{"id":78791,"date":"2015-09-15T16:17:18","date_gmt":"2015-09-15T14:17:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=78791"},"modified":"2015-09-15T16:17:18","modified_gmt":"2015-09-15T14:17:18","slug":"a-bruxelles-refugies-et-benevoles-sont-menes-en-radeau-par-un-belge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/15\/a-bruxelles-refugies-et-benevoles-sont-menes-en-radeau-par-un-belge\/","title":{"rendered":"A Bruxelles, r\u00e9fugi\u00e9s et b\u00e9n\u00e9voles sont men\u00e9s en radeau, par Un Belge"},"content":{"rendered":"<table border=\"0\" width=\"98%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td bgcolor=\"#FFFFFF\" width=\"100%\">\n<table width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<blockquote><p><b>Billet invit\u00e9.\u00a0<\/b><\/p><\/blockquote>\n<p>Il est 20h00, ce 14 septembre 2015. Le soir tombe sur le Parc Maximilien de Bruxelles, o\u00f9 des centaines de demandeurs d&rsquo;asile trouvent refuge depuis plusieurs semaines. Le petit village de toile, tr\u00e8s anim\u00e9, ressemble \u00e0 un terrain de camping surpeupl\u00e9. Les tentes sont align\u00e9es sur les pelouses, l&rsquo;une contre l&rsquo;autre, ou mass\u00e9es sous les arbres.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La superficie disponible tend vers z\u00e9ro. Les derniers arrivants se sont install\u00e9s \u00e0 la lisi\u00e8re du Parc, \u00e0 quelques m\u00e8tres des voitures en stationnement, au pied de deux hautes cages \u00e0 poules en b\u00e9ton. De leurs balcons, les habitants de ces immeubles ont une vue imprenable sur les hommes, les femmes et les enfants qui ont brav\u00e9 la mort et parcouru des milliers de kilom\u00e8tres pour se retrouver l\u00e0, sous leurs fen\u00eatres.<\/p>\n<p>En face de l&rsquo;entr\u00e9e principale du Parc, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la Chauss\u00e9e d&rsquo;Anvers, l&rsquo;Office F\u00e9d\u00e9ral des Etrangers rouvrira ses portes au matin. Les \u00ab\u00a0campeurs\u00a0\u00bb seront nombreux \u00e0 faire le pied de grue, si possible dans l&rsquo;ordre et le calme, pour y \u00eatre admis&#8230; Que vont-ils y chercher ? Une preuve d&rsquo;enregistrement : un document nominatif, avec leur photo et leurs empreintes digitales, mentionnant leur convocation \u00e0 un entretien individuel qui aura lieu, pour beaucoup, une semaine plus tard.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un peu comme si, \u00e0 la poste, vous attendiez des heures pour obtenir un ticket num\u00e9rot\u00e9&#8230; afin d&rsquo;acc\u00e9der au guichet la semaine suivante. Sauf qu&rsquo;ici, c&rsquo;est dehors, par tous les temps, que s&rsquo;allonge la file d&rsquo;attente. Et sauf qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de patienter pour envoyer un colis \u00e0 son oncle d&rsquo;Am\u00e9rique. Il s&rsquo;agit, pour ces hommes et ces femmes, d&rsquo;expliquer sa situation, son parcours, \u2013 d&rsquo;\u00eatre entendu et orient\u00e9.<\/p>\n<p>Explication : l&rsquo;Office des Etrangers d\u00e9livre chaque jour un nombre limit\u00e9 de ces sacro-saints documents : 250, pas un de plus. Officiellement, la salle d&rsquo;attente de l&rsquo;Office des Etrangers serait trop exig\u00fce. En r\u00e9alit\u00e9, ce sont les directives du Secr\u00e9taire d&rsquo;Etat \u00e0 l&rsquo;Asile et \u00e0 la Migration, Th\u00e9o Francken, dont le parti ne peut se montrer trop complaisant en mati\u00e8re d&rsquo;asile, sous peine de s&rsquo;ali\u00e9ner la part dure de son \u00e9lectorat. Ce parti (la NVA) n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas le seul en Belgique \u00e0 faire ce genre de calculs.<\/p>\n<p>Chaque jour, donc, seuls 250 demandeurs d&rsquo;asile obtiennent le pr\u00e9cieux s\u00e9same et voient leur existence prise en compte par l&rsquo;Administration belge. Qu&rsquo;advient-il des autres ? Ils sont repartis pour un ou plusieurs tour(s) d&rsquo;attente. Rien n&rsquo;\u00e9tant pr\u00e9vu pour les accueillir, ils retraversent la Chauss\u00e9e d&rsquo;Anvers dans l&rsquo;autre sens et regagnent le Parc Maximilien. L\u00e0, d&rsquo;infatigables b\u00e9n\u00e9voles leur offrent l&rsquo;abri, la nourriture et le r\u00e9confort que le Gouvernement belge est incapable (ou refuse) de leur procurer.