{"id":75259,"date":"2015-05-10T07:49:34","date_gmt":"2015-05-10T05:49:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=75259"},"modified":"2015-05-10T07:49:34","modified_gmt":"2015-05-10T05:49:34","slug":"note-de-lecture-james-galbraith-the-end-of-normal-the-great-crisis-and-the-future-of-growth-par-alain-adriaens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/05\/10\/note-de-lecture-james-galbraith-the-end-of-normal-the-great-crisis-and-the-future-of-growth-par-alain-adriaens\/","title":{"rendered":"<b>NOTE DE LECTURE : James Galbraith, \u00ab The End of Normal. The Great Crisis and the Future of Growth \u00bb<\/b>, par Alain Adriaens"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Vient de paraitre le livre de James Galbraith (fils de John Kenneth Galbraith) <em>\u00ab\u00a0La grande crise\u00a0\u00bb <\/em>(Le Seuil, janvier 2015)<em>.<\/em> Ce titre est bien moins explicite que le titre en anglais <em>\u00ab\u00a0The End of Normal. The Great Crisis and the Future of Growth\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Cet ouvrage aborde des th\u00e8mes tr\u00e8s larges tels que la g\u00e9opolitique mondiale mais il se centre principalement sur la crise financi\u00e8re de 2007-2008, sur ses causes, son d\u00e9roulement et ses suites. L\u2019ouvrage est tr\u00e8s document\u00e9 mais fait principalement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des auteurs universitaires des Etats-Unis.<\/p>\n<p>Il analyse les \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb et affirme que la th\u00e9orie de la croissance a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par les conseillers de Kennedy et qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019Etat \u00e9tait tenu pour responsable de la sant\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie. Les d\u00e9pressions \u00e9taient hors de question. Et pourtant, selon Galbraith, des observateurs attentifs pouvaient constater d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 60 que le \u00ab\u00a0mod\u00e8le de la croissance soutenue\u00a0\u00bb \u00e9tait un mythe.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Il m\u00e8ne une charge tr\u00e8s acerbe contre les \u00e9conomistes, quels qu\u2019ils soient. Ainsi il soutient que si la crise des ann\u00e9es 70 \u00e9tait due \u00e0 une augmentation du prix des ressources naturelles, ce fait ne fut pas analys\u00e9 ni estim\u00e9 \u00e0 sa juste valeur parce que \u00ab\u00a0<em>la communication entre les \u00e9conomistes et les scientifiques \u00e9tudiant l\u2019\u00e9nergie, l\u2019\u00e9cologie, le climat et les syst\u00e8mes physiques s\u2019\u00e9tait interrompue et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablie\u00a0\u00bb<\/em>). Il existe des \u2018<em>\u2019\u00e9conomistes de l\u2019environnement\u2018\u2019 mais ils constituent au sein de la profession un sous-groupe tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toute influence substantielle sur les ressources universitaires (notamment via les nominations) et exclu du d\u00e9bat sur la politique \u00e9conomique.\u00a0\u00bb<\/em> Ainsi, selon lui, les ann\u00e9es 70 n\u2019\u00e9taient pas <em>\u00ab\u00a0un simple interm\u00e8de caus\u00e9 par des fautes de gestion et des politiques erron\u00e9es mais un avant-go\u00fbt de la situation mondiale \u00e0 laquelle nous sommes aujourd\u2019hui confront\u00e9s et dont nous n\u2019allons pas, cette fois, nous tirer aussi facilement\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Galbraith montre comment \u00e0 partir des ann\u00e9es 80 s\u2019est impos\u00e9 le dogme selon lequel la croissance illimit\u00e9e ne pouvait \u00eatre compromise que par une action de l\u2019Etat. Il reprend quant \u00e0 lui les propos de Paul Krugman\u00a0: des \u00e9conomistes h\u00e9t\u00e9rodoxes <em>\u00ab\u00a0doutaient fort que l\u2019on puisse faire confiance aux march\u00e9s financiers et rappelaient la longue histoire des crises financi\u00e8res qui avaient eu des cons\u00e9quences \u00e9conomiques d\u00e9vastatrices. Mais ils nageaient \u00e0 contre courant, incapables d\u2019avancer face \u00e0 l\u2019autosatisfaction omnipr\u00e9sente et, avec le recul, inepte.