{"id":7711,"date":"2010-02-07T15:28:00","date_gmt":"2010-02-07T14:28:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=7711"},"modified":"2010-02-07T17:31:11","modified_gmt":"2010-02-07T16:31:11","slug":"lactualite-de-la-crise-une-belle-ballade-dans-la-neige-diqaluit-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/02\/07\/lactualite-de-la-crise-une-belle-ballade-dans-la-neige-diqaluit-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: une belle ballade dans la neige d&rsquo;Iqaluit, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>UNE BELLE BALLADE DANS LA NEIGE D&rsquo;IQALUIT<\/strong><\/p>\n<p>Un G7 Finance s\u2019est r\u00e9uni cette fin de semaine dans le grand Nord canadien, \u00e0 Iqaluit, et il a fallu que ce soit encore un spectacle. Son c\u00f4t\u00e9 informel abondamment mis en sc\u00e8ne pour mieux lui donner de l\u2019importance et l\u2019opposer aux G20, qui b\u00e9n\u00e9ficient d\u00e9sormais seuls de l\u2019apparat des grands messes, mais qui se sont trop vite succ\u00e9d\u00e9s et dont la formule est d\u00e9j\u00e0 us\u00e9e. L\u2019absence de communiqu\u00e9 final masquant celle d\u2019un consensus, \u00e0 propos d\u2019un ordre du jour si charg\u00e9 que l\u2019on se dit qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peine feuillet\u00e9. Chacun \u00e9tant venu avec sa vision politique nationale de ce qu\u2019il convient de faire, afin de solutionner des probl\u00e8mes qui sont eux financiers et internationaux. Reconnaissant que les approches se doivent d\u2019\u00eatre communes pour \u00eatre efficaces, et en cons\u00e9quence s\u2019effor\u00e7ant de mettre en avant que les choses progressent en ce sens, sans avoir cependant rien de tangible \u00e0 annoncer pour que cela soit cr\u00e9dible. La route est encore longue \u00e0 parcourir, m\u00eame en tra\u00eeneau \u00e0 neige et sous la fourrure&#8230; <\/p>\n<p>Dans la logique de cette situation, les r\u00e9unions pl\u00e9ni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites au profit de rencontres bilat\u00e9rales, chacun essayant de convaincre l\u2019autre du bien fond\u00e9 de son approche. Nous en sommes donc rest\u00e9s aux pr\u00e9liminaires. Ce G7 Finance, en pr\u00e9lude au prochain G20 de Toronto, aura au moins d\u00e9montr\u00e9 une chose\u00a0: les probl\u00e8mes sont identifi\u00e9s, les solutions ne le sont pas. <\/p>\n<p>A propos de la dette publique, pr\u00e9sent\u00e9e par le FMI en entr\u00e9e de la r\u00e9union comme le plus important probl\u00e8me de l\u2019ann\u00e9e (optimiste !), le G7 a bott\u00e9 en touche, personne n\u2019ayant de solution op\u00e9rationnelle et avouable. Affirmant par la voix de Jim Flaherty, le ministre des finances canadiens qui pr\u00e9sidait la r\u00e9union, que les Europ\u00e9ens devaient r\u00e9gler entre eux le probl\u00e8me de la Gr\u00e8ce. Ce qui revient \u00e0 pointer du doigt les 300 milliards de dollars de dette des Grecs, ainsi que les 8.000 milliards celles des Europ\u00e9ens, pour ignorer les 22 mille milliards de celle des Etats-Unis et du Japon (le Canada \u00e9tant il est vrai le mieux loti). Jean-Claude Trichet, pr\u00e9sident de la BCE, et les repr\u00e9sentants des pays Europ\u00e9ens membres du G7 (Allemagne, Royaume-Uni, France et Italie), continuant d\u2019offrir pour tout viatique \u00e0 leurs coll\u00e8gues grecs l\u2019expression de leur confiance dans le fait qu\u2019ils arriveront tous seuls \u00e0 venir bout de la crise en cours. Dans quel \u00e9tat ? cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->Pendant ce temps-l\u00e0, la campagne men\u00e9e \u00e0 propos de la faiblesse de la zone euro continue de battre son plein. Publiquement aliment\u00e9e par les euro-sceptiques de toujours, des anglo-saxons pour ne pas les nommer, aiguillonn\u00e9e en sous-main par la sp\u00e9culation financi\u00e8re des m\u00e9gabanques et de leurs faux-nez les hedge funds. Donnant l\u2019occasion aux commentateurs \u00e9clair\u00e9s d\u2019approfondir le myst\u00e8re et d\u2019effectuer un magistral contre-sens, en expliquant les causes par leurs effets. En s\u2019appuyant sur la hausse des CDS, ces contrats assurances, pour expliquer l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 obligataire et ses tensions, alors que celle-ci r\u00e9sulte tr\u00e8s clairement de jeux sp\u00e9culatifs. Car on s\u2019assure contre la baisse des obligations (leur taux montant), en sachant que cela va \u00eatre le cas, la hausse du co\u00fbt des contrats d\u2019assurance le pr\u00e9cipitant alors que l\u2019on en est \u00e0 l\u2019origine. Apr\u00e8s cela, on parle de panique des march\u00e9s et l\u2019on oublie les petits calculs de gros sous de ses principaux acteurs.