{"id":77145,"date":"2015-07-15T12:40:14","date_gmt":"2015-07-15T10:40:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=77145"},"modified":"2015-07-15T15:17:05","modified_gmt":"2015-07-15T13:17:05","slug":"yanis-varoufakis-notre-combat-pour-sauver-la-grece","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/07\/15\/yanis-varoufakis-notre-combat-pour-sauver-la-grece\/","title":{"rendered":"Yanis Varoufakis : notre combat pour sauver la Gr\u00e8ce"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Traduction de Pierre Sarton du Jonchay\u00a0et Lazarillo de Tormes.<\/p><\/blockquote>\n<p>Yanis Varoufakis interview\u00e9 par Harry Lambert du <a href=\"http:\/\/www.newstatesman.com\/world-affairs\/2015\/07\/yanis-varoufakis-full-transcript-our-battle-save-greece\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0New Statesman\u00a0\u00bb, le 13 juillet 2015<\/a>.\u00a0Premi\u00e8re interview depuis sa d\u00e9mission\u00a0du poste de ministre des Finances grec.<\/p>\n<p>Harry Lambert\u00a0: Alors comment vous sentez-vous\u00a0?<\/p>\n<p>Yanis Varoufakis\u00a0: Je suis aux anges. Je n&rsquo;ai plus \u00e0 vivre cet emploi du temps hallucinant, totalement inhumain, effarant. J&rsquo;ai dormi deux heures par jour pendant cinq mois. Je suis aussi soulag\u00e9 de ne plus avoir \u00e0 porter cette pression incroyable d&rsquo;une n\u00e9gociation sur une position difficile \u00e0 d\u00e9fendre, m\u00eame si j&rsquo;ai tout fait pour y amener mes interlocuteurs, si vous voyez ce que je veux dire.<\/p>\n<p><!--more-->HL\u00a0: Quelle \u00e9tait cette position\u00a0? En quoi vous convenait-elle\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: Elle me convenait pour l&rsquo;essentiel. Mais la vision que j&rsquo;en ai acquise de l&rsquo;int\u00e9rieur&#8230; a confirm\u00e9 les pires craintes que j&rsquo;en avais. \u00catre l&rsquo;interlocuteur direct des pouvoirs \u00e9tablis tels que vous craignez qu&rsquo;ils soient \u2013 la situation \u00e9tait pire que ce qui \u00e9tait imaginable\u00a0! Malgr\u00e9 tout, c&rsquo;\u00e9tait passionnant de se retrouver au premier rang.<\/p>\n<p>HL\u00a0: De quoi parlez-vous pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: De l&rsquo;absence totale de scrupule d\u00e9mocratique de la part des suppos\u00e9s d\u00e9fenseurs de la d\u00e9mocratie europ\u00e9enne. De la perception tr\u00e8s claire d&rsquo;une logique commune de part et d&rsquo;autre \u2013 qui ne sera bien s\u00fbr jamais explicit\u00e9e comme telle. Et finalement, de rencontrer des regards dominateurs vous d\u00e9clarant les yeux dans les yeux\u00a0: \u00ab\u00a0vous avez raison dans ce que vous dites, mais nous allons de toute fa\u00e7on vous \u00e9craser\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>HL\u00a0: Vous avez dit avoir \u00e9t\u00e9 contest\u00e9 par les cr\u00e9anciers du fait d&rsquo;avoir amen\u00e9 la discussion de l&rsquo;Eurogroupe sur le plan de l&rsquo;\u00e9conomie, ce qui n&rsquo;est pas l&rsquo;usage dans cette enceinte. Comment cela s&rsquo;est-il pass\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: Ce n&rsquo;est pas que l&rsquo;argumentation \u00e9conomique n&rsquo;\u00e9tait pas bonne. Il y a eu juste un refus cat\u00e9gorique de discuter de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Cat\u00e9gorique. Vous avancez un argument parfaitement document\u00e9 \u2013 pour assurer la coh\u00e9rence logique \u2013 et vous affrontez des regards vides. Comme si vous n&rsquo;aviez rien dit. Ce que vous dites est a priori sans rapport avec ce qu&rsquo;ils disent. J&rsquo;aurais pu tout aussi bien chanter l&rsquo;hymne national su\u00e9dois, j&rsquo;aurais eu la m\u00eame r\u00e9ponse. C&rsquo;est surprenant pour un habitu\u00e9 des d\u00e9bats acad\u00e9miques. Le d\u00e9bat est toujours contradictoire. Et l\u00e0, personne n&rsquo;a argument\u00e9 la contradiction. Il n&rsquo;y avait aucune confrontation, comme si un c\u00f4t\u00e9 restait muet.