{"id":77683,"date":"2015-08-04T00:18:28","date_gmt":"2015-08-03T22:18:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=77683"},"modified":"2015-08-04T00:59:13","modified_gmt":"2015-08-03T22:59:13","slug":"peirera-pretend-de-antonio-tabucchi-par-gaelle-peneau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/08\/04\/peirera-pretend-de-antonio-tabucchi-par-gaelle-peneau\/","title":{"rendered":"<em>Peirera pr\u00e9tend<\/em> de Antonio Tabucchi *, par Ga\u00eblle P\u00e9neau"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Avez-vous lu <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pereira_pr%C3%A9tend\" target=\"_blank\">Peirera pr\u00e9tend<\/a><\/em>\u00a0\u00bb de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Antonio_Tabucchi\" target=\"_blank\">Antonio Tabucchi<\/a>\u00a0?<\/p>\n<p>Si ce n\u2019est pas le cas voil\u00e0 une belle lecture pour le mois d\u2019ao\u00fbt et un plaisir litt\u00e9raire \u00e0 d\u00e9guster dans un jardin sous l\u2019ombre d\u2019un pommier.<\/p>\n<p><!--more-->L&rsquo;action se d\u00e9roule\u00a0au mois d\u2019ao\u00fbt 1938 \u00e0 Lisbonne, pendant la guerre civile espagnole et juste avant la Seconde guerre mondiale. Quel rapport me direz-vous\u00a0? Oui c\u2019est vrai, quel rapport avec \u00ab\u00a0les temps qui sont les n\u00f4tres\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Peirera est un vieux journaliste portugais, catholique, veuf et solitaire. Il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 relater des faits divers dans un grand journal puis, sur fond de salazarisme portugais, de guerre civile espagnole et de fascisme italien, il accepte de diriger la page culturelle d\u2019un modeste journal de l\u2019apr\u00e8s-midi\u00a0: le <em>Lisboa<\/em>.<\/p>\n<p>Mais lui, Peirera, il r\u00e9fl\u00e9chit sur la mort, sans qu\u2019il sache vraiment pourquoi. Et sans qu\u2019il sache non plus tr\u00e8s bien pourquoi il d\u00e9cide d\u2019embaucher un jeune stagiaire, Francesco Monteiro Rossi, qui vient d\u2019obtenir sa ma\u00eetrise de philosophie suite \u00e0 la soutenance de son m\u00e9moire sur la mort, pour qu\u2019il r\u00e9dige des n\u00e9crologies anticip\u00e9es pour les grands \u00e9crivains de son \u00e9poque.<\/p>\n<p>Peirera affirme qu\u2019il travaille pour un journal libre et ind\u00e9pendant, le lecteur comprend cependant rapidement qu\u2019il se leurre, qu\u2019il ne se rend pas compte que le monde tourne mal autour de lui, qu\u2019il est pr\u00e9occup\u00e9 par sa sant\u00e9 et peut-\u00eatre sa fin prochaine, et que s\u2019il parle quotidiennement avec le portrait de sa femme d\u00e9funte c\u2019est pour se d\u00e9tacher de ce qui se trame autour de lui et qui est pourtant visible.<\/p>\n<p>La vie quotidienne de Peirera est tr\u00e8s monotone, entre son appartement et son bureau, ses d\u00e9ambulations dans Lisbonne \u00e9blouie de lumi\u00e8re, de chaleur \u00ab<em>\u00a0et un ciel d\u2019un bleu jamais vu, d\u2019une nettet\u00e9 qui blessait presque les yeux\u00a0<\/em>\u00bb, ses rendez-vous avec ce jeune stagiaire qui r\u00e9dige des n\u00e9crologies \u00ab\u00a0<em>impubliables\u00a0<\/em>\u00bb selon lui car elles concernent des \u00e9crivains engag\u00e9s, et ses repas faits d\u2019omelettes aux herbes et de citronnades tr\u00e8s sucr\u00e9es.<\/p>\n<p>Le style de Tabucchi est pure merveille et on se prend \u00e0 m\u00eame aimer Peirera quand il s\u2019essouffle \u00e0 monter les trois \u00e9tages qui m\u00e8nent \u00e0 son bureau, en raison de son surpoids, quand il d\u00e9teste la concierge qui \u00ab\u00a0\u2026 <em>doit \u00eatre une informatrice de la police<\/em>\u00a0\u00bb, et quand il bredouille au p\u00e8re Antonio ses explications sur sa notion de nostalgie du repentir\u00a0: \u00ab<em>\u00a0\u2026 c\u2019est une sensation \u00e9trange, qui se trouve \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de ma personnalit\u00e9, c\u2019est pour cela que je l\u2019appelle limitrophe, toujours est-il que d\u2019un c\u00f4t\u00e9 je suis content d\u2019avoir men\u00e9 la vie que j\u2019ai men\u00e9e (\u2026) dans le m\u00eame temps c\u2019est comme si j\u2019avais envie de me repentir de ma vie, je ne sais pas si je me fais comprendre.