{"id":77324,"date":"2015-07-20T09:23:35","date_gmt":"2015-07-20T07:23:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=77324"},"modified":"2015-07-20T09:23:35","modified_gmt":"2015-07-20T07:23:35","slug":"leurope-a-la-croisee-des-chemins-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/07\/20\/leurope-a-la-croisee-des-chemins-par-zebu\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Europe \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, par Z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le gouvernement grec a donc fait voter la premi\u00e8re s\u00e9rie de lois \u00e0 la Vouli, condition sine qua non au d\u00e9blocage d&rsquo;un pr\u00eat relais pour faire face aux \u00e9ch\u00e9ances \u00e0 venir en juillet. Ce faisant, une partie non n\u00e9gligeable du gouvernement et des d\u00e9put\u00e9s de Syriza a refus\u00e9 de voter cette loi, produisant ainsi une reconfiguration quasi imm\u00e9diate du gouvernement grec, en attendant qu&rsquo;une \u00e9ventuelle reconfiguration politique, au sein de Syriza, n&rsquo;intervienne, soit lors d&rsquo;un congr\u00e8s, soit par des \u00e9lections provoqu\u00e9es. Rajouter une crise politique \u00e0 celle en cours n&rsquo;est pourtant pas l&rsquo;objet de M. Tsipras, qui &lsquo;fera le job&rsquo; comme on dit\u00a0: s&rsquo;il peut s&rsquo;\u00e9viter et \u00e9viter \u00e0 la Gr\u00e8ce une seconde crise politique dans un laps de temps qui puisse \u00eatre le plus long possible, le premier ministre grec le fera autant qu&rsquo;il le pourra.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Car Alexis Tsipras parie sur une reprise du cours <em>normal<\/em> des choses, apr\u00e8s que les plus extr\u00e9mistes auront \u00e9t\u00e9 contraints de se positionner et en attendant que la r\u00e9ouverture des banques commence \u00e0 produire ses effets, en attendant que le rel\u00e8vement du plafond de l&rsquo;ELA de la BCE puisse produire les siens. Une telle <em>normalisation<\/em> permettrait au peuple grec de souffler un peu avant que son gouvernement ne revienne bient\u00f4t \u00e0 la table des n\u00e9gociations, puisque n\u00e9gociations il y aura sur le futur plan d&rsquo;aide europ\u00e9en, le troisi\u00e8me, \u00e0 la Gr\u00e8ce. On pourrait donc croire que ce retour \u00e0 la <em>normalit\u00e9<\/em> serait presque une contrepartie \u00e0 la <em>capitulation<\/em> du gouvernement grec.<\/p>\n<p>Et pourtant, de mani\u00e8re sous-jacente, ce retour non pas \u00e0 un \u00e9tat de criticit\u00e9 mais plus \u00e0 un \u00e9tat de surfusion cache mal les transformations acquises ces derniers temps, tant pour la Gr\u00e8ce que pour l&rsquo;Europe. Il y a d&rsquo;abord la l\u00e9gitimit\u00e9 renforc\u00e9e, \u00e0 deux reprises, lors du r\u00e9f\u00e9rendum et lors du vote \u00e0 la Vouli cette semaine, du gouvernement grec et de sa position\u00a0: se confronter dans une n\u00e9gociation jusqu&rsquo;avant une sortie de l&rsquo;euro, soit le cadre de n\u00e9gociation impos\u00e9 par le peuple grec. Ce faisant, les partenaires europ\u00e9ens ont pu ainsi observer que le gouvernement grec se refuserait, m\u00eame face \u00e0 la capitulation, \u00e0 sortir de la zone euro.<\/p>\n<p>Mais ces m\u00eames partenaires ont aussi pu observer, en premier lieu Mme Merkel, que lorsque l&rsquo;on laisse les rapports de forces s&rsquo;exprimer librement dans la zone euro, celui qui ne tient pas le bon bout du manche re\u00e7oit une racl\u00e9e quand celui qui tient le bon bout du manche ne retient pas ses coups. Expos\u00e9e ainsi devant les opinions publiques, cette situation est devenue aux yeux de tous un \u00e9chec politique pour l&rsquo;Europe et a permis clairement d&rsquo;identifier ceux-l\u00e0 m\u00eames qui par leur attitude s&rsquo;extrayaient du jeu europ\u00e9en reconnu par tous comme limites\u00a0: au-del\u00e0, continuer \u00e0 vouloir pousser un partenaire \u00e0 sortir du jeu, c&rsquo;est s&rsquo;exposer \u00e0 sortir soi-m\u00eame du jeu.