<\/p>\n<p>HL\u00a0: quand vous \u00eates arriv\u00e9 d\u00e9but f\u00e9vrier, cette mani\u00e8re de n\u00e9gocier ne pouvait pas avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: En fait certaines personnes \u00e9taient accessibles \u00e0 titre personnel. Vous savez, derri\u00e8re les portes ferm\u00e9es l&rsquo;informel est possible, particuli\u00e8rement de la part du FMI.<\/p>\n<p>HL\u00a0: M\u00eame au plus haut niveau\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: M\u00eame au plus haut niveau. M\u00eame au plus haut niveau. Mais \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;Eurogroupe, seulement quelques mots aimables et c&rsquo;est tout. Puis on revient se cacher derri\u00e8re le paravent des positions officielles.<\/p>\n<p>Pour Sch\u00e4uble, il y a coh\u00e9rence compl\u00e8te. Pour lui, il n&rsquo;y avait pas de discussion possible sur le programme qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 par le pr\u00e9c\u00e9dent gouvernement grec et qui ne pouvait pas \u00eatre remis en cause par une quelconque \u00e9lection. Comme il y a des \u00e9lections tout le temps dans les 19 pays membres, s&rsquo;il devait y avoir des changements de position \u00e0 chaque \u00e9lection, les contrats entre pays membres ne signifieraient plus rien.<\/p>\n<p>Quand il m&rsquo;a dit cela, j&rsquo;ai r\u00e9agi en envisageant la suppression possible de l&rsquo;\u00e9lection dans les pays endett\u00e9s. Mon interpr\u00e9tation de leur vrai point de vue est qu&rsquo;effectivement ma suggestion leur convenait, mais qu&rsquo;elle serait difficile \u00e0 appliquer. Soit vous souscrivez \u00e0 ce qu&rsquo;ils pensent en pointill\u00e9, soit vous \u00eates en dehors du coup.<\/p>\n<p>HL\u00a0: Et Merkel\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: Vous devez comprendre que je n&rsquo;ai jamais eu affaire \u00e0 Merkel\u00a0; les ministres des finances parlent avec les ministres des finances et les premiers ministres avec les chanceliers. A mon avis, elle avait une position bien distincte. Elle a essay\u00e9 de tranquilliser le Premier Ministre Tsipras \u2013 elle disait \u00ab\u00a0nous allons trouver une solution, ne vous inqui\u00e9tez pas, je ne laisserai pas la situation se d\u00e9t\u00e9riorer\u00a0; faites ce qu&rsquo;il vous revient de faire avec les institutions, travaillez avec la Troika\u00a0; il ne peut y avoir de blocage de ce cot\u00e9-l\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas vraiment ce que j&rsquo;ai entendu de mes propres interlocuteurs, que ce soit des responsables de l&rsquo;Eurogroupe ou du docteur Sch\u00e4uble\u00a0; ils \u00e9taient tr\u00e8s clairs. Sous un certain angle, il n&rsquo;y avait aucune \u00e9quivoque\u00a0: \u00ab Ou vous enfourchez ce cheval-l\u00e0 ou c&rsquo;est mort pour vous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>HL\u00a0: Quand cela s&rsquo;est-il pass\u00e9 ainsi\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: D\u00e8s le d\u00e9but, au tout d\u00e9but [\u00e0 la premi\u00e8re rencontre de f\u00e9vrier].<\/p>\n<p>HL\u00a0: Alors comment cela a tra\u00een\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: Quand on n&rsquo;a pas d&rsquo;alternative. Notre gouvernement a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pour n\u00e9gocier. Notre premi\u00e8re t\u00e2che a donc \u00e9t\u00e9 de cr\u00e9er un espace et un processus de n\u00e9gociation pour obtenir un autre type d&rsquo;accord. Tel \u00e9tait notre mandat\u00a0; nous devions n\u00e9gocier sans nous f\u00e2cher avec nos cr\u00e9anciers.