{"id":78580,"date":"2015-09-09T11:00:26","date_gmt":"2015-09-09T09:00:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=78580"},"modified":"2015-09-09T11:35:20","modified_gmt":"2015-09-09T09:35:20","slug":"formes-et-fonctions-de-la-tristesse-par-stephane-samuel-pourtales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/09\/formes-et-fonctions-de-la-tristesse-par-stephane-samuel-pourtales\/","title":{"rendered":"Formes et fonctions de la tristesse, par St\u00e9phane-Samuel Pourtal\u00e8s"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour faire bouger les lignes, mieux vaut une photo qu&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Image-choquante.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-78400\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Image-choquante.png\" alt=\"Image choquante\" width=\"300\" height=\"219\" \/><\/a><em>\u00ab\u00a0Il ne peut y avoir de choix d\u00e9mocratique contre les trait\u00e9s europ\u00e9ens.\u00a0\u00bb<\/em> disait Monsieur Schauble.<\/p>\n<p><em>\u00ab Si nous ne r\u00e9ussissons pas \u00e0 r\u00e9partir de mani\u00e8re juste les r\u00e9fugi\u00e9s, il est \u00e9vident que la question de l&rsquo;espace Schengen sera \u00e0 l&rsquo;ordre du jour \u00bb,<\/em> a d\u00e9clar\u00e9 Madame Merkel.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 class\u00e9e parmi les photos les plus influentes de l&rsquo;ann\u00e9e par le magazine Time, la photo du cadavre du petit Aylan Kurdi a d\u00e9j\u00e0 plus fait pour la cause des r\u00e9fugi\u00e9s que n&rsquo;importe quel libelle, colloque ou manifestation. Une photo parmi tant d&rsquo;autres. Un drame parmi des milliers.<\/p>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord une image de plage aux couleurs tristes, avec un homme debout sans apparence de mouvement et un enfant allong\u00e9. Le premier choc vient de l&rsquo;apparente tranquillit\u00e9 de la sc\u00e8ne, de la douce beaut\u00e9 de la mer et des quelques millisecondes qu&rsquo;il faut pour se dire que cet enfant a une position bizarre, que cet homme est un soldat, que d\u00e9cid\u00e9ment cet enfant a une position tr\u00e8s bizarre, qu&rsquo;il est mort, apparemment, mais oui il est mort. Depuis quand est-il dans cette position\u00a0?<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me \u00ab\u00a0contradiction\u00a0\u00bb\u00a0c&rsquo;est que l&rsquo;enfant est v\u00eatu et chauss\u00e9 comme n&rsquo;importe quel petit que nous pourrions croiser \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole dans la rue d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il ne porte aucun signe d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 qui pourrait nous le distancier, aucun signe d&rsquo;appartenance \u00e0 un peuple lointain, \u00e0 une situation extraordinaire, ou \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement catastrophique. \u00c7a pourrait \u00eatre un enfant qu&rsquo;on connait, en vacances, et qui vient de tr\u00e9bucher dans le sable.<\/p>\n<p>C&rsquo;est par l&rsquo;\u00e9cart entre ce sentiment de proximit\u00e9 et la r\u00e9elle signification de la sc\u00e8ne que nous ressentons si fortement, comme un vertige, l&rsquo;horreur de la situation.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment s&rsquo;impose \u00e0 notre conscience et \u00e0 notre coeur cet enfant qui n&rsquo;en est plus un. S&rsquo;ajoute la vraie \u00ab\u00a0originalit\u00e9\u00a0\u00bb de l&rsquo;image\u00a0: ce cadavre est seul. Le militaire ne suffit pas \u00e0 assurer une pr\u00e9sence qui contrebalance la terrifiante solitude de l&rsquo;enfant mort, et c&rsquo;est peut-\u00eatre de cet abandon que nous gardons la plus forte impression. Une image d&rsquo;une m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e portant son fils d\u00e9funt contient encore une part d&rsquo;humanit\u00e9. Mais l&rsquo;isolement et l&rsquo;absence d&rsquo;inhumation d&rsquo;un corps sans vie porte notre sentiment vers le d\u00e9solement et l&rsquo;absurde, car une mort \u00ab\u00a0isol\u00e9e\u00a0\u00bb, loin de tous, comme on dit, est justement la meilleure et la plus douloureuse repr\u00e9sentation de ce qu&rsquo;est la mort elle-m\u00eame pour l&rsquo;individu\u00a0: pur n\u00e9gationnisme de son existence. Un \u00ab\u00a0mort sans s\u00e9pulture\u00a0\u00bb est la figure insoutenable de notre condition finale.<\/p>\n<p>Ce double et tr\u00e8s rude aller-retour, dans l&rsquo;image m\u00eame, de notre intimit\u00e9 heureuse \u00e0 notre finitude, pourrait atteindre les limites de ce qu&rsquo;on est pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;infliger et nous faire classer l&rsquo;image parmi les \u00ab\u00a0irregardables\u00a0\u00bb. Mais un sentiment est mont\u00e9 en nous en m\u00eame temps que la tristesse et le d\u00e9go\u00fbt\u00a0: la r\u00e9volte. Les figures et le paysage sont aussi des symboles. L&rsquo;image est devenue politique. La mer qui s\u00e9pare. Les forces de l&rsquo;ordre qui n&rsquo;y peuvent rien. L&rsquo;innocent, l&rsquo;innocence, expos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;arbitraire. Ce monde toujours plus violent et absurde dont on n&rsquo;a pas envie d&rsquo;avoir conscience.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9motion face \u00e0 cette image, qui relie tant de gens en ce moment dans le monde, ne doit pas \u00eatre rel\u00e9gu\u00e9e au rang des \u00ab\u00a0sensibleries\u00a0\u00bb sans discernement ni lendemain. La tristesse fait partie des sentiments fort d&rsquo;appartenance \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9. Et m\u00eame si elle se r\u00e9pand par une image o\u00f9 l&rsquo;instant de prise de vue et le cadrage ont fonctionn\u00e9 \u00e0 nos sens comme une mise en sc\u00e8ne, m\u00eame si on a compris que l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;ordolib\u00e9ralisme s&rsquo;en serviront pour leurs fins propres de redorage de blasons ou de disponibilit\u00e9 d&rsquo;une main d&rsquo;oeuvre jeune et docile, nous resterons fid\u00e8les \u00e0 nos sentiments premiers et sinc\u00e8res. Et nous n&rsquo;oublierons pas que l&rsquo;enfant allong\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 par hasard.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les pieds dans les gla\u00efeuls, il dort. Souriant comme<\/em><br \/>\n<em>Sourirait un enfant malade, il fait un somme\u00a0:<\/em><br \/>\n<em>Nature, berce-le chaudement\u00a0: il a froid.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<div class=\"buttonGroup row row-narrower1\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour faire bouger les lignes, mieux vaut une photo qu&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-78580","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-questions-essentielles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78580","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78580"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78580\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":78585,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78580\/revisions\/78585"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78580"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78580"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78580"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}