{"id":79262,"date":"2015-10-01T23:09:08","date_gmt":"2015-10-01T21:09:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=79262"},"modified":"2015-10-01T23:13:12","modified_gmt":"2015-10-01T21:13:12","slug":"penser-tout-haut-leconomie-avec-keynes-de-paul-jorion-ed-odile-jacob-2015-une-synthese-par-roberto-boulant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/10\/01\/penser-tout-haut-leconomie-avec-keynes-de-paul-jorion-ed-odile-jacob-2015-une-synthese-par-roberto-boulant\/","title":{"rendered":"<em>Penser tout haut l\u2019\u00e9conomie avec Keynes<\/em>, de Paul Jorion, \u00e9d. Odile Jacob, 2015, Une synth\u00e8se, par Roberto Boulant"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-76224\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\" alt=\"jorion\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Le livre de Paul Jorion au travers la vie et l\u2019\u0153uvre de John Maynard Keynes, nous parle de la gen\u00e8se de la pseudo \u2018science \u00e9conomique\u2019, et comment bien que reposant sur des postulats erron\u00e9s, elle r\u00e9ussit \u00e0 m\u00e9tastaser dans tous les secteurs de nos soci\u00e9t\u00e9s. Jusqu\u2019\u00e0 nous amener aujourd\u2019hui au bord du gouffre.<\/em><\/p>\n<p><em>Mais <\/em>Penser tout haut l\u2019\u00e9conomie avec Keynes<em>, nous incite au contraire \u00e0 ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer. En nous montrant ce qu\u2019une \u00e9ducation p\u00e9trie d\u2019une longue tradition d\u2019humanisme, peut apporter aux hommes en les obligeant \u00e0 s\u2019\u00e9lever au-dessus de leur \u00e9go\u00efsme de classe. Comment elle tend alors \u00e0 dissiper l\u2019\u00e9paisse et aveuglante fum\u00e9e de nos croyances, celles qui nous cachent l\u2019accaparement des richesses par quelques-uns.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><em>A contrario, en faisant revivre d\u2019une mani\u00e8re originale la pens\u00e9e de Keynes, Paul Jorion nous r\u00e9apprend une le\u00e7on essentielle : il ne saurait y avoir d\u2019\u00e9conomie viable, qu\u2019au service du bien commun.<\/em><\/p>\n<p><em>C\u2019est pourquoi, en toute subjectivit\u00e9, j\u2019ai voulu \u00e9crire ces notes. Pour faire partager le plaisir que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 en tant que lecteur,\u00a0\u00e0 me r\u00e9approprier le pr\u00e9sent au travers du pass\u00e9. Afin de pouvoir penser un avenir commun. Ensemble\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Rien que pour cela, ce livre m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre rembours\u00e9 par la s\u00e9curit\u00e9 sociale.\u00a0<\/em><\/p>\n<h3>De l&rsquo;\u00e9conomie politique, \u00e0 la pseudo-science \u00e9conomique<\/h3>\n<p>Ce livre nous parle du plus gigantesque tour de passe-passe de tous les temps. Celui qui a vu une \u00e9conomie politique, v\u00e9ritable science au service du bien commun, \u00eatre remplac\u00e9e par la pseudo-science \u00e9conomique, v\u00e9ritable escroquerie au service d\u2019une infime, mais d\u00e9sormais toute puissante, kleptocratie.<\/p>\n<p>Et comment mieux d\u00e9crire notre \u00e9poque de nouvelles t\u00e9n\u00e8bres, qui voit les in\u00e9galit\u00e9s et les injustices grandir et qui am\u00e8ne l\u2019humanit\u00e9 au bord du gouffre, qu\u2019en parlant de la lumi\u00e8re\u00a0? Non pas de la froide lumi\u00e8re id\u00e9elle et calculatrice distill\u00e9e par nos \u00e9crans, mais de la fragile et vacillante lumi\u00e8re de l\u2019esprit humain. Celle de l\u2019intelligence d\u2019un homme p\u00e9tri d\u2019humanisme et form\u00e9 aux meilleures \u00e9coles de son temps, celle du plus c\u00e9l\u00e8bre des inconnus : John Maynard Keynes.\u00a0<\/p>\n<p>Et il fallait bien l\u2019\u00e9rudition d\u2019un Paul Jorion, qui a pris la peine de lire et d\u2019\u00e9tudier dans le texte la pens\u00e9e de Keynes, pour r\u00e9aliser ce tour de force\u00a0: remettre au jour la vieille science oubli\u00e9e pour nous lib\u00e9rer de nos modernes cha\u00eenes de la pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb \u00e9conomique, et de sa gargouille-croquemitaine, TINA.<\/p>\n<p>C\u2019est en cela que ce livre est passionnant, parce que sans jargon et dans un langage clair, il nous parle d\u2019histoire, d\u2019\u00e9conomie, des hommes et de leurs soci\u00e9t\u00e9s. Il nous oblige \u00e0 nous rendre compte combien les id\u00e9es que nous prenons pour \u00e9videntes sont le fruit d\u2019une construction id\u00e9ologique maintenant au service d\u2019une caste.<\/p>\n<p>Au travers de plus d\u2019un demi-si\u00e8cle d\u2019histoire faite de bruit et de fureur, travers\u00e9 par deux guerres mondiales, Paul Jorion nous fait suivre le chemin de l\u2019homme Keynes, \u00e0 la personnalit\u00e9 si attachante et si so british<em> pour un lecteur francophone. Il nous donne \u00e0 voir le cheminement de sa pens\u00e9e, de ses fulgurances, de ses doutes, mais \u00e9galement de ses erreurs. Il nous donne \u00e0 voir un monde disparu, un autre qui aurait pu advenir \u00e0 la chute du nazisme, mais qui ne fut jamais de par la volont\u00e9 am\u00e9ricaine. Il nous donne \u00e0 comprendre pour pouvoir mieux agir. Un cadeau inestimable \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le <\/em>statu quo ante<em> n\u2019est plus possible.<\/p>\n<p><u>Penser tout haut l\u2019\u00e9conomie avec Keynes<\/u><\/em><em>, mais aussi avec Paul Jorion et tous les humains de bonne volont\u00e9, qui veulent un avenir et un monde vivable pour leurs enfants.<\/em><\/p>\n<h3>Du privil\u00e8ge de recevoir une \u00e9ducation de qualit\u00e9, et de la n\u00e9cessit\u00e9 de savoir d\u00e9passer son \u00e9go\u00efsme de classe<\/h3>\n<p>John Maynard Keynes est n\u00e9 en 1883 \u00e0 Cambridge, \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de l\u2019Empire britannique et du <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=QrAlmZ3N0MM\" rel=\"nofollow\"><i>Rule, Britannia!