{"id":76557,"date":"2015-07-02T12:41:21","date_gmt":"2015-07-02T10:41:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=76557"},"modified":"2015-07-02T12:41:21","modified_gmt":"2015-07-02T10:41:21","slug":"la-coree-la-grece-et-leurope-par-serge-boucher","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/07\/02\/la-coree-la-grece-et-leurope-par-serge-boucher\/","title":{"rendered":"La Cor\u00e9e, la Gr\u00e8ce et l&rsquo;Europe, par Serge Boucher"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>On trouve parfois au bas d&rsquo;un article sur Internet, perdu au milieu de centaines d&rsquo;autres commentaires, l&rsquo;expression parfaite d&rsquo;un sentiment largement partag\u00e9, mais rarement exprim\u00e9 de fa\u00e7on concise et \u00e9l\u00e9gante. Commentant un <a title=\"Deux Nobel d\u2019\u00e9conomie au secours de Ts\u00edpras - Lib\u00e9ration\" href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2015\/06\/29\/deux-nobel-d-economie-au-secours-de-tsipras_1339529\">article<\/a> de Lib\u00e9ration sur la crise grecque, un certain Aloha-Cardan \u00e9crit tout haut ce que tout le monde pense tout bas :<\/p>\n<blockquote><p>Demandez au Sud-Cor\u00e9ens s&rsquo;ils ne sont pas revenus \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 apr\u00e8s la crise asiatique de 98 et le r\u00e9gime sec impos\u00e9 par le FMI. Seulement il a fallu qu&rsquo;ils se retroussent les manches.<\/p><\/blockquote>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Voil\u00e0 : si seulement les Grecs et leurs gouvernements \u00ab\u00a0retroussaient leurs manches\u00a0\u00bb et faisaient preuve d&rsquo;un tout petit peu de bonne volont\u00e9, on n&rsquo;en serait pas l\u00e0. J&rsquo;aime beaucoup ce commentaire, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il est l&rsquo;illustration parfaite de ce qu&rsquo;exprimait H.L. Mencken : \u00ab\u00a0Tout probl\u00e8me complexe a une solution claire, simple, et fausse\u00a0\u00bb, mais surtout parce que comparer la Gr\u00e8ce de 2010 avec la Cor\u00e9e de 1998 est un excellent moyen de comprendre pourquoi la \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb propos\u00e9e par la Tro\u00efka ne fonctionne pas et ne peut pas fonctionner.<\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re objection, certes mineure, est que le postulat sociologique mal dissimul\u00e9 dans le commentaire, reprenant les st\u00e9r\u00e9otypes bien connus des Asiatiques courageux et des M\u00e9diterran\u00e9ens paresseux n&rsquo;est, en fait, pas vrai : depuis qu&rsquo;on a des <a title=\"Average annual hours actually worked per worker\" href=\"http:\/\/stats.oecd.org\/index.aspx?DataSetCode=ANHRS\">statistiques fiables<\/a>, on observe que les Grecs travaillent en moyenne certes un peu moins que les Cor\u00e9ens, mais bien plus que tous les autres Europ\u00e9ens. Il est exact que les jeunes Grecs ne travaillent pas beaucoup pour le moment, le <a title=\"Greece Youth Unemployment Rate | 1998-2015 | Data | Chart | Calendar\" href=\"http:\/\/www.tradingeconomics.com\/greece\/youth-unemployment-rate\">taux de ch\u00f4mage des jeunes<\/a> avoisinnant 50% depuis 2012, mais il n&rsquo;\u00e9tait que de 20% avant la crise, pas spectaculairement plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne de l&rsquo;eurozone (16%). Soit une g\u00e9n\u00e9ration exceptionnellement paresseuse est comme par hasard n\u00e9e 18 ans avant