{"id":80451,"date":"2015-11-26T15:39:44","date_gmt":"2015-11-26T14:39:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=80451"},"modified":"2015-11-26T16:52:34","modified_gmt":"2015-11-26T15:52:34","slug":"la-violence-nue-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2015\/11\/26\/la-violence-nue-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"La violence nue, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. P. J. : Je me permets d&rsquo;attirer votre attention sur ce qui me para\u00eet une r\u00e9flexion essentielle ici sur le <u>meurtre-suicide<\/u>. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Toutes les soci\u00e9t\u00e9s, nous rappelle Marcel Mauss, sont fond\u00e9es \u00e0 l\u2019origine sur le <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=7\">principe de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/a>. Mais d\u2019o\u00f9 vient que depuis l\u2019origine des temps les soci\u00e9t\u00e9s se livrent des guerres inexpiables\u00a0? Serait-ce que chaque syst\u00e8me de r\u00e9ciprocit\u00e9 produirait un sentiment de l\u2019humain, exclusif et irr\u00e9ductible\u00a0? Hors de la r\u00e9ciprocit\u00e9, autrui serait-il abandonn\u00e9 aux forces de la nature\u00a0?<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>La violence et la r\u00e9ciprocit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>Rappelons comment la violence est ma\u00eetris\u00e9e dans le domaine politique o\u00f9 la r\u00e9ciprocit\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, et dans le domaine religieux o\u00f9 la r\u00e9ciprocit\u00e9 est centralis\u00e9e (<a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=18\">r\u00e9ciprocit\u00e9 centralis\u00e9e<\/a>).<\/p>\n<p>Dans la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 centralis\u00e9e<\/em>, <em>l\u2019interm\u00e9diaire commun<\/em> est seul <em>responsable<\/em> de la <em>justice<\/em>. <em>Toute<\/em> la communaut\u00e9 lui est redevable sans que cette all\u00e9geance paraisse une ali\u00e9nation. D\u00e8s lors qu\u2019un membre de la communaut\u00e9 se r\u00e9volte, la <em>totalit\u00e9 <\/em>de la communaut\u00e9 doit \u00eatre restaur\u00e9e, la \u201cbrebis perdue\u201d retrouv\u00e9e\u00a0; la communaut\u00e9 paie sa r\u00e9insertion par le <em>sacrifice expiatoire<\/em> souvent interpr\u00e9t\u00e9 comme <em>purification<\/em> apr\u00e8s une souillure\u00a0<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. \u00c0 qui ne trouve pas sa place dans la <em>totalit\u00e9,<\/em> la soci\u00e9t\u00e9 oppose une contrainte pour le soumettre \u00e0 la Loi\u00a0<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Qui refuse d\u2019\u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la <em>totalit\u00e9<\/em> est banni de l\u2019humanit\u00e9. Cependant, lorsque l\u2019imaginaire l\u2019emporte sur le symbolique, la parole (<em>religieuse<\/em>) n\u2019exprime plus que le <em>pouvoir<\/em> de cet imaginaire.<\/p>\n<p>Si deux <em>paroles religieuses<\/em> se trouvent face \u00e0 face, chacune frappe l\u2019autre d\u2019ostracisme, comme les <em>catholiques,<\/em> les <em>cathares<\/em> ou les <em>protestants<\/em>, ou les <em>sunnites<\/em> les <em>chiites,<\/em> et les <em>chiites<\/em> les <em>sunnites\u2026<\/em>\u00a0Elles s\u2019affrontent dans des luttes sans piti\u00e9 comme celles qui d\u00e9ciment aujourd\u2019hui les populations sous le joug des diverses confessions islamiques.