00e9ats du prix Nobel. Sur la c\u00f4te Est, elle est un contrepoint id\u00e9ologique aux prestigieux \u00e9tablissements priv\u00e9s et tr\u00e8s \u00e9litistes de l&rsquo;Ivy League (Harvard, Yale, Princeton&#8230;). Historiquement engag\u00e9e dans des luttes progressistes, \u00e9mancipatrices et anti-discrimination, elle fut cr\u00e9\u00e9e au milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle pour offrir une \u00e9ducation gratuite aux minorit\u00e9s d\u00e9favoris\u00e9es souvent issues de l&rsquo;immigration massive qui peuplait des \u00c9tats-Unis en plein essor.<\/p>\n<p><em><span style=\"text-decoration: underline;\">A Wall Street Iglesias est profil\u00e9 par CNBC\u00a0<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: underline;\">:<\/span> le reportage <a href=\"http:\/\/www.msn.com\/en-us\/news\/other\/who-is-pablo-iglesias\/vp-BBhI0fk\">\u00ab\u00a0Who is Pablo Iglesias?\u00a0\u00bb<\/a> est grand moment de surr\u00e9alisme dans l&rsquo;antre du loup o\u00f9 un don Quichotte en chemise rouge s&rsquo;invite dans un moulin. CNBC se situe dans cette cat\u00e9gorie des nouveaux sceptiques un peu d\u00e9boussol\u00e9s, cette cohorte de convaincus que quelque chose a du mal tourner pour une raison quelconque et qu&rsquo;il faudrait peut-\u00eatre envisager que quelqu&rsquo;un fasse quelque chose sous peine de gros probl\u00e8mes pour tous, y compris pour eux.<\/p>\n<p>Fond\u00e9e dans les 90&rsquo;s, ann\u00e9es folles de Wall Street, CNBC fut le grand autel de l&rsquo;information financi\u00e8re 24\/24 et est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9e comme le porte-parole de la <em>finance<\/em>. Aujourd&rsquo;hui, <a href=\"http:\/\/www.zerohedge.com\/news\/2015-01-06\/days-after-zero-hedge-report-its-plunging-ratings-cnbc-stops-using-nielsen\">CNBC est objectivement dans la d\u00e8che<\/a>, l&rsquo;audimat est \u00e0 son plus bas historique et le syndrome Kodak r\u00f4de dans les couloirs de la cha\u00eene. Dans le grand man\u00e8ge du recyclage capitaliste, quoi de plus efficace qu&rsquo;un business model en piqu\u00e9 pour ouvrir bien grandes les portes de la cr\u00e9ativit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9merveillement ?<\/p>\n<p>Dans le reportage on parle d&rsquo;Europe, de la Gr\u00e8ce, de l&rsquo;impasse, de l&rsquo;Espagne probable suivante sur la liste des probl\u00e8mes o\u00f9 un Syriza bis fait parler de lui&#8230; Clairement la situation en Europe pr\u00e9occupe \u00ab\u00a0certains\u00a0\u00bb et on a le sentiment que pour sauver un capitalisme financiaris\u00e9 \u00e0 bout de souffle tout est bon y compris une dose de communisme. J&rsquo;ai failli tomber de ma chaise devant cet intense moment de d\u00e9couplage id\u00e9ologique. Interview d&rsquo;Iglesias en deux phrases, soit ce que CMBC veut qu&rsquo;on retienne :<\/p>\n<ol>\n<li>il faut des gouvernements qui travaillent pour les peuples, pas pour les banques<\/li>\n<li>il faut du sang neuf en politique, trop de vieux avec de vieilles id\u00e9es aux manettes. S&rsquo;ensuit une conversation entre journalistes ou des banques europ\u00e9ennes inhumaines sont clou\u00e9es au pilori. Je me suis pinc\u00e9 et je n&rsquo;ai pas r\u00eav\u00e9, \u00e0 Wall Street CNBC a vot\u00e9 !<\/li>\n<\/ol>\n<p>Dans <a href=\"http:\/\/eprints.ucm.es\/8458\/\">sa th\u00e8se doctorale d\u00e9fendue en 2008<\/a>, Pablo Iglesias \u00e9tudie les actions du mouvement altermondialiste. \u00c0 une mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale destructrice coupl\u00e9e d&rsquo;un transfert de souverainet\u00e9 du champ politique vers des agences techniques coopt\u00e9es (OMC, FMI, Banque Mondiale&#8230;), il oppose un activisme post-national \u00e0 port\u00e9e plan\u00e9taire. L&rsquo;\u00e9pigraphe de sa th\u00e8se est une citation d&rsquo;Antonio Negri qui se r\u00e9f\u00e8re dans son ouvrage <a href=\"http:\/\/www.seuil.com\/livre-9782020907897.htm\">\u00ab\u00a0Goodbye Mister Socialism\u00a0\u00bb<\/a> aux jeunes participants \u00e0 la Bataille de Seattle, au c\u0153ur de l&rsquo;Empire, en 1999. Ces jeunes, Am\u00e9ricains pour la plupart, de sa g\u00e9n\u00e9ration qui d\u00e9j\u00e0 revendiquaient un autre monde.<\/p>\n<blockquote><p>Ces jeunes n&rsquo;\u00e9taient pas moins r\u00e9volutionnaires que ne l&rsquo;\u00e9taient les bolch\u00e9viques, mais ils sont beaucoup plus intelligents qu&rsquo;eux, ils se rendent compte que, aujourd&rsquo;hui, modifier la soci\u00e9t\u00e9 veut dire p\u00e9n\u00e9trer en profondeur les consciences, parce que ce sont les consciences qui font la libert\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Quand on voit le monde \u00e0 travers ce prisme, on ne se refuse pas une visite \u00e0 New York et surtout, on n&rsquo;autorise pas le hasard \u00e0 y programmer ses promenades.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le hasard c&rsquo;est Dieu qui se prom\u00e8ne incognito\u00a0\u00bb disait Albert Einstein. Dans ce billet il sera question des promenades de Pablo Iglesias dans la Grande Pomme. 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