le d\u00e9but de la crise, ce qui serait une co\u00efncidence pour le moins surprenante, soit il y a un autre probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Le fait est que la Gr\u00e8ce a v\u00e9cu au-dessus de ses moyens : entre l&rsquo;adoption de l&rsquo;euro, en 2000, et la crise de 2007, le taux d&rsquo;inflation en Gr\u00e8ce est rest\u00e9 de 2% sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne de la zone euro. Dit autrement : le co\u00fbt de la vie, et les salaires, ont <a title=\"Greece Labour Costs | 2000-2015 | Data | Chart | Calendar | Forecast | News\" href=\"http:\/\/www.tradingeconomics.com\/greece\/labour-costs\">augment\u00e9 plus rapidement<\/a> en Gr\u00e8ce que dans le reste de l&rsquo;eurozone, suite \u00e0 un apport massif de capitaux priv\u00e9s venus du reste du monde, principalement d&rsquo;Europe. Il faut rappeler que durant cette p\u00e9riode, personne n&rsquo;y voyait rien d&rsquo;anormal : le monde occidental \u00e9tait en croissance confortable, l&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne fonctionnait, les trait\u00e9s europ\u00e9ens \u00e9taient vus comme garants d&rsquo;une bonne gestion, <a title=\"Alan Greenspan: Financial crisis probability was small - BBC News\" href=\"http:\/\/www.bbc.com\/news\/business-24606187\">certains<\/a> allaient jusqu&rsquo;\u00e0 dire que la probabilit\u00e9 de crise financi\u00e8re \u00e9tait devenue extr\u00eamement faible.<\/p>\n<p>Beaucoup de gens se sont tromp\u00e9s. C&rsquo;est fort dommage, mais cela arrive. Le r\u00e9sultat est que suite \u00e0 la crise, les investisseurs sont devenus beaucoup plus prudents, et l&rsquo;afflux de capitaux vers le sud de l&rsquo;Europe, notamment la Gr\u00e8ce, a brutalement cess\u00e9. Celle-ci s&rsquo;est donc retrouv\u00e9e avec des co\u00fbts salariaux sup\u00e9rieurs \u00e0 ce que le contexte \u00e9conomique international pouvait supporter. C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;on trouve l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de la crise grecque, bien plus que dans la fraude fiscale ou les d\u00e9ficits publics : l&rsquo;Espagne et l&rsquo;Irlande, tous deux admir\u00e9s jusqu&rsquo;en 2007 pour leur bonne gestion et leurs gouvernements peu d\u00e9pensiers, ont d\u00fb faire face aux m\u00eames difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Comment, donc, relancer la croissance quand les salaires des Grecs sont consid\u00e9r\u00e9s trop \u00e9lev\u00e9s par les investisseurs au regard de leur productivit\u00e9 ? Solution \u00e9vidente : augmenter la productivit\u00e9 et\/ou baisser les salaires. La premi\u00e8re voie est hautement d\u00e9sirable, mais elle demande soit des apports de capital, ce \u00e0 quoi la Gr\u00e8ce n&rsquo;a plus droit, soit beaucoup de temps, via une meilleure \u00e9ducation et des infrastructures plus efficaces, toutes choses qui demandent des investissements publics hors d&rsquo;atteinte d&rsquo;un gouvernement au bord de la faillite.<\/p>\n<p>Il faut donc, \u00e0 court terme, que les salaires baissent. Cela peut se faire de deux fa\u00e7ons : soit les employ\u00e9s acceptent, tous ensemble, de diminuer leur r\u00e9mun\u00e9ration, soit le gouvernement d\u00e9value la monnaie. Du point de vue d&rsquo;un investisseur ou d&rsquo;un client am\u00e9ricain, cela revient exactement au m\u00eame qu&rsquo;un employ\u00e9 grec accepte de travailler pour 800\u20ac\/mois plut\u00f4t que 1000\u20ac\/mois (le salaire moyen en Gr\u00e8ce), ou que ce m\u00eame employ\u00e9 conserve sa r\u00e9mun\u00e9ration nominale de 1000\u20ac\/mois pendant que l&rsquo;euro perd 20% de sa valeur par rapport au dollar.