<\/p>\n<p>Dans la <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=17\">r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/a>, la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 positive<\/em> est oppos\u00e9e \u00e0 la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative<\/em>. Si l\u2019imaginaire de la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative l\u2019emporte, la <em>vengeance<\/em> semble justifier la violence parce qu\u2019elle produit le sentiment d\u2019\u00eatre humain dans l\u2019imaginaire de <em>l\u2019honneur<\/em>. Selon le grec ancien, la notion de r\u00e9ciprocit\u00e9 (<em>antipeponthos<\/em>) tire son origine de cette relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative (<em>antipaskein<\/em> = souffrir \u00e0 son tour). La tradition h\u00e9bra\u00efque ordonne la vengeance de celui qui a <em>subi<\/em> la violence, le <em>talion\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><em>,<\/em> \u00e0 une finalit\u00e9 \u00e9thique.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 domine la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative, le meurtre de vengeance n\u2019est pas dirig\u00e9 contre l\u2019auteur du premier meurtre mais \u00e0 d\u00e9faut contre n\u2019importe qui peut lui \u00eatre substitu\u00e9 comme victime. Ce qui importe n\u2019est pas la haine ni une vindicte subjective mais le respect de la structure de <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=8\">r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative<\/a> parce qu\u2019elle est la matrice du sentiment de l\u2019honneur. La r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative para\u00eet erratique ou aveugle, mais elle est en r\u00e9alit\u00e9 syst\u00e9mique. Elle fait appara\u00eetre mieux que la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive que le symbolique ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment le surnaturel se paie du sacrifice. Cependant, nombreux sont les peuples qui ont domin\u00e9 la violence en rempla\u00e7ant la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative par la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive\u00a0<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Et lorsque \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du domaine social structur\u00e9 par la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive un membre de la communaut\u00e9 fait intervenir une modalit\u00e9 de la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative, le r\u00e9tablissement de la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive exige la d\u00e9nonciation de cette modalit\u00e9 n\u00e9gative comme le <em>mal<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><\/a><\/em> [5]. La violence devient <em>sanction\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Sans doute la parole religieuse s\u2019accorde plus ais\u00e9ment avec la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 centralis\u00e9e<\/em> en conjoignant les diverses activit\u00e9s de la cit\u00e9 sous un seul commandement, tandis que la parole politique s\u2019accorde plus ais\u00e9ment avec la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/em>, mais <em>pouvoir religieux<\/em> et <em>pouvoir politique<\/em> n\u2019en sont pas moins concurrents, et leur rivalit\u00e9 est une des causes les plus importantes des turbulences de la soci\u00e9t\u00e9. La violence resurgit en effet de l\u2019antinomie du <em>pouvoir religieux<\/em> et du<em> pouvoir politique,<\/em> comme on peut l\u2019observer dans le monde arabe et musulman o\u00f9 la comp\u00e9tition pour le pouvoir politique et le pouvoir religieux est demeur\u00e9e jusqu\u2019ici sans solution.<\/p>\n<p>Mais laissons \u00e0 pr\u00e9sent cette violence institu\u00e9e par <em>l\u2019imaginaire<\/em> sous les cat\u00e9gories du <em>bien<\/em> et du <em>mal<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la violence utilis\u00e9e comme <em>purification<\/em> ou <em>sanction<\/em>, et la violence qui oppose des syst\u00e8mes concurrents pour r\u00e9fl\u00e9chir sur la <em>violence absolue<\/em>, la violence du <em>pouvoir souverain<\/em>, \u00e0 la limite donc des syst\u00e8mes de r\u00e9ciprocit\u00e9. Que se passe-t-il aux limites de la r\u00e9ciprocit\u00e9 lorsque commence le <em>non-humain<\/em>, et la possibilit\u00e9 de la <em>guerre totale<\/em>. N\u2019y a-t-il pas d\u2019autre avenir que la guerre ?