<\/i><\/a>, sous le r\u00e8gne de Victoria, Reine de Grande-Bretagne et d\u2019Irlande, et Imp\u00e9ratrice des Indes. Un homme du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle donc, issu d\u2019une famille d\u2019intellectuels de la bourgeoisie anglaise (un p\u00e8re Maitre de conf\u00e9rences, une m\u00e8re \u00e9crivaine qui sera \u00e9lue maire de Cambridge), et qui b\u00e9n\u00e9ficia d\u2019une formation des plus \u00e9litistes. Passant du coll\u00e8ge <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Coll%C3%A8ge_d'Eton\" rel=\"nofollow\">d\u2019Eton<\/a> au\u00a0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/King's_College_%28Cambridge%29\" rel=\"nofollow\">King&rsquo;s College<\/a> de Cambridge. Si l\u2019on ajoute pour faire bonne figure, que le jeune Keynes \u00e9tait outrageusement dou\u00e9 en math\u00e9matiques, discipline ou il trusta les premiers prix, certains seront sans doute tent\u00e9s de le comparer \u00e0 nos \u00ab\u00a0\u00e9lites\u00a0\u00bb actuelles, \u00e0 un improbable hybride entre \u00e9narchie et rigidit\u00e9 victorienne. Or il n\u2019en est rien\u00a0!<\/p>\n<p>Keynes \u00e9tait un \u00ab\u00a0<i>Cambridge man<\/i> \u00bb, le produit d\u2019un milieu intellectuel dont les racines remontent \u00e0 l\u2019esprit scolastique de l\u2019universit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, celle de la poursuite du <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/11\/12\/projet-darticle-pour-lencyclopedie-au-xxieme-siecle-philia-aristotelicienne-par-bertrand-rouzies-leonardi\/\" rel=\"nofollow\">projet aristot\u00e9licien<\/a>. Paul Jorion nous fait d\u00e9couvrir un homme pour qui les math\u00e9matiques ne sont qu\u2019un simple outil, certes utile, mais trivial. Loin, tr\u00e8s loin de la discipline qu\u2019il juge premi\u00e8re entre toutes\u00a0: la philosophie. Et le lecteur de (re)d\u00e9couvrir la v\u00e9ritable signification du mot \u00e9lite. Non celle de la vulgarit\u00e9 crasse et de la suffisance auxquelles les lamentables oligarques nous ont accoutum\u00e9s, mais au contraire, celle d\u2019une \u00e9thique de la vertu que des hommes libres s\u2019essayent \u00e0 transformer en actes, au service du bien commun et de la bonne vie.<\/p>\n<p>Aux antipodes des pratiques de nos modernes nihilistes de l\u2019Eurogroupe et autre Tro\u00efka\u00a0!<\/p>\n<p>Alors sans doute, est-il difficile de s\u2019imaginer ce que ressentit cet homme p\u00e9tri d\u2019humanisme, en voyant la jeunesse europ\u00e9enne dispara\u00eetre dans la boue des tranch\u00e9es, en un absurde carnage industriel. Et lorsque la conscription sera d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e en Grande-Bretagne en 1916, Keynes s\u2019affirmera fort logiquement, objecteur de conscience. Mais, et c\u2019est l\u00e0 toute l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 de l\u2019homme, en tant que haut-fonctionnaire au minist\u00e8re des Finances et rouage cl\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie de guerre, un tribunal militaire le jugera comme \u00e9tant indispensable au poste qu\u2019il occupe. Alors m\u00eame que Keynes \u00e9crit et dit \u00e0 qui veut l\u2019entendre \u00ab travailler pour un gouvernement qu\u2019il ex\u00e8cre en vue d\u2019objectifs criminels \u00bb\u00a0! Pour ses amis, pas dupes, ceux du groupe dit \u00ab\u00a0de Bloomsbury\u00a0\u00bb, constitu\u00e9 d\u2019intellectuels et d\u2019artistes boh\u00e8mes, il rejoint ainsi le camp des gentlemen en haut de forme qui se tiennent prudemment \u00e9loign\u00e9s des champs de bataille.<\/p>\n<p>La fin de l\u2019innocence qui le voit sauver sa peau, alors que tant de ses proches disparaissent dans le hachoir. Mais qui de nos jours, pourrait le lui reprocher\u00a0? Au contraire m\u00eame. En notre \u00e9poque de nouvelle barbarie, pouvons-nous nous f\u00e9liciter que John Maynard Keynes ne fut pas immol\u00e9 inutilement\u00a0!<\/p>\n<p>Lucide n\u00e9anmoins, \u00e0 la fin du conflit, Keynes ne pourra que constater la disparition de son monde\u00a0: celui de l\u2019\u00e8re victorienne et d\u2019une certaine civilisation aristocratique.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame lucidit\u00e9 qui le fera d\u00e9missionner de son poste de haut fonctionnaire, pour mieux d\u00e9noncer l\u2019atmosph\u00e8re revancharde de la conf\u00e9rence de Paris, ainsi que le Trait\u00e9 de Versailles qui en sera l\u2019aboutissement mortif\u00e8re. En sortira un livre, <i>\u00ab\u00a0<\/i><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/08\/06\/un-objecteur-de-conscience-intendant-des-troupes-iii-troisieme-periode-la-revanche-de-lintellectuel\/\" rel=\"nofollow\"><i>Les Cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la paix\u00a0<\/i><\/a><i>\u00bb,<\/i> o\u00f9 il affirmera l\u2019impossibilit\u00e9 pour l\u2019Allemagne de payer des dettes de guerre sur\u00e9valu\u00e9es par la France, ainsi que le ressentiment que cela ne manquera pas de susciter. Traduit en douze langues, l\u2019ouvrage connu un immense succ\u00e8s et assit la r\u00e9putation de son auteur.<\/p>\n<p>Keynes venait de trouver l\u00e0, le r\u00f4le qu\u2019il jouera jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1946, celui de l\u2019intellectuel montrant la v\u00e9rit\u00e9 nue. Celle-l\u00e0 m\u00eame que les hommes politiques de tous temps, tous bords et toutes nationalit\u00e9s, essayent sans cesse de travestir.<\/p>\n<p>\u00c7a n\u2019est donc qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 20, \u00e0 35 ans pass\u00e9s, que ce math\u00e9maticien et philosophe de formation, d\u00e9missionnaire de son poste de haut fonctionnaire, devint pour des raisons bassement mat\u00e9rielles, \u00e9conomiste !<\/p>\n<p>Mais \u00e0 sa mani\u00e8re, celle d\u2019un iconoclaste guid\u00e9 par la scolastique m\u00e9di\u00e9vale. Comment s\u2019\u00e9tonner alors que son premier travail v\u00e9ritablement universitaire fut tellement\u2026 d\u00e9tonnant\u00a0? Et en effet, si dans son <i>\u00ab Trait\u00e9 de probabilit\u00e9s \u00bb<\/i> publi\u00e9 en 1921, il rend hommage \u00e0 Alfred Nobel, c\u2019est \u00e0 sa mani\u00e8re bien particuli\u00e8re\u00a0: en dynamitant la doxa qui veut que l\u2019on puisse dans tous les cas, attribuer une valeur \u00e0 une probabilit\u00e9. Remettant par-l\u00e0 m\u00eame en cause, l\u2019usage immod\u00e9r\u00e9 que fait la th\u00e9orie \u00e9conomique des math\u00e9matiques\u00a0! Victimes collat\u00e9rales, Homo oeconomicus et autres esprits animaux, s\u2019y verront couverts de honte et de ridicule. Une implacable d\u00e9monstration, qui pour notre plus grand malheur comme le rappelle Paul Jorion, est toujours superbement ignor\u00e9e 94 ans plus tard. Que ce soit la r\u00e9glementation de <i>B\u00e2le-III<\/i>, relative au risque financier des banques, ou celle de\u00a0<i>Solvabilit\u00e9-II,<\/i> relative au risque des compagnies d\u2019assurances, toutes deux s\u2019appuient sur des calculs du degr\u00e9 de risque couru, dont l\u2019absurdit\u00e9 fut prouv\u00e9e par Keynes en 1921\u00a0!