<\/p>\n<p>Depuis des semaines, partis politiques au pouvoir et partis d&rsquo;opposition s&rsquo;\u00e9meuvent&#8230; et regardent ailleurs. En Belgique, comme partout en Europe, l&rsquo;immigration redevient un dossier empoisonn\u00e9. M\u00eame l&rsquo;extr\u00eame gauche se fait mollement entendre sur le sujet, mal \u00e0 l&rsquo;aise avec des militants de base qui, \u00e7a et l\u00e0, se laissent aller \u00e0 des propos naus\u00e9abonds. Les \u00ab\u00a0d\u00e9rapages\u00a0\u00bb se succ\u00e8dent \u00e9galement au Parti Socialiste et au Mouvement R\u00e9formateur (entre autres). Un vent puant souffle sur le Royaume.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vent et pluie&#8230; Dans le Parc Maximilien, des pr\u00e9cipitations plus abondantes ces derniers jours ont transform\u00e9 en bourbiers les sentiers les plus fr\u00e9quent\u00e9s. Certaines tentes baignent partiellement dans la gadoue. Ici et l\u00e0, des palettes de bois font office de plancher instable, au dessus des flaques d&rsquo;eau. En ce d\u00e9but d&rsquo;automne pr\u00e9coce, humide et froid, dont la Belgique a le secret, le campement ne d\u00e9semplit pas, mais se transforme lentement en radeau.<\/p>\n<p>Ces conditions difficiles ne semblent pas alt\u00e9rer l&rsquo;\u00e9nergie des demandeurs d&rsquo;asile et des b\u00e9n\u00e9voles, du moins tant que le soleil n&rsquo;est pas couch\u00e9. Beaucoup d&rsquo;animation : ici, un match de mini-foot tr\u00e8s disput\u00e9, entre rires et prouesses techniques; l\u00e0, un petit groupe de percussionnistes en pleine jam session ; ailleurs, des enfants qui courent et jouent entre les tentes.<\/p>\n<p>Il y a foule, surtout, dans ce qu&rsquo;on pourrait appeler la \u00ab\u00a0Grand Rue\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0Place du Village\u00a0\u00bb : un espace semi-couvert entre le \u00ab\u00a0restaurant\u00a0\u00bb, les sanitaires, le centre d&rsquo;accueil et les baraques de la\u00a0<i>Plateforme Citoyenne<\/i>, qui administre le lieu avec une constance et un \u00e0-propos exemplaires. C&rsquo;est l\u00e0, Place du Village, qu&rsquo;on se rassemble pour boire, manger, venir aux nouvelles ou demander de l&rsquo;aide.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 aussi qu&rsquo;on discute ferme, en attendant la distribution du repas du soir. Quand celle-ci commence, un attroupement se forme et patauge devant de longs \u00ab\u00a0comptoirs\u00a0\u00bb, face \u00e0 un assemblage de toiles qui tient lieu d&rsquo;entrep\u00f4t et de cuisine&#8230; Cinq fois par jour, on se d\u00e9brouille pour y pr\u00e9parer (et y servir) \u00e0 manger, \u00e0 plusieurs centaines de personnes.<\/p>\n<p>Quand vient la nuit, c&rsquo;est un froid humide qui s&rsquo;installe sur le Parc. Peu \u00e0 peu, la \u00ab\u00a0Grand Rue\u00a0\u00bb se vide. Dans la lumi\u00e8re des r\u00e9verb\u00e8res, les silhouettes se font plus rares et plus lentes. Mais le village est tout sauf endormi et les b\u00e9n\u00e9voles veillent. A l&rsquo;entr\u00e9e de la tente des \u00ab\u00a0<i>New Arrivals<\/i>\u00ab\u00a0, une jeune femme regroupe quelques Africains, arriv\u00e9s le jour m\u00eame.<\/p>\n<p>Ils ont entendu parler du b\u00e2timent \u00ab\u00a0WT3\u00a0\u00bb, am\u00e9nag\u00e9 sommairement par le Gouvernement et administr\u00e9 par la Croix-Rouge&#8230; C&rsquo;est 500 m\u00e8tres plus loin, au coeur du\u00a0<i>World Trade Center<\/i>\u00a0bruxellois, en plein quartier d&rsquo;affaires, face \u00e0 l&rsquo;orgueilleux building de\u00a0<i>Belgacom-Proximus<\/i>. J&rsquo;ai\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/10\/visitez-bruxelles-son-parc-pour-demandeurs-dasile-par-un-belge\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9<\/a>\u00a0du WT3 et des conditions d&rsquo;accueil en vigueur (parfaitement inadapt\u00e9es). Mais ces conditions sont d\u00e9sormais en voie d&rsquo;assouplissement et le b\u00e2timent serait bient\u00f4t dot\u00e9 de sanitaires. Il devrait pouvoir accueillir 250 personnes d\u00e8s ce mardi&#8230; sur pr\u00e8s de mille pr\u00e9sents dans le Parc.