<\/p>\n<p><strong>La violence et le libre-\u00e9change<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 <em>l\u2019absolu<\/em> de tout sentiment, \u00e9thique compris, la <em>conscience<\/em> se rebelle. Elle cherche \u00e0 s\u2019affranchir de la <em>suj\u00e9tion<\/em> \u00e0 <em>l\u2019absolu de la conscience affective<\/em>. C\u2019est au nom de la <em>raison<\/em> que chacun entend d\u00e8s lors s\u2019adresser \u00e0 autrui. Comme <em>le libre-\u00e9change<\/em> bannit toute interf\u00e9rence \u00e9thique, la <em>raison<\/em> propose de remplacer aux confins de l\u2019id\u00e9al de chacun la <em>guerre<\/em> par <em>le libre-\u00e9change<\/em>. D\u00e8s lors la violence n\u2019appara\u00eet plus que sous l\u2019aspect mod\u00e9r\u00e9 de la concurrence (le <em>doux commerce<\/em>).<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale se fonde sur les principes de libert\u00e9 et de justice. Le <em>bien<\/em> revendiqu\u00e9 en fonction de l\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0propre implique que tout individu puisse actualiser ses comp\u00e9tences en fonction de ses pr\u00e9f\u00e9rences et de son id\u00e9al. Cette \u00e9galit\u00e9 de droit implique que sa libert\u00e9 n\u2019entrave pas la libert\u00e9 des autres. L\u2019\u00e9thique lib\u00e9rale a donc pour postulat le <em>respect<\/em> de la <em>libert\u00e9<\/em> individuelle. Le libre-\u00e9change et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sont alors pr\u00e9sent\u00e9s comme les conditions pr\u00e9alables \u00e0 la souverainet\u00e9 de l\u2019individu sur sa propre vie dont il peut se d\u00e9clarer <em>responsable<\/em>.<\/p>\n<p>Toutefois quelque chose obscurcit cette argumentation. Responsabilit\u00e9, justice, libert\u00e9 sont des <em>sentiments<\/em> attribu\u00e9s \u00e0 <em>l\u2019individu<\/em>. Lorsqu\u2019ils s\u2019expriment, ces sentiments sont la manifestation du <em>pouvoir<\/em> de l\u2019individu, et l\u2019expression d\u2019un pouvoir <em>souverain<\/em>. Ce pouvoir se trouve n\u00e9cessairement confront\u00e9 \u00e0 celui d\u2019autrui. Et voici le paradoxe\u00a0: le <em>libre-\u00e9change,<\/em> par sa neutralit\u00e9, se propose comme alternative de la <em>guerre,<\/em> mais soumettant la <em>raison<\/em> \u00e0 l\u2019<em>int\u00e9r\u00eat<\/em> de l\u2019<em>individu,<\/em> il ali\u00e8ne la <em>libert\u00e9<\/em> dans le <em>pouvoir<\/em> de chacun. La <em>libert\u00e9<\/em> cesse donc d\u2019\u00eatre <em>commune<\/em>. <strong>C\u2019est au <em>pouvoir<\/em> <em>de domination des uns sur les autres<\/em> que la <em>raison utilitariste<\/em> encha\u00eene la <em>libert\u00e9<\/em>, et \u00e0 la <em>force<\/em> qu\u2019elle r\u00e9duit la <em>valeur<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>La <em>raison<\/em> dans <em>l\u2019\u00e9change<\/em> s\u2019inqui\u00e8te des choses et de leur prix, chacune r\u00e9pondant de son utilit\u00e9. Elle \u00e9value le risque et le co\u00fbt de l\u2019affrontement n\u00e9cessaire \u00e0 leur acquisition. <strong>Au lieu de prendre conscience de la <em>gen\u00e8se de la valeur, <\/em>elle sert <em>le pouvoir<\/em> d\u2019une <em>libert\u00e9 arbitraire<\/em>.<\/strong> L\u2019objectivit\u00e9 des rapports de force dans le cadre du libre-\u00e9change est indiff\u00e9rente \u00e0 toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e9thique due aux relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui sont aussit\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9es comme des obstacles \u00e0 la libre circulation des richesses\u00a0<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. La condition du libre-\u00e9change est la <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em>. <strong>Aussit\u00f4t que la r\u00e9ciprocit\u00e9 est remplac\u00e9e