<\/p>\n<p>Comme il est dit et d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 longueur de billets sur ce blog, c\u2019est cela la v\u00e9ritable signification du mot f\u00e9rocit\u00e9. Celle d\u2019une religion qui en niant la r\u00e9alit\u00e9, rend la catastrophe in\u00e9luctable.<\/p>\n<p>Et en parlant de catastrophe, ce n\u2019est pas manquer de respect \u00e0 la m\u00e9moire du grand homme, que de dire qu\u2019il y eut un Winston Churchill d\u00e9cideur \u00e9conomique. Aussi mal \u00e0 l\u2019aise que l\u2019on puisse l\u2019\u00eatre avec l\u2019\u00e9conomie, Churchill et sa politique inspirera \u00e0 Keynes un autre livre publi\u00e9 en 1925, <i>\u00ab Les Cons\u00e9quences \u00e9conomiques de M. Churchill \u00bb<\/i>. Keynes s\u2019y attaque au retour de l\u2019\u00e9talon-or, cette relique barbare comme il la nomme, dans un ouvrage qui parle d\u2019\u00e9conomie au travers de philosophie sociale et des indispensables consensus \u00e0 pr\u00e9server. Il y affirme, blasph\u00e8me supr\u00eame\u00a0!, que si des \u00e9quilibres \u00e9conomiques peuvent appara\u00eetre dans diverses configurations sociopolitiques, le seul crit\u00e8re discriminant doit \u00eatre celui des \u00e9quilibres sociaux. Ce qu\u2019il s\u2019agit de maintenir aux yeux de Keynes, c\u2019est sinon une maximisation du consensus, tout au moins une minimisation du dissensus. Ignorez ce simple fait tout de bon sens, et comme nos dirigeants actuels, vous courrez le risque de provoquer une dislocation du contrat social et de la volont\u00e9 de vivre ensemble\u00a0!<\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s avoir commis des ouvrages blasph\u00e9matoires, qui de nos jours lui vaudraient \u00e0 coup s\u00fbr le bucher m\u00e9diatique, Keynes r\u00e9cidivera. Bient\u00f4t m\u00eame, il en appellera au meurtre de paisibles et innocents rentiers\u00a0!<\/p>\n<p>Sans toutefois omettre de tester entre-temps ses th\u00e9ories financi\u00e8res, \u00e0 des fins d\u2019enrichissement personnel\u2026 Noblesse oblige, sans doute.<\/p>\n<h3>Le briseur d&rsquo;idoles<\/h3>\n<p>L\u2019esprit humain peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une machine \u00e0 \u00ab\u00a0donner du sens\u00a0\u00bb au r\u00e9el. Pour se faire, il pose des fronti\u00e8res afin d\u2019enfermer arbitrairement vivants et choses dans un cadre. Bien s\u00fbr, sauf dans les cas extr\u00eames de psychorigidit\u00e9, nous admettons que les limites des dites fronti\u00e8res sont souvent floues et mouvantes. Mais ce que nous ne supportons vraiment pas, c\u2019est ce qui nous apparait comme inclassable. L\u2019inconnu, le non-d\u00e9finissable nous inqui\u00e8tent.\u00a0\u00c0 tel point que nous pr\u00e9f\u00e9rons souvent la certitude de la souffrance, mais dans un cadre connu, plut\u00f4t qu\u2019une incertitude porteuse de tous les possibles. Une attitude qui pourrait se traduire brutalement par\u00a0&#8211; la peur de la libert\u00e9 -.<\/p>\n<p>Or, tout dans la personnalit\u00e9 de John Maynard Keynes, de sa formation \u00e0 son agilit\u00e9 intellectuelle, concourt \u00e0 le rendre inclassable et par l\u00e0-m\u00eame, plus ou moins inqui\u00e9tant \u00e0 nos yeux comme \u00e0 ceux de ses contemporains. Il suffit d\u2019ailleurs pour s\u2019en convaincre, d\u2019\u00e9couter Keynes lui-m\u00eame se d\u00e9finir par rapport aux syst\u00e8mes politiques de son temps\u00a0: un lib\u00e9ral d\u2019\u00ab extr\u00eame gauche \u00bb, antitravailliste et antir\u00e9volutionnaire. Un \u00e9conomiste jugeant aussi s\u00e9v\u00e8rement la th\u00e9orie marxiste, que les inepties de la \u2018main invisible du march\u00e9\u2019 ou du \u2018laisser-faire\u2019.<\/p>\n<p>Une pens\u00e9e complexe et subtile donc. Difficile \u00e0 r\u00e9duire par la simplification, sans la d\u00e9naturer. Bref, le cauchemar des politiciens professionnels et de tout bon journaliste \u00ab\u00a0main stream\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, il \u00e9tait \u00e9crit que le briseur d\u2019idole que fut John Maynard Keynes, se retrouverait caricatur\u00e9 par notre \u00e9poque manich\u00e9enne, o\u00f9 une pens\u00e9e, une m\u00e9thode, une th\u00e9orie, doivent pouvoir tenir en 140 caract\u00e8res. Ou en 45 secondes, coinc\u00e9es entre les pages sport et les pages people des biens mal nomm\u00e9es \u2018informations\u2019. Keynes\u00a0? Ah oui, ce gars qui voulait tuer les rentiers et relancer l\u2019\u00e9conomie par des grands travaux d\u2019\u00e9tat\u2026<\/p>\n<p>Alors, bien qu\u2019il fasse plus de 140 caract\u00e8res &#8211; et que sa lecture vous prendra plus de 45 secondes -, il faut lire l\u2019ouvrage de Paul Jorion. Parce que l\u2019auteur a pris la peine de v\u00e9rifier dans le texte ce qu\u2019a r\u00e9ellement \u00e9crit Keynes, et qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un ouvrage d\u2019\u00e9conomie absconse et truff\u00e9e d\u2019\u00e9quations. Pour tout cela et plus encore, mais surtout parce que Paul Jorion nous r\u00e9v\u00e8le l\u2019homme Keynes. Un v\u00e9ritable extra-terrestre qui ne f\u00e9tichisait pas les chiffres d\u2019or et les r\u00e8gles grav\u00e9es dans le marbre. Un esprit libre qui\u00a0 n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 d\u00e9montrer le tragique ridicule des puissants de son \u00e9poque. Un humaniste soucieux des moyens d\u2019accroitre le bien-vivre ensemble. Un philosophe enfin, pratiquant l\u2019\u00e9thique, cette science morale si \u00e9loign\u00e9e de notre \u00e9poque.<\/p>\n<p>En ce sens Paul Jorion aurait pu donner comme titre \u00e0 son livre, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Des_r%C3%A9volutions_des_sph%C3%A8res_c%C3%A9lestes\" rel=\"nofollow\"><i>de revolutionibus orbium coelestium<\/i><\/a>. Car cet ouvrage est celui des nouveaux et des anciens coperniciens. Ceux qui ont toujours su que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019orbitait pas autour de l\u2018\u00e9toile de la mort TINA, mais autour du chaud soleil de l\u2019Humanit\u00e9. L\u00e0, sont la v\u00e9ritable d\u00e9monstration, le v\u00e9ritable message, de John Maynard Keynes. J\u2019y reviendrai dans mon prochain billet.