{"id":79197,"date":"2015-09-29T19:17:36","date_gmt":"2015-09-29T17:17:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=79197"},"modified":"2015-09-29T22:07:51","modified_gmt":"2015-09-29T20:07:51","slug":"penser-tout-haut-leconomie-avec-keynes-de-paul-jorion-ed-odile-jacob-2015-une-note-de-lecture-vii-depasser-keynes-pour-batir-une-economie-au-service-du-bien-commun-par-roberto-boula","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/29\/penser-tout-haut-leconomie-avec-keynes-de-paul-jorion-ed-odile-jacob-2015-une-note-de-lecture-vii-depasser-keynes-pour-batir-une-economie-au-service-du-bien-commun-par-roberto-boula\/","title":{"rendered":"Penser tout haut l\u2019\u00e9conomie avec Keynes, de Paul Jorion, \u00e9d. Odile Jacob, 2015. Une note de lecture (VII) : d\u00e9passer Keynes pour b\u00e2tir une \u00e9conomie au service du bien commun, par Roberto Boulant"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-76224\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\" alt=\"jorion\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Keynes aurait pu faire sienne la devise d\u2019\u00c9rasme, <em>\u00ab\u00a0Nulli concedo \u00bb<\/em> (je ne fais de concessions \u00e0 personne). Non par orgueil, mais par la gr\u00e2ce de la merveilleuse alchimie r\u00e9sultant d\u2019une \u00e9ducation humaniste et d\u2019une grande intelligence. Avec des r\u00e9sultats socialement d\u00e9tonants ! Les anecdotes abondent sur les petites phrases insolentes et sur les remarques cinglantes qu\u2019il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 d\u00e9cocher aux \u2018puissants\u2019, fussent-ils Premier Ministre. C\u2019est ainsi que beaucoup de ses contemporains ne per\u00e7urent pas la v\u00e9ritable personnalit\u00e9 de Keynes. De lui ne voyaient-ils au mieux, que l\u2019excentricit\u00e9 toute britannique d\u2019un g\u00e9nie, ou au pire, que l\u2019arrogance de ceux qui se sachant intellectuellement sup\u00e9rieurs, s\u2019imaginent dispens\u00e9s des marques \u00e9l\u00e9mentaires de la civilit\u00e9.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Et pourtant avec le recul qu\u2019autorise l\u2019Histoire, c\u2019est un tout autre visage qui appara\u00eet. Celui d\u2019un homme dont l\u2019acuit\u00e9 intellectuelle per\u00e7ait imm\u00e9diatement \u00e0 jour les lamentables artifices et les petits stratag\u00e8mes, ceux que les m\u00e9diocres tentent de cacher sous le masque de la respectabilit\u00e9 et de la responsabilit\u00e9. Comment ne pas imaginer que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 \u00e9galement le fruit d\u2019une magnifique \u00e9ducation, de celles qui vous permettent de vous \u00e9lever en d\u00e9passant vos faiblesses humaines et votre propre finitude ? Le fruit d\u2019un enseignement mettant en avant tout ce que rejette <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/cinema\/article\/2011\/03\/29\/et-nicolas-sarkozy-fit-la-fortune-du-roman-de-mme-de-la-fayette_1500132_3476.html\">notre moderne stupidit\u00e9<\/a>, de tout ce qui a une inestimable valeur mais qui ne saurait avoir de prix : les arts et les lettres.<\/p>\n<p>Mais cependant, le g\u00e9nie se double souvent de redoutables et surprenantes inaptitudes. Si Keynes aurait probablement perc\u00e9 facilement \u00e0 jour un tricheur \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019insu de son plein gr\u00e9 \u00bb comme M. <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/28\/les-principes-volkswagen-i-ii-et-iii\/\">Martin Winterkorn<\/a> (ci-devant, ex-P-DG de VW), il \u00e9tait totalement d\u00e9sarm\u00e9 face \u00e0 la <em>Terra incognita<\/em> qu\u2019\u00e9tait pour lui l\u2019esprit f\u00e9minin. Selon le bon mot de Paul Jorion, Keynes s\u2019adressait aux femmes comme l\u2019aurait fait un ambassadeur terrien avec des extra-terrestres. De la m\u00eame mani\u00e8re selon ses proches, Keynes, le d\u00e9fenseur reconnu des arts et des lettres\u2026 ne comprenait pas grand-chose \u00e0 l\u2019art ! La cl\u00e9 de ce myst\u00e8re ? Son amour des artistes. Keynes aima la peinture parce qu\u2019il fut amoureux du peintre Duncan Grant, et il aima le ballet parce qu\u2019il devint le mari de la ballerine Lydia Lopokova. <em>L\u2019amour de l\u2019art a donc chez Keynes un seul nom : sa loyaut\u00e9 envers les gens qu\u2019il aime<\/em> (Jorion p. 287).<\/p>\n<p>Et comment ne pas respecter un homme qui fait de l\u2019amour et de la loyaut\u00e9, ses valeurs cardinales ? Une p\u00e2te humaine, aussi p\u00e9trie d\u2019imperfections que d\u2019\u00e9clats de g\u00e9nie, et qui adoucit consid\u00e9rablement <em>l\u2019arrogance de classe<\/em> dont fit souvent preuve ce <em>Cambridge man<\/em> n\u00e9 au 19\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mais nous, simples humains sans g\u00e9nie particulier, vivons au 21\u00e8me si\u00e8cle. Un si\u00e8cle qui pourrait fort bien \u00eatre le dernier de la liste, tant les ravages caus\u00e9s par notre esp\u00e8ce \u00e0 sa biosph\u00e8re semblent irr\u00e9versibles !