<\/p>\n<p>Et de fait, M. Sch\u00e4uble s&rsquo;est ainsi <em>corn\u00e9ris\u00e9<\/em> tout seul dans ce jeu europ\u00e9en dont les r\u00e8gles s&rsquo;imposent m\u00eame aux plus forts des joueurs, sans quoi, c&rsquo;est la fin du jeu. La <em>corn\u00e9risation<\/em>, puis l&rsquo;\u00e9viction de M. Sch\u00e4uble s&rsquo;il persiste \u00e0 pousser au Grexit, soit directement, soit en refusant de donner les moyens financiers n\u00e9cessaires au plan d&rsquo;aide, permettrait ainsi de finaliser ce second round, celui suivant l&rsquo;affrontement violent, celui o\u00f9 les plus \u00e9loign\u00e9s du jeu europ\u00e9en sont \u00e9cart\u00e9s peu \u00e0 peu du jeu\u00a0: les Grecs ayant entam\u00e9 le processus, il serait ainsi logique que du bord oppos\u00e9, on en vienne soit \u00e0 \u00e9laguer, soit \u00e0 mettre sous le boisseau les joueurs rebelles.<\/p>\n<p>Dans un certain sens, l&rsquo;immense m\u00e9rite du gouvernement grec est d&rsquo;avoir choisi de porter le combat, non pas pour <em>gagner<\/em> mais bien pour exposer \u00e0 la face de l&rsquo;Europe le v\u00e9ritable visage des joueurs les plus intransigeants, faisant de leur <em>capitulation<\/em> une porte \u00e0 ouvrir n\u00e9cessairement pour les autres joueurs europ\u00e9ens. On peut sans trop se tromper supposer que si ce gouvernement avait d\u00e8s le d\u00e9part recherch\u00e9 un accord, il l&rsquo;aurait trouv\u00e9 et sans doute <em>meilleur<\/em> \u00e0 court terme que celui qu&rsquo;il se voit imposer aujourd&rsquo;hui. Mais d\u00e8s lors, la litanie des plans d&rsquo;aide se succ\u00e9dant aux plans d&rsquo;aide, la perp\u00e9tuation du m\u00eame aurait immanquablement mais aussi irr\u00e9m\u00e9diablement mis fin \u00e0 terme \u00e0 toute logique politique\u00a0: ce qu&rsquo;obtient donc le gouvernement grec, c&rsquo;est l&rsquo;impossibilit\u00e9 pour l&rsquo;Europe (et la Gr\u00e8ce) de continuer avec les m\u00eames r\u00e8gles de jeu depuis 2010. Il y a l\u00e0 aussi des enjeux qui d\u00e9passent la seule Gr\u00e8ce. L&rsquo;Europe est bien \u00e0 la crois\u00e9e des chemins.<\/p>\n<p>La question de la dette publique est ainsi devenue incontournable, et pas seulement pour la Gr\u00e8ce. Car il faudra n\u00e9gocier sur un sujet qui a \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0 soigneusement occult\u00e9 politiquement. Encore faudrait-il savoir de quelle dette on parle. Car il y a la dette \u00e0 court terme, celle exigible par le FMI et la BCE jusqu&rsquo;en 2019 environ et celle vis-\u00e0-vis des partenaires europ\u00e9ens, g\u00e9r\u00e9e par le FESF. Exiger maintenant une refonte de la dette \u00e0 court terme est inenvisageable pour le FMI et la BCE, qui ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u00e9curiser le remboursement de leurs cr\u00e9ances en faisant reprendre celles-ci par les Europ\u00e9ens avec le 3<sup>\u00e8me<\/sup> plan d&rsquo;aide. On comprend mieux ainsi la subite libert\u00e9 de ton du FMI sur les cr\u00e9ances, surtout quand ce ne sont pas les siennes\u2026 Et pour les dites cr\u00e9ances europ\u00e9ennes, la charge de la dette ne sera pas exigible avant 2022, ce qui <em>impose<\/em> donc le 3<sup>\u00e8me<\/sup> plan d&rsquo;aide pour payer les \u00e9ch\u00e9ances du FMI et de la BCE mais vient s&rsquo;ajouter \u00e0 la dette europ\u00e9enne, en esp\u00e9rant que la Gr\u00e8ce traverse ce \u00ab\u00a0mur de la dette\u00a0\u00bb sans trop de pertes, afin de pouvoir rembourser ensuite cette dette europ\u00e9enne mutualis\u00e9e.