<\/p>\n<p>Les n\u00e9gociations sont devenues interminables, parce que nos contreparties refusaient toute n\u00e9gociation. Ils tenaient \u00e0 un accord global, qui signifiait qu&rsquo;aucun point ne soit sp\u00e9cifiquement discut\u00e9. Mon opinion est que quand vous restez g\u00e9n\u00e9ral, vous ne voulez rien discuter en particulier. Et nous avons continu\u00e9 comme \u00e7\u00e0.<\/p>\n<p>Et figurez-vous que les cr\u00e9anciers n&rsquo;ont avanc\u00e9 aucune proposition concr\u00e8te sur quoi que ce soit. Ils auraient pu&#8230; prenons un exemple. Ils auraient pu nous demander les d\u00e9tails de notre situation fiscale tels que les Grecs l&rsquo;analysent eux-m\u00eames, ou la situation d\u00e9taill\u00e9e des entreprises publiques. Nous avons donc essay\u00e9 de leur fournir toutes les donn\u00e9es et les r\u00e9ponses aux questionnaires dans d\u2019innombrables r\u00e9unions d&rsquo;\u00e9change d&rsquo;information.<\/p>\n<p>Cela aurait du \u00eatre la premi\u00e8re \u00e9tape. La seconde \u00e9tape aurait \u00e9t\u00e9 au moment de nous demander nos intentions en mati\u00e8re de TVA. Ils auraient alors rejet\u00e9 nos propositions en nous faisant des contre-propositions concr\u00e8tes. Or, avant que nous ayons eu une possibilit\u00e9 de tomber d&rsquo;accord sur la TVA, ils ont chang\u00e9 de sujet, en abordant les privatisations. Ils auraient pu nous interroger sur nos intentions en mati\u00e8re de privatisations\u00a0; nous aurions pu faire des propositions qu&rsquo;ils auraient rejet\u00e9es. Mais ils sont pass\u00e9s \u00e0 un autre sujet\u00a0:\u00a0les retraites, de l\u00e0 aux march\u00e9s de la production, de l\u00e0 aux relations du travail, puis des relations du travail \u00e0 plein d&rsquo;autres bonnes choses. C&rsquo;\u00e9tait comme un chat courant derri\u00e8re sa queue.<\/p>\n<p>Nous avons pens\u00e9, le gouvernement a pens\u00e9, que nous ne pouvions pas interrompre ce processus. Sachez que j&rsquo;ai sugg\u00e9r\u00e9 ceci d\u00e8s le d\u00e9but\u00a0: notre pays est \u00e0 terre, et depuis un certain d\u00e9j\u00e0&#8230; Nous avons certainement besoin de nous r\u00e9former, nous en convenons. Mais parce que le v\u00e9ritable enjeu \u00e9tait le temps, et parce que la prolongation\u00a0des n\u00e9gociations permettait \u00e0 la banque centrale de restreindre la liquidit\u00e9 allou\u00e9e aux banques grecques afin de nous mettre sous pression pour nous faire c\u00e9der, je n&rsquo;ai pas cess\u00e9 de proposer \u00e0 la Troika une d\u00e9marche simple\u00a0: mettons-nous d&rsquo;accord sur trois ou quatre r\u00e9formes fondamentales, comme la fiscalit\u00e9, la TVA, et appliquons-les imm\u00e9diatement. En contrepartie, la BCE all\u00e9geait ses restrictions sur la liquidit\u00e9. Vous voulez un accord global, poursuivons la n\u00e9gociation en pr\u00e9sentant nos projets au Parlement au fur et \u00e0 mesure de nos points d&rsquo;accord.<\/p>\n<p>On me r\u00e9pondait\u00a0: non, non, non, il faut une revue compl\u00e8te pr\u00e9alable de la situation. Rien n&rsquo;entrera en vigueur si vous passez par la voie l\u00e9gislative. Ce sera consid\u00e9r\u00e9 comme un refus inamical de coop\u00e9rer dans la recherche d&rsquo;un accord. Et bien s\u00fbr, ils auraient laisser fuiter au bout de quelques mois dans les m\u00e9dia que nous ne r\u00e9formions pas notre pays pour gagner du temps. Et donc&#8230;[rires] nous avons \u00e9t\u00e9 flou\u00e9s en un sens, fondamentalement flou\u00e9s.<\/p>\n<p>Pendant que nos liquidit\u00e9s s&rsquo;\u00e9puisaient, et que nous faisions d\u00e9faut, ou quasiment, face au FMI, ils distillaient leurs propositions inacceptables&#8230; totalement absurdes et toxiques. Ils ont laiss\u00e9 trainer les choses pour en venir \u00e0 faire le genre de proposition qui t\u00e9moigne de votre refus v\u00e9ritable de vous entendre avec votre contrepartie.