{"id":74983,"date":"2015-04-28T00:01:58","date_gmt":"2015-04-27T22:01:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=74983"},"modified":"2015-04-28T00:01:58","modified_gmt":"2015-04-27T22:01:58","slug":"parler-a-une-femme-pour-aller-bien-par-marie-paule-nougaret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/04\/28\/parler-a-une-femme-pour-aller-bien-par-marie-paule-nougaret\/","title":{"rendered":"<b>Parler \u00e0 une femme pour aller bien<\/b>, par Marie-Paule Nougaret"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9ponse \u00e0 Timiota, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/04\/26\/games-of-thormones-ou-la-reciprocite-depuis-shakespeare-par-timiota\/\">Games of ThOrMones, ou la r\u00e9ciprocit\u00e9 depuis Shakespeare<\/a>. En hommage \u00e0 Chantal Bismuth.<\/p><\/blockquote>\n<p>Rappelons que l&rsquo;ocytocine est surtout le pendant de l&rsquo;adr\u00e9naline, dont les effets,\u00a0en situation tendue (stress)\u00a0varient suivant la dose circulante, de calmants \u00e0 excitants avec polarisation vers l&rsquo;action, changement de rythme cardiaque, pr\u00e9paration des muscles mais d&rsquo;abord tranquillit\u00e9, avant le combat ou la fuite :\u00a0<em>fight or flight<\/em>.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 90, on croyait l&rsquo;ocytocine r\u00e9serv\u00e9e au moment de l&rsquo;accouchement. Cette hormone\u00a0\u00e9l\u00e8ve le seuil de la douleur (on a moins mal) et de la peur (on a confiance).<\/p>\n<p>On a d&rsquo;abord d\u00e9couvert que des opiac\u00e9s interne (endorphines) att\u00e9nuaient aussi la douleur. Leur s\u00e9cr\u00e9tion augmente dans le cerveau tout au long de la grossesse. Leur absence apr\u00e8s la s\u00e9paration,\u00a0<em>post partum<\/em>,\u00a0peut causer une d\u00e9pression, surtout en cas d&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;allaiter (ce qui ferait remonter le taux) ou\u00a0de manque affectif.<\/p>\n<p><!--more-->Car en effet les opiums internes participent du syst\u00e8me dit de \u00ab\u00a0r\u00e9compense\u00a0\u00bb, dans les relations d&rsquo;attachement. Exp\u00e9rience classique de la m\u00e8re poule et des poussins, qu&rsquo;on lui arrache : ils piaillent fort. On les rend \u00e0 leur m\u00e8re, ils se taisent. Avant de les r\u00e9unir \u00e0 leur m\u00e8re, on les traite \u00e0 la naloxone, le produit qu&rsquo;on emploie pour bloquer l&rsquo;action de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, dans les overdoses. Vous pouvez les rendre \u00e0 leur m\u00e8re, ces poussins l\u00e0 crient tout autant.\u00a0\u00a0&lt;<a href=\"http:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pubmed\/7443737\">http:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pubmed\/7443737<\/a>&gt;<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi les toxicos (et certains patients sous opiac\u00e9s \u00e0 vie), se montrent si affables. Les infirmi\u00e8res les redoutent dans les services hospitaliers, pour l&rsquo;ambiance qu&rsquo;ils instaurent (quand ils ne piquent pas dans la pharmacie).<\/p>\n<p>Le professeur Chantal Bismuth, toxicologue extraordinaire, qui vient de d\u00e9c\u00e9der &lt;\u00a0<a href=\"http:\/\/www.samu-de-france.fr\/documents\/actus\/129\/803\/sudf_cp_150423_bismuth.pdf\">http:\/\/www.samu-de-france.fr\/documents\/actus\/129\/803\/sudf_cp_150423_bismuth.pdf<\/a>&gt; , a sauv\u00e9 des milliers personnes au bord de la mort, en overdose\u00a0\u00e0\u00a0l&rsquo;H\u00f4pital Fernand Widal :\u00a0quelques 200 par an pour Paris dans les ann\u00e9es 80 et 90, quand je l&rsquo;ai interview\u00e9e. Aussi sinc\u00e8res ou attachants soient-ils, les\u00a0<em>junkies<\/em>\u00a0n&rsquo;ont pas besoin de bonnes relations, disait-elle, il ne faut pas trop y compter : \u00ab\u00a0ils s&rsquo;injectent ce qu&rsquo;ils devraient se fabriquer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Vers 1992 on s&rsquo;est aper\u00e7u que le pic d&rsquo;ocytocine rempla\u00e7ait celui d&rsquo;adr\u00e9naline chez les femmes. On avait \u00e9vit\u00e9 d&rsquo;en analyser le sang, lors de la d\u00e9couverte de l&rsquo;adr\u00e9naline, de crainte de se perdre dans la complexit\u00e9 du cycle f\u00e9minin d&rsquo;hormones. On pensait qu&rsquo;elles produisaient de l&rsquo;adr\u00e9naline en situation d&rsquo;\u00e9preuve, elles aussi. Mais leur sang froid se construit autrement.