{"id":78800,"date":"2015-09-15T20:45:04","date_gmt":"2015-09-15T18:45:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=78800"},"modified":"2015-09-15T20:45:04","modified_gmt":"2015-09-15T18:45:04","slug":"pourquoi-la-russie-soutient-assad-histoire-et-perspectives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/15\/pourquoi-la-russie-soutient-assad-histoire-et-perspectives\/","title":{"rendered":"POURQUOI LA RUSSIE SOUTIENT ASSAD\u00a0: HISTOIRE ET PERSPECTIVES"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>En ce d\u00e9but du mois de septembre 2015, la crise syrienne et la guerre civile qui s&rsquo;\u00e9tend vit un nouveau tournant.<\/p>\n<p>Si la Russie a toujours soutenu le r\u00e9gime d&rsquo;Assad, diplomatiquement en bloquant toute r\u00e9solution de l&rsquo;ONU, et militairement par la fourniture de mat\u00e9riel militaire, jamais l&rsquo;engagement russe n&rsquo;avait atteint l&rsquo;intensit\u00e9 qu&rsquo;il est en train de conna\u00eetre, avec un v\u00e9ritable pont a\u00e9rien (environ 10 avions cargos par jour) et flux de navires charg\u00e9s jusqu&rsquo;au pont de mat\u00e9riel militaire (voir mon\u00a0pr\u00e9c\u00e9dent billet :\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/13\/syrie-lescalade-et-la-contagion-par-cedric-mas\/\" target=\"_blank\">Syrie l&rsquo;escalade et la contagion<\/a>).<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La question est d\u00e9sormais de tenter d&rsquo;analyser les objectifs poursuivis par la Russie en s&rsquo;engageant aussi fortement en Syrie.<\/p>\n<p><strong><u>Une alliance historique traditionnelle et indispensable :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Rappelons que l&rsquo;implication de la Russie en Syrie et dans le Proche-Orient est ancienne, notamment pour la d\u00e9fense des chr\u00e9tiens orthodoxe (qui repr\u00e9sentent 4,5 % de la population syrienne).<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine soutien militaire d&rsquo;Isra\u00ebl, l&rsquo;URSS se rapproche de la Syrie, dont le r\u00e9gime nationaliste et proto-socialiste cherche des appuis pour contrebalancer le soutien des USA \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat juif. Le premier contrat d&rsquo;armement est sign\u00e9 entre Moscou et Damas en 1956, et la coop\u00e9ration entre les deux pays va se d\u00e9velopper rapidement, avec des accords commerciaux. L&rsquo;URSS finance les infrastructures syriennes, notamment la construction d\u2019un chemin de fer reliant Alep \u00e0 Lattaqui\u00e9, et l\u2019irrigation de la Syrie. La formation de la R\u00e9publique arabe unie entre l&rsquo;Egypte et la Syrie va d\u00e9finitivement arrimer le pays au bloc \u00e9conomique constitu\u00e9 autour de l&rsquo;URSS.<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e du parti Baas au pouvoir en 1963 va encore renforcer l&rsquo;assistance \u00e9conomique de l&rsquo;URSS, avec l&rsquo;arrimage id\u00e9ologique au bloc sovi\u00e9tique, mat\u00e9rialis\u00e9 par l&rsquo;instauration du socialisme arabe (r\u00e9forme agraire, politique de nationalisation et de grands travaux). La coop\u00e9ration avec l&rsquo;URSS sort encore renforc\u00e9e du coup d&rsquo;\u00e9tat de 1966, qui voit la prise du pouvoir par la frange la plus socialiste du Baas.<\/p>\n<p>Pour aider le pays, l&rsquo;URSS pr\u00eate alors 450 millions de dollars afin de financer des achats de mat\u00e9riel sovi\u00e9tique (remboursable sur 12 ans).<\/p>\n<p><strong><u>L&rsquo;URSS et Assad :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>A l&rsquo;or\u00e9e des ann\u00e9es 1970, les infrastructures se d\u00e9veloppent sous l&rsquo;impulsion des ing\u00e9nieurs sovi\u00e9tiques (barrage de Taqba en 1973 &#8230;). L&rsquo;URSS obtient une base navale \u00e0 Tartous. Cette base logistique est alors plus symbolique que r\u00e9ellement strat\u00e9gique : la marine sovi\u00e9tique dispose de nombreuses autres bases dans la r\u00e9gion (en Libye, en Egypte, en Ethiopie).