<\/p>\n<p>Cette nuit, l&rsquo;entr\u00e9e de ce havre de b\u00e9ton sera cependant refus\u00e9e aux Africains qui souhaitaient le rejoindre : ils n&rsquo;ont pas le sacro-saint s\u00e9same d\u00e9livr\u00e9 par l&rsquo;Office des Etrangers. A l&rsquo;entr\u00e9e du b\u00e2timent, le service d&rsquo;ordre est navr\u00e9 : il ne peut que conseiller au petit groupe de faire la queue le lendemain matin, Chauss\u00e9e d&rsquo;Anvers, comme tous les autres. Pas de couverture \u00e0 donner, pour la nuit ? Non, pas de couverture. La jeune b\u00e9n\u00e9vole n&rsquo;insiste pas. Inutile. Je la sens fatigu\u00e9e. Elle restera jusqu&rsquo;\u00e0 une ou deux heures du matin. Et retournera travailler demain matin.<\/p>\n<p>Il est maintenant pr\u00e8s de 23h00. Je ram\u00e8ne les Africains au Parc, les confie \u00e0 Ahmed, responsable de la tente des \u00ab\u00a0New Arrivals\u00a0\u00bb, o\u00f9 une vingtaine de matelas offrent un repos sommaire aux derniers venus. Avec son gilet jaune fluo, sa lampe de poche et son walkie-talkie, Ahmed a l&rsquo;air d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9vole bruxellois parmi d&rsquo;autres Mais ce n&rsquo;est pas le cas :\u00a0<i>I&rsquo;m Irakian! I&rsquo;m a refugee too!<\/i>\u00a0dit-il, souriant de ma m\u00e9prise.<\/p>\n<p>En face de la tente o\u00f9 veille Ahmed, le \u00ab\u00a0restaurant\u00a0\u00bb est d\u00e9sormais ferm\u00e9 et la Place du Village est d\u00e9sert\u00e9e. Une planche ayant servi de table baigne dans une flaque d&rsquo;eau. Il y a \u00e0 peine une demi-heure, des retardataires r\u00f4daient encore autour des comptoirs.\u00a0 Une poign\u00e9e de marmitons b\u00e9n\u00e9voles leur trouvaient du pain, et de quoi l&rsquo;accompagner&#8230; si possible. Car chaque soir, il faut aussi penser au lendemain matin.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai demand\u00e9 de quoi les cuisiniers auraient besoin pour le prochain repas. Le chef, venu r\u00e9pondre \u00e0 ma question, a r\u00e9fl\u00e9chi, comme s&rsquo;il faisait mentalement le tour des armoires (elles aussi en palettes de bois) de sa r\u00e9serve. Entre autres choses, il aurait surtout besoin&#8230;<\/p>\n<ul>\n<li>d&rsquo;un r\u00e9chaud \u00e0 gaz,<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>de louches de grande taille,<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>de quelques caissettes de tomates.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour le reste, jour apr\u00e8s jour, l&rsquo;association\u00a0<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/CollectActif\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">Collectactif<\/a>, approvisionne et g\u00e8re les stocks sur place. Elle publie en ligne une liste des besoins de la cantine.<\/p>\n<p>Ce lundi 14 septembre 2015, au moment de quitter le Parc Maximilien, j&rsquo;apprends qu&rsquo;une nouvelle tente va \u00eatre dress\u00e9e dans les heures qui viennent. Elle servira \u00e0 accueillir&#8230; les b\u00e9n\u00e9voles, dont certains, pr\u00e9sents sur place depuis des jours, sont moralement et physiquement ext\u00e9nu\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est vrai que leur d\u00e9vouement et leur efficacit\u00e9 sont tels qu&rsquo;on proposerait volontiers au Gouvernement belge de leur trouver un lieu d\u00e9cent o\u00f9 exercer leurs comp\u00e9tences, \u2013 en les r\u00e9mun\u00e9rant ! Pourquoi pas, apr\u00e8s tout, puisqu&rsquo;ils prennent en charge un service public d\u00e9ficient, r\u00e9duit \u00e0 la portion congrue au fil des l\u00e9gislatures ?<\/p>\n<p>Mais il y a fort \u00e0 parier que l&rsquo;on s&rsquo;achemine au contraire, en Belgique, vers une\u00a0<i>privatisation<\/i>\u00a0de l&rsquo;accueil des r\u00e9fugi\u00e9s. Cette option offre en effet l&rsquo;avantage de rassurer d&rsquo;un coup trois acteurs autrement plus importants que les demandeurs d&rsquo;asile : l&rsquo;\u00e9lectorat raciste (de gauche comme de droite), la Commission Europ\u00e9enne, &#8230; et bien s\u00fbr, les march\u00e9s financiers.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<table border=\"0\" width=\"98%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td bgcolor=\"#FFFFFF\" width=\"100%\">\n<table width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<blockquote>\n<p><b>Billet invit\u00e9.\u00a0<\/b><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est 20h00, ce 14 septembre 2015. Le soir tombe sur le Parc Maximilien de Bruxelles, o\u00f9 des centaines de demandeurs d&rsquo;asile trouvent refuge depuis plusieurs semaines. 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