<\/p>\n<h3>Dans les cuisines du ma\u00eetre<\/h3>\n<p>Quand para\u00eet en 1936 <em>la Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019emploi, de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/em>, Keynes a cinquante-trois ans. L\u2019\u00e2ge o\u00f9 exp\u00e9rience individuelle et enseignements d\u2019une formation <a href=\"http:\/\/ses.ens-lyon.fr\/les-grands-themes-25448.kjsp?RH=620\">scolastique<\/a>, se cumulent pour aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9criture de l\u2019\u0153uvre d\u2019une vie. Sans doute Keynes ne l\u2019aurait-il pas entendu de cette oreille, lui qui \u00e9tait habitu\u00e9 \u00e0 remettre sans cesse l\u2019ouvrage sur le m\u00e9tier. Mais ainsi s\u2019\u00e9crit l\u2019histoire. M\u00eame les plus farouches anti-keyn\u00e9siens s\u2019accordent sur le fait, que ce trait\u00e9 a fond\u00e9 la macro\u00e9conomie moderne, et qu&rsquo;il a eu une consid\u00e9rable influence au 20\u00e8me si\u00e8cle. Au point de devenir le marqueur de la th\u00e9orie keyn\u00e9sienne&nbsp;!<\/p>\n<p>Et c\u2019est bien l\u00e0 le probl\u00e8me. Celui d\u2019une pens\u00e9e, qui tour \u00e0 tour sacralis\u00e9e ou vilipend\u00e9e, voit son originalit\u00e9 dispara\u00eetre derri\u00e8re le mythe.<br \/>\nHeureusement, les chapitres que Paul Jorion consacre \u00e0 cet ouvrage phare, permettent de lever le voile. En expliquant \u00e0 l\u2019aide d\u2019exemples simples (mais non simplistes !), les \u00ab incontournables \u00bb keyn\u00e9siens, ceux des concepts-formules aussi c\u00e9l\u00e8bres que le fameux E=mc2 d\u2019Albert Einstein : \u00ab <em>pr\u00e9f\u00e9rence pour la liquidit\u00e9<\/em> \u00bb, \u00ab <em>euthanasie des rentiers<\/em> \u00bb, \u00ab <em>th\u00e9orie des prix<\/em> \u00bb, ou autres \u00ab <em>propri\u00e9t\u00e9s de l\u2019int\u00e9r\u00eat de la monnaie<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Vous vous direz alors avec raison, que c\u2019est l\u00e0 la moindre des choses. Et sans doute penserez-vous qu\u2019avec un minimum de ma\u00eetrise du web, on peut facilement trouver les m\u00eames informations.<\/p>\n<p>Eh bien non !<\/p>\n<p>Que vous disposiez ou non d\u2019une solide culture \u00e9conomique, vous allez pouvoir entrer dans l\u2019esprit de John Maynard Keynes, et sans baguette magique ! \u00c9clair\u00e9 uniquement par une lecture minutieuse des nombreux \u00e9crits du c\u00e9l\u00e8bre \u00e9conomiste, vous pourrez suivre l\u2019\u00e9dification d\u2019un v\u00e9ritable monument intellectuel. Avec ses envol\u00e9es architecturales et ses flamboyances, mais aussi avec ses rat\u00e9s, ses gravats malhabilement camoufl\u00e9s et son espace int\u00e9rieur baroque. Et c\u2019est passionnant de suivre le guide Paul Jorion \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du monument. De l\u2019\u00e9couter raconter, non seulement comment furent pens\u00e9s les planchers, les murs et leurs agencements, mais de le suivre \u00e9galement dans les fondations de l\u2019\u0153uvre, l\u00e0 o\u00f9 se trahissent les v\u00e9ritables intentions de l\u2019architecte. Dans la profondeur et l\u2019\u00e9paisseur des sout\u00e8nements.<\/p>\n<p>Et stupeur ! De d\u00e9couvrir que Keynes \u00e9tait quasiment\u2026, j\u2019ose \u00e0 peine l\u2019\u00e9crire tellement c\u2019est laid : un socialiste ! Un homme capable de b\u00e2tir \u00e0 lui tout seul, une th\u00e9orie ad hoc pour imposer un agenda politique \u00e0 base de plein emploi et de consensus soci\u00e9tal. La figure m\u00eame de l\u2019ant\u00e9christ, pour les pr\u00eatres de la Religion F\u00e9roce.<\/p>\n<p>Alors bien s\u00fbr, pr\u00e8s de 80 ans plus tard, la fi\u00e8re construction a subi les outrages du temps. Qui oserait encore imaginer, en nos jours promis \u00e0 une robotisation galopante, la soci\u00e9t\u00e9 du plein emploi ?<\/p>\n<p>Non seulement les fissures originelles, comme l\u2019impens\u00e9 du rapport de force entre pr\u00eateurs\/emprunteurs et vendeurs\/acheteurs, ou bien encore l\u2019ind\u00e9termination des m\u00e9canismes du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, se sont agrandies sous le r\u00e8gne d\u2019un capitalisme financiaris\u00e9 et mondialis\u00e9, mais de graves malfa\u00e7ons comme celle de la pr\u00e9f\u00e9rence <em>urbi et orbi<\/em> pour la liquidit\u00e9, sont apparues au grand jour. Mena\u00e7ant par l\u00e0-m\u00eame la stabilit\u00e9 de tout l\u2019\u00e9difice. La r\u00e9sultante des petites tricheries, d\u2019un architecte qui n\u2019a jamais int\u00e9gr\u00e9 les dimensions politiques, historiques et sociologiques \u00e0 son horizon des \u00e9v\u00e8nements. Quitte \u00e0 devoir utiliser lui-m\u00eame, les raisonnements circulaires qu\u2019il savait si bien d\u00e9noncer chez les autres. Voire pire ! Quitte \u00e0 soutenir des explications id\u00e9alistes et non mat\u00e9rialistes, donc par essence irr\u00e9futables.\u2026<\/p>\n<p>Les limites intellectuelles d\u2019un grand penseur ? Plut\u00f4t la rouerie d\u2019un homme que ses contemporains n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 juger comme \u00e9tant<em> too clever by half<\/em> ! (un peu trop malin pour le commun des mortels). C\u2019est ce que d\u00e9montre Paul Jorion dans un jubilatoire chapitre faisant penser par son intitul\u00e9, \u00e0 l\u2019univers d\u2019Agatha Christie : \u00ab <em>L\u2019\u00e9nigmatique brouillon du chapitre 5<\/em> \u00bb. O\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre tout ce que Keynes a fait disparaitre de la version finalement publi\u00e9e, et pourquoi il l\u2019a fait.<\/p>\n<p>Bonne \u00e2me, je garderai le silence pour ne pas vous \u00f4ter le plaisir de la d\u00e9couverte. Tout juste, \u00e0 la mani\u00e8re de cette ch\u00e8re Agatha, vous livrerai-je un indice : John Maynard Keynes \u00e9tait plut\u00f4t constitutionnaliste que r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<h3>Dans le chaudron du diable<\/h3>\n<p>Toute production de croyance a pour but imm\u00e9diat d\u2019escamoter le r\u00e9el, en faisant passer de pures constructions id\u00e9ologiques pour des \u00e9vidences. Le forfait est r\u00e9ussi, lorsqu\u2019en toute bonne fois, une majorit\u00e9 en vient \u00e0 consid\u00e9rer comme triviales des id\u00e9es qui lui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans ce sch\u00e9ma, on retrouve au-dessus des \u2018simples\u2019 citoyen(ne)s, la communaut\u00e9 des \u00ab gardiens du Temple \u00bb : les chiens de garde bien s\u00fbr, charg\u00e9s de r\u00e9pandre la bonne parole ad nauseam dans les m\u00e9dias, en d\u00e9cr\u00e9dibilisant toute pens\u00e9e alternative et en relativisant les crimes \u00e9conomiques. Mais aussi leurs indispensables compl\u00e9ments, les purs et neutres universitaires (comprendre, les \u00e9conomistes mainstream, grassement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s par les banques et les transnationales).