par le rapport de force instaur\u00e9 par la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em>, la soci\u00e9t\u00e9 est priv\u00e9e de la matrice qui lui assurait une \u00e9thique <em>commune<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque les <em>prol\u00e9taires<\/em> se rebellent, ils remplacent l\u2019arbitraire de la libert\u00e9 individuelle par l\u2019\u00e9galit\u00e9. Le <em>collectivisme<\/em> s\u2019oppose donc \u00e0 <em>l\u2019individualisme<\/em> mais aussi \u00e0 la relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 : il l\u2019annihile au b\u00e9n\u00e9fice de <em>l\u2019identit\u00e9 collective<\/em>. La <em>privatisation<\/em> de la propri\u00e9t\u00e9 se pr\u00e9sente alors comme le bouclier de la <em>libert\u00e9 individuelle face au collectivisme,<\/em> comme on l\u2019observe dans l\u2019Europe de l\u2019Est depuis l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique, mais elle n\u2019en demeure pas moins le puits sans fonds de <em>l\u2019accumulation capitaliste<\/em>. <em>Individualisme, lib\u00e9ralisme, capitalisme<\/em> s\u2019encha\u00eenent.<\/p>\n<p>Le <em>collectivisme<\/em> ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9cus\u00e9 (Gorbatchev), le <em>lib\u00e9ralisme <\/em>est seul aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9fier la <em>libert\u00e9 commune<\/em> au nom de la <em>libert\u00e9<\/em> <em>arbitraire.<\/em> Lorsque le capitalisme rencontre un march\u00e9 de r\u00e9ciprocit\u00e9 ou de redistribution traditionnel, il le d\u00e9truit comme en Am\u00e9rique, en Chine, en Australie, au Japon\u2026 Il s\u2019offre m\u00eame le luxe de r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019imaginaire des soci\u00e9t\u00e9s vaincues pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats\u00a0<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Et il suffit que les individus s\u2019unissent en fonction de leur int\u00e9r\u00eat pour que naisse le <em>fascisme<\/em>. En cas de d\u00e9pression \u00e9conomique, la d\u00e9rive du lib\u00e9ralisme en fascisme est syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>L\u2019antinomie entre la <em>force<\/em> et la <em>valeur<\/em> se manifeste non seulement par une violence aveugle mais erratique\u00a0: aucune r\u00e9f\u00e9rence qu\u2019elle soit de nature affective ou rationnelle ne peut ancrer cette violence sur autre chose que le <em>pouvoir pour le pouvoir<\/em> qui se pr\u00e9tend la libert\u00e9 absolue.<\/p>\n<p><strong>L\u2019impuissance de la raison \u00e0 cr\u00e9er l\u2019\u00e9thique commune dans le domaine \u00e9conomique est une cons\u00e9quence de l\u2019interpr\u00e9tation des rapports \u00e9conomiques comme rapports de force.<\/strong><\/p>\n<p>Aux fronti\u00e8res du libre-\u00e9change, la violence militaire relaie la force mon\u00e9taire. Si<em> l\u2019\u00e9change est l\u2019alternative de la guerre, o\u00f9 cesse l\u2019\u00e9change la guerre devient totale.<\/em> Il devient ainsi possible de d\u00e9truire ceux qui refusent de se soumettre au syst\u00e8me capitaliste par des meurtres de masse, bombardements aveugles, ou des assassinats cibl\u00e9s sans \u00e9prouver le moindre sentiment de culpabilit\u00e9\u00a0<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Il y a une relation entre l\u2019ali\u00e9nation de la raison dans le <em>pouvoir pour le pouvoir<\/em>, le <em>pouvoir nu<\/em>, et la <em>violence nue <\/em>que les critiques de cette ali\u00e9nation d\u00e9noncent \u00e0 juste titre comme la manifestation du <em>Satan<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019est donc \u00e0 la fronti\u00e8re non pas de la <em>raison<\/em> mais de son instrumentalisation par la <em>force<\/em> que na\u00eet l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019\u00e9change. La <em>raison<\/em> n\u2019est pas en cause\u00a0!