<\/p>\n<p>Le d\u00e9faut de la Gr\u00e8ce, pas plus que celui du Portugal ou de l\u2019Espagne, n&rsquo;est pas en effet l\u2019hypoth\u00e8se la plus probable. Par contre, la mont\u00e9e de la sp\u00e9culation, \u00e0 laquelle il est laiss\u00e9 libre cours par les gouvernements europ\u00e9ens et la BCE, est du pain b\u00e9ni pour ceux qui, ne pouvant plus jouer sur le march\u00e9 des devises en raison de l\u2019existence de l\u2019euro, ont trouv\u00e9 un terrain de chasse de remplacement avec les CDS et leurs sous-jacents : les dettes souveraines. Pour en savoir plus, on attend d\u00e9sormais la grande messe des chefs d\u2019Etat de jeudi prochain, \u00e0 Bruxelles, convoqu\u00e9e par le nouveau pr\u00e9sident de l\u2019Union europ\u00e9enne dont c\u2019est l\u2019intronisation, Herman Van Rompuy. Le G7 Finance canadien semble avoir montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas favorable \u00e0 une intervention du FMI, pour aider les Grecs.<\/p>\n<p>Ce qui est le plus ressorti, \u00e0 l\u2019occasion de la conf\u00e9rence de presse finale du G7 o\u00f9 seul Jim Flaherty s\u2019est exprim\u00e9, c\u2019est que les efforts publics de relance de l\u2019\u00e9conomie allaient continuer. Mais rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 dit sur le comment, laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de chacun. Pas plus qu\u2019il n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait \u00e9tat des discussions qu\u2019ont eu ensemble les repr\u00e9sentants de la Fed, de la BCE et de la BoE (avec sans doute ceux de la Bank of Japan) sur le corollaire\u00a0: le retrait progressif des mesures de soutien aux banques. D\u00e8s que les banques centrales discutent des questions importantes, le blackout s\u2019impose. <\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents ministres ont \u00e9t\u00e9 plus prolixes avec la centaine de journalistes qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9plac\u00e9s (aucun blogger n\u2019a \u00e9t\u00e9 recens\u00e9 parmi eux), \u00e0 propos des mesures qui ont jailli de tous c\u00f4t\u00e9s \u00e0 propos des banques\u00a0: taxes en tout genre, restrictions d\u2019activit\u00e9s, r\u00e9daction de testament (living will), etc&#8230; La cacophonie \u00e0 ce sujet ne semblant pas encore pr\u00eate de se calmer, chacun privil\u00e9giant son approche et ne voulant pas en d\u00e9mordre. Les Allemands invitant les participants du G7 \u00e0 une conf\u00e9rence \u00e0 Berlin \u00e0 ce propos, cherchant \u00e0 cr\u00e9er les conditions pour que soit ult\u00e9rieurement adopt\u00e9e sous leurs auspices une motion de synth\u00e8se. Tout au plus a-t-on not\u00e9, \u00e0 Iqaluit cette fin de semaine, une tendance \u00e0 lier deux probl\u00e9matiques qui \u00e9taient encore distinctes\u00a0: celle d\u2019une \u00e9ventuelle taxation des banques et celle du renforcement de leurs fonds propres. <\/p>\n<p>Ceci va dans le sens des m\u00e9gabanques, qui font valoir qu\u2019elles vont devoir r\u00e9gler l\u2019addition de ces deux mesures et souhaitent que les curseurs soient r\u00e9gl\u00e9s en cons\u00e9quence, afin de la diminuer\u00a0: si l\u2019on force la dose d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, qu\u2019elle soit diminu\u00e9e de l\u2019autre. La pr\u00e9f\u00e9rence allant \u00e0 l\u2019affichage politique d\u2019une taxe (sur laquelle l&rsquo;on pourra toujours revenir plus tard), en contrepartie de laquelle l\u2019effort demand\u00e9 par le Comit\u00e9 de B\u00e2le \u00e0 propos du