<\/p>\n<p>Un postulat essentiel de la strat\u00e9gie de la Tro\u00efka est que, oui, ces deux sc\u00e9narios sont exactement identiques, et que la Gr\u00e8ce peut sortir de l&rsquo;orni\u00e8re en \u00ab\u00a0d\u00e9valuant en interne\u00a0\u00bb : les 50% de jeunes grecs au ch\u00f4mage sont uniquement au ch\u00f4mage parce qu&rsquo;ils refusent de travailler pour un salaire \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb. Si cette situation continue, ils accepteront la r\u00e9alit\u00e9, prendront un travail moins bien pay\u00e9, ils payeront des taxes au lieu de percevoir le ch\u00f4mage, l&rsquo;\u00e9conomie red\u00e9marrera et l&rsquo;\u00e9tat grec retrouvera l&rsquo;\u00e9quilibre financier.<\/p>\n<p>Ce sc\u00e9nario est intellectuellement coh\u00e9rent, mais malheureusement peut-\u00eatre, tout indique que ce n&rsquo;est pas comme cela que le monde fonctionne. Les gens acceptent tr\u00e8s difficilement de baisser leur salaire, m\u00eame quand c&rsquo;est objectivement n\u00e9cessaire pour leur prosp\u00e9rit\u00e9 et celle du pays. Intuitivement, on peut le comprendre en remarquant que le co\u00fbt de la vie ne peut pas baisser instantan\u00e9ment : les produits de consommation, l&rsquo;immobilier, etc. ont tous \u00e9t\u00e9 produits sous les anciens salaires \u00ab\u00a0trop haut\u00a0\u00bb et personne ne veut vendre \u00e0 perte, donc la vie reste n\u00e9cessairement ch\u00e8re sur le court terme. Simultan\u00e9ment, ce n&rsquo;est pas rationnel pour un jeune ch\u00f4meur grec d&rsquo;accepter un travail qui paye moins que ses indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage, ou \u00e0 peine plus mais l&rsquo;oblige \u00e0 endurer des frais suppl\u00e9mentaires. Sur le long terme, l&rsquo;ajustement est in\u00e9vitable, mais il prend \u00e9norm\u00e9ment de temps, durant lequel toute la population est moins prosp\u00e8re et productive qu&rsquo;elle pourrait l&rsquo;\u00eatre. Un jeune qui commence sa carri\u00e8re par cinq ans de ch\u00f4mage parce qu&rsquo;il a le malheur d&rsquo;obtenir son dipl\u00f4me durant une p\u00e9riode de crise ne r\u00e9cup\u00e8re <strong>jamais<\/strong> ces ann\u00e9es perdues. Il gagnera moins, le pays produira moins, les investissements en \u00e9ducation et infrastructure n\u00e9cessaires \u00e0 la bonne sant\u00e9 \u00e9conomique du pays seront retard\u00e9s d&rsquo;autant. M\u00eame sans aborder des questions de morale ou de justice, il semble clair que cette proc\u00e9dure d&rsquo;ajustement est grossi\u00e8rement inefficace.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourtant la strat\u00e9gie choisie par la Tro\u00efka. L&rsquo;economiste anglais John Maynard Keynes a compris dans les ann\u00e9es 30 que toute \u00ab\u00a0d\u00e9valuation interne\u00a0\u00bb est <a title=\"Nominal rigidity - Wikipedia, the free encyclopedia\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Nominal_rigidity\">lente et inutilement douloureuse<\/a>, et pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;\u00e9tudes empiriques ont montr\u00e9 qu&rsquo;il avait raison, mais les institutions europ\u00e9ennes charg\u00e9es de g\u00e9rer la crise grecque font fi de ces d\u00e9cennies de savoir \u00e9conomique comme de l&rsquo;exp\u00e9rience de ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es, et pr\u00e9tendent encore, envers et contre tout, que leur strat\u00e9gie va fonctionner.