\u00a0<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Mais l\u2019aveuglement de la raison par la force efface de la conscience les valeurs symboliques qui devraient en constituer la puissance \u00e9thique\u00a0<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. <strong>L\u2019<em>absolu<\/em> de la conscience affective et des valeurs \u00e9thiques n\u2019est donc pas la seule origine de la violence nue. L\u2019ali\u00e9nation de la <em>raison<\/em> dans la <em>force<\/em> l\u2019est tout autant.<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 vient donc que d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la raison condamne le meurtre, et que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 qui se pr\u00e9vaut de la raison assume le crime inavou\u00e9, la torture, la guerre, et qu\u2019elle s\u2019enrichisse de la vente d\u2019armes aux peuples qu\u2019elle pille, d\u00e9truit et conduit au chaos\u00a0?<\/p>\n<p>Cette contradiction a sa source dans le primat de l\u2019individu qui s\u2019autorise \u00e0 d\u00e9finir la libert\u00e9 en fonction de son int\u00e9r\u00eat, au prix de la libert\u00e9 commune engendr\u00e9e par la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p>Il appartient donc \u00e0 la raison de se lib\u00e9rer du pouvoir capitaliste qui l\u2019utilise de mani\u00e8re irrationnelle, et de reconna\u00eetre que le <em>pouvoir nu <\/em>associ\u00e9 \u00e0 la <em>violence nue<\/em> n\u2019est pas la bonne r\u00e9ponse \u00e0 la <em>violence du symbolique<\/em>.<\/p>\n<p>Le <em>suicide<\/em> des victimes peut appara\u00eetre comme un ultime recours pour d\u00e9noncer l\u2019hypocrisie de ceux qui substituent \u00e0 <em>l\u2019\u00e9thique<\/em> <em>commune<\/em> leur <em>libert\u00e9 arbitraire<\/em> en niant la r\u00e9ciprocit\u00e9. Le suicide <em>somatise<\/em> la <em>mort annonc\u00e9e<\/em> et renvoie au meurtrier l\u2019\u00e9vidence de son crime (Jan\u00a0Palach). Le criminel d\u00e9masqu\u00e9 est cependant priv\u00e9 du <em>sentiment commun d\u2019humanit\u00e9<\/em> que pourrait lui valoir la r\u00e9ciprocit\u00e9 de vengeance parce qu\u2019il lui faudrait subir une agression pour prendre conscience de son acte, et qu\u2019il ne peut la subir puisque sa victime refuse de se venger\u00a0<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Il est certes <em>exclu<\/em> de l\u2019Humanit\u00e9. Mais une telle <em>excommunication<\/em> est sans effet sur qui ne <em>peut<\/em> se reconna\u00eetre dans le <em>sentiment d\u2019humanit\u00e9 <\/em>auquel en appelle la victime faute d\u2019appartenir \u00e0 un syst\u00e8me de r\u00e9ciprocit\u00e9. Le suicide de Bobby Sands et de ses camarades est inefficace sur Mme Thatcher.<\/p>\n<p>Le suicide peut alors s\u2019accompagner d\u2019un meurtre, le <em>meurtre-suicide,<\/em>\u00a0qui peut s\u2019interpr\u00e9ter comme un <em>d\u00e9fi<\/em> pour engager la <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=45\">dialectique de la vengeance<\/a>. Le <em>terroriste<\/em> force en effet <em>son adversaire <\/em>\u00e0 entrer dans la dialectique de la vengeance. En se suicidant, n\u00e9anmoins, il d\u00e9robe \u00e0 sa victime la vengeance \u00e0 laquelle elle a droit. Il cr\u00e9e une <em>chim\u00e8re<\/em> de r\u00e9ciprocit\u00e9 de vengeance pour s\u2019approprier le sentiment de l\u2019honneur. Il s\u2019approprie la clef de la conscience \u00e9thique. Lorsqu\u2019il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une <em>parole religieuse,<\/em> il fait de la <em>clef<\/em>, la clef du <em>paradis<\/em>, de la <em>valeur<\/em> son <em>Dieu<\/em>, et de celui qui se <em>sacrifie<\/em> dans le meurtre-suicide un <em>martyr<\/em>. Le <em>meurtre-suicide <\/em>est une <em>vengeance sans pardon<\/em>.