<\/p>\n<p>En fait, tous les contacts physiques et psychiques \u00ab\u00a0non agressifs\u00a0\u00bb : paroles &lt;<a href=\"http:\/\/rspb.royalsocietypublishing.org\/content\/early\/2010\/05\/06\/rspb.2010.0567.short?rss=1&amp;ssource=mfc\">http:\/\/rspb.royalsocietypublishing.org\/content\/early\/2010\/05\/06\/rspb.2010.0567.short?rss=1&amp;ssource=mfc<\/a>&gt; ou caresses, accroissent la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;ocytocine, y compris chez les hommes, bien qu&rsquo;en proportion beaucoup plus faible.<\/p>\n<p>Du point de vue de l&rsquo;\u00e9volution, on l\u2019a interpr\u00e9t\u00e9 ainsi : attaque sur la tribu, les hommes affutent les armes, pr\u00e9parent le combat, en concentration extr\u00eame, tandis que ces dames s&rsquo;ouvrent, parlent et s&rsquo;organisent, m\u00eame avec les plus antipathiques (dont elles n&rsquo;ont pas peur) pour prot\u00e9ger leurs s\u0153urs enceintes et les enfants. \u00c7a semble une caricature, gu\u00e8re davantage toutefois que la th\u00e9orie du g\u00e8ne \u00e9go\u00efste de Dawkins (nous sommes agis enti\u00e8rement par l&rsquo;instinct de reproduction) qui r\u00e8gne officiellement.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu on a compris que les femmes avaient grand besoin de ces contacts physiques et psychiques doux, autrement dit d&rsquo;ocytocine, et pouvaient en souffrir dans un milieu trop masculin.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui on sait l&rsquo;ocytocine l&rsquo;un des pr\u00e9curseurs biochimiques de la s\u00e9rotonine, tr\u00e8s n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre mental, donc \u00e0 l&rsquo;immunit\u00e9 et la sant\u00e9, des hommes, des femmes et des enfants. Quand on a moins mal et moins peur, on \u00e9vite de se replier sur soi, on retrouve l&rsquo;ouverture qui gu\u00e9rit.<\/p>\n<p>On en est m\u00eame \u00e0 soigner l&rsquo;autisme ou le syndrome d&rsquo;Asperger par vaporisation d&rsquo;ocytocine dans le nez, vers le nerf olfactif et le cerveau.<\/p>\n<p>Cela aurait conduit le chef du d\u00e9partement de psychiatrie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Stanford \u00e0 prononcer ces mots dans une fameuse conf\u00e9rence : \u00ab ce qu&rsquo;un homme peut faire de mieux, pour sa sant\u00e9, \u00a0c&rsquo;est de parler avec sa femme\u00a0\u00bb. \u00a0&lt;<a href=\"http:\/\/www.nature.com\/nature\/journal\/v435\/n7042\/abs\/nature03701.html\">http:\/\/www.nature.com\/nature\/journal\/v435\/n7042\/abs\/nature03701.html<\/a>&gt;.\u00a0Mais je n&rsquo;ai pas retrouv\u00e9 la source de la citation (peut \u00eatre devrais-je chercher \u00e0 le contacter).<\/p>\n<p>Ce qui renvoie aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e8re brillante des salons de Paris, tenus par des femmes, <em>L&rsquo;\u00e2ge de la Conversation<\/em>, selon Benedetta Craveri, dont le livre du m\u00eame titre repara\u00eet en poche. Craveri l&rsquo;attribue cet \u00e9pisode magnifique\u00a0au d\u00e9sir f\u00e9minin de policer les guerriers apr\u00e8s la liquidation de l&rsquo;amour courtois, et de toute une civilisation lettr\u00e9e, dans l&rsquo;annexion du midi de la Gaule par l&rsquo;\u00c9glise catholique et les rois francs.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.gallimard.fr\/Catalogue\/GALLIMARD\/Hors-serie-Litterature\/L-Age-de-la-conversation\">http:\/\/www.gallimard.fr\/Catalogue\/GALLIMARD\/Hors-serie-Litterature\/L-Age-de-la-conversation<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9ponse \u00e0 Timiota, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/04\/26\/games-of-thormones-ou-la-reciprocite-depuis-shakespeare-par-timiota\/\">Games of ThOrMones, ou la r\u00e9ciprocit\u00e9 depuis Shakespeare<\/a>. 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