{"id":77986,"date":"2015-08-18T20:33:48","date_gmt":"2015-08-18T18:33:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=77986"},"modified":"2015-08-18T20:33:48","modified_gmt":"2015-08-18T18:33:48","slug":"visitez-la-france-ses-gares-ses-douches-ses-pious-pious-par-un-belge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/08\/18\/visitez-la-france-ses-gares-ses-douches-ses-pious-pious-par-un-belge\/","title":{"rendered":"Visitez la France. Ses gares, ses douches, ses pious-pious&#8230;, par Un Belge"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Mon Intercit\u00e9 de nuit entre en gare de Paris Austerlitz ce 17 ao\u00fbt. Il est 7h00. Je m&rsquo;extrais de ma couchette, descends du train et tracte mollement ma grosse valise \u00e0 roulettes sur le quai. Devant moi : 24 heures de fl\u00e2nerie \u00e9hont\u00e9e. La gare elle-m\u00eame semble ronronner au ralenti. Ah, Paris au mois d&rsquo;ao\u00fbt !<\/p>\n<p><!--more-->Sur la plateforme, deux enfants mart\u00e8lent les touches du piano laiss\u00e9 \u00e0 la disposition des voyageurs. Une voix-robot susurre dans les hauts-parleurs \u00ab\u00a0<i>Attention. Ne laissez pas vos bagages. Sans Surveillance.<\/i>\u00a0\u00bb L&rsquo;arme en \u00e9charpe sur la poitrine, le b\u00e9ret rouge en biais sur le cr\u00e2ne, trois tr\u00e8s jeunes militaires croisent ma route, placides. Mollement, donc, je rejoins le bout du quai n\u00b021, o\u00f9 se trouve le service des toilettes et douches\u2026<\/p>\n<p>Depuis l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, les choses y ont un peu chang\u00e9. Le prix de la douche, par exemple, \u00ab\u00a0a bondi pour atteindre les 9,90 \u20ac\u00a0\u00bb. La qualit\u00e9 du prestataire, en revanche, \u00ab\u00a0semble avoir connu une croissance n\u00e9gative\u00a0\u00bb. Ainsi, ce matin, l&rsquo;accueil est assur\u00e9 laborieusement par un petit bonhomme en t-shirt, s&rsquo;exprimant par gestes et fragments de mots fran\u00e7ais.\u00ab <i>Portugu\u00eas ? \u00bb<\/i>, m&rsquo;enquis-je. \u00ab <i>Non, Tunisien \u00bb<\/i>, sourit-il.<\/p>\n<p>En patientant, je finis par comprendre qu&rsquo;habituellement, le petit bonhomme travaille derri\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;entretien des cabines, mais qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, le caissier n&rsquo;est pas arriv\u00e9\u2026 et on lui a dit de faire ce qu&rsquo;il pouvait pour \u00ab\u00a0relever ce d\u00e9fi\u00a0\u00bb. Le voici donc tout seul pour tout faire. Une file se constitue, pour les douches comme pour les toilettes. Les personnes qui arrivent derri\u00e8re moi sont perplexes. Un grand type tout en nerfs ass\u00e8ne que \u00ab\u00a0c&rsquo;est une honte pour la SNCF\u00a0!\u00a0\u00bb. Moi, j&rsquo;ai de la chance : il reste une cabine propre.<\/p>\n<p>Par la suite, me renseignant un peu, j\u2019apprendrai que la situation de ce matin-l\u00e0 n\u2019a rien d\u2019exceptionnel\u00a0: elle est au contraire voulue et organis\u00e9e par l\u2019employeur. En l\u2019occurrence, pas la SNCF\u00a0: l\u2019op\u00e9rateur public s\u2019en lave les mains depuis qu\u2019il a confi\u00e9, <a href=\"http:\/\/www.lesechos.fr\/24\/11\/2014\/lesechos.fr\/0203962460935_grand-menage-dans-les-toilettes-des-gares.htm\" rel=\"nofollow\">fin 2014<\/a>, la gestion de nombreuses toilettes de gare \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9erlandaise 2THELOO. Soucieuse d\u2019appliquer <i>un concept chaleureux, moderne et ludique,<\/i> celle-ci a imm\u00e9diatement veill\u00e9\u2026 \u00e0 licencier une majorit\u00e9 du personnel pour en r\u00e9engager un nouveau (sur base de contrats \u00ab\u00a0modernis\u00e9s\u00a0\u00bb si vous voyez ce que je veux dire).