{"id":79810,"date":"2015-10-25T13:35:25","date_gmt":"2015-10-25T11:35:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=79810"},"modified":"2015-10-25T13:35:25","modified_gmt":"2015-10-25T11:35:25","slug":"la-pretendue-creation-monetaire-ex-nihilo-par-les-banques-commerciales-par-stephane-samuel-pourtales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/10\/25\/la-pretendue-creation-monetaire-ex-nihilo-par-les-banques-commerciales-par-stephane-samuel-pourtales\/","title":{"rendered":"La pr\u00e9tendue cr\u00e9ation mon\u00e9taire \u00ab\u00a0ex nihilo\u00a0\u00bb par les banques commerciales, par St\u00e9phane-Samuel Pourtal\u00e8s"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, de plus en plus de vid\u00e9os veulent nous \u00ab\u00a0r\u00e9informer\u00a0\u00bb sur le \u00ab\u00a0scandale\u00a0\u00bb de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire par les banques priv\u00e9es.<\/p>\n<p>Paul Jorion consacre tout un chapitre de son\u00a0<em><a href=\"http:\/\/www.odilejacob.fr\/catalogue\/sciences-humaines\/economie-et-finance\/penser-tout-haut-leconomie-avec-keynes_9782738133083.php\" target=\"_blank\">Penser tout haut l&rsquo;\u00e9conomie avec Keynes<\/a><\/em>\u00a0(pp. 111-124) \u00e0 cette croyance, qui n&rsquo;est pas n\u00e9e d&rsquo;hier. Elle a fait l&rsquo;objet de publications depuis la fin du XIXe si\u00e8cle (Newcomb, Fisher, Withers) rapport\u00e9es (et soutenues) par Schumpeter dans\u00a0<em>l&rsquo;Histoire de l&rsquo;analyse \u00e9conomique.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie est arbor\u00e9e aujourd&rsquo;hui par des personnes pensant \u00ab mettre \u00e0 jour le c\u0153ur du syst\u00e8me\u00a0\u00bb. Elle a pourtant \u00e9t\u00e9 produite, et depuis bien longtemps, par des t\u00e9nors de la doctrine ultralib\u00e9rale. Parce qu&rsquo;elle implique, comme on va le voir, une \u00ab\u00a0euthanasie de l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb par la disqualification du r\u00f4le de sa banque centrale.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>J&rsquo;ai achet\u00e9 une planche de surf. Mais je vis \u00e0 Clermont-Ferrand et je ne surfe que quelques semaines par an, pendant mes vacances. Je l&rsquo;ai donc pr\u00eat\u00e9e \u00e0 mon pote Quentin qui habite \u00e0 Biarritz. Quentin la pr\u00eate \u00e0 son tour, de temps en temps, \u00e0 Jos\u00e9. Quelle est la situation \u00e0 l&rsquo;instant T\u00a0?<\/p>\n<ol>\n<li>J&rsquo;ai une planche de surf. Vous ne me contesterez pas ce fait. Mais vous me demanderez peut-\u00eatre\u00a0: montre-moi ta planche de surf. Alors je serai oblig\u00e9 de rectifier l\u00e9g\u00e8rement\u00a0: je poss\u00e8de une planche de surf, mais, \u00e0 cet instant T, je ne peux pas te la montrer.<\/li>\n<li>Jos\u00e9 a une planche de surf. D&rsquo;ailleurs, il est debout dessus en train de taquiner la mer. Les badauds sur la plage le regardent \u00e9voluer et il n&rsquo;y a de doute pour personne\u00a0: Jos\u00e9 a une planche de surf. Sinon il ne serait pas debout sur la vague. Mais si l&rsquo;un d&rsquo;entre eux lui propose de l&rsquo;acheter, Jos\u00e9 r\u00e9pond qu&rsquo;il ne fait qu&rsquo;utiliser cette planche, qui n&rsquo;est \u00e0 lui que pour quelques heures.