<\/em>\u00a0\u00bb ll prend aussi le temps de rep\u00e9rer ceux qui ne se sont pas tromp\u00e9s. S\u2019il rate Paul Jorion, il recense Dean Baker du Centre de recherche sur l\u2019\u00e9conomie et l\u2019action publique qui a vu la bulle immobili\u00e8re que les \u00e9conomistes classiques ne pouvaient voir. Baker \u00e9crivait d\u00e8s 2002\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si le prix des logements ne se r\u00e9alignent pas sur le niveau g\u00e9n\u00e9ral des prix, cela fera dispara\u00eetre plus de 2.000 milliards de richesse papier, aggravera la r\u00e9cession et compromettra la survie de Fannie Mae et de Freddie Mac.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un autre clairvoyant serait le th\u00e9oricien Hyman Minsky qui affirme que <em>\u00ab\u00a0la croissance ne peut se poursuivre si on lui retire l\u2019expansion du cr\u00e9dit.<\/em>\u00a0\u00bb Il soutient aussi qu\u2019en p\u00e9riode de croissance mod\u00e9r\u00e9e, les march\u00e9s financiers sont en qu\u00eate de rendements plus \u00e9lev\u00e9s, prennent davantage de risques et que l\u2019on enregistre d\u00e8s lors des paris sp\u00e9culatifs. Minsky soutient donc que l\u2019instabilit\u00e9 capitaliste est intrins\u00e8que.<\/p>\n<p>Galbraith aborde aussi des th\u00e8mes bien connus comme le fait que les d\u00e9cisions des entreprises se prennent dans l\u2019ici et maintenant, ce qui explique pourquoi, les effets majeurs de la crise climatique \u00e9tant pour l\u2019avenir, les r\u00e9ductions des \u00e9missions de CO<sub>2, <\/sub>co\u00fbteuses \u00e0 mettre en \u0153uvre, ne sont pas prises m\u00eame si la survie de la vie organis\u00e9e sur la plan\u00e8te en d\u00e9pend. Il d\u00e9montre aussi longuement que les innovations technologiques num\u00e9riques actuelles co\u00fbtent des millions d\u2019emplois et en cr\u00e9ent tr\u00e8s peu. Il aborde \u00e9galement sans m\u00e9nagement les retomb\u00e9es de la fraude financi\u00e8re avec moult d\u00e9tails et exemples pr\u00e9cis. Il montre pourquoi rares sont les \u00e9conomistes des Etats-Unis qui, quasi tous li\u00e9s au syst\u00e8me \u00e9conomique qui a laiss\u00e9 venir la crise \u00e9conomique sans rien voir ou sans rien faire en sachant, n\u2019osent pas qualifier de criminelles les activit\u00e9s de beaucoup de dirigeants des institutions financi\u00e8res priv\u00e9es. Il relie ceci \u00e0 la raret\u00e9 d\u2019\u00e9tudes d\u2019\u00e9conomie institutionnelle qui montreraient que les crises et faillites proviennent aussi souvent de la fraude \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des entreprises et institutions.<\/p>\n<p>Galbraith d\u00e9veloppe longuement ce qui s\u2019est pass\u00e9 apr\u00e8s la crise. Alors que les \u00e9conomistes orthodoxes \u00e9taient sid\u00e9r\u00e9s par ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9, le gouvernement des Etats-Unis a inond\u00e9 les march\u00e9s de dollars cr\u00e9\u00e9s par la R\u00e9serve F\u00e9d\u00e9rale (possibilit\u00e9 illimit\u00e9e gr\u00e2ce au fait que le dollar est rest\u00e9 la monnaie de r\u00e9f\u00e9rence du march\u00e9 financier mondial). Les banques ont surtout profit\u00e9 de ces liquidit\u00e9s, les sauvant de la faillite et leur permettant m\u00eame d\u2019accro\u00eetre leurs b\u00e9n\u00e9fices. Cependant, elles n\u2019ont pas fait ce qu\u2019on attendait d\u2019elles\u00a0: rouvrir le robinet du cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Mais les \u00e9conomistes qui d\u00e9testaient cette politique trop keyn\u00e9sienne ne sont pas rest\u00e9s inactifs. Galbraith d\u00e9monte longuement les biais statistiques et les entourloupes m\u00e9thodologiques par lesquelles ils sont parvenus \u00e0 affirmer que le manque de reprise \u00e9tait d\u00fb \u00e0 l\u2019intervention de l\u2019Etat. Galbraith les traite des cingl\u00e9s (\u00ab\u00a0<em>crackpot\u00a0\u00bb<\/em>).