{"id":79550,"date":"2015-10-14T18:30:25","date_gmt":"2015-10-14T16:30:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=79550"},"modified":"2015-10-14T18:35:20","modified_gmt":"2015-10-14T16:35:20","slug":"la-solution-du-dilemme-entre-amitie-et-justice-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/10\/14\/la-solution-du-dilemme-entre-amitie-et-justice-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"La solution du dilemme entre amiti\u00e9 et justice, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>La <em>philia<\/em> n\u00e9e de la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance ne peut \u00eatre r\u00e9serv\u00e9e qu\u2019\u00e0 peu d\u2019amis. Elle exige la totalit\u00e9 de l\u2019investissement de chacun pour le plus petit nombre. Entre amis, l\u2019amiti\u00e9 est un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique qui s\u2019affranchit m\u00eame de la justice, ce pour quoi elle est source d\u2019une difficult\u00e9\u00a0: l\u2019amiti\u00e9 ne d\u00e9fie-t-elle pas la justice lorsqu\u2019elle lie entre elles des individus qui la soumettent au calcul de leurs int\u00e9r\u00eats\u00a0? Une telle contrainte pose un dilemme qui r\u00e9siste toujours \u00e0 la r\u00e9flexion philosophique. <em>Comment peut-on passer de l\u2019amiti\u00e9 du plus petit nombre \u00e0 une amiti\u00e9 politique qui embrasse le genre humain\u00a0<\/em>?<br \/>\n<!--more--><\/p>\n<p>C\u2019est la <em><a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=15\">r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire<\/a> <\/em>qui permet de surmonter cette difficult\u00e9\u00a0: dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 dite ternaire (parce qu\u2019il suffit de trois partenaires pour en r\u00e9v\u00e9ler la structure), chacun n\u2019a en face de lui qu\u2019un donateur d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 qu\u2019un donataire\u00a0; n\u00e9anmoins <em>l\u2019obligation<\/em> demeure\u00a0: il doit tenir tous les donateurs et donataires qui se relaient les uns les autres comme d\u2019autres lui-m\u00eame \u2013\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois donateur et donataire\u00a0\u2013 pour qu\u2019il puisse \u00eatre assur\u00e9 de la structure qui fait de lui le b\u00e9n\u00e9ficiaire de la conscience commune. Mais il doit d\u00e8s lors puiser en lui-m\u00eame le sentiment d\u2019\u00eatre <em>responsable de l\u2019humanit\u00e9<\/em>, ce que j\u2019appelle <em>l\u2019individuation de l\u2019\u00eatre<\/em>. La r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire est la matrice de <em>l\u2019individuation<\/em> et de la <em>responsabilit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>D\u00e8s que dans une structure de r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e le sens de la circulation des biens s\u2019inverse ou se complexifie, le souci d\u2019\u00e9quilibrer ce que l\u2019on doit \u00e0 l\u2019un d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et ce que l\u2019on doit \u00e0 l\u2019autre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 transforme le <em>sentiment de responsabilit\u00e9<\/em> en <em>sentiment de justice<\/em>. Dans le march\u00e9 de r\u00e9ciprocit\u00e9, le sentiment de justice scelle toutes les prestations entre elles gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des statuts de production des uns et des autres. Enfin, la r\u00e9ciprocit\u00e9 ainsi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e peut devenir <em>sym\u00e9trique<\/em> d\u00e8s lors que la justice ignorant l\u2019imaginaire des uns et des autres cherche l\u2019\u00e9quilibre objectif des prestations entre les uns et les autres. Le symbole de cette objectivit\u00e9 de la valeur est la <em>monnaie<\/em>.<\/p>\n<p>On voit para\u00eetre entre cette <em>justice<\/em> objective et l\u2019<em>amiti\u00e9<\/em> un dilemme qui effrayait encore dans ses derni\u00e8res m\u00e9ditations Paul Ricoeur\u00a0: comment concilier, disait-il, justice et amiti\u00e9\u00a0? Ne pourrait-on imaginer une forme d\u2019amiti\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une <em>amiti\u00e9 politique\u00a0<\/em>? Aristote a pr\u00e9cis\u00e9 que <em>l\u2019\u00e9quivalence<\/em> du march\u00e9, le <em>prix juste,<\/em> doit \u00eatre d\u00e9finie \u00e0 partir de la situation du plus d\u00e9muni. Il convenait n\u00e9anmoins que la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des uns pouvait rencontrer la cupidit\u00e9 des autres, ou encore que l\u2019amiti\u00e9 pouvait \u00eatre abus\u00e9e par le calcul de celui qui escomptait de son donataire la surench\u00e8re du don (<em>l\u2019amiti\u00e9 utile<\/em>), ce \u00e0 quoi il rem\u00e9diait en exigeant que la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 soit \u00e9clair\u00e9e (<em>\u00e0 bon escient<\/em> disait-il). Comment\u00a0? Par le <em>partage<\/em> des moyens de production plut\u00f4t que des biens de consommation. Et le dilemme (comment se construit l\u2019amiti\u00e9 politique universelle\u00a0?) se r\u00e9sout alors par le partage, la <em>fraternit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Mais pourquoi la soci\u00e9t\u00e9 ne proc\u00e8de-t-elle pas imm\u00e9diatement \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation du <em>partage<\/em>, et ne se con\u00e7oit-elle pas comme la <em>fraternit\u00e9 universelle\u00a0<\/em>? Aristote observait que <em>l\u2019accumulation<\/em> des richesses peut avoir deux finalit\u00e9s contradictoires : assurer la <em>redistribution, <\/em>auquel cas elle est limit\u00e9e parce que les besoins ne sont pas infinis, ou bien fonder le <em>pouvoir de domination<\/em> des uns sur les autres, et elle est alors sans limite. Entre <em>l\u2019\u00e9conomie capitaliste<\/em> et <em>l\u2019\u00e9conomie politique<\/em> il y a, concluait-il, antinomie.