<\/p>\n<p>Quelles sont les solutions envisageables\u00a0? Selon le FMI, elles seraient au nombre de 3. Le r\u00e9\u00e9chelonnement a \u00e9videmment la faveur des partenaires europ\u00e9ens les plus r\u00e9ticents au plan d&rsquo;aide, parce qu&rsquo;il laisse le montant de la dette intact. Pour autant, m\u00eame en augmentant la maturit\u00e9 de cette dette, avec un d\u00e9lai de gr\u00e2ce m\u00eame de 30 ans, il est bien \u00e9vident qu&rsquo;une telle solution rel\u00e8ve bien plus de la procrastination que d&rsquo;une v\u00e9ritable recherche de solution au probl\u00e8me de la dette. Le r\u00e9\u00e9chelonnement ne vaudra que si la Gr\u00e8ce passe le \u00ab\u00a0mur de la dette\u00a0\u00bb \u00e0 court terme, \u00e0 savoir survivre aux conditionnalit\u00e9s aust\u00e9ritaires inflig\u00e9es imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Le <em>haircut<\/em>, la perte partielle pour les cr\u00e9anciers, lui, a eu les faveurs de M. Sch\u00e4uble en 2011 mais comme les cr\u00e9anciers priv\u00e9s ont r\u00e9ussi \u00e0 transmettre leurs cr\u00e9ances aux institutions publiques europ\u00e9ennes, une telle solution est aujourd&rsquo;hui politiquement injouable, surtout pour ceux qui \u00e2nonnaient contre toute \u00e9vidence \u00ab\u00a0les Grecs paieront\u00a0\u00bb, et qui continuent \u00e0 le faire pour certains d&rsquo;entre eux. \u00c0 supposer d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;une telle solution soit envisageable, elle ne pourra l&rsquo;\u00eatre que dans des d\u00e9cennies, quand tout le monde aura enfin fini par reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9vidence\u00a0: la dette grecque ne sera pas TOTALEMENT rembours\u00e9e, m\u00eame dans 30 ans, comme le font d&rsquo;ailleurs tout les \u00c9tats du monde.<\/p>\n<p>Reste alors l&rsquo;option qui n&rsquo;a jamais vraiment perc\u00e9, parce qu&rsquo;en pleine crise, elle n\u00e9cessitait un saut dans l&rsquo;inconnu que Mme Merkel h\u00e9sitait \u00e0 faire en 2011\u00a0: une Union des transferts sous une forme ou sous une autre. Comme on le sait maintenant, c&rsquo;est M. Sch\u00e4uble qui imposa alors ses vues.<\/p>\n<p>Pourtant, le transfert de flux financiers avait comme avantage de prolonger la construction europ\u00e9enne par une int\u00e9gration plus pouss\u00e9e en proposant ce qui fait d\u00e9faut aux partisans d&rsquo;un f\u00e9d\u00e9ralisme repr\u00e9sent\u00e9s comme <em>institutionnaliste<\/em>\u00a0: instaurer la solidarit\u00e9 manquante au sein d&rsquo;une zone mon\u00e9taire unique ne laissant comme <em>ajustements<\/em> possibles que les seuls ajustements d\u00e9flationnistes internes. Reste que sans recettes financi\u00e8res suppl\u00e9mentaires, une telle Union des transferts serait politiquement inacceptable pour les opinions publiques des pays du nord de l&rsquo;Europe, ce qui aurait pour seule cons\u00e9quence de permettre \u00e0 leur extr\u00eame-droite d\u2019atteindre des niveaux sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux d\u00e9j\u00e0 \u00e9lev\u00e9s observ\u00e9s dans ces pays.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, instaurer une int\u00e9gration f\u00e9d\u00e9rale plus pouss\u00e9e sans ces transferts \u00e9quivaudrait \u00e0 faire cro\u00eetre une extr\u00eame-droite d\u00e9j\u00e0 structurellement \u00e9lev\u00e9e dans d&rsquo;autres pays, notamment en France. Les fonds structurels europ\u00e9ens \u00e9tant insuffisants et tr\u00e8s lents \u00e0 mobiliser, il ne resterait plus qu&rsquo;\u00e0 trouver des financements suppl\u00e9mentaires l\u00e0 o\u00f9 ils r\u00e9sident\u00a0: dans la sph\u00e8re financi\u00e8re, en taxant par exemple les transactions. Un temps souhait\u00e9e, la TTFE (Taxe sur les Transactions Financi\u00e8res Europ\u00e9enne) qui a du mal \u00e0 \u00eatre instaur\u00e9e du fait des \u00c9tats parties prenantes qui d\u00e9fendent chacun leur secteur bancaire national, pourrait tr\u00e8s bien servir \u00e0 cr\u00e9er un embryon d&rsquo;Union des transferts\u2026 fond\u00e9 sur la taxation des transactions financi\u00e8res.