<\/p>\n<p><em>L\u2019hypocrite<\/em> pourrait changer la donne, refuser une telle provocation en se reconnaissant le premier agresseur. Mais il pr\u00e9f\u00e8re <em>nier<\/em> et nommer son ennemi <em>terroriste<\/em>. \u201cTerroristes\u201d les <em>communistes<\/em> du <em>Vietnam<\/em>, du <em>Laos<\/em>, les <em>moudjahidine<\/em> alg\u00e9riens, les <em>taliban <\/em>d\u2019Afghanistan<em>,<\/em> les <em>fr\u00e8res<\/em> <em>musulmans<\/em> \u00e9gyptiens, les <em>feddayin<\/em> palestiniens, les <em>r\u00e9sistants<\/em> <em>kurdes<\/em>, les <em>islamistes<\/em>\u2026 La <em>rh\u00e9torique du terrorisme<\/em> voile qui est le premier agresseur.<\/p>\n<p>En somme les capitalistes ne n\u00e9gocient pas leur syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence. La coalition des capitalistes en nations, puis en ligues internationales, puis transnationales affronte aujourd\u2019hui les autres puissances du monde, les autres civilisations, en particulier celles qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 une \u201cLoi divine\u201d de fa\u00e7on aveugle. La confrontation du capitalisme et de l\u2019Islam en est une illustration. Le <em>11 Septembre<\/em> une image extraordinaire. Le <em>terrorisme<\/em> <em>islamique<\/em> d\u00e9nonce <em>l\u2019hypocrisie<\/em> <em>capitaliste<\/em> avec des symboles massifs\u00a0: la <em>tour de contr\u00f4le<\/em> de l\u2019\u00e9conomie capitaliste<em>,<\/em> le <em>world trade center<\/em>\u00a0; son centre militaire, le <em>Pentagone<\/em>\u00a0; et son centre politique, la <em>Maison-Blanche<\/em>. Il frappe par<em> le meurtre-suicide. <\/em>Peut-on \u00eatre plus clair\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Ma\u00eetriser la violence<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons reconnu la violence qui appara\u00eet \u00e0 la limite de la conscience o\u00f9 toute relation se confond avec une relation de force comme la <em>violence<\/em> <em>nue<\/em>. La <em>violence nue<\/em> commence vis-\u00e0-vis d\u2019autrui d\u00e8s lors que la parole de <em>l\u2019individu particulier<\/em>, ou de la <em>totalit\u00e9 de la communaut\u00e9<\/em>, se pr\u00e9tend le <em>pouvoir<\/em> d\u2019une <em>libert\u00e9 souveraine<\/em>. Cette souverainet\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 <em>l\u2019absolu<\/em> des sentiments \u00e9thiques n\u00e9s de la r\u00e9ciprocit\u00e9, auquel s\u2019ajoute le fait que la <em>parole<\/em>, qu\u2019elle soit <em>politique<\/em> ou <em>religieuse<\/em> (en vertu des deux modalit\u00e9s de la fonction symbolique\u00a0: le <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=30\">principe d\u2019opposition<\/a> et le <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=29\">principe d\u2019union<\/a>), est polaris\u00e9e par la logique de non-contradiction qui exclut son contraire. La parole politique affronte alors la parole religieuse\u00a0!<\/p>\n<p>Toutes les valeurs n\u00e9es de la r\u00e9ciprocit\u00e9 cr\u00e9ent une suj\u00e9tion, insurmontable tant qu\u2019elles sont exprim\u00e9es dans un imaginaire donn\u00e9 (honneur ou prestige). La r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (la r\u00e9ciprocit\u00e9 de march\u00e9) est la matrice de l\u2019individuation du sujet et de la responsabilit\u00e9 personnelle de tout un chacun vis-\u00e0-vis de la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. La r\u00e9ciprocit\u00e9 \u201c<a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=9\">sym\u00e9trique<\/a>\u201d permet aux valeurs de se lib\u00e9rer des imaginaires de la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive et de la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative comme valeurs \u00e9thiques universelles. L\u2019\u00e9change qui s\u2019inscrit dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 la d\u00e9multiplie. La <em>raison<\/em> pr\u00e9tend alors \u00e0 juste titre mettre fin \u00e0 la <em>violence nue qui paraissait naturelle hors de la r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>. Mais aussit\u00f4t le