{"id":76066,"date":"2015-06-16T22:03:57","date_gmt":"2015-06-16T20:03:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=76066"},"modified":"2015-06-16T22:03:57","modified_gmt":"2015-06-16T20:03:57","slug":"chroniques-de-la-peche-a-la-baleine-et-de-lapiculteur-par-vincent-valancon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/06\/16\/chroniques-de-la-peche-a-la-baleine-et-de-lapiculteur-par-vincent-valancon\/","title":{"rendered":"Chroniques de la p\u00eache \u00e0 la baleine et de l\u2019apiculteur, par Vincent Valan\u00e7on"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Marcher c\u2019est travailler, le 02 janvier<\/p>\n<p>Le souvenir de mes premiers pas s\u2019est dissout, le mouvement initi\u00e9 pour moi s\u2019est transmis \u00e0 mes enfants. Nous, parents, ne voulions pas qu\u2019ils restent \u00e0 quatre pattes. Parce que c\u2019est comme \u00e7a. Eux, les enfants, levaient leurs bras vers le ciel pour atteindre la fusion qui ne viendra plus. Restera le plaisir du mouvement. Ils ont march\u00e9 sans savoir ce qui les meut. Biom\u00e9canique, biotechnologie pour la performance ou pour remettre en marche, n\u2019excluent pas ce plaisir.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le cerf-volant, le 15 ao\u00fbt<\/p>\n<p>Couleurs vives et chaudes dans le ciel et le vent de la Baie de Somme. Plaqu\u00e9 sur le sable mais fr\u00e9tillant le cerf-volant est convoit\u00e9 par le petit gar\u00e7on qui tient les fils du mouvement. Il court vers l\u2019objet de couleurs pour l\u2019avoir mais l\u2019objet se d\u00e9robe. Le p\u00e8re est l\u00e0 aux prises avec son fils qui ne comprend pas ce plaisir du mouvement au vent dans le ciel. S\u2019il se f\u00e2che contre le petit celui-ci se d\u00e9robera. Le p\u00e8re agit. Le cerf-volant flotte parce que le vent est l\u00e0 et son fils peut-\u00eatre voudra en faire au moins autant au gr\u00e9 du temps. Ils ne sont pas des b\u00eates de somme.<\/p>\n<p>Pas de crise de la vocation, le 02 frimaire<\/p>\n<p>A 11 ans mon p\u00e8re faisait le commis de ferme pour son p\u00e8re m\u00e9tayer. La charrue apr\u00e8s les b\u0153ufs et mon p\u00e8re derri\u00e8re \u00e0 tracer des sillons droits. Le labour c\u2019est l\u2019axiome d\u2019Euclide un point c\u2019est tout. Sortir du sillon c\u2019est d\u00e9lirium. Le p\u00e8re du p\u00e8re posait les interdits du travail avec son corps d\u2019homme et \u00e9conomie de discours. L\u2019homme impressionnait. L\u2019enfant a peur il ex\u00e9cute et ne pense pas \u00e0 \u00eatre propri\u00e9taire il veut uniquement jouir d\u2019une m\u00eame puissance. Il y a les b\u00eates dans la ferme. Il les aime elles se taisent il connait le nom de chacune. Une contrepartie d\u2019enfance \u00e0 la pes\u00e9e d\u2019une menace qu\u2019il croit r\u00e9elle. Ce p\u00e8re du p\u00e8re ne transmettra plus le travail : l\u2019enfant a la vocation de la boucherie. La d\u00e9sertion de la campagne au profit du mirage de la virilit\u00e9-richesse qui se montre et se raconte dans la personne m\u00eame du maquignon-boucher qui vient au village acheter les b\u00eates de la ferme et celles des autres. Un choix de croyant en la puissance, celle qui engloutit le plaisir du mouvement, celle qui fige le temps dans une \u00e9ternelle qu\u00eate morbide. La poule-au-pot. Le bifteck dans l\u2019assiette de tous. Pour une force collective employable.