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui touche le lecteur et qui est au centre de l\u2019histoire est la lente prise de conscience de ce vieux journaliste solitaire, prise de conscience dont le jeune stagiaire est responsable bien malgr\u00e9 lui. Monteiro Rossi, on le comprend vite, est amoureux et engag\u00e9 dans une brigade clandestine du c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9publicains espagnols. Il va, au fur et \u00e0 mesure de ses rencontres avec doutor Peirera, se confier \u00e0 lui et lui demander r\u00e9guli\u00e8rement de l\u2019aider surtout financi\u00e8rement. Peirera accepte en marmonnant\u00a0: \u00ab\u00a0<em>le probl\u00e8me, c\u2019est que vous ne devriez pas vous mettre dans des probl\u00e8mes plus grands que vous\u2026 Le probl\u00e8me, c\u2019est que le monde est un probl\u00e8me et que ce ne sera certainement pas nous qui le r\u00e9soudrons&#8230;\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>A l\u2019occasion d\u2019un s\u00e9jour dans une clinique de thalassoth\u00e9rapie il rencontre un m\u00e9decin qui lui rapporte une th\u00e9orie int\u00e9ressante de l\u2019\u00e2me, sur laquelle il va s\u2019appuyer pour accepter les changements qui se produisent en lui. Il explique cela au portrait de sa femme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u2026 il para\u00eet qu\u2019il y a une conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019\u00e2mes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nous et que de temps en temps un moi h\u00e9g\u00e9monique prend la conduite de la conf\u00e9d\u00e9ration, le docteur Cardoso pr\u00e9tend que je suis en train de changer de moi h\u00e9g\u00e9monique (\u2026) et que ce moi h\u00e9g\u00e9monique changera ma vie, je ne sais pas jusqu\u2019\u00e0 quel point c\u2019est vrai et, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, je n\u2019en suis pas trop convaincu, mais bon, patience, on verra bien\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Je ne vous livrerai pas le d\u00e9nouement de l\u2019histoire. \u00c0 vous de le d\u00e9couvrir, lorsque le suspens arrive \u00e0 son terme.<\/p>\n<p>Je conserverai de ce livre, l\u2019\u00e9tonnante transmission d\u2019un engagement pour une cause juste par un jeune \u00e0 un ancien, qui la re\u00e7oit, s\u2019en \u00e9tonne, l\u2019accepte puis s\u2019engage en retour. Cette transmission est possible car elle vient prendre racine sur un terrain d\u00e9j\u00e0 fertile en valeurs humaines, celles particuli\u00e8rement d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 et de sinc\u00e9rit\u00e9 qui pr\u00e9supposent l&rsquo;irrempla\u00e7able f\u00e9condit\u00e9 du doute. Et comme\u00a0Peirera doute, il agit bien.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que, tout au long de ma lecture, j\u2019ai souhait\u00e9 que de telles qualit\u00e9s humaines puissent appara\u00eetre et se d\u00e9velopper dans les temps qui sont les n\u00f4tres afin que Pereira ne se sente plus autoris\u00e9 \u00e0 dire \u00ab\u00a0\u2026<em> Le probl\u00e8me, c\u2019est que le monde est un probl\u00e8me et que ce ne sera certainement pas nous qui le r\u00e9soudrons&#8230;\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>* Christian Bourgois \u00e9diteur, 1994<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avez-vous lu <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pereira_pr%C3%A9tend\" target=\"_blank\">Peirera pr\u00e9tend<\/a><\/em>\u00a0\u00bb de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Antonio_Tabucchi\" target=\"_blank\">Antonio Tabucchi<\/a>\u00a0?<\/p>\n<p>Si ce n\u2019est pas le cas voil\u00e0 une belle lecture pour le mois d\u2019ao\u00fbt et un plaisir litt\u00e9raire \u00e0 d\u00e9guster dans un jardin sous l\u2019ombre d\u2019un pommier.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[4406],"class_list":["post-77683","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","tag-antonio-tabucchi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77683"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77683\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":77692,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77683\/revisions\/77692"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77683"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}