<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir d&rsquo;Hafez el-Assad en 1970 ne change pas la situation, le dictateur s&rsquo;appuie sur les fractions socialistes du parti Baas pour contr\u00f4ler le parti, mais refuse les ing\u00e9rences sovi\u00e9tiques. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il engage la Syrie dans la guerre de 1973 contre Isra\u00ebl, puis \u00e0 partir de 1976 au Liban contre l&rsquo;avis de l&rsquo;URSS.<\/p>\n<p>Le rapport entre les deux \u00e9tats s&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;autant plus qu&rsquo;avec l&rsquo;\u00e9vacuation des bases \u00e9gyptiennes, la marine sovi\u00e9tique devient plus d\u00e9pendante de la base de Tartous.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que le soutien militaire de l&rsquo;URSS \u00e0 la Syrie continue (et notamment des appareils r\u00e9cents : Mig-23, etc.), alors qu&rsquo;Hafez el-Assad obtient le report du remboursement de sa dette.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part maillon d&rsquo;un r\u00e9seau d&rsquo;alliance (avec l&rsquo;Egypte, l&rsquo;Irak et le Yemen), la Syrie va progressivement devenir un partenaire majeur de l&rsquo;URSS dans la r\u00e9gion (puisque le r\u00e9seau pro-URSS se marginalise \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 en se r\u00e9duisant \u00e0 l&rsquo;Afghanistan, au Yemen du sud et \u00e0 l&rsquo;Ethiopie).<\/p>\n<p>Le 8 octobre 1980, Hafez el-Assad se rend \u00e0 Moscou et signe le trait\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9 et de coop\u00e9ration de 20 ans entre les deux pays (ce trait\u00e9 \u00e9tait propos\u00e9 par l&rsquo;URSS depuis plus de 10 ans).<\/p>\n<p>Suite \u00e0 ce trait\u00e9, la coop\u00e9ration prend un nouvel essor, avec l&rsquo;augmentation du nombre de conseillers militaires, et l&rsquo;implantation de base de missiles antia\u00e9riens russes r\u00e9cents. Cette aide permet \u00e0 la Syrie de d\u00e9fier \u00e0 partir de 1982 Isra\u00ebl au Liban (contre l&rsquo;avis de l&rsquo;URSS), et de jouer un jeu strat\u00e9gique dans la r\u00e9gion, en s&rsquo;alliant avec les milices chiites engag\u00e9es au Liban, tout en refusant d&rsquo;aider l&rsquo;OLP (l\u00e0 encore contre l&rsquo;avis de l&rsquo;URSS).<\/p>\n<p>On le voit, la coop\u00e9ration entre la Syrie et l&rsquo;URSS est purement transactionnelle, et les divergences entre les diplomaties des deux pays sont nombreuses (l&rsquo;URSS soutient ainsi l&rsquo;ennemi irakien). Et surtout l&rsquo;habilet\u00e9 d&rsquo;Hafez el-Assad a permis de pr\u00e9server l&rsquo;ind\u00e9pendance du pays, et m\u00eame de renverser le rapport de forces, l&rsquo;URSS \u00e9tant contrainte de soutenir un pays qui agit contre ses propres int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p><strong><u>Le bouleversement de la Perestro\u00efka :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS change radicalement la situation. Tr\u00e8s vite, Gorbatchev refuse de poursuivre \u00e0 l&rsquo;identique les accords de coop\u00e9ration militaire sign\u00e9s, malgr\u00e9 plusieurs visites \u00e0 Moscou d&rsquo;Hafez el-Assad entre 1985 et 1990. L&rsquo;URSS n&rsquo;a plus les moyens de soutenir \u00e0 fonds perdus la Syrie, et si les accords commerciaux et militaires ne sont pas d\u00e9nonc\u00e9s, les Sovi\u00e9tiques exigent pour les poursuivre, le remboursement des dettes pass\u00e9es.<\/p>\n<p>Pire, Gorbatchev se rapproche d&rsquo;Isra\u00ebl. Hafez el-Assad se rapproche alors des USA, participant par exemple \u00e0 la coalition contre l&rsquo;Irak lors de la premi\u00e8re guerre du Golfe de 1991. Il ne rompt pas avec la Russie, mais diversifie ses fournisseurs d&rsquo;armement, notamment vers les pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, anciens membres du bloc communiste.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;occupation du Liban entre 1990 et 2005 (obtenue par les accords de Taef et le soutien des USA), qui permet la mise sous coupe r\u00e9gl\u00e9e du pays, la Syrie est contrainte de r\u00e9duire ses achats pour rembourser ses dettes (ce qui n&#8217;emp\u00eache pas l&rsquo;achat de syst\u00e8me antia\u00e9riens r\u00e9cents S-300 en 1999).