<\/p>\n<p>Le travail du r\u00eave, la nuit ?<\/p>\n<p>Le r\u00eaveur au r\u00e9veil se dit son r\u00eave ne pouvant pas \u00e9chapper \u00e0 cette conscience inqui\u00e9tante. Il est en costume. C\u2019est bon, enfin, de retrouver le costume du consultant ! Il va d\u00e9jeuner en compagnie d\u2019un autre qu\u2019il ne sait pas nommer. Est-ce un autre ou le m\u00eame que lui ? Zone d\u2019ombre. Surprise attendue il rencontre d\u2019anciennes connaissances. Mieux, certains des potes de l\u2019\u00e9quipe de rugby, une autre famille. Et il est de nouveau en costume. Il est de nouveau un autre.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab Comment vas-tu ? \u00bb dit l\u2019un, d\u00e9joueur.<br \/>\n&#8211; \u00ab Tr\u00e8s bien ! \u00bb r\u00e9ponse rituelle et appuy\u00e9e. Le r\u00eaveur veut y croire, il y croit\u2026<br \/>\n&#8211; \u00ab Et ta m\u00e8re, elle va mieux ? \u00bb le d\u00e9joueur ne joue pas, il prend des nouvelles et parle sinc\u00e8rement.<br \/>\n&#8211; Et lui, sans calculer qu\u2019y croire ne tient plus : \u00ab Elle m\u2019ennuie toujours, c\u2019est terrible \u00e7a me poursuit. \u00bb<br \/>\nEt l\u00e0 le r\u00eave est sadique avec le r\u00eaveur. Son r\u00eave le tue. Ce matin va d\u00e9truire tout espoir pour la journ\u00e9e d\u2019\u00eatre euphorique, intouchable, aim\u00e9 des coll\u00e8gues, reconnu, de jouir de sa position. D\u2019ailleurs, il vit dans le r\u00eave. C\u2019est vrai quoi ! cette m\u00e8re qui n\u2019est pas ce qu\u2019elle aurait d\u00fb \u00eatre pour que lui soit ce qu\u2019il croit qu\u2019il devrait \u00eatre. (Et qu\u2019elle aurait voulu qu\u2019il f\u00fbt sans savoir quoi). Et pourquoi pas un cr\u00e9ateur ! un capitaine ! un tombeur ! la v\u00e9rit\u00e9 incarn\u00e9e ! La m\u00e8re veille.<\/p>\n<p>L\u2019emploi, \u00e7a travaille !, le 1er mai<\/p>\n<p>Une table pour deux dans une brasserie de la banlieue parisienne. Deux clients, rigolards et bavards, pas ivres de vin mais de bravades, complices, en miroir sans se voir. Pas de verbe symbole du mouvement absent. Ce qui les travaille, c\u2019est l\u2019emploi qu\u2019ils n\u2019ont pas. Pas de place. Ils sont comme sur une corde raide, jouant avec le d\u00e9s\u00e9quilibre comme des ouvriers qui rient de leur peur inavou\u00e9e de conditions de travail dangereuses en ne se prot\u00e9geant pas. Ils se vantent de ne pas avoir travaill\u00e9 depuis longtemps. J\u2019entends ces solitudes qui confinent \u00e0 l\u2019isolement. J\u2019entends cette plainte dissimul\u00e9e. Ils ont toujours cru prouver leurs performances mais l\u2019institution ne les a pas homologu\u00e9es. J\u2019ai envie de leur parler du travail, comme d\u2019une parole que nul autre ne porte sauf soi-m\u00eame, que cette parole est enfouie, reni\u00e9e, encag\u00e9e dans des discours auxquels on veut croire pour ne pas sentir le vide. Mais elle existe et elle fait exister. C\u2019est mon mouvement, mon travail.    <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marcher c\u2019est travailler, le 02 janvier<\/p>\n<p>Le souvenir de mes premiers pas s\u2019est dissout, le mouvement initi\u00e9 pour moi s\u2019est transmis \u00e0 mes enfants. Nous, parents, ne voulions pas qu\u2019ils restent \u00e0 quatre pattes. Parce que c\u2019est comme \u00e7a. 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