<\/p>\n<p>HL\u00a0: Avez-vous essay\u00e9 de travailler de concert avec les autres pays endett\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: La r\u00e9ponse est non, pour une raison tr\u00e8s simple\u00a0: depuis le d\u00e9but, ces pays nous ont largement fait savoir qu&rsquo;ils \u00e9taient fondamentalement nos ennemis. La raison en \u00e9tait que leur pire cauchemar \u00e9tait dans notre r\u00e9ussite\u00a0; si nous parvenions \u00e0 n\u00e9gocier de meilleures conditions pour la Gr\u00e8ce, cela d\u00e9truisait leur posture politique\u00a0; il leur fallait se justifier devant leur propre peuple de l&rsquo;absence de n\u00e9gociation comparable \u00e0 celle que nous menions.<\/p>\n<p>HL\u00a0: Et le rapprochement avec des partis amis, comme Podemos\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: Rien de tr\u00e8s concret. Je reconnais que nous avons d&rsquo;excellentes relations avec eux, mais ils ne peuvent rien faire. Leur voix est sans port\u00e9e dans l&rsquo;Eurogroupe. Et bien s\u00fbr, plus ils nous appuient, ce qu&rsquo;ils ont fait, plus leur propre ministre des Finances s&rsquo;est exprim\u00e9 contre nous.<\/p>\n<p>HL\u00a0: Et George Osborne\u00a0? Comment \u00e9taient vos \u00e9changes\u00a0?<\/p>\n<p>YV\u00a0: Tr\u00e8s bons, tr\u00e8s agr\u00e9ables, excellents. Mais il n&rsquo;est pas dans le circuit, il ne participe pas \u00e0 l&rsquo;Eurogroupe. Chaque fois que j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de lui parler, il s&rsquo;est montr\u00e9 tr\u00e8s compr\u00e9hensif. Et si vous jetez un oeil sur le Telegraph, nos plus chauds partisans sont sans conteste les Tories ! Du fait de leur euroscepticisme&#8230; mais pas seulement ; il s&rsquo;agit de leur vision <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Edmund_Burke\" target=\"_blank\">burk\u00e9enne<\/a> de la souverainet\u00e9 du Parlement. En ce qui nous concerne, il est clair que notre parlement est trait\u00e9 comme un d\u00e9chet.<\/p>\n<p>HL : O\u00f9 se situe le plus grave probl\u00e8me dans le fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Eurogroupe ?<\/p>\n<p>YV : Pour r\u00e9pondre par un exemple, \u00e0 un certain moment, le Pr\u00e9sident de l&rsquo;Eurogroupe a d\u00e9cid\u00e9 de se braquer contre nous en vue de nous exclure en faisant savoir que la Gr\u00e8ce avait pris le chemin de la sortie de l&rsquo;Eurozone. Il est convenu que les termes des communiqu\u00e9s doivent \u00eatre unanimes et que le Pr\u00e9sident ne peut convoquer une r\u00e9union de l&rsquo;Eurozone en en excluant un \u00c9tat membre. Il a affirm\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait certain de pouvoir agir comme il le faisait. J&rsquo;ai donc r\u00e9clam\u00e9 un avis de constitutionnalit\u00e9. J&rsquo;ai provoqu\u00e9 un remue m\u00e9nage. La r\u00e9union s&rsquo;est interrompue 5 \u00e0 10 minutes pendant que les experts et les officiels se consultaient entre eux au t\u00e9l\u00e9phone ; jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un juriste officiel se tourne vers moi en disant que l&rsquo;Eurogroupe n&rsquo;ayant pas d&rsquo;existence l\u00e9gale, aucun trait\u00e9 ne r\u00e9git le fonctionnement de la r\u00e9union.<\/p>\n<p>Nous avons donc une instance sans existence officielle disposant du pouvoir exorbitant de d\u00e9terminer la vie des Europ\u00e9ens. Elle ne r\u00e9pond \u00e0 personne puisque sans r\u00e9alit\u00e9 l\u00e9gale ; il n&rsquo;y a pas de proc\u00e8s verbal ; et c&rsquo;est confidentiel. Nul citoyen ne sait ce qu&rsquo;il s&rsquo;y dit. Des d\u00e9cisions quasiment de vie ou de mort sont prises sans qu&rsquo;aucun membre n&rsquo;en rende compte \u00e0 quiconque.