<\/p>\n<p>Ils se sont pourtant tromp\u00e9s sur toute la ligne : comparer les pr\u00e9dictions du FMI sur l&rsquo;effet des mesures impos\u00e9es \u00e0 la Gr\u00e8ce depuis 2010 avec <a title=\"Breaking Greece\" href=\"http:\/\/krugman.blogs.nytimes.com\/2015\/06\/25\/breaking-greece\/\">ce qui s&rsquo;est r\u00e9ellement pass\u00e9<\/a> ferait mourir de rire si ces chiffres ne refl\u00e9taient pas un drame humain d&rsquo;une ampleur colossale en termes d&rsquo;espoir de carri\u00e8re d\u00e9truits et m\u00eame de morts (la mortalit\u00e9 infantile en Gr\u00e8ce a <a title=\"Tough austerity measures in Greece leave nearly a million people with no access to healthcare, leading to soaring infant mortality, HIV infection and suicide - Europe - World - The Independent\" href=\"http:\/\/www.independent.co.uk\/news\/world\/europe\/tough-austerity-measures-in-greece-leave-nearly-a-million-people-with-no-access-to-healthcare-leading-to-soaring-infant-mortality-hiv-infection-and-suicide-9142274.html\">augment\u00e9 de 43%<\/a> entre 2008 et 2010), alors que les coupes dans le service public provoquent un g\u00e2chis monumental : l&rsquo;\u00eele de Santorini, (soit-dit en passant une merveille de la nature, m\u00eame si ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s important ici), 15,000 habitants et 2 millions de touristes par an, h\u00e9berge un hopital public <a title=\"A childbirth odyssey in austerity-hit Greece | The FRANCE 24 Observers\" href=\"http:\/\/observers.france24.com\/content\/20140908-effect-austerity-greece-hospital-childbirth\">enti\u00e8rement \u00e9quip\u00e9 mais totalement vide<\/a>, car les r\u00e9ductions de budget ne permettent pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de payer les docteurs et infirmiers qui devraient y travailler. Et apr\u00e8s tout cela, la dette publique grecque atteint aujourd&rsquo;hui 177% du PIB, contre 105% en 2008. Si tous ces sacrifices avaient rendu les finances gouvernementales saines et durables, on pourrait encore envisager parler de succ\u00e8s, mais c&rsquo;est tout le contraire : le gouvernement grec est plus proche de la faillite qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9. Qui peut s\u00e9rieusement penser que ceci est la bonne fa\u00e7on de g\u00e9rer le pays ?<\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 la Cor\u00e9e : si cette approche est tellement destructrice pour la Gr\u00e8ce, pourquoi a-t-elle march\u00e9 en Cor\u00e9e ? Serait-ce malgr\u00e9 tout parce que les Cor\u00e9ens savent retrousser leurs manches, contrairement aux Grecs ?<\/p>\n<p>Non, pour plusieurs raisons. Les deux crises pr\u00e9sentent des similarit\u00e9s : une bulle financi\u00e8re a amen\u00e9 un exc\u00e8s de capitaux \u00e9trangers vers les \u00e9conomies d&rsquo;Asie du sud-est, et apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9clatement de cette bulle les gouvernements locaux se sont retrouv\u00e9s pratiquement en faillite. Mais la comparaison s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. La Cor\u00e9e n&rsquo;a jamais eu \u00e0 op\u00e9rer une d\u00e9valuation interne : juste apr\u00e8s la crise financi\u00e8re asiatique de 1997, le taux de change entre le won et le dollar est pass\u00e9 de 954 \u00e0 1404. La monnaie cor\u00e9enne a perdu pr\u00e8s d&rsquo;un tiers de sa valeur en quelques mois. Bien s\u00fbr, dans une \u00e9conomie qui repose largement sur l&rsquo;exportation, l&rsquo;\u00c9tat peut r\u00e9duire ses d\u00e9penses publiques sans gr\u00eaver l&rsquo;\u00e9conomie, dop\u00e9e par une baisse d&rsquo;un tiers des co\u00fbts salariaux r\u00e9els.