<\/p>\n<p>Alors, en quoi les travaux de Keynes peuvent-ils nous aider \u00e0 survivre, puisque c\u2019est en ces termes que se pose d\u00e9sormais la question ?<\/p>\n<p>Eh bien nous dit en synth\u00e8se Paul Jorion, parce que l\u2019\u0153uvre \u00f4 combien imparfaite de Keynes, peut servir de fondation \u00e0 une nouvelle \u00e9conomie politique. \u00c0 une \u00e9conomie qui soit v\u00e9ritablement au service du bien commun, et non comme aujourd\u2019hui, au service d\u2019une poign\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019escroquerie de la \u00ab science \u00e9conomique \u00bb et sa nocivit\u00e9, sont maintenant patentes pour tous. Les th\u00e9ories de Milton Friedman ou de Friedrich Hayek sont d\u00e9sormais reconnues pour ce qu\u2019elles sont vraiment : une religion mortif\u00e8re au service de sociopathes et d\u2019un n\u00e9o-f\u00e9odalisme.<\/p>\n<p>Alors restent Marx et Keynes, les deux grands penseurs ennemis (Keynes \u00e9tait n\u00e9 moins de 3 mois apr\u00e8s la mort de Marx, et il d\u00e9testait cordialement les id\u00e9es marxistes et bien plus encore, l\u2019Union Sovi\u00e9tique). Mais pourquoi ces deux-l\u00e0, alors que le bestiaire de la gent \u00e9conomiste est des plus fourni ? Parce que nous dit Paul Jorion, ces deux-l\u00e0 ne s\u2019adonnent pas \u00e0 la fiction math\u00e9matique, \u00e0 l\u2019utopie d\u2019une th\u00e9orie \u00e9conomique en tant que description scientifique du r\u00e9el. Ces deux-l\u00e0 font de l\u2019\u00e9conomie <strong>politique<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire que tout dans leurs pens\u00e9es, part et converge vers <strong>l\u2019homme et ses besoins<\/strong>.<\/p>\n<p>Ce qui n\u2019emp\u00eache pas Paul Jorion d&rsquo;intituler son dernier chapitre \u00ab ni Marx, ni Keynes \u00bb.<\/p>\n<p>Ni Marx, parce que la profonde gangue dogmatique qui impr\u00e8gne sa pens\u00e9e, a donn\u00e9 les d\u00e9sastreux r\u00e9sultats que l\u2019on sait. Parce qu\u2019il confond sous le terme g\u00e9n\u00e9rique de capitalistes, les dispensateurs de capital, mais \u00e9galement les industriels et les marchands. Mais surtout comme le d\u00e9montre l\u2019auteur, parce que Marx exclut <em>la formation des prix<\/em> et <em>la fixation du niveau des salaires<\/em> du contexte de la \u00ab lutte des classes \u00bb. Ce sont ces deux exclusions du cadre des rapports de force, qui obligeront Marx \u00e0 b\u00e2tir un \u00e9difice bancal \u00e0 base d\u2019arguments d\u2019autorit\u00e9 (si la r\u00e9alit\u00e9 me contredit aujourd\u2019hui, demain elle me donnera raison&#8230;)<\/p>\n<p>Ni Keynes, parce qu\u2019il y a chez lui une absence totale de rapports de force entre les diff\u00e9rents agents \u00e9conomiques ! Parce que prix et taux sont essentiellement d\u00e9cid\u00e9s par les seuls vendeurs\/pr\u00eateurs. Parce que ses fameux \u00ab m\u00e9canismes psychologiques \u00bb ne sont que des <em>deus ex machina<\/em> convoqu\u00e9s pour faire tenir un raisonnement ad hoc. Parce que la nouvelle richesse cr\u00e9\u00e9e appara\u00eet chez lui comme venue de nulle part.<\/p>\n<p>Ni Marx, Ni Keynes, parce que le travail humain est le pivot du syst\u00e8me conceptuel de l&rsquo;un comme de l&rsquo;autre. Or comme chacun le constate, le travail humain dispara\u00eet \u00e0 grande vitesse, remplac\u00e9 par les robots et les logiciels. Comment d\u00e8s lors penser, si ce n\u2019est le consensus social, du moins un monde o\u00f9 le dissensus est maintenu \u00e0 son plus bas niveau ?<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi nous sommes <strong>oblig\u00e9s<\/strong> de sortir du cadre pour penser un nouveau paradigme.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 en quoi nous devons nous inspirer de John Maynard Keynes, pour qui le premier objectif de l\u2019\u00e9conomie \u00e9tait la <strong>paix<\/strong>.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment le livre de Paul Jorion, <em>Penser tout haut l\u2019\u00e9conomie avec Keynes<\/em>, peut aider les hommes et les femmes de bonne volont\u00e9 \u00e0 penser leur avenir. Pour mieux le <strong>prendre en main<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-76224\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\" alt=\"jorion\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Keynes aurait pu faire sienne la devise d\u2019\u00c9rasme, <em>\u00ab\u00a0Nulli concedo \u00bb<\/em> (je ne fais de concessions \u00e0 personne). Non par orgueil, mais par la gr\u00e2ce de la merveilleuse alchimie r\u00e9sultant d\u2019une \u00e9ducation humaniste et d\u2019une grande intelligence. 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