<\/p>\n<p>HL : Cette instance est-elle sous l&#8217;emprise germanique ?<\/p>\n<p>YV : Oui, compl\u00e8tement, totalement. Mais pas sous l&#8217;emprise allemande, sinon de la personne du ministre des Finances allemand. Tout est parfaitement orchestr\u00e9 et il est le chef. Tout arrive dans l&rsquo;ordre. Quand l&rsquo;orchestre n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait au diapason, il fait un rappel \u00e0 l&rsquo;ordre et le renvoie \u00e0 sa partition.<\/p>\n<p>HL : Y a-t-il des pouvoirs alternatifs au sein du groupe, les Fran\u00e7ais font-ils contrepoids ?<\/p>\n<p>YV : Le ministre fran\u00e7ais des Finances est le seul \u00e0 avoir produit des sons discordants par rapport \u00e0 la ligne allemande, et ces sons \u00e9taient tr\u00e8s subtils. On a pu sentir tout le raffinement du langage pour ne pas avoir l&rsquo;air de s&rsquo;opposer. Mais en fin de compte, la r\u00e9ponse du docteur Sch\u00e4uble d\u00e9termine v\u00e9ritablement la ligne officielle \u00e0 laquelle le Fran\u00e7ais se plie et se range.<\/p>\n<p>HL : Parlons de vos propres conceptions scientifiques et th\u00e9oriques, et de votre article \u00e0 propos de Marx en 2013, quand vous avez expliqu\u00e9 : \u00ab\u00a0une sortie grecque, ou portugaise ou italienne de l&rsquo;Eurozone conduirait rapidement \u00e0 une fragmentation du capitalisme europ\u00e9en, d\u00e9bouchant sur des exc\u00e9dents r\u00e9cessifs \u00e0 l&rsquo;est du Rhin et au nord des Alpes, pendant que le reste de l&rsquo;Europe sombrerait dans le cercle vicieux de la stagflation. Qui profitera de ce ph\u00e9nom\u00e8ne de fond ? La gauche progressiste, qui veut rena\u00eetre comme le phenix des cendres des institutions publiques europ\u00e9ennes ? Ou les nazis d&rsquo;Aube Dor\u00e9e, ou la cohorte des n\u00e9o-fascistes, des x\u00e9nophobes et des mafieux ? Je n&rsquo;ai aucun doute sur celle des deux tendances qui tirera son parti de la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;euro.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>HL: Alors un Grexit profitera-t-il n\u00e9cessairement \u00e0 Aube Dor\u00e9e, est-ce toujours votre opinion ?<\/p>\n<p>YV: Vous savez, je ne partage pas une vision d\u00e9terministe de l&rsquo;histoire. A l&rsquo;heure qu&rsquo;il est Syriza est un force politique tr\u00e8s dominante. Si nous arrivions \u00e0 sortir de ce bourbier unis et \u00e0 g\u00e9rer un Grexit proprement alors une alternative serait possible. Mais le fait est que je ne peux garantir que nous puissions relever ce d\u00e9fi, la gestion de l&rsquo;effondrement d&rsquo;une union mon\u00e9taire exige une redoutable expertise et je ne suis pas s\u00fbr que nous l&rsquo;ayons sans contribution ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>HL: Vous avez d\u00fb envisager l&rsquo;option du Grexit d\u00e8s le premier jour&#8230;<\/p>\n<p>YV: Oui, absolument.<\/p>\n<p>HL: Y a-t-il eu des pr\u00e9paratifs ?<\/p>\n<p>YV: La r\u00e9ponse qui s&rsquo;impose est oui et non. Nous avions, au sein du minist\u00e8re, un petit groupe de 5 membres, un cabinet de crise qui \u00e9laborait des sc\u00e9narios sur le papier, \u00e9tablissait, en th\u00e9orie, la marche \u00e0 suivre dans l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;un Grexit. Mais faire cet exercice \u00e0 4 ou 5 est une chose, y mener un pays tout entier en est une autre. Et pour pr\u00e9parer le pays une d\u00e9cision ex\u00e9cutoire \u00e9tait indispensable. Or cette d\u00e9cision, elle n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 prise.