<\/p>\n<p>La Gr\u00e8ce, par contre, ne contr\u00f4le pas sa monnaie, l&rsquo;euro. Elle n&rsquo;a aucun moyen d&rsquo;agir \u00e0 court terme sur son \u00e9conomie autrement que par sa politique fiscale (les d\u00e9penses et recettes publiques), vu que sa politique mon\u00e9taire est enti\u00e8rement d\u00e9cid\u00e9e par la banque centrale europ\u00e9enne. Et donc, quand elle r\u00e9duit ses d\u00e9penses publiques, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;investisseurs priv\u00e9s pour prendre le relai, donc l&rsquo;\u00e9conomie se contracte, et la valeur r\u00e9elle de la dette, en pourcentage de l&rsquo;\u00e9conomie, augmente. C&rsquo;est l\u00e0 de la th\u00e9orie \u00e9conomique \u00e9l\u00e9mentaire, compr\u00e9hensible pour n&rsquo;importe quel \u00e9tudiant dans le domaine.<\/p>\n<p>La Cor\u00e9e s&rsquo;en est mieux sortie que la Gr\u00e8ce parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais eu \u00e0 faire ce que l&rsquo;on demande aujourd&rsquo;hui \u00e0 la Gr\u00e8ce. Et m\u00eame comme \u00e7a, l&rsquo;endettement public cor\u00e9en a presque tripl\u00e9 suite \u00e0 la crise, passant de 13% du PIB \u00e0 environ 30%, chiffre qui n&rsquo;a pas diminu\u00e9 depuis. Si la Gr\u00e8ce pouvait tripler son endettement, elle n&rsquo;aurait aucun probl\u00e8me, mais au lieu de partir de 13%, elle part de 100%, ce qui n&rsquo;est pas inhabituel en Europe : la moyenne de la zone euro \u00e9tait \u00e0 64% en 2008 et atteint 95% aujourd&rsquo;hui. Si on imposait \u00e0 la Belgique les restrictions budg\u00e9taires que l&rsquo;on impose \u00e0 la Gr\u00e8ce, ce serait peu ou prou la m\u00eame catastrophe.<\/p>\n<p>Certes, les gouvernements grecs des ann\u00e9es 90 et 2000 ont trich\u00e9 : ils ont maquill\u00e9 leurs comptes, et cach\u00e9 des probl\u00e8mes structurels qui auraient d\u00fb les emp\u00eacher d&rsquo;adopter la monnaie unique. Mais\u2026 et alors ? Les autres membres de la zone euro sont \u00e9galement en faute, pour n&rsquo;avoir pas examin\u00e9 suffisamment attentivement les comptes grecs. Ils ont une excuse : l&rsquo;euro a toujours \u00e9t\u00e9 un projet politique, motiv\u00e9 par un d\u00e9sir d&rsquo;int\u00e9gration et d&rsquo;union continentale que l&rsquo;on peut admirer, plus que par la froide rigueur \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Les banques fran\u00e7aises et allemandes qui ont pr\u00eat\u00e9 de l&rsquo;argent \u00e0 la Gr\u00e8ce avant la crise ont fait un pari, pensant qu&rsquo;aucun membre de la zone euro ne ferait jamais d\u00e9faut. Elles ont aid\u00e9 les Grecs pendant ces ann\u00e9es, et ce faisant se sont confortablement enrichies, et en soi c&rsquo;est tr\u00e8s bien. Mais tout cela nous met aujourd&rsquo;hui face \u00e0 un probl\u00e8me dont les responsabilit\u00e9s sont clairement partag\u00e9es. Il doit \u00eatre abord\u00e9 comme n&rsquo;importe quelle faillite d&rsquo;entreprise ou n&rsquo;importe quelle crise financi\u00e8re : pas en cherchant \u00e0 punir les \u00ab\u00a0responsables\u00a0\u00bb, certainement pas en punissant les jeunes Grecs qui ne sont en rien coupables des agissements des gouvernements des ann\u00e9es 90 pour lesquels ils n&rsquo;ont jamais vot\u00e9, mais en cherchant la meilleure fa\u00e7on de construire un avenir le plus positif possible.