<\/p>\n<p><strong><u>Le regain d&rsquo;une alliance strat\u00e9gique complexe :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de Vladimir Poutine au pouvoir en 2000 change la donne. Au d\u00e9part, la Russie semble poursuivre un objectif strat\u00e9gique simple : r\u00e9cup\u00e9rer la position et les avantages de l&rsquo;URSS.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc tout naturel que Poutine cherche tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 restaurer un partenariat commercial et militaire privil\u00e9gi\u00e9 avec la Syrie. Il s&rsquo;agit aussi de garantir l&rsquo;une des derni\u00e8res bases navales de la marine russe en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, Bachar el-Assad succ\u00e8de \u00e0 son p\u00e8re et veut rompre l&rsquo;isolement international du pays. Il profite donc de l&rsquo;appui diplomatique russe pour \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 dans le concert international : participation aux n\u00e9gociations de paix isra\u00e9lo-arabes, invitations internationales &#8230; Il obtient aussi l&rsquo;effacement d&rsquo;une partie importante de la dette syrienne, en contrepartie de la conclusion de nouveaux contrats d&rsquo;achats d&rsquo;armements (dont\u00a0 des missiles balistiques de courte port\u00e9e Iskanders, chasseurs modernes Mig-31 et 72 missiles de croisi\u00e8re Iakhont). La coop\u00e9ration se d\u00e9veloppe, la Syrie faisant jouer habilement la concurrence entre la Russie et les autres pays occidentaux, avides de b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau march\u00e9. Pour autant, c&rsquo;est la Russie qui se taille la part du lion avec des contrats dans de nombreux domaines : communication, transport a\u00e9rien, tourisme, \u00e9nergie, etc. et bien s\u00fbr armement.<\/p>\n<p>Plusieurs contrats sont sign\u00e9s lors de la visite historique du pr\u00e9sident russe Medvedev \u00e0 Damas en mai 2010, ainsi que des accords portant sur\u00a0 plusieurs programmes d\u2019action conjointes dans des domaines aussi divers que les secteurs scientifique, technologique, \u00e9nerg\u00e9tique (les grandes compagnies p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res Taftneft et Sibneft sont pr\u00e9sentes en Syrie depuis 2005 -2006) ainsi que dans le tourisme et l\u2019\u00e9cologie.<\/p>\n<p><strong><u>La r\u00e9volution de 2011<\/u><\/strong><\/p>\n<p>En 2010, la dette syrienne \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Russie est \u00e9norme (entre 500 millions de dollars et 1 milliard selon les estimations). Il est \u00e9vident que la r\u00e9volte des Syriens contre la dictature d&rsquo;Assad met en p\u00e9ril le remboursement de cette dette, mais aussi la poursuite de contrats fournissant des d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;industrie russe en pleine renaissance.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que la Russie va soutenir diplomatiquement Assad, en bloquant toute sanction ou r\u00e9solution internationale contre la r\u00e9pression qui frappe les populations syriennes. Mais la Russie va aussi pousser Bachar el-Assad \u00e0 adopter des r\u00e9formes afin d&rsquo;\u00e9teindre le mouvement, en le privant de l\u00e9gitimit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Justifiant leur soutien par la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9viter un effondrement du pays propice \u00e0 l&rsquo;irruption des djihadistes, les Russes souhaitent avant tout r\u00e9soudre la crise par un m\u00e9lange de soutien et de pressions pour l&rsquo;assouplissement du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la perte de la Libye (et la chute de la dictature \u00e9gyptienne), la Russie ne veut pas perdre son influence en Syrie, maillon strat\u00e9gique essentiel (la Syrie est alli\u00e9e au Hamas, au Hezbollah et \u00e0 l&rsquo;Iran) pour revivifier la position russe (qui vise au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 un retour en Irak).