<\/p>\n<p>HL: Et au cours de la semaine derni\u00e8re, avez-vous \u00e0 un moment ou l&rsquo;autre pench\u00e9 vers cette option, celle de pr\u00e9parer un Grexit ?<\/p>\n<p>YV: Mon opinion \u00e9tait qu&rsquo;il fallait \u00eatre tr\u00e8s prudent pour ne rien provoquer par le simple fait de l&rsquo;envisager. Je ne voulait pas que nous nous retrouvions dans la proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice qui aurait illustr\u00e9 la fameuse image de Nietzsche selon laquelle si vous plongez trop longtemps le regard dans l&rsquo;ab\u00eeme, t\u00f4t au tard l&rsquo;ab\u00eeme plonge en vous. Mais au m\u00eame moment, j&rsquo;\u00e9tais convaincu que si l&rsquo;Eurogroupe conduisait la fermeture de nos banques, nous serions amen\u00e9s \u00e0 activer ce processus.<\/p>\n<p>HL: Donc si je comprends bien il y avait deux sc\u00e9narios : un Grexit imm\u00e9diat ou l&rsquo;\u00e9mission de titres de dette par la banque centrale de Gr\u00e8ce reprise en main par l&rsquo;Etat sans rupture explicite avec la zone euro ?<br \/>\n<em><br \/>\n<\/em>YV: Tout \u00e0 fait. Je n&rsquo;ai pas pens\u00e9 que nous irions directement vers une nouvelle monnaie. Ma vision \u00e9tait, et je l&rsquo;ai communiqu\u00e9e en ces termes au gouvernement, que s&rsquo;ils poussaient nos banques \u00e0 la fermeture, ce que je consid\u00e9rais comme un acte d&rsquo;hostilit\u00e9 aux cons\u00e9quences gravissimes, nous nous devions de r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;agression mais sans d\u00e9passer le point de non retour.<\/p>\n<p>Nous devions \u00e9mettre nos propres titres de cr\u00e9ance mon\u00e9taire ou au minimum annoncer notre projet d&rsquo;\u00e9mission mon\u00e9taire propre en euro. Nous nous mettions en d\u00e9faut partiel sur les obligations grecques \u00e9mises en 2012 et d\u00e9tenues par la BCE ou en tout cas nous l&rsquo;annoncions ; et naturellement nous reprenions le contr\u00f4le de la Banque de Gr\u00e8ce. Voil\u00e0 donc le triptyque de mesures, les trois actions, que j&rsquo;envisageais n\u00e9cessaires si la BCE faisait fermer nos banques.<\/p>\n<p>\u2026 J&rsquo;ai mis en garde le cabinet pendant un mois sur ce qui finirait par arriver (la fermeture des banques grecques par la BCE) afin de nous forcer \u00e0 un accord humiliant. Quand cela est arriv\u00e9, alors beaucoup de mes coll\u00e8gues n&rsquo;arrivaient pas \u00e0 se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, ma recommandation d&rsquo;une r\u00e9ponse \u00e9nergique a \u00e9t\u00e9, disons le ainsi, mise en minorit\u00e9.<\/p>\n<p>HL: Jusqu&rsquo;\u00e0 quel point avez-vous \u00e9t\u00e9 proche de l&#8217;emporter ?<\/p>\n<p>YV: Je dirai que sur six votes nous \u00e9tions en minorit\u00e9 de deux. A partir du moment o\u00f9 je n&rsquo;\u00e9tais pas majoritaire, j&rsquo;ai suivi la consigne de fermer les banques en accord avec la BCE et la Banque de Gr\u00e8ce. J&rsquo;\u00e9tais contre mais je l&rsquo;ai fait en tant que partisan de la coll\u00e9gialit\u00e9 ; je crois \u00e0 la responsabilit\u00e9 collective.<\/p>\n<p>Puis le r\u00e9f\u00e9rendum est arriv\u00e9 et nous a vraiment regonfl\u00e9 le moral, justement celui qui nous aurait confort\u00e9s dans une r\u00e9ponse \u00e9nergique [pr\u00e9conis\u00e9e par YV] contre la BCE ; mais cette m\u00eame nuit le gouvernement d\u00e9cida que la volont\u00e9 du peuple, ce \u201cNon\u201d assourdissant, ne devait pas \u00eatre le moteur de l&rsquo;approche muscl\u00e9e [pr\u00e9conis\u00e9e par YV].<br \/>\n<em><br \/>\n<\/em>En fait, nous allions vers des concessions majeures \u00e0 nos adversaires : la r\u00e9union des chefs d&rsquo;\u00e9tat avec l&rsquo;acceptation a priori par notre Premier Ministre de ce qui allait in\u00e9luctablement arriver, quoi qu&rsquo;aurait tent\u00e9 l&rsquo;autre camp, nous mettait dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de d\u00e9fendre notre position propre. Concr\u00e8tement cela revient \u00e0 c\u00e9der&#8230; Et l\u00e0 vous ne n\u00e9gociez plus rien.