<\/p>\n<p>Mise partiellement en \u00e9chec par des <a href=\"http:\/\/www.rtl.be\/info\/monde\/economie\/les-dames-pipi-en-greve-obtiennent-de-conserver-leur-emploi-syndicats--693468.aspx\" rel=\"nofollow\">gr\u00e8ves en janvier 2015<\/a>, la soci\u00e9t\u00e9 a trouv\u00e9 d\u2019autres astuces\u2026 D\u00e9sormais, \u00e0 Paris Austerlitz par exemple, le personnel d\u2019entretien a gard\u00e9 son statut\u2026 mais chaque agent de nettoyage se retrouve seul(e) pour g\u00e9rer la boutique t\u00f4t le matin et tard le soir. Deux caissiers int\u00e9rimaires se relaient, debout 6 heures durant, entre 08 et 20h00 (cela permet de les payer le strict minimum l\u00e9gal). Le reste du temps (de 06 \u00e0 08h00 et de 20h00 \u00e0 minuit, heures o\u00f9 l\u2019affluence reste importante) celui ou celle qui nettoie les cabines est aussi celui ou celle qui encaisse l\u2019argent (et les rebuffades, et les insultes\u2026 sans parler des risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019argent en caisse.)<\/p>\n<p>Lorsque je ressors de ma douche, frais et dispos, \u00e0 7h15, la situation du service peut \u00eatre qualifi\u00e9e de critique. Le petit bonhomme n&rsquo;a plus de monnaie\u2026 Le prix d&rsquo;un s\u00e9jour aux toilettes \u00e9tant de 0,70 \u20ac, c&rsquo;est emb\u00eatant. Par ailleurs, les douches ne sont d\u00e9finitivement plus accessibles puisque l&rsquo;unique \u00ab\u00a0technicien d&rsquo;entretien\u00a0\u00bb disponible est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la caisse, baragouinant ce qu\u2019il peut face \u00e0 huit personnes qui s\u2019impatientent. (Passons sur les dysfonctionnements des portes automatiques.)<\/p>\n<p>Comment s&rsquo;en sortir ? Une dame a la solution : \u00ab\u00a0Vous voulez que je tienne la caisse pendant que vous allez nettoyer ?\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Non, non !\u00a0\u00bb, dit le petit bonhomme qui referme f\u00e9brilement son tiroir caisse sur ses derni\u00e8res pi\u00e9cettes. La dame conclut am\u00e8rement : \u00ab\u00a0De toute fa\u00e7on, tout va \u00e0 vau l&rsquo;eau, avec la politique qu&rsquo;ils m\u00e8nent ! \u00a0\u00bb Et de regretter un temps, pas si lointain, o\u00f9 le service fonctionnait avec plusieurs employ\u00e9es sympathiques. Oui, souvenez-vous : cet \u00e2ge d&rsquo;or o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9tait sous-pay\u00e9 <i>\u00e0 plusieurs<\/i>.<\/p>\n<p>A vau l&rsquo;eau, donc : c&rsquo;est le cas de le dire. Voyant la file enfler, le petit bonhomme s&rsquo;\u00e9puiser et s&rsquo;\u00e9nerver \u00e0 coup de \u00ab\u00a0<i>D\u00e9sol\u00e9! Pas possible !<\/i>\u00ab\u00a0, je lui propose d&rsquo;\u00e9crire un mot \u00e0 mettre en \u00e9vidence, pour \u00e9viter d&rsquo;avoir \u00e0 r\u00e9expliquer \u00e0 chaque fois la m\u00eame chose \u00e0 tout le monde. Il accepte. Et l\u00e0, sur une feuille blanche, j&rsquo;\u00e9cris \u00ab\u00a0DOUCHES. DELAI D&rsquo;ATTENTE\u00a0\u00bb. Et je ne peux pas m&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;ajouter malicieusement : \u00ab\u00a0COMPRESSION DE PERSONNEL\u00a0\u00bb. Histoire qu&rsquo;on r\u00e2le au moins sur quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre que sur celui qu&rsquo;on a envoy\u00e9 seul au casse-pipe.