<\/p>\n<p>L\u2019analyse de Galbraith est la suivante\u00a0: ce qui a sauv\u00e9 les Etats-Unis d\u2019une nouvelle grande d\u00e9pression en 2009 n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni la r\u00e9silience de l\u2019\u00e9conomie priv\u00e9e, ni la reprise du secteur bancaire ni le plan de stimulation (m\u00eame s\u2019il est clair qu\u2019il a aid\u00e9). Le facteur essentiel a \u00e9t\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019Etat social fort qui avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour combattre la Grande D\u00e9pression et compl\u00e9ter le travail du <em>New Deal. <\/em>Gr\u00e2ce \u00e0 ses programmes (Social Security, Medicare, Medicaid, assurance ch\u00f4mage, assurance invalidit\u00e9, bons alimentaires, structure progressive de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu), la perte de revenu priv\u00e9 a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e des m\u00e9nages, pour lesquels elle \u00e9tait ing\u00e9rable, \u00e0 l\u2019Etat qui pouvait l\u2019absorber.<\/p>\n<p>Pour l\u2019avenir, Galbraith exclut la reprise d\u2019une croissance forte aux Etats-Unis et ce \u00e0 cause de 4 obstacles\u00a0: instabilit\u00e9 du prix des ressources (\u00e9nerg\u00e9tiques d\u2019abord), nouvelles technologies destructrices d\u2019emploi, perte de la supr\u00e9matie militaire des Etats-Unis, incapacit\u00e9 du secteur financier \u00e0 servir de moteur \u00e0 une relance. Pour accompagner une croissance lente (au mieux) qu\u2019il souhaite, il propose des mesures qui peuvent surprendre pour un Etats-unien\u00a0: diminution drastique des d\u00e9penses militaires, \u00e9limination des grandes banques, maintien d\u2019une administration publique \u00e9toff\u00e9e, renforcement d\u2019une protection sociale robuste (il \u00e9voque m\u00eame l\u2019allocation universelle), diminution du temps de travail (il rend hommage aux 35 heures fran\u00e7aises), assouplissement pour les salari\u00e9s des conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une retraite anticip\u00e9e, augmentation s\u00e9rieuse du salaire minimum, diminution des taxes sur le travail, augmentation des droits de succession (moyen de mettre fin aux fortunes bas\u00e9es sur la violence ou la fraude), r\u00e9duction de l\u2019\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel de la consommation avec augmentation du temps de loisir et d\u00e9veloppement des activit\u00e9s conviviales hors travail\u2026<\/p>\n<p>Galbraith n\u2019est plus un n\u00e9o-keyn\u00e9sien (il laisse cette position \u00e0 Krugman, Stiglitz ou au Lawrence Summers des derniers temps), souvent, il glisse les mots <em>\u00ab\u00a0et puis il y a le changement climatique\u2026\u00a0<\/em>\u00bb. Mais il n\u2019est gu\u00e8re optimiste\u00a0: il craint que les hyst\u00e9riques de la dette ne restent dominants et imposent les politiques anti\u00e9tatiques et d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Il ne d\u00e9veloppe pas trop les sc\u00e9narios qu\u2019il imagine alors mais on devine qu\u2019ils sont d\u00e9sastreux.<\/p>\n<p>Signalons aussi que Galbraith consacre un chapitre \u00e0 l\u2019Europe et \u00e0 la Gr\u00e8ce. Inutile d\u2019en parler, on dirait du Fran\u00e7ois Leclerc.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vient de paraitre le livre de James Galbraith (fils de John Kenneth Galbraith) <em>\u00ab\u00a0La grande crise\u00a0\u00bb <\/em>(Le Seuil, janvier 2015)<em>.<\/em> Ce titre est bien moins explicite que le titre en anglais <em>\u00ab\u00a0The End of Normal. 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