<\/p>\n<p>Le soutien de la Russie au r\u00e9gime d&rsquo;Assad est donc la r\u00e9sultante de trois pressions :<\/p>\n<p>&#8211; pression \u00e9conomique et militaro-industrielle (le lobby pro-Assad est tr\u00e8s puissant \u00e0 Moscou) : la dette syrienne (malgr\u00e9 les remises) est trop importante pour abandonner une coop\u00e9ration qui dure depuis plus de 55 ans.<\/p>\n<p>&#8211; pression g\u00e9opolitique : la Russie tient \u00e0 son alliance avec la Syrie, qui lui permet de conserver un pied au Proche-orient, de se rapprocher de l&rsquo;Iran, et de contenir les djihadistes qui menacent le Caucase et l&rsquo;Asie mineure.<\/p>\n<p>&#8211; pression psychologique : pour Poutine, l&rsquo;alliance syrienne est un des symboles de la grandeur de la Russie sur le plan international.<\/p>\n<p>Pour autant, et de mani\u00e8re habituelle dans l&rsquo;histoire des relations russo-syriennes, les divergences demeurent, et le r\u00e9gime d&rsquo;Assad reste un partenaire ind\u00e9pendant et habile \u00e0 renverser le rapport de forces. Bachar el-Assad s&rsquo;oppose ainsi aux demandes russes d&rsquo;assouplir son r\u00e9gime, de donner des gages politiques aux opposants, privil\u00e9giant au contraire la r\u00e9pression. De m\u00eame, Assad privil\u00e9gie pour des raisons de politique interne le combat sur toute la Syrie, alors que ses moyens militaires ne lui permettent plus de garder tout le pays. La Russie et l&rsquo;Iran militent pour un repli sur la \u00ab\u00a0Syrie utile\u00a0\u00bb (Damas, Homs et la c\u00f4te), r\u00e9duit plus ais\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre.<\/p>\n<p><strong><u>La rupture de 2015 :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>En 2015, les troupes d&rsquo;Assad ont accumul\u00e9 les \u00e9checs et ont du se replier sur une portion du territoire syrien (concentrant la majorit\u00e9 des populations), comme le demandait la Russie.<\/p>\n<p>Les forces loyales au dictateur, malgr\u00e9 le renfort de milices du Hezbollah et chiites iraniennes (souvent form\u00e9es de \u00ab\u00a0volontaires\u00a0\u00bb\u00a0 pris parmi les r\u00e9fugi\u00e9s irakiens ou afghans), sont \u00e0 bout de souffle.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9 la Russie a besoin du r\u00e9gime d&rsquo;Assad pour plusieurs raisons :<\/p>\n<p>&#8211; garder des int\u00e9r\u00eats communs et un lien privil\u00e9gi\u00e9 avec l&rsquo;Iran, alors que les USA ont fait avec l&rsquo;accord sur le nucl\u00e9aire iranien un pas important vers la normalisation.<\/p>\n<p>&#8211; d\u00e9stabiliser l&rsquo;Europe, en la d\u00e9tournant des tensions ukrainiennes, et en l&rsquo;affaiblissant encore par l&rsquo;arriv\u00e9e massive de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>&#8211; lutter contre les djihadistes de l&rsquo;EI, ce qui lui permet de contenir une menace qui se d\u00e9veloppe sur les flancs sud de la Russie, et de se rapprocher de l&rsquo;Arabie Saoudite, et les Etats du Golfe, que les USA sont de moins en moins capables de d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>L&rsquo;engagement de la Russie en Syrie est ainsi le pendant direct et g\u00e9ostrat\u00e9gique du d\u00e9sengagement am\u00e9ricain dans la r\u00e9gion (comme l&rsquo;engagement am\u00e9ricain en Somalie avait suivi le retrait sovi\u00e9tique). Il marque une diff\u00e9rence importante : tandis que les USA \u00e9chouent (en Irak, avec les rebelles syriens de la 30\u00e8me division &#8230;), la Russie veut faire la preuve de son efficacit\u00e9 pour s\u00e9duire et \u00e9largir sa zone d&rsquo;influence.<\/p>\n<p><strong><u>Les objectifs de la Russie en Syrie :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Alors qu&rsquo;il aurait pu se contenter de soutenir mat\u00e9riellement les bellig\u00e9rants combattants aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;Assad, la Russie choisit de multiplier ostensiblement les signes d&rsquo;un engagement au sol, qui devrait rester autant limit\u00e9 qu&rsquo;unique (les Occidentaux refusant un tel engagement).