<br \/>\n<em><br \/>\n<\/em>HL: Donc vous n&rsquo;avez pas beaucoup d&rsquo;espoir que cet accord soit plus favorable qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait la semaine derni\u00e8re et qu&rsquo;il pourrait m\u00eame \u00eatre pire ?<\/p>\n<p>YV: Il ne pourra \u00eatre que pire. Je crois et esp\u00e8re que notre gouvernement restera ferme sur la question de la restructuration de la dette, mais je ne vois pas le ministre des Finances allemand faire une quelconque concession sur ce point lors des prochaines rencontres de l&rsquo;Eurogroupe. S&rsquo;il le fait, ce sera un miracle.<\/p>\n<p>HL : Pr\u00e9cis\u00e9ment, ainsi que vous l&rsquo;expliquez, parce que vous n&rsquo;avez plus aucun levier \u00e0 ce stade ?<\/p>\n<p>YV : Je le pense, \u00e0 moins que Sch\u00e4uble ne se remette aux ordres de la Chanceli\u00e8re. Cela reste envisageable, mais saura-t-elle prendre cette initiative ?<\/p>\n<p>HL : Pour nous \u00e9clairer, pourriez-vous expliciter en termes simples pour nos lecteurs, vos objections au \u00ab\u00a0Capital\u00a0\u00bb de Piketty ?<\/p>\n<p>YV : D&rsquo;abord, je suis embarrass\u00e9 parce que Piketty m&rsquo;a beaucoup soutenu ainsi que notre gouvernement, et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 brutal dans le commentaire de son livre ! J&rsquo;appr\u00e9cie vraiment les positions qu&rsquo;il a prises dans les derniers mois, et je vais le lui dire quand je le rencontrerai en septembre.<\/p>\n<p>Mais ma critique de son livre demeure. Son sentiment est juste. Son rejet des in\u00e9galit\u00e9s&#8230;. Ses hypoth\u00e8ses d&rsquo;analyse affaiblissent son argumentation pour autant que je la partage. Le mod\u00e8le n\u00e9oclassique qu&rsquo;il livre du capitalisme dans son livre n&rsquo;appuie pas vraiment la d\u00e9monstration qu&rsquo;il veut faire, sauf \u00e0 rajouter au mod\u00e8le un ensemble de param\u00e8tres tr\u00e8s sp\u00e9cifiques qui fragiliseraient son approche personnelle. En d&rsquo;autres termes, si je voulais contrer sa th\u00e8se que l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 est inh\u00e9rente au fonctionnement du capitalisme, il me suffirait de d\u00e9monter son analyse pour faire tomber d&rsquo;elles-m\u00eames ses conclusions.<\/p>\n<p>HL : Je ne veux pas trop rentrer dans le d\u00e9tail parce nous n&rsquo;allons pas conclure sur ce sujet&#8230;<\/p>\n<p>YV : Oui&#8230;<\/p>\n<p>HL : &#8230; mais vous contestez sa m\u00e9trique du capital ?<\/p>\n<p>YV : Oui, il utilise une d\u00e9finition du capital qui rend la notion insaisissable. Il y a contradiction dans les termes.<\/p>\n<p>HL : Revenons \u00e0 la crise. Quelle est la nature de votre relation avec Tsipras ?<\/p>\n<p>YV: Nous nous connaissons depuis fin 2010 alors que j&rsquo;\u00e9tais une figure de proue de la critique envers le gouvernement de l&rsquo;\u00e9poque, m\u00eame si j&rsquo;en avais \u00e9t\u00e9 un proche par le pass\u00e9. Car j&rsquo;\u00e9tais en effet proche de la famille Papandr\u00e9ou &#8211; et le suis encore dans un sens &#8211; mais je suis arriv\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne. R\u00e9trospectivement, il \u00e9tait marquant qu&rsquo;un ancien conseiller du gouvernement affirme que nous pr\u00e9tendions ne pas avoir fait faillite pour la camoufler dans des pr\u00eats insoutenables.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fait des vagues \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, et Tsipras \u00e9tait un jeune leader cherchant \u00e0 comprendre les rouages de la crise et \u00e0 prendre position.