<\/p>\n<p>Cette solution a plusieurs avantages. Financiers d&rsquo;abord, puisqu&rsquo;une telle taxe pourrait rapporter plusieurs dizaines de milliards d&rsquo;euros annuellement, pour peu que son assiette ne soit pas rabot\u00e9e par les \u00c9tats garants des lobbys bancaires nationaux, un financement qui pourrait ainsi assurer le remboursement des cr\u00e9anciers d&rsquo;abord institutionnels (FMI, BCE) puis des \u00c9tats europ\u00e9ens par la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p>Ce faisant, l&rsquo;argument du FMI qui imposa les mesures d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 ax\u00e9es sur la r\u00e9duction drastique des d\u00e9penses publiques, arguant que les mesures fiscales propos\u00e9es par le gouvernement grec n&rsquo;\u00e9taient pas viables du fait de la d\u00e9liquescence de sa capacit\u00e9 \u00e0 collecter l&rsquo;imp\u00f4t, tomberait de lui-m\u00eame, puisque ce sont bien les \u00e9tats europ\u00e9ens qui seraient charg\u00e9s de collecter la taxe, aid\u00e9s en cela par la BCE devenue organisme de surveillance du syst\u00e8me bancaire. Quoi de mieux pour s&rsquo;assurer d&rsquo;\u00eatre rembours\u00e9 que de contr\u00f4ler soi-m\u00eame le syst\u00e8me de taxation\u2026 pour se faire rembourser.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, les conditionnalit\u00e9s hallucinantes impos\u00e9es par le FMI pour s&rsquo;assurer du remboursement des cr\u00e9ances \u00e0 court terme pourraient ainsi dispara\u00eetre, l&rsquo;al\u00e9a moral li\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0la confiance dans le gouvernement grec\u00a0\u00bb n&rsquo;existant plus\u00a0: exit donc les exc\u00e9dents primaires d\u00e9lirants (3,5 % du PIB en 2018), de l&rsquo;avis de tous. Et exit aussi les p\u00e9nalit\u00e9s automatiques envisag\u00e9es en cas de non respect des mesures d\u00e9finies par le plan. Les partenaires du plan d&rsquo;aide pourraient alors se concentrer sur la mise en \u0153uvre d&rsquo;un \u00c9tat grec en \u00e9tat de fonctionner, \u00e0 commencer par ce que propose le gouvernement grec\u00a0: lutte contre la corruption, lutte contre la fraude fiscale, etc.<\/p>\n<p>Enfin, pour des opinions publiques d&rsquo;un bord comme de l&rsquo;autre de l&rsquo;Europe chauff\u00e9es \u00e0 blanc par le cas grec, imposer une taxation \u00e0 ceux qui ont produit la crise que ces opinions subissent depuis des ann\u00e9es ne pourrait para\u00eetre qu&rsquo;un juste retour des choses et politiquement une bonne affaire pour les dirigeants europ\u00e9ens dont les plus importants doivent se repr\u00e9senter face aux \u00e9lecteurs en 2017.<\/p>\n<p>Une telle taxation, embryon d&rsquo;une Union des transferts un temps envisag\u00e9e par Mme Merkel, permettrait alors d&rsquo;envisager bien plus sereinement une int\u00e9gration plus pouss\u00e9e structurellement comme l&rsquo;a propos\u00e9 M. Hollande (parlement de la zone euro, budget f\u00e9d\u00e9ral, etc.), mais seulement APR\u00c8S ces transferts, en lieu et place de toujours mettre en \u0153uvre les structures en attendant que les politiques sociales, fiscales et financi\u00e8res suivent, renfor\u00e7ant ainsi sans cesse le camp des eurosceptiques au grand dam des eurol\u00e2tres qui ne comprennent toujours pas la n\u00e9cessit\u00e9 du sens politique de l&rsquo;Europe, \u00e0 savoir l&rsquo;ind\u00e9passable solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019une certaine fa\u00e7on, on reviendrait au choix de 2011, la procrastination \u00e9tant devenue hors de port\u00e9e politique pour la zone euro actuellement et le <em>haircut<\/em> ne s&rsquo;\u00e9tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 in fine qu&rsquo;un simple transfert (avec quelques pertes) des cr\u00e9anciers priv\u00e9s vers les cr\u00e9anciers publics, sans r\u00e9soudre la situation et m\u00eame en l&#8217;empirant, en instaurant des politiques structurelles d\u00e9biles et atroces. Le c\u0153ur donc du choix qui se r\u00e9v\u00e8le aujourd&rsquo;hui aux acteurs europ\u00e9ens d\u00e9passe bien le seul cas grec\u00a0: quelle Europe pour demain\u00a0?