<\/p>\n<p>Enfin, tout en haut de la pyramide, se trouvent les \u00ab maitres du Monde \u00bb. Ceux qui se moquent des subtilit\u00e9s de la pr\u00e9tendue science \u00e9conomique comme de leur premier million d\u2019euros ou de dollars, mais qui comprennent tout \u00e0 la corruption, aux rapports de force, et aux faiblesses des hommes.<\/p>\n<p>Ceci dit, s\u2019il faut maintenant fermer les yeux et se boucher les oreilles tr\u00e8s fort pour ignorer l\u2019effondrement en cours, il est tout de m\u00eame n\u00e9cessaire de d\u00e9montrer la fausset\u00e9 des raisonnements et l\u2019ineptie des th\u00e8ses, de cette pr\u00e9tendue \u00ab science \u00bb. Ne serait-ce que pour comprendre comment la finance, activit\u00e9 terne et ennuyeuse s\u2019il en f\u00fbt, s\u2019est transform\u00e9e peu \u00e0 peu en arme de destruction massive pour nos d\u00e9mocraties.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019entreprend Paul Jorion, en introduisant une notion totalement ignor\u00e9e par Keynes, celle du <strong>rapport de force<\/strong>. R\u00e9examinant les r\u00e8gles comptables, il d\u00e9montre ainsi l\u2019id\u00e9ologie consistant \u00e0 int\u00e9grer les salaires dans les co\u00fbts de production, alors que les profits de l\u2019entrepreneur -par nature variables-, sont eux per\u00e7us comme une prime de risque. En clair, cela signifie que tout les surplus, une fois les co\u00fbts de production r\u00e9gl\u00e9s, appartiennent \u00e0 l\u2019entrepreneur si tel est son bon plaisir. Et les employ\u00e9s dont le travail ne repr\u00e9sente qu\u2019un co\u00fbt, n\u2019ont donc aucune l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 demander un meilleur partage des richesses cr\u00e9\u00e9es. CQFD !<\/p>\n<p>Le m\u00eame genre d\u2019explication farfelue est d\u2019ailleurs avanc\u00e9e par la \u00ab science \u00bb \u00e9conomique, dans l\u2019importance qu\u2019elle donne au facteur raret\u00e9 pour la d\u00e9termination des prix. Aux fins des fins, en poussant la logique d\u2019un L\u00e9on Walras (l\u2019un des fondateurs de la science \u00e9conomiste marginaliste) jusqu\u2019au bout, on apprend que la raret\u00e9 fait le prix tel qu\u2019il est, <strong>parce que<\/strong> !<\/p>\n<p>Une explication m\u00e9taphysique, que Keynes lui-m\u00eame ne songera pas \u00e0 combattre. Aveugl\u00e9 par l\u2019institution \u2018si \u00e9vidente\u2019 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, ce brillant esprit sera incapable de voir que la raret\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre que la ponction d\u2019une rente par un mod\u00e8le de redistribution : celui des aubaines g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la nature, et transform\u00e9es par le travail des hommes. La raret\u00e9 n\u2019\u00e9tant alors qu\u2019une des r\u00e9sultantes possibles du rapport de force existant entre tous les acteurs. Un simple goulet d\u2019\u00e9tranglement, totalement artificiel.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il verra par contre, c\u2019est que contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tend la doxa, le profit n\u2019est pas la r\u00e9compense du risque. C\u2019est m\u00eame l\u2019exact inverse, puisque par la gr\u00e2ce d\u2019un rapport de force favorable, ce sont bien les riches qui r\u00e9ussissent \u00e0 transf\u00e9rer la quasi-totalit\u00e9 du risque aux plus pauvres !<\/p>\n<p>Et pourtant, au lieu d\u2019en faire l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant du rapport de force entre classes, au lieu d\u2019en int\u00e9grer l\u2019\u00e9vidente dimension politique, le risque li\u00e9 \u00e0 l\u2019incertitude de l\u2019avenir ne restera pour Keynes, que l\u2019un des ingr\u00e9dients de ses fumeux \u00ab m\u00e9canismes psychologiques \u00bb.<\/p>\n<p>Cependant, l\u00e0 o\u00f9 Paul Jorion s\u2019\u00e9loigne le plus des travaux de Keynes ou de Friedrich Hayek (ceux de la doxa \u00e9conomique), c\u2019est dans sa description du <strong>m\u00e9canisme global<\/strong> expliquant la formation des prix combin\u00e9s. Dans sa r\u00e9futation du \u2018prix objectif\u2019 hayekien, dont on est bien en peine de voir autre chose qu\u2019un ectoplasme appartenant \u00e0 la m\u00eame famille que la c\u00e9l\u00e8bre \u2018main invisible du march\u00e9\u2019. Mais \u00e9galement dans sa r\u00e9futation des m\u00e9canismes d\u00e9crits par Keynes, notamment les m\u00e9canismes psychologiques pass\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 sous le terme g\u00e9n\u00e9rique \u2018d\u2019esprits animaux\u2019.<\/p>\n<p>Mais si l\u2019aspect th\u00e9orique occupe une place importante dans le livre, ce\u00a0n\u2019est jamais aux d\u00e9pends de la pratique.<\/p>\n<p>Et une pratique innovante ! Paul Jorion prenant comme exemples les <em>rehausseurs de cr\u00e9dit<\/em> des compagnies d\u2019assurances, et les tristement c\u00e9l\u00e8bres <em>Credit-Default Swap<\/em>, pr\u00e9sente ces deux catastrophes financi\u00e8res sous une perspective radicalement nouvelle. Celle de l\u2019erreur grossi\u00e8re, dans l\u2019interpr\u00e9tation de la formation du prix d\u2019un instrument financier. Et l\u2019on fr\u00e9mit r\u00e9trospectivement \u00e0 l\u2019analyse de ce qui faillit emporter dans un cas, tout un pan du secteur financier, et dans l\u2019autre, la zone euro elle-m\u00eame\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui s\u2019appelle un changement de paradigme. Loin, tr\u00e8s loin, de l\u2019omniscience des march\u00e9s et de leurs thurif\u00e9raires nob\u00e9lis\u00e9s par la banque de Su\u00e8de.<\/p>\n<p>Ainsi, rappelons-nous que George Orwell disait que dans les temps de tromperie universelle, dire la v\u00e9rit\u00e9 devenait un acte r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Rappelons-nous que dire la v\u00e9rit\u00e9, surtout lorsqu\u2019elle doit \u00e0 tout prix rester cach\u00e9e, a un prix.<\/p>\n<p>C\u2019est celui que Paul Jorion vient de payer en perdant sa chaire de la <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/12\/lecho-leviction-de-paul-jorion-de-la-vub-suscite-letonnement-le-12-septembre-2015\/\">VUB<\/a>.<\/p>\n<p>Au pr\u00e9texte qu\u2019il \u00e9tait incapable de r\u00e9citer Hamlet \u00e0 l\u2019envers, en se tenant sur une jambe.