{"id":79509,"date":"2015-10-11T13:31:31","date_gmt":"2015-10-11T11:31:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=79509"},"modified":"2015-10-11T13:31:31","modified_gmt":"2015-10-11T11:31:31","slug":"recolte-par-jacqueline-hafidi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/10\/11\/recolte-par-jacqueline-hafidi\/","title":{"rendered":"R\u00e9colte, par Jacqueline Hafidi"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>            La lign\u00e9e de ceps abandonn\u00e9s regorgeait de grappes. J\u2019eus t\u00f4t fait d\u2019en remplir mon panier, d\u00e9laiss\u00e9e sur place par mes jeunes amies en qu\u00eate de noix, butin pr\u00e9vu. Les grains \u00e9taient drus, la peau \u00e9paisse, il semblait que le fruit se prot\u00e9geait d\u2019attaques de pr\u00e9dateurs, peut-\u00eatre l\u2019homme exterminateur de vignes parfois, en tous les cas aucune trace  de pourriture n\u2019\u00e9tait visible, quelques grains se dess\u00e9chaient simplement avant de retourner \u00e0 la terre, et je me d\u00e9lectais de ce jus acide et doux \u00e0 la fois, et je me disais qu\u2019il \u00e9tait bon que les ceps soient revenus, vigoureux,  \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage,  sans traitement dispensateur de fragilit\u00e9, et je remerciais toutes les divinit\u00e9s d\u2019avoir \u00e9cart\u00e9 de cette lign\u00e9e de saveurs obscures tout visiteur chimiquement programm\u00e9 autre que moi, promue par la nature au titre de  go\u00fbteuse privil\u00e9gi\u00e9e, unique.<\/p>\n<p>            <!--more--><\/p>\n<p>J\u2019ai plant\u00e9 dans mon jardin un p\u00eacher. Et je l\u2019ai laiss\u00e9, des ann\u00e9es, prosp\u00e9rer en limitant mes interventions \u00e0 la coupe des branches mortes. Advienne que pourra.<\/p>\n<p>Il est advenu, c\u2019est vrai, que l\u2019\u00e9corce s\u2019est fendill\u00e9e, et m\u00eame fendue, que le tronc comme refuge s\u2019est offert aux insectes, que la gomme a install\u00e9 ses bouchons un peu partout o\u00f9 il fallait panser des plaies, que les fruits \u00e0 mi-m\u00fbrissement pourrissaient et que la cloque bouleversait la structure des feuilles faisant preuve, je le lui conc\u00e8de, d\u2019 une imagination color\u00e9e qui leur donnait une allure d\u2019\u0153uvre d\u2019art. Il \u00e9tait grand temps d\u2019envisager la destruction de l\u2019arbre \u00e0 l\u2019automne prochain. Il en fut autrement. Mon d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, ma c\u00e9cit\u00e9, avaient compt\u00e9 sans une r\u00e9silience naturelle venue du fond des \u00e2ges qui me mit sous le nez des fruits dodus, parfaitement sains, pouss\u00e9s en secret, qui avaient fait plier \u00e0 hauteur d\u2019homme les branches basses. Et je d\u00e9couvris l\u2019abondance encore cach\u00e9e de ma future r\u00e9colte jusqu\u2019\u00e0 la miraculeuse d\u00e9gustation Une succulence fit d\u00e9gouliner un jus gorg\u00e9 de soleil dans ma bouche, l\u2019arbre sauv\u00e9 de l\u2019intervention humaine avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 sa propre survie.<\/p>\n<p>            Il n\u2019en fut pas de m\u00eame pour ces femmes arabes d\u2019une cit\u00e9 populaire qui avaient organis\u00e9 dans leur quartier un gardiennage d\u2019enfants pour permettre aux mamans de se d\u00e9placer \u00e0 leur gr\u00e9 dans la ville. Qui conna\u00eet un peu ces femmes, pour avoir particip\u00e9 \u00e0 leur vie dans les villages natals, dans les fermes compos\u00e9es de chambres r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la famille de chaque fr\u00e8re, sait combien elles ma\u00eetrisent au plus profond de leur chair l\u2019\u00e9levage des b\u00e9b\u00e9s et des jeunes enfants jouant dans la cour commune au milieu des animaux domestiques et m\u00e9langeant les parent\u00e9s. Elles n\u2019avaient pas compt\u00e9, \u00e0 leur arriv\u00e9e, en l\u2019occurrence en France, avec l\u2019intervention des pouvoirs publics d\u00e9cr\u00e9tant qu\u2019en l\u2019absence de formation elles n\u2019\u00e9taient pas aptes \u00e0 accomplir ce qu\u2019elles avaient appris \u00e0 ma\u00eetriser d\u00e8s leur naissance, et qu\u2019il fallait qu\u2019elles interrompent leur mission au profit d\u2019une institution plus ad\u00e9quate \u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter ce qui \u00e9tait bien et ce qui ne l\u2019\u00e9tait pas&#8230;<\/p>\n<p>            Tout \u00e7a pour essayer de dire, dans un balbutiement, ce que je ressens de l\u2019\u00e9tat du monde et de l\u2019impact acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des humains sur la plan\u00e8te en voie de d\u00e9vastation et comment elle r\u00e9siste en sourdine aux contraintes b\u00e9n\u00e9fiques ou non qui lui sont impos\u00e9es, disons, depuis un n\u00e9olithique qui a fait na\u00eetre, si j\u2019ai bien compris, les fameuses \u00ab enclosures \u00bb et donc la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Cette propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui maintenant accumule en vain, pour pr\u00e9server les Etats, les murs, les barri\u00e8res,les fronti\u00e8res de fils de fer barbel\u00e9s, r\u00e9tr\u00e9cissant encore plus le bien commun amenuis\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 en \u00e9carter la majorit\u00e9 des vivants au profit d\u2019une infime minorit\u00e9 jalouse de sauvegarder sa capacit\u00e9 pr\u00e9datrice.<\/p>\n<p>            Je tente de r\u00e9sister moi aussi en distribuant, souvent avec avarice,de modestes biens, en jouissant d\u2019une sobri\u00e9t\u00e9 heureuse \u00e0 observer les fleurs qui propagent des messages. Je vais illico me rendre dans ce coin de la ville o\u00f9 deux pommiers abandonn\u00e9s offrent, \u00e0 qui daigne les ramasser, des pommes vertes qui s\u2019adoucissent \u00e0 la cuisson et font les compotes qui vont alimenter mon hiver.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p> La lign\u00e9e de ceps abandonn\u00e9s regorgeait de grappes. J\u2019eus t\u00f4t fait d\u2019en remplir mon panier, d\u00e9laiss\u00e9e sur place par mes jeunes amies en qu\u00eate de noix, butin pr\u00e9vu. 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