<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable changement pour l&rsquo;Europe est bien de r\u00e9orienter les politiques men\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, en se confrontant directement au noyau dur du pouvoir, \u00e0 savoir le pouvoir financier, en organisant sa taxation pour financer des politiques alternatives. L&rsquo;autre alternative est binaire\u00a0: attendre\/souhaiter que la Gr\u00e8ce sorte de l&rsquo;euro pour reprofiler une zone euro coh\u00e9rente avec l&rsquo;ordolib\u00e9ralisme ou procrastiner encore, en esp\u00e9rant qu&rsquo;un miracle advienne.<\/p>\n<p>La sortie de la Gr\u00e8ce semblant exclue, car elle entra\u00eenerait \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance le d\u00e9litement de la zone euro puis de l&rsquo;Europe, la procrastination semble \u00eatre le v\u00e9ritable risque pour l&rsquo;Europe, qui pourrait ainsi renouer avec ses vieilles habitudes\u00a0: ne rien faire. L&rsquo;\u00e9lectrochoc grec, gr\u00e2ce au r\u00e9f\u00e9rendum et \u00e0 la dramaturgie des derniers jours, pourrait rendre difficile un tel retour en arri\u00e8re. Les extr\u00e9mistes \u00e9tant \u00e9cart\u00e9s, ou en voie de l&rsquo;\u00eatre, cette solution utilis\u00e9e pour \u00e9viter l&rsquo;affrontement, qui a bien eu lieu, n&rsquo;aurait plus de raison d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p>Plus, c&rsquo;est bien le risque en donnant du temps au temps que l&rsquo;\u00e9chec de la Gr\u00e8ce, in\u00e9vitable en l&rsquo;\u00e9tat selon les \u00e9conomistes, ne vienne renforcer les ranc\u0153urs envers l&rsquo;Europe et ne favorise \u00e0 tr\u00e8s court terme l&rsquo;extr\u00eame-droite en embuscade, ou m\u00eame les partisans d&rsquo;un Grexit qui ne l\u00e2chent rien. Le tr\u00e8s court terme pour l&rsquo;Europe rel\u00e8ve du nombre de mois, pas du nombre d&rsquo;ann\u00e9es\u00a0: \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 2015, plusieurs \u00e9lections auront lieu, au Portugal, en Espagne et en France (r\u00e9gionales). Il suffirait, par exemple, que le FN conqui\u00e8re 1 ou 2 r\u00e9gions en France, ou que l&rsquo;exc\u00e9dent primaire pr\u00e9vu pour 2015 en Gr\u00e8ce ne soit pas atteint pour que tout le traditionnel \u00e9difice europ\u00e9en de <em>containment<\/em> politique s&rsquo;effondre, le tout dans un contexte \u00e0 nouveau de surfusion ing\u00e9rable.<\/p>\n<p>Il reste donc 3 \u00e0 4 mois \u00e0 l&rsquo;Europe pour choisir son chemin. C&rsquo;est assez long pour construire quelque chose de viable, et c&rsquo;est en m\u00eame temps effroyablement tr\u00e8s court.<\/p>\n<p>Comme le disait Paul Volfoni dans <em>Les tontons flingueurs<\/em> suite \u00e0 la r\u00e9action muscl\u00e9e du camp d&rsquo;en face\u00a0: \u00ab\u00a0Au fond maintenant, les diplomates prendraient plut\u00f4t le pas sur les hommes d&rsquo;action. L&rsquo;\u00e9poque serait aux tables rondes et \u00e0 la d\u00e9tente.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 la d\u00e9tente, au choix et \u00e0 l&rsquo;urgence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement grec a donc fait voter la premi\u00e8re s\u00e9rie de lois \u00e0 la Vouli, condition sine qua non au d\u00e9blocage d&rsquo;un pr\u00eat relais pour faire face aux \u00e9ch\u00e9ances \u00e0 venir en juillet. 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