<\/li>\n<li>Au m\u00eame moment, Quentin prend un verre avec des amis devant la plage. \u00ab\u00a0Quentin, la m\u00e9t\u00e9o annonce des creux superbes pour demain. As-tu une planche de surf\u00a0?\u00a0Oui, Greg, r\u00e9pond Quentin, j&rsquo;ai une planche de surf. Je te la pr\u00eate demain.\u00a0\u00bb Quentin a en main la disponibilit\u00e9 de cette planche de surf dans la bonne ville de Biarritz.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Quentin, Jos\u00e9 et moi, nous disons tous au m\u00eame moment, et avec toute la bonne foi possible : \u00ab J&rsquo;ai une planche de surf\u00a0\u00bb. Mais il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule planche de surf. Simplement, la \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb de cette unique planche est \u00e0 cet instant T partag\u00e9e par trois personnes, selon des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes pour chacune d&rsquo;elles, et compl\u00e9mentaires. Il n&rsquo;y a pas, comme on le pr\u00e9tend, deux planches de surf cr\u00e9\u00e9es \u00e0 partir d&rsquo;une, par un \u00ab\u00a0simple jeu d&rsquo;\u00e9critures\u00a0\u00bb. Dans cette situation, les pr\u00e9rogatives des trois personnes sur cet objet sont excluantes les unes des autres\u00a0: Jos\u00e9 ne peut pas vendre cette planche, et moi je ne peux pas l&rsquo;utiliser. Situation valable uniquement pour cet instant T.<\/p>\n<p>Quand Quentin assure \u00e0 Greg la disponibilit\u00e9 de la planche pour le lendemain, Greg dispose \u00e0 son tour d&rsquo;un droit sur cette planche, droit qui ne sera utilisable que le lendemain mais qui est effectif \u00e0 ce m\u00eame instant T, et dont il peut d\u00e9j\u00e0 se pr\u00e9valoir pour faire le fier aupr\u00e8s de ses potes. Il les appelle tout de suite avec son portable et dit \u00e0 son tour\u00a0: \u00ab\u00a0j&rsquo;ai une planche\u00a0!\u00a0\u00bb Mais une fois de plus, aucune planche de surf n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0cr\u00e9\u00e9e ex nihilo\u00a0\u00bb. Ce qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 ce sont des intrications de propri\u00e9t\u00e9 sur une seule et m\u00eame planche.<\/p>\n<p>Sauf si l&rsquo;on \u00ab\u00a0d\u00e9sincarne\u00a0\u00bb cette brave planche de surf, et que l&rsquo;on consid\u00e8re, par abus de langage, les quatre titres dont disposent Quentin, Jos\u00e9, Greg et moi sur cet objet comme \u00e9quivalents \u00e0 l&rsquo;objet lui-m\u00eame, comme de m\u00eame nature que cet objet. Alors on pr\u00e9tendra qu&rsquo;il existe quatre planches de surf. C&rsquo;est ce que Paul Jorion pointe comme \u00ab\u00a0l&rsquo;assimilation abusive des reconnaissances de dette avec de la monnaie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quelle est l&rsquo;utilit\u00e9 de cette assimilation abusive pour la \u00ab\u00a0science \u00e9conomique\u00a0\u00bb de Schumpeter et de ses disciples\u00a0?