<\/p>\n<h3>Des monnaies et des hommes<\/h3>\n<p>Bien que n\u00e9 en 1883, John Maynard Keynes \u00e9tait pleinement un homme de son temps. Marqu\u00e9 par l\u2019atroce absurdit\u00e9 de la Grande Guerre de 14-18, mais \u00e9galement par la d\u00e9solante tragi-com\u00e9die du Trait\u00e9 de Versailles : un texte dict\u00e9 par les \u00e9go\u00efsmes nationaux, les int\u00e9r\u00eats politiciens courtermistes, et dont il pr\u00e9sentait les funestes r\u00e9percussions qu\u2019il exposera dans son livre <em>Les Cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la paix<\/em>.<\/p>\n<p>Pour ce brillant esprit form\u00e9 dans l\u2019esprit de la scolastique, il \u00e9tait \u00e9vident que la paix entre nations devait pour pouvoir se maintenir disposer de soubassements \u00e9conomiques solides, et que des peuples affam\u00e9s, des cohortes de millions de ch\u00f4meurs, finiraient par porter au pouvoir les pires des hommes. C\u2019est pourquoi il pensait la macro\u00e9conomie en termes de \u00ab d\u00e9sarmement financier \u00bb, et se donnait pour objectif supr\u00eame, un syst\u00e8me mon\u00e9taire international \u00ab pacifi\u00e9 \u00bb et stable. Ou pour le dire avec son bel esprit anglais, <em>a level playing field<\/em>, un superbe gazon parfaitement plat o\u00f9 chaque pays, quel que soit son handicap, pourrait jouer \u00e0 armes \u00e9gales. Un syst\u00e8me adoss\u00e9 \u00e0 un certain type de monnaie, d\u00e9crit dans le d\u00e9tail par Paul Jorion, et dont la r\u00e9sultante, l\u2019esprit m\u00eame, aboutirait \u00e0 une r\u00e9duction automatique des in\u00e9galit\u00e9s entre d\u00e9biteurs et cr\u00e9anciers. Cela par la <strong>r\u00e9gulation<\/strong> des flots de capitaux, afin de toujours veiller \u00e0 ce que leurs allocations soient favoris\u00e9es, l\u00e0 o\u00f9 elles sont socialement utiles et n\u00e9cessaires aux \u00e9conomies. Dit inversement, un syst\u00e8me o\u00f9 chaque nation aurait la possibilit\u00e9 de g\u00e9rer ses propres taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, sans que leur niveau ne soit d\u00e9termin\u00e9 par la pr\u00e9dation qu\u2019exercent des capitaux pirates, \u00e0 la recherche de l\u2019opportunit\u00e9 la plus all\u00e9chante \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale.<\/p>\n<p>Est-il utile de pr\u00e9ciser que le fonctionnement d\u2019un tel m\u00e9canisme, implique \u00e9galement la prohibition des havres fiscaux ? Bref, de quoi comprendre la v\u00e9ritable haine que pr\u00e8s de 70 ans apr\u00e8s sa disparition, les pr\u00eatres de la Religion F\u00e9roce vouent encore \u00e0 Keynes !<\/p>\n<p>Mais cela veut-il dire que la martingale absolue existe, et qu\u2019il suffit de l\u2019appliquer pour d\u00e9truire le Veau d\u2019Or ? Il semblerait, d\u2019apr\u00e8s les \u00e9crits enthousiastes qu\u2019il a adress\u00e9 au gouvernement britannique, que Keynes ait r\u00e9ellement cru l\u2019avoir d\u00e9couverte\u2026 au travers du syst\u00e8me \u00e9conomique que l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne avait mis en place, pour contourner le Trait\u00e9 de Versailles et reconstituer une arm\u00e9e et une industrie de guerre !<\/p>\n<p>Un principe bas\u00e9 sur le troc, appel\u00e9 bons MEFO, et qui permettait de dissimuler une partie de l\u2019endettement du pays, tout en capturant les fonds th\u00e9sauris\u00e9s par les diff\u00e9rents agents \u00e9conomiques. Ce qui a probablement s\u00e9duit Keynes, \u00e9tant l\u2019id\u00e9e que deux pays puissent conclure un accord bilat\u00e9ral (en l\u2019occurrence avec des marks \u00ab parall\u00e8les \u00bb, les \u00ab Aski \u00bb &#8211; <em>Ausl\u00e4ndersonderkonten f\u00fcr Inlandszahlungen<\/em>), permettant de n\u00e9gocier leur taux de change. Mais en fait, d\u00e8s le mois de novembre 41, Keynes aura chang\u00e9 d\u2019avis du tout au tout pour parler d<em>\u2019\u00ab une fiction faite de bric et de broc, fond\u00e9e essentiellement sur l\u2019exp\u00e9rience anormale d\u2019un \u00e9tat de guerre \u00bb<\/em> (Skidelsky 2000 : 216).<\/p>\n<p>La lecture du livre vous d\u00e9voilera la raison de cette volte-face, mais au moins les choses sont-elles claires : Keynes n\u2019\u00e9tait pas un dogmatique. Lorsqu\u2019un probl\u00e8me se pr\u00e9sentait \u00e0 lui, il le mettait totalement \u00e0 plat et l\u2019examinait d\u2019un \u0153il neuf. Cela sans aucun a priori, hormis sa volont\u00e9 de mettre l\u2019\u00e9conomie au service du bien commun. Et il n\u2019h\u00e9sitait pas un seul instant &#8211; comportement incompr\u00e9hensible pour les thurif\u00e9raires de la Religion F\u00e9roce &#8211; \u00e0 changer d\u2019avis, si les faits lui donnaient tort !<\/p>\n<p>Et pourtant, malgr\u00e9 sa tr\u00e8s riche exp\u00e9rience et son intelligence au service d\u2019une sensibilit\u00e9 pr\u00f4nant une organisation sociale et \u00e9conomique, allant dans le sens d&rsquo;une plus grande justice &#8211; ou du moins une r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s &#8211; Keynes \u00e9choua \u00e0 imposer sa vision \u00e0 Bretton Woods. Les accords qui y furent sign\u00e9s en juillet 44, ent\u00e9rin\u00e8rent la nouvelle organisation mon\u00e9taire mondiale voulue par les Am\u00e9ricains. Une organisation o\u00f9 toutes les monnaies sont d\u00e9finies en dollar, et o\u00f9 le seul dollar est d\u00e9fini en or. Exit donc le <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/05\/24\/note-sur-le-bancor\/\">bancor<\/a> propos\u00e9 par Keynes comme unit\u00e9 de compte aux \u00e9changes internationaux, et seul \u00e0 m\u00eame de \u00ab pacifier \u00bb les relations \u00e9conomiques, en \u00e9vitant les d\u00e9s\u00e9quilibres trop importants entre les balances ext\u00e9rieures des nations.<\/p>\n<p>On sait ce qu\u2019il en advint, et toutes les \u00e9tapes qui conduisirent \u00e0 l\u2019effondrement du syst\u00e8me sont clairement d\u00e9clin\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9chec d\u2019un homme, qui avec le recul semblait in\u00e9vitable \u2013comment le repr\u00e9sentant d\u2019un pays ruin\u00e9 par la guerre aurait-il pu s\u2019imposer, face \u00e0 une Am\u00e9rique dont l\u2019\u00e9conomie repr\u00e9sentait alors la moiti\u00e9 de la production mondiale ? &#8211; la v\u00e9ritable d\u00e9couverte pour le lecteur provient de l\u2019\u00e9clairage original donn\u00e9 par Paul Jorion, du combat que Keynes mena face au repr\u00e9sentant des \u00c9tats-Unis, Harry Dexter White.