renforcement de leurs fonds propres serait r\u00e9duit. Avec sur ce dernier chapitre et \u00e0 la cl\u00e9 l&rsquo;acceptation d&rsquo;une solution qui continue de tenir la corde, la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9mettre des obligations contingentes convertibles, ce qui diminuerait d&rsquo;autant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019augmenter leurs fonds propres. <\/p>\n<p>Le m\u00eame argument est ressorti pour le justifier ce <i>package-deal<\/i>: \u00a0\u00bb si vous nous demandez trop d\u2019efforts, cela se fera au d\u00e9triment de notre participation \u00e0 la relance de l\u2019\u00e9conomie !\u00a0\u00bb argumentent les financiers. Cette menace s\u2019appuyant sur une situation que l\u2019on a jusqu\u2019\u00e0 maintenant peu \u00e9voqu\u00e9, mais qui va progressivement l\u2019\u00eatre de plus en plus. Il s\u2019agit de celle du march\u00e9 de la titrisation, qui est compl\u00e8tement \u00e0 plat, uniquement soutenu aux Etats-Unis par les pouvoirs publics &#8211; soit par la Fed, soit par Fannie et Freddie, dont l\u2019avenir est incertain et sombre. Ces derniers jouant le r\u00f4le d\u2019une bad bank inavou\u00e9e, o\u00f9 le m\u00e9nage devra bien \u00eatre fait un jour ou l&rsquo;autre par les pouvoirs publics. A noter que les dettes de ces deux organismes ne sont pas comptabilis\u00e9s dans la dette publique am\u00e9ricaine, ce qui est confortable pour le moment mais ne peut \u00eatre d\u00e9finitif. <\/p>\n<p>La question qui se pose quant \u00e0 la titrisation est en effet cruciale\u00a0: va-t-il ou non \u00eatre possible de relancer ce march\u00e9, tr\u00e8s durement touch\u00e9 par la crise majeure de confiance \u00e0 son \u00e9gard des investisseurs, qui ont perdu beaucoup de plumes sur celui-ci et ne s\u2019en sont pas encore remis ?  Une tentative est \u00e0 l\u2019\u00e9tude, men\u00e9e par la FDIC, qui repose sur une garantie que cet organisme donnerait, afin de favoriser le red\u00e9marrage de la titrisation. Encore une intervention publique ! Mais il est d\u00e9j\u00e0 soulev\u00e9, non sans inqui\u00e9tude, que le soutien de l\u2019Etat n\u2019est pas \u00e9ternel, quel que soit sa forme, et que la question de savoir si la titrisation pourra un jour voler \u00e0 nouveau de ses propres ailes reste enti\u00e8re. <\/p>\n<p>L\u2019enjeu est la possibilit\u00e9 &#8211; ou non &#8211; de relancer la machine \u00e0 faire des dettes, condition de celle de la consommation et donc de la croissance. Car, sinon, il faudra se r\u00e9soudre \u00e0 une baisse de ces deux derni\u00e8res pour une longue p\u00e9riode, et \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration du basculement \u00e9conomique mondial en faveur des pays \u00e9mergents. On est loin, encore, d&rsquo;avoir trouv\u00e9 comment r\u00e9parer ce m\u00e9canisme bris\u00e9, afin que ce cercle donn\u00e9 pour vertueux puisse \u00eatre reboucl\u00e9. Bien plus que la lutte contre le d\u00e9s\u00e9quilibre mondial (global imbalance) &#8211; dont on comprend qu\u2019elle est largement vaine, en tout cas \u00e0 court et moyen terme &#8211; la relance de la titrisation est LE sujet qui compte. Le G7 Finance a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019aborder, attendons la suite. L\u2019espoir qui est port\u00e9 en elle refl\u00e8te une dure v\u00e9rit\u00e9\u00a0: les gouvernements et les financiers n\u2019ont pas de plan B, ils n\u2019ont comme autre perspective que de tenter de refaire fonctionner la machine comme avant. La refondation du capitalisme est oubli\u00e9e, \u00e0 peine a-t-elle \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s la sortie dans la neige, un banquet communautaire de viande de phoque crue \u00e9tait pr\u00e9vu \u00e0 Iqaluit. La liste de ceux qui en ont rejoint la table n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>UNE BELLE BALLADE DANS LA NEIGE D&rsquo;IQALUIT<\/strong><\/p>\n<p>Un G7 Finance s\u2019est r\u00e9uni cette fin de semaine dans le grand Nord canadien, \u00e0 Iqaluit, et il a fallu que ce soit encore un spectacle. 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