<\/p>\n<p>En pr\u00e9tendant simplifier le probl\u00e8me de la propri\u00e9t\u00e9 de ma planche de surf \u00e0 l&rsquo;instant T en r\u00e9duisant cette planche, cet objet r\u00e9el, \u00e0 une somme de titres de droits d&rsquo;usage sur elle, on \u00ab\u00a0oublie\u00a0\u00bb qu&rsquo;un objet existe bel et bien au centre de cette complexit\u00e9, et que sa r\u00e9alit\u00e9 ne peut \u00eatre remise en cause sans que toute l&rsquo;imbrication des titres ne s&rsquo;effondre. Or ma planche n&rsquo;existe pas que par les usages et les droits qui sont issus d&rsquo;elle. Je le sais, je l&rsquo;ai eue dans les mains, elle est \u00e0 moi, quand m\u00eame\u00a0! Je l&rsquo;ai choisie, je l&rsquo;ai achet\u00e9e. Je connais son poids et ses couleurs.<\/p>\n<p>Je suis l&rsquo;\u00c9tat et, vous l&rsquo;avez compris, cette planche est ma monnaie. MA monnaie. Ma monnaie qui se retrouve dans les mains de Quentin, de Jos\u00e9 ou de Greg. Dire que cette planche de surf n&rsquo;a pas d&rsquo;existence en soi, qu&rsquo;il n&rsquo;existe que des planches-cr\u00e9dits ou des planches-cr\u00e9dits-d\u00e9riv\u00e9s, c&rsquo;est nier l&rsquo;existence m\u00eame du sport, des hommes et de la mer, c&rsquo;est nier le sourire de Jos\u00e9, dans le contre-jour de la fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, c&rsquo;est nier que \u00e7a glisse dr\u00f4lement bien \u00e0 cette instant T, juste avant le close-out, ce moment o\u00f9\u00a0la vague se ferme, ou elle s&rsquo;\u00e9crase de tout son long et rampe vers la plage&#8230;<\/p>\n<p>Quentin \u00e9tait mon ami, et pourtant c&rsquo;est dans son cerveau qu&rsquo;a germ\u00e9 cette id\u00e9e folle. Un jour je l&rsquo;ai appel\u00e9, comme \u00e7a, et on a discut\u00e9 et tout, et je lui ai demand\u00e9 des nouvelles de mon surf, alors il m&rsquo;a r\u00e9pondu \u00e7a\u00a0: \u00ab\u00a0Quel surf, St\u00e9phane\u00a0?\u00a0\u00bb Puis il a tout de suite encha\u00een\u00e9, en me parlant d&rsquo;une vieille histoire, un secret qu&rsquo;il savait sur moi, juste en \u00e9voquant \u00e7a, l&rsquo;air de rien. Du coup je n&rsquo;ai pas os\u00e9 r\u00e9pondre. Rien du tout. Je sais, c&rsquo;est \u00e9norme. C&rsquo;est ce jour-l\u00e0 que mon surf a disparu.<\/p>\n<p>Enfin, pas pour tout le monde. J&rsquo;ai su peu apr\u00e8s que Quentin se faisait du pognon avec en le louant aux touristes. Il racontait partout qu&rsquo;il n&rsquo;appartenait \u00e0 personne, et m\u00eame qu&rsquo;aucun surf ne devrait jamais appartenir \u00e0 quelqu&rsquo;un, et qu&rsquo;il \u00e9tait juste l\u00e0 pour le rendre disponible \u00e0 tous. Et que d&rsquo;un surf, il en avait fait cent. Vive la libert\u00e9, il disait m\u00eame. Je connaissais Quentin. Je savais qu&rsquo;il ne croyait pas lui-m\u00eame \u00e0 ses impr\u00e9cations surr\u00e9alistes. Mais l&rsquo;affaire tournait et les touristes avaient l&rsquo;air de le croire, alors&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, de plus en plus de vid\u00e9os veulent nous \u00ab\u00a0r\u00e9informer\u00a0\u00bb sur le \u00ab\u00a0scandale\u00a0\u00bb de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire par les banques priv\u00e9es.<\/p>\n<p>Paul Jorion consacre tout un chapitre de son\u00a0<em><a href=\"http:\/\/www.odilejacob.fr\/catalogue\/sciences-humaines\/economie-et-finance\/penser-tout-haut-leconomie-avec-keynes_9782738133083.php\" target=\"_blank\">Penser tout haut l&rsquo;\u00e9conomie avec Keynes<\/a><\/em>\u00a0(pp. 111-124) \u00e0 cette croyance, qui n&rsquo;est pas n\u00e9e d&rsquo;hier. 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