<\/p>\n<p>\u00c0 peu pr\u00e8s la seule chose totalement ind\u00e9niable \u00e0 ce stade est que l&rsquo;approche pr\u00f4n\u00e9e par la Tro\u00efka ne fonctionne pas. Mais, alors, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait ?<\/p>\n<p>La Gr\u00e8ce va peut-\u00eatre sortir de la zone euro, et m\u00eame de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne. Au point o\u00f9 on en est, cela n&rsquo;a plus rien d&rsquo;un sc\u00e9nario inenvisageable. Il est urgent de se demander ce qu&rsquo;il va se passer ensuite. M\u00eame pas pour les Grecs \u2013 apparemment tout le monde s&rsquo;en fout, ce ne sont de toute fa\u00e7on que des tricheurs paresseux \u2013 mais au moins pour le reste de l&rsquo;eurozone.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0Grexit\u00a0\u00bb n&rsquo;est une solution que pour ceux qui pensent que l&rsquo;euro marche tr\u00e8s bien, qu&rsquo;il est juste temporairement entach\u00e9 par un petit pays dirig\u00e9 par une succession de gouvernements irresponsables. D\u00e8s qu&rsquo;on sera d\u00e9barrass\u00e9s de la Gr\u00e8ce, tout rentrera dans l&rsquo;ordre. Mais ce n&rsquo;est pas le cas : l&rsquo;union mon\u00e9taire europ\u00e9enne, telle qu&rsquo;elle est con\u00e7ue actuellement, semble condamn\u00e9e \u00e0 transformer des probl\u00e8mes relativement mineurs (la Gr\u00e8ce, qui repr\u00e9sente 2% de l&rsquo;\u00e9conomie europ\u00e9enne, avait peut-\u00eatre un <a title=\"None\" href=\"http:\/\/krugman.blogs.nytimes.com\/2015\/06\/29\/the-awesome-gratuitousness-of-the-greek-crisis\/\">exc\u00e9dent budg\u00e9taire de 3%<\/a> de PIB au moment de la crise, ce qui aurait d\u00fb \u00eatre parfaitement g\u00e9rable) en crises insurmontables. Apr\u00e8s la Gr\u00e8ce, l&rsquo;Espagne aura exactement les m\u00eames probl\u00e8mes, puis le Portugal, l&rsquo;Irlande, l&rsquo;Italie\u2026 On dira sans-doute que les Espagnols sont paresseux et irresponsables.<\/p>\n<p>Une autre crise financi\u00e8re offre un parall\u00e8le int\u00e9ressant : le gouvernement de Puerto Rico est \u00e9galement en faillite, son gouverneur ayant annonc\u00e9 ce dimanche que le territoire est incapable de payer ses dettes. Souvent consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab\u00a051\u00e8me \u00c9tat\u00a0\u00bb des \u00c9tats-Unis, Puerto Rico ressemble un peu \u00e0 la Gr\u00e8ce : r\u00e9guli\u00e8rement accus\u00e9 de mauvaise gestion et de corruption, r\u00e9cipiendaire d&rsquo;\u00e9normes investissements lucratifs pour les capitalistes am\u00e9ricains, il est prisonnier d&rsquo;une devise qu&rsquo;il ne contr\u00f4le pas, et se retrouve maintenant incapable de payer ses dettes. L&rsquo;administration Obama a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;elle ne payerait pas pour sauver l&rsquo;\u00eele, et son statut juridique lui interdit de se d\u00e9clarer en faillite, comme l&rsquo;a fait entre autres la ville de Detroit.