<\/p>\n<p>En suivant pas \u00e0 pas une enqu\u00eate digne d\u2019un c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9tective \u00e0 la gabardine frip\u00e9e, le lecteur apprendra comment la maladie diminua John Maynard Keynes, au moment o\u00f9 il avait le plus besoin de toutes ses facult\u00e9s. Pire m\u00eame, comment le traitement qu\u2019il suivait fut susceptible de modifier sa personnalit\u00e9 et ses r\u00e9actions !<\/p>\n<p>Des contingences de la vie auxquelles nuls, m\u00eame les plus grands esprits, n\u2019\u00e9chappent. Ainsi s\u2019\u00e9crit l\u2019Histoire\u2026<\/p>\n<h3>D\u00e9passer Keynes pour b\u00e2tir une \u00e9conomie au service du bien commun<\/h3>\n<p>Keynes aurait pu faire sienne la devise d\u2019\u00c9rasme, <em>\u00ab\u00a0Nulli concedo \u00bb<\/em> (je ne fais de concessions \u00e0 personne). Non par orgueil, mais par la gr\u00e2ce de la merveilleuse alchimie r\u00e9sultant d\u2019une \u00e9ducation humaniste et d\u2019une grande intelligence. Avec des r\u00e9sultats socialement d\u00e9tonants ! Les anecdotes abondent sur les petites phrases insolentes et sur les remarques cinglantes qu\u2019il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 d\u00e9cocher aux \u2018puissants\u2019, fussent-ils Premier Ministre. C\u2019est ainsi que beaucoup de ses contemporains ne per\u00e7urent pas la v\u00e9ritable personnalit\u00e9 de Keynes. De lui ne voyaient-ils au mieux, que l\u2019excentricit\u00e9 toute britannique d\u2019un g\u00e9nie, ou au pire, que l\u2019arrogance de ceux qui se sachant intellectuellement sup\u00e9rieurs, s\u2019imaginent dispens\u00e9s des marques \u00e9l\u00e9mentaires de la civilit\u00e9.<\/p>\n<p>Et pourtant avec le recul qu\u2019autorise l\u2019Histoire, c\u2019est un tout autre visage qui appara\u00eet. Celui d\u2019un homme dont l\u2019acuit\u00e9 intellectuelle per\u00e7ait imm\u00e9diatement \u00e0 jour les lamentables artifices et les petits stratag\u00e8mes, ceux que les m\u00e9diocres tentent de cacher sous le masque de la respectabilit\u00e9 et de la responsabilit\u00e9. Comment ne pas imaginer que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 \u00e9galement le fruit d\u2019une magnifique \u00e9ducation, de celles qui vous permettent de vous \u00e9lever en d\u00e9passant vos faiblesses humaines et votre propre finitude ? Le fruit d\u2019un enseignement mettant en avant tout ce que rejette <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/cinema\/article\/2011\/03\/29\/et-nicolas-sarkozy-fit-la-fortune-du-roman-de-mme-de-la-fayette_1500132_3476.html\">notre moderne stupidit\u00e9<\/a>, de tout ce qui a une inestimable valeur mais qui ne saurait avoir de prix : les arts et les lettres.<\/p>\n<p>Mais cependant, le g\u00e9nie se double souvent de redoutables et surprenantes inaptitudes. Si Keynes aurait probablement perc\u00e9 facilement \u00e0 jour un tricheur \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019insu de son plein gr\u00e9 \u00bb comme M. <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/09\/28\/les-principes-volkswagen-i-ii-et-iii\/\">Martin Winterkorn<\/a> (ci-devant, ex-P-DG de VW), il \u00e9tait totalement d\u00e9sarm\u00e9 face \u00e0 la <em>Terra incognita<\/em> qu\u2019\u00e9tait pour lui l\u2019esprit f\u00e9minin. Selon le bon mot de Paul Jorion, Keynes s\u2019adressait aux femmes comme l\u2019aurait fait un ambassadeur terrien avec des extra-terrestres. De la m\u00eame mani\u00e8re selon ses proches, Keynes, le d\u00e9fenseur reconnu des arts et des lettres\u2026 ne comprenait pas grand-chose \u00e0 l\u2019art ! La cl\u00e9 de ce myst\u00e8re ? Son amour des artistes. Keynes aima la peinture parce qu\u2019il fut amoureux du peintre Duncan Grant, et il aima le ballet parce qu\u2019il devint le mari de la ballerine Lydia Lopokova. <em>L\u2019amour de l\u2019art a donc chez Keynes un seul nom : sa loyaut\u00e9 envers les gens qu\u2019il aime<\/em> (Jorion p. 287).<\/p>\n<p>Et comment ne pas respecter un homme qui fait de l\u2019amour et de la loyaut\u00e9, ses valeurs cardinales ? Une p\u00e2te humaine, aussi p\u00e9trie d\u2019imperfections que d\u2019\u00e9clats de g\u00e9nie, et qui adoucit consid\u00e9rablement <em>l\u2019arrogance de classe<\/em> dont fit souvent preuve ce <em>Cambridge man<\/em> n\u00e9 au 19\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mais nous, simples humains sans g\u00e9nie particulier, vivons au 21\u00e8me si\u00e8cle. Un si\u00e8cle qui pourrait fort bien \u00eatre le dernier de la liste, tant les ravages caus\u00e9s par notre esp\u00e8ce \u00e0 sa biosph\u00e8re semblent irr\u00e9versibles !<\/p>\n<p>Alors, en quoi les travaux de Keynes peuvent-ils nous aider \u00e0 survivre, puisque c\u2019est en ces termes que se pose d\u00e9sormais la question ?<\/p>\n<p>Eh bien nous dit en synth\u00e8se Paul Jorion, parce que l\u2019\u0153uvre \u00f4 combien imparfaite de Keynes, peut servir de fondation \u00e0 une nouvelle \u00e9conomie politique. \u00c0 une \u00e9conomie qui soit v\u00e9ritablement au service du bien commun, et non comme aujourd\u2019hui, au service d\u2019une poign\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019escroquerie de la \u00ab science \u00e9conomique \u00bb et sa nocivit\u00e9, sont maintenant patentes pour tous. Les th\u00e9ories de Milton Friedman ou de Friedrich Hayek sont d\u00e9sormais reconnues pour ce qu\u2019elles sont vraiment : une religion mortif\u00e8re au service de sociopathes et d\u2019un n\u00e9o-f\u00e9odalisme.<\/p>\n<p>Alors restent Marx et Keynes, les deux grands penseurs ennemis (Keynes \u00e9tait n\u00e9 moins de 3 mois apr\u00e8s la mort de Marx, et il d\u00e9testait cordialement les id\u00e9es marxistes et bien plus encore, l\u2019Union Sovi\u00e9tique). Mais pourquoi ces deux-l\u00e0, alors que le bestiaire de la gent \u00e9conomiste est des plus fourni ? Parce que nous dit Paul Jorion, ces deux-l\u00e0 ne s\u2019adonnent pas \u00e0 la fiction math\u00e9matique, \u00e0 l\u2019utopie d\u2019une th\u00e9orie \u00e9conomique en tant que description scientifique du r\u00e9el. Ces deux-l\u00e0 font de l\u2019\u00e9conomie <strong>politique<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire que tout dans leurs pens\u00e9es, part et converge vers <strong>l\u2019homme et ses besoins<\/strong>.<\/p>\n<p>Ce qui n\u2019emp\u00eache pas Paul Jorion d&rsquo;intituler son dernier chapitre \u00ab ni Marx, ni Keynes \u00bb.