<\/p>\n<p>Cet engagement au sol est d&rsquo;abord dirig\u00e9 contre les forces anti-Assad, mais aussi contre l&rsquo;EI. Et il est probable que la Russie va chercher le plus rapidement possible \u00e0 combattre directement l&rsquo;EI, afin de l\u00e9gitimer son action.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;instant, on a identifie 4 bases russes :<\/p>\n<p>&#8211; la base navale de Tartous<\/p>\n<p>&#8211; la base navale de Minat al-Bayda (coordonn\u00e9es 35.607351, 35.765804)<\/p>\n<p>&#8211; le village de Ad Daqqaqah (coordonn\u00e9es 35.709837, 35.821909)<\/p>\n<p>&#8211; et l&rsquo;a\u00e9roport de Lattaqui\u00e9 (coordonn\u00e9es 35.414450, 35.948595).<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;instant, ce d\u00e9ploiement est loin des positions de l&rsquo;EI mais il est probable que la Russie va chercher \u00e0 se rapprocher des zones contr\u00f4l\u00e9es par l&rsquo;EI afin d&rsquo;entrer en combat direct.<\/p>\n<p>En attaquant l&rsquo;EI directement au sol, la Russie n&rsquo;a que des avantages :<\/p>\n<p>&#8211; prendre le leadership de la coalition anti-EI (pour l&rsquo;instant ridiculement limit\u00e9e \u00e0 des frappes a\u00e9riennes aussi on\u00e9reuses que peu productives)<\/p>\n<p>&#8211; assurer les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et strat\u00e9giques de la Russie en Syrie dans toute solution politique \u00e0 la crise (avec Assad ou sans).<\/p>\n<p>&#8211; distraire l&rsquo;Europe de la crise ukrainienne.<\/p>\n<p>Le moment choisi pour cette op\u00e9ration montre une ma\u00eetrise politique importante (Vladimir Poutine doit se rendre \u00e0 l&rsquo;ONU \u00e0 la fin septembre et gageons qu&rsquo;il va proposer une solution militaire et politique \u00ab\u00a0anti-EI\u00a0\u00bb \u00e0 la crise syrienne), et une habile coordination avec les op\u00e9rations en Ukraine.<\/p>\n<p>A ce stade, ce plan a deux points faibles :<\/p>\n<p>&#8211; le r\u00e9gime d&rsquo;Assad ne se laissera pas sacrifier facilement, et en mobilisant ses forces, r\u00e9arm\u00e9es et soutenues par les Russes, contre l&rsquo;opposition et non contre l&rsquo;EI, il risque d&rsquo;\u00e9liminer toute \u00ab\u00a0solution politique\u00a0\u00bb pour la Syrie, laissant la communaut\u00e9 internationale devant un choix d\u00e9sastreux : Assad ou Al Qaida ou l&rsquo;EI.<\/p>\n<p>&#8211; l&rsquo;EI se pr\u00e9pare \u00e0 une confrontation au sol contre les Occidentaux (Russes y compris), et une victoire est loin d&rsquo;\u00eatre acquise.<\/p>\n<p>Dans tous les cas, l&rsquo;engagement russe en Syrie que nous constatons actuellement, en r\u00e9\u00e9quilibrant les factions, va \u00ab\u00a0stabiliser\u00a0\u00bb la guerre civile, la prolonger et retarder d&rsquo;autant la solution, et la fin des combats et des souffrances du peuple syrien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ce d\u00e9but du mois de septembre 2015, la crise syrienne et la guerre civile qui s&rsquo;\u00e9tend vit un nouveau tournant.<\/p>\n<p>Si la Russie a toujours soutenu le r\u00e9gime d&rsquo;Assad, diplomatiquement en bloquant toute r\u00e9solution de l&rsquo;ONU, et militairement par la fourniture de mat\u00e9riel militaire, jamais l&rsquo;engagement russe n&rsquo;avait atteint l&rsquo;intensit\u00e9 qu&rsquo;il est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1627],"tags":[3890,69,1591],"class_list":["post-78800","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-geopolitique-2","tag-daesh","tag-russie","tag-syrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78800","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=78800"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78800\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":78804,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/78800\/revisions\/78804"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=78800"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=78800"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=78800"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}