<\/p>\n<p>On peut illustrer cette antinomie par l\u2019impasse o\u00f9 se trouve le pouvoir politique europ\u00e9en face au d\u00e9faut de paiement de la Gr\u00e8ce. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne consent une aide \u00e0 la Gr\u00e8ce, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 les cr\u00e9anciers qui d\u00e9tiennent le pouvoir du syst\u00e8me capitaliste conditionnent cette aide \u00e0 leurs profits. Les Grecs consid\u00e8rent pervers d\u2019avoir \u00e0 honorer une dette rendue inique par la rapacit\u00e9 des cr\u00e9anciers et demandent l\u2019annulation partielle de celle-ci mais non sans que ce b\u00e9n\u00e9fice ne soit d\u00e9tourn\u00e9 au profit de leur bourgeoisie nationale\u00a0! Le chevauchement d\u2019une attitude lib\u00e9rale au sens politique du terme (au sens aristot\u00e9licien donc) et d\u2019une attitude lib\u00e9rale au sens du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique cr\u00e9e une zone de turbulence qui repose la question des fondements de l\u2019\u00e9conomie pas seulement pour la Gr\u00e8ce mais pour la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne. La r\u00e9gulation des \u00e9changes en fonction du principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 devrait conduire \u00e0 la solution propos\u00e9e par Keynes\u00a0; la cr\u00e9ation d\u2019une <em>monnaie de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> qu\u2019il appelait le <em>bancor, <\/em>et d\u2019une <em>chambre de compensation internationale<\/em> charg\u00e9e de r\u00e9aliser l\u2019ajustement des <em>monnaies d\u2019\u00e9change<\/em> gr\u00e2ce \u00e0 un int\u00e9r\u00eat progressif sur <em>l\u2019accumulation<\/em> d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et sur <em>l\u2019emprunt<\/em> de l\u2019autre de chaque pays membre de la communaut\u00e9<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Le <em>droit \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> est un droit fondamental car il n\u2019y a pas de soci\u00e9t\u00e9 qui ne soit construite \u00e0 partir de ce principe \u00e0 part la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. La r\u00e9ciprocit\u00e9 est incontournable\u00a0; c\u2019est par elle que l\u2019homme cesse d\u2019\u00eatre une <em>b\u00eate<\/em> ou se pr\u00e9tendre un <em>dieu<\/em>, et qu\u2019il construit son humanit\u00e9 disait le philosophe.<\/p>\n<p>Encore faut-il qu\u2019il fasse pr\u00e9valoir les <em>structures de production des valeurs \u00e9thiques<\/em> sur le <em>pouvoir de domination des uns sur les autres<\/em>. Aujourd\u2019hui, \u00e9tant donn\u00e9s les moyens qui sont \u00e0 sa disposition, le <em>pouvoir de domination<\/em> est devenu un danger pour <em>toute<\/em> l\u2019humanit\u00e9. Et quoique la d\u00e9cision de mettre fin \u00e0 sa menace soit \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde, le <em>partage<\/em> qui se dit aussi <em>fraternit\u00e9 est la solution qui engendre cette amiti\u00e9 politique que tout le monde esp\u00e8re <\/em>mais toujours impossible \u00e0 cause du <em>profit<\/em>. Alors pourquoi ne pas mettre une limite \u00e0 celui-ci\u00a0? Et lui pr\u00e9f\u00e9rer le principe du <em>partage,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire la <em>fraternit\u00e9 universelle\u00a0<\/em>?<\/p>\n<p>=====================<br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Une cour de justice internationale pourrait se prononcer sur le respect du principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 sans lequel la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9pend des exigences du plus fort\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La <em>philia<\/em> n\u00e9e de la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance ne peut \u00eatre r\u00e9serv\u00e9e qu\u2019\u00e0 peu d\u2019amis. Elle exige la totalit\u00e9 de l\u2019investissement de chacun pour le plus petit nombre. Entre amis, l\u2019amiti\u00e9 est un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique qui s\u2019affranchit m\u00eame de la justice, ce pour quoi elle est source d\u2019une difficult\u00e9\u00a0: l\u2019amiti\u00e9 ne d\u00e9fie-t-elle pas [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3594,3066],"tags":[4514,4487],"class_list":["post-79550","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ethique-2","category-justice","tag-amitie","tag-justice"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79550","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79550"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79550\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":79574,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79550\/revisions\/79574"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79550"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79550"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79550"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}