<\/p>\n<p>Ni Marx, parce que la profonde gangue dogmatique qui impr\u00e8gne sa pens\u00e9e, a donn\u00e9 les d\u00e9sastreux r\u00e9sultats que l\u2019on sait. Parce qu\u2019il confond sous le terme g\u00e9n\u00e9rique de capitalistes, les dispensateurs de capital, mais \u00e9galement les industriels et les marchands. Mais surtout comme le d\u00e9montre l\u2019auteur, parce que Marx exclut <em>la formation des prix<\/em> et <em>la fixation du niveau des salaires<\/em> du contexte de la \u00ab lutte des classes \u00bb. Ce sont ces deux exclusions du cadre des rapports de force, qui obligeront Marx \u00e0 b\u00e2tir un \u00e9difice bancal \u00e0 base d\u2019arguments d\u2019autorit\u00e9 (si la r\u00e9alit\u00e9 me contredit aujourd\u2019hui, demain elle me donnera raison&#8230;)<\/p>\n<p>Ni Keynes, parce qu\u2019il y a chez lui une absence totale de rapports de force entre les diff\u00e9rents agents \u00e9conomiques ! Parce que prix et taux sont essentiellement d\u00e9cid\u00e9s par les seuls vendeurs\/pr\u00eateurs. Parce que ses fameux \u00ab m\u00e9canismes psychologiques \u00bb ne sont que des <em>deus ex machina<\/em> convoqu\u00e9s pour faire tenir un raisonnement ad hoc. Parce que la nouvelle richesse cr\u00e9\u00e9e appara\u00eet chez lui comme venue de nulle part.<\/p>\n<p>Ni Marx, Ni Keynes, parce que le travail humain est le pivot du syst\u00e8me conceptuel de l&rsquo;un comme de l&rsquo;autre. Or comme chacun le constate, le travail humain dispara\u00eet \u00e0 grande vitesse, remplac\u00e9 par les robots et les logiciels. Comment d\u00e8s lors penser, si ce n\u2019est le consensus social, du moins un monde o\u00f9 le dissensus est maintenu \u00e0 son plus bas niveau ?<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi nous sommes <strong>oblig\u00e9s<\/strong> de sortir du cadre pour penser un nouveau paradigme.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 en quoi nous devons nous inspirer de John Maynard Keynes, pour qui le premier objectif de l\u2019\u00e9conomie \u00e9tait la <strong>paix<\/strong>.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment le livre de Paul Jorion, <em>Penser tout haut l\u2019\u00e9conomie avec Keynes<\/em>, peut aider les hommes et les femmes de bonne volont\u00e9 \u00e0 penser leur avenir. Pour mieux le <strong>prendre en main<\/strong>.<\/p>\n<h3>La folie du rapport de force que notre esp\u00e8ce a engag\u00e9\u2026 avec la Nature<\/h3>\n<p>La lign\u00e9e Homo a travers\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises des goulets d\u2019\u00e9tranglement qui ont failli la faire dispara\u00eetre. Le dernier \u00e9v\u00e9nement catastrophique datant de 69.000 \u00e0 77.000 ans, quand le \u2018super-volcan\u2019 Toba sur l\u2019\u00eele de Sumatra, explosa en causant un hiver nucl\u00e9aire qui amena la population de nos anc\u00eatres au bord de l\u2019extinction.<\/p>\n<p>Et nous voici de nouveau devant un tel goulet d\u2019\u00e9tranglement. \u00c0 la diff\u00e9rence\u00a0 pr\u00e8s, qu\u2019il ne s\u2019agit pas cette fois-ci d\u2019un accident exog\u00e8ne. De ceux o\u00f9 une nature aveugle d\u00e9cime des pans entiers de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me plan\u00e9taire \u00e0 l\u2019aide de titanesques explosions volcaniques ou d\u2019Himalayas c\u00e9lestes nous percutant \u00e0 des vitesses de plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres par seconde.<\/p>\n<p>Non, cette fois-ci la catastrophe a un aspect beaucoup moins spectaculaire. Elle tient dans les quelques centaines de centim\u00e8tres cubes de notre bo\u00eete cr\u00e2nienne. Dans cette \u00e9vidence, que nous \u00e9prouvons les pires difficult\u00e9s \u00e0 brider nos instincts ou \u00e0 nous projeter dans le futur. Dans le constat chaque jour renouvel\u00e9, que demain n\u2019existe pas, et que seule compte la jouissance imm\u00e9diate. Quel que soit le prix de son assouvissement\u00a0!<\/p>\n<p>Et justement, comme les lecteurs attentifs de Paul Jorion le savent bien, tout prix est le r\u00e9sultat d\u2019un rapport de force. En l\u2019occurrence celui que la folie de notre esp\u00e8ce a engag\u00e9\u2026 avec la Nature\u00a0!<\/p>\n<p>C\u2019est en cela que la lecture de\u00a0<em>Penser l\u2019\u00e9conomie tout haut avec Keynes<\/em>\u00a0peut constituer un point de d\u00e9part \u00e0 une r\u00e9flexion commune. En d\u00e9couvrant comment la pens\u00e9e keyn\u00e9sienne, sous des aspects souvent baroques, s\u2019articule autour d\u2019une simple mais n\u00e9cessaire id\u00e9e\u00a0: celle d\u2019une\u00a0<strong>\u00e9conomie au service de la paix<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de cette utopie que nous devons penser tout le reste. De l\u00e0 d\u00e9couleront la prohibition des paris boursiers et des havres fiscaux, la neutralisation par la r\u00e9appropriation populaire des banques syst\u00e9miques et des transnationales. De l\u00e0, nous pourrons penser le partage des richesses produites par la robotique et l\u2019informatique. De ce changement de\u00a0<strong>paradigme \u00e9conomique<\/strong>, d\u00e9couleront des repr\u00e9sentations politiques qui ne seront plus celle de l\u2019argent, mais celles de notre volont\u00e9 commune de donner un avenir viable \u00e0 nos enfants.<\/p>\n<p>Nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019utopie ou \u00e0 la guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-76224\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jorion.jpg\" alt=\"jorion\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Le livre de Paul Jorion au travers la vie et l\u2019\u0153uvre de John Maynard Keynes, nous parle de la gen\u00e8se de la pseudo \u2018science \u00e9conomique\u2019, et comment bien que reposant sur des postulats erron\u00e9s, elle r\u00e9ussit \u00e0 m\u00e9tastaser dans tous les [&hellip;]<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,307,7],"tags":[4340,119],"class_list":["post-79262","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","category-histoire","tag-penser-tout-haut-leconomie-avec-keynes","tag-john-maynard-keynes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79262","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79262"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79262\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":79290,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79262\/revisions\/79290"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}