<\/p>\n<p>Et puis je m\u2019en vais. Il est alors 7h20. Je ne le sais pas encore, mais il reste au petit bonhomme 40 minutes \u00e0 tenir, avant l\u2019arriv\u00e9e du premier caissier, \u00e0 8h00\u2026 Et ce sera pareil demain, et ainsi de suite, chaque jour, jusqu\u2019\u00e0 peut-\u00eatre se faire d\u00e9foncer la figure par un voyageur enrag\u00e9. C\u2019est l\u00e0, dira-t-on, le prix \u00e0 payer pour \u00ab <i>un accueil client de qualit\u00e9<\/i> \u00bb et \u00ab <i>une propret\u00e9 irr\u00e9prochable de l\u2019espace et des \u00e9quipements <\/i>\u00bb, assur\u00e9e par \u00ab<i> un nettoyage en continu<\/i> \u00bb (<a href=\"http:\/\/www.lesechos.fr\/24\/11\/2014\/lesechos.fr\/0203962460935_grand-menage-dans-les-toilettes-des-gares.htm\" rel=\"nofollow\">sic<\/a>).<\/p>\n<p>Retraversant la gare, je laisse mes yeux glisser sur d&rsquo;autres files de consommateurs press\u00e9s, sur d&rsquo;autres comptoirs tenus par d&rsquo;autres petits bonhommes aux abois, gardiens h\u00e9ro\u00efques du tiroir-caisse. Avant de rejoindre l&rsquo;air libre (et toxique) de la Plus Belle Ville du Monde, l&rsquo;un des nombreux \u00e9crans d&rsquo;information capte mon attention : \u00ab\u00a0<i>Bienvenue en gare \ud83d\ude42<\/i> <i>Attentifs ensemble. 7 consignes \u00e0 respecter\u2026 \u00ab\u00a0<\/i> Puis le retour de la voix synth\u00e9tique : <i>\u00ab\u00a0Attention. Ne laissez pas vos bagages. Sans surveillance.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Sous le porche, revoici mes trois jeunes b\u00e9rets rouges, pris \u00e0 partie par un soixantenaire d\u00e9lirant au verbe tranchant, qui leur cause de Mai 68, de l&rsquo;Alg\u00e9rie Fran\u00e7aise, de Napol\u00e9on ou des trois \u00e0 la fois. Un peu d\u00e9sempar\u00e9s, les pious-pious\u00a0! Le chef a le regard tendu. Pas s\u00fbr que ce type de situation soit r\u00e9pertori\u00e9 dans le Manuel.<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;affronter le m\u00e9tro, je me dis que la dizaine de jours que je viens de passer loin des villes, d\u00e9connect\u00e9 de tout ou presque, m&rsquo;aura procur\u00e9 une dose salutaire de d\u00e9tachement et un minimum de sens de l&rsquo;humour. Voil\u00e0 qui n&rsquo;est pas superflu, aujourd&rsquo;hui, pour rester ou pour redevenir un \u00eatre humain, \u00e0 Paris, Bruxelles, Rome, Zurich, Francfort\u2026 dans ces villes que le monde entier nous envie, au coeur de notre belle, triomphante, radieuse <i>modernit\u00e9<\/i>.<\/p>\n<p>Car, vous le savez, ami lecteur, ce qui se joue en France se joue partout ailleurs. Et toute cette absurdit\u00e9 et cette injustice, ce n\u2018est pas la faute des N\u00e9erlandais, des Tunisiens, des Fran\u00e7ais, des Belges, des Grecs, pas m\u00eame la faute des Allemands ou des Am\u00e9ricains ! Et ce qui importe, dans cette histoire, ce n\u2019est pas de confier \u00e0 des <i>Fran\u00e7ais<\/i> l\u2019entretien des douches <i>fran\u00e7aises<\/i>\u2026 Non non, c\u2019est plus compliqu\u00e9. Renseignez-vous\u00a0: lisez, interrogez, parlez avec ceux et celles qui vous entourent. Demandez-vous qui gratte le fond de la cuvette, qui tire la chasse, et qui per\u00e7oit le droit d\u2019entr\u00e9e\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mon Intercit\u00e9 de nuit entre en gare de Paris Austerlitz ce 17 ao\u00fbt. Il est 7h00. Je m&rsquo;extrais de ma couchette, descends du train et tracte mollement ma grosse valise \u00e0 roulettes sur le quai. Devant moi : 24 heures de fl\u00e2nerie \u00e9hont\u00e9e. La gare elle-m\u00eame semble ronronner au ralenti. 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