<br \/>\n<em><br \/>\n<\/em>HL: Est-ce que vous vous souvenez de votre premi\u00e8re rencontre?<br \/>\n<em><br \/>\n<\/em>YV: Oui, nous avons pris un caf\u00e9 ensemble fin 2010. Nous \u00e9tions trois et mon souvenir est que ses vues n&rsquo;\u00e9taient pas si claires \u00e0 cette \u00e9poque sur des question comme la drachme par rapport \u00e0 l&rsquo;euro, les racines des crises&#8230; alors que les miennes \u00e9taient elles tr\u00e8s structur\u00e9es dirons-nous. C&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;est \u00e9tabli au fil des ann\u00e9es un dialogue qui je l&rsquo;esp\u00e8re aura contribu\u00e9 \u00e0 former sa vision de ce qu&rsquo;il faudrait faire.<br \/>\n<em><br \/>\n<\/em>HL: Que ressentez vous apr\u00e8s quatre ans et demi de ne plus travailler avec lui ?<\/p>\n<p>YV: Je ne vois pas les choses comme cela, je crois que nous restons tr\u00e8s proches. Nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s en des termes tr\u00e8s amicaux. En fait nous n&rsquo;avons jamais eu de probl\u00e8mes personnels et ma relation avec Euclide Tsakalotos (le nouveau ministre des finances) est tr\u00e8s \u00e9troite aussi.<\/p>\n<p>HL: Vous serez encore amen\u00e9 \u00e0 avoir des contacts avec eux cette semaine ?<\/p>\n<p>YV: Je n&rsquo;ai pas parl\u00e9 au Premier Ministre ces derniers jours mais par contre je suis en contact avec Euclide dont je suis tr\u00e8s proche, et c&rsquo;est r\u00e9ciproque. Je ne l&rsquo;envie pas du tout [rire].<\/p>\n<p>HL: Seriez-vous choqu\u00e9 si Tsipras \u00e9tait amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9missionner?<\/p>\n<p>YV: Plus rien ne me choque de nos jours. Notre Eurozone est un espace peu hospitalier pour les gens corrects. Je ne serais pas choqu\u00e9 non plus s&rsquo;il restait en place et acceptait un tr\u00e8s mauvais accord. Parce que je peux comprendre qu&rsquo;il se sente d\u00e9positaire d&rsquo;obligations envers les gens qui le soutiennent, investi de la mission d&#8217;emp\u00eacher ce pays de devenir un \u00e9tat failli.<\/p>\n<p>Ceci dit, je ne vais pas trahir mes propres convictions. Celles qui ont grandi en moi en 2010 : il faut que ce pays cesse de se tra\u00eener et de faire comme si&#8230; Il faut arr\u00eater de contracter de nouveaux pr\u00eats en feignant d&rsquo;avoir r\u00e9solu les probl\u00e8mes alors que nous avons rendu notre dette encore moins soutenable par une aust\u00e9rit\u00e9 qui n&rsquo;a cess\u00e9 de miner notre \u00e9conomie ; et en mettant toujours plus de poids sur les plus d\u00e9munis pour finir dans une crise humanitaire. Je ne vais ni l&rsquo;accepter, ni y prendre part.<br \/>\n<em><br \/>\n<\/em>HL: Derni\u00e8re question, garderez-vous des relations avec ceux avec qui vous avez \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 n\u00e9gocier ?<\/p>\n<p>YV: Euh, je n&rsquo;en suis pas certain. Mais ne comptez pas sur moi pour vous livrer des noms au cas o\u00f9 je mettrais leur carri\u00e8re en p\u00e9ril ! [rires]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Traduction de Pierre Sarton du Jonchay\u00a0et Lazarillo de Tormes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Yanis Varoufakis interview\u00e9 par Harry Lambert du <a href=\"http:\/\/www.newstatesman.com\/world-affairs\/2015\/07\/yanis-varoufakis-full-transcript-our-battle-save-greece\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0New Statesman\u00a0\u00bb, le 13 juillet 2015<\/a>.\u00a0Premi\u00e8re interview depuis sa d\u00e9mission\u00a0du poste de ministre des Finances grec.<\/p>\n<p>Harry Lambert\u00a0: Alors comment vous sentez-vous\u00a0?<\/p>\n<p>Yanis Varoufakis\u00a0: Je suis aux anges. 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