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 un imbroglio juridico-fiscal peu compr\u00e9hensible, et bien malin qui peut dire ce qui va se passer. Mais Puerto Rico a un avantage \u00e9norme par rapport \u00e0 la Gr\u00e8ce : ses citoyens sont Am\u00e9ricains, et tous les Am\u00e9ricains en sont conscients. Autant la majorit\u00e9 des Allemands, Fran\u00e7ais, Belges, ne voient pas pourquoi ils devraient payer pour les erreurs de la Gr\u00e8ce, autant cela semble tout \u00e0 fait \u00e9vident \u00e0 la majorit\u00e9 des am\u00e9ricains que le destin des Portoricains est intimement li\u00e9 au leur. Les \u00c9tats-Unis, pour tous leurs d\u00e9fauts, et leurs probl\u00e8mes de racisme, forment une nation. L&rsquo;Union Europ\u00e9enne, non.<\/p>\n<p>S&rsquo;il avait d\u00fb \u00eatre \u00e9valu\u00e9 uniquement pour ses m\u00e9rites \u00e9conomiques, l&rsquo;euro n&rsquo;aurait jamais vu le jour. Mais il \u00e9tait, et reste, un projet politique : des peuples tr\u00e8s similaires, mais qui se sont fait la guerre pendant des si\u00e8cles, pourraient, devraient, se concevoir en une m\u00eame nation, partageant des id\u00e9aux et un destin commun. Si ce n&rsquo;est pas le cas pour le moment, cela va le devenir, et on aidera ce processus en leur faisant partager la m\u00eame monnaie.<\/p>\n<p>Je souscris enti\u00e8rement \u00e0 cet id\u00e9al. Mais l&rsquo;union mon\u00e9taire telle qu&rsquo;elle est actuellement con\u00e7ue pr\u00e9sente de graves probl\u00e8mes structurels, dont la crise grecque n&rsquo;est qu&rsquo;un symptome, et l&rsquo;indiff\u00e9rence, voire l&rsquo;hostilit\u00e9, de l&rsquo;Europe du nord face aux tribulations du peuple grec est tout sauf encourageante.<\/p>\n<p>Ce qui m&rsquo;inqui\u00e8te le plus, \u00e0 ce stade, est que la Tro\u00efka \u2013 pardon, les institutions \u2013 semble penser qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas vraiment de probl\u00e8me structurel, que tout irait tr\u00e8s bien si la Gr\u00e8ce n&rsquo;avait jamais trich\u00e9. Rien n&rsquo;est moins vrai. C&rsquo;est l&rsquo;avenir m\u00eame du projet europ\u00e9en qui se joue dans les enseignements que ses institutions tirent de la crise grecque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On trouve parfois au bas d&rsquo;un article sur Internet, perdu au milieu de centaines d&rsquo;autres commentaires, l&rsquo;expression parfaite d&rsquo;un sentiment largement partag\u00e9, mais rarement exprim\u00e9 de fa\u00e7on concise et \u00e9l\u00e9gante. Commentant un <a title=\"Deux Nobel d\u2019\u00e9conomie au secours de Ts\u00edpras - Lib\u00e9ration\" href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2015\/06\/29\/deux-nobel-d-economie-au-secours-de-tsipras_1339529\">article<\/a> de Lib\u00e9ration sur la crise grecque, un certain Aloha-Cardan \u00e9crit [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[72,204],"tags":[160,4354],"class_list":["post-76557","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-etats-unis","category-europe","tag-grece","tag-puerto-rico"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76557","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76557"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76557\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":76558,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76557\/revisions\/76558"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76557"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76557"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76557"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}