libre-\u00e9change soumet la raison \u00e0 la logique de la <em>force. <\/em>La libert\u00e9 individuelle devient arbitraire, et s\u2019ali\u00e8ne par la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em> dans le <em>pouvoir<\/em>, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le pouvoir du <em>capital<\/em> qui aujourd\u2019hui ne peut se construire ind\u00e9finiment sans d\u00e9truire autrui, et de surcro\u00eet la nature. La soci\u00e9t\u00e9 occidentale exerce son <em>pouvoir de domination <\/em>au nom de la <em>libert\u00e9 individuelle <\/em>au prix de la <em>libert\u00e9 commune,<\/em> d\u2019o\u00f9 le nom <em>d\u2019hypocrite <\/em>que lui attribuent ses critiques. R\u00e9duite au rapport de force g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, la violence devient gratuite.<\/p>\n<p>La conscience \u00e9thique se rebelle mais avec des objectifs contradictoires. Au nom de la <em>libert\u00e9, <\/em>elle d\u00e9nonce la <em>suj\u00e9tion<\/em> <em>\u00e0 la Loi<\/em> (en particulier lorsque la Loi est dite par la parole religieuse). Mais elle d\u00e9nonce aussi l\u2019ali\u00e9nation de la <em>libert\u00e9<\/em> dans le <em>pouvoir<\/em>, et l\u2019inf\u00e9odation de la <em>raison<\/em> \u00e0 la <em>force<\/em>.<\/p>\n<p>Comment sortir de l\u2019impasse ? La <em>raison<\/em> doit ma\u00eetriser les <em>structures de production<\/em> des <em>valeurs humaines<\/em>\u00a0; d\u00e9finir la <em>territorialit\u00e9<\/em> n\u00e9cessaire \u00e0 la production de chacune d\u2019elles, et relativiser l\u2019absolu des sentiments au b\u00e9n\u00e9fice du <em>respect de la libert\u00e9 commune<\/em> qui est le fruit de la r\u00e9ciprocit\u00e9 sym\u00e9trique, de sorte que chacun ait le choix de participer \u00e0 la structure de r\u00e9ciprocit\u00e9 dont il appr\u00e9ciera la valeur en connaissance de cause, et reconnaisse le droit d\u2019autrui de participer \u00e0 des structures de production d\u2019autres valeurs que les siennes. Pour cela, elle doit mettre fin \u00e0 l\u2019<em>exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme <\/em>et au <em>syst\u00e8me capitaliste, <\/em>d\u00e9clarer la <em>propri\u00e9t\u00e9<\/em> <em>inali\u00e9nable<\/em> au lieu de la <em>privatiser<\/em>, lib\u00e9rer les \u00e9changes de <em>l\u2019accumulation du<\/em> <em>profit,<\/em> et cesser d\u2019inf\u00e9oder la <em>libert\u00e9<\/em> au <em>rapport de force<\/em> entre les uns et les autres. Alors la contradiction qui unit <em>l\u2019assassin hypocrite<\/em> et <em>l\u2019assassin terroriste<\/em> sera d\u00e9nou\u00e9e. L<em>\u2019exclusion<\/em> et le <em>terrorisme<\/em> cesseront. La non-violence l\u2019emportera sur la violence, la paix universelle sur l\u2019implosion plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>==================================<br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> La communaut\u00e9 s\u2019identifie au meurtrier \u201cmort spirituellement\u201d. Mais elle rach\u00e8te son \u201c\u00e2me\u201d en acceptant une \u201cmort r\u00e9elle\u201d, une <em>mortification<\/em>, en se sacrifiant \u201cr\u00e9ellement\u201d. Lorsque l\u2019on dit que si la communaut\u00e9 ne prenait les devants par une auto-meurtrissure elle encourrait le ch\u00e2timent des Dieux, on signifie qu\u2019elle serait dans un \u00e9tat de mort spirituelle. Le Dieu vengeur est la repr\u00e9sentation de cette mort spirituelle. Voir D. Temple\u00a0: <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite_2&amp;id_article=46\">\u201cLa Vengeance. Le principe d\u2019union et le principe d\u2019opposition dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 de vengeance\u201d<\/a> (2003).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Lors de la <em>controverse de Valladolid,<\/em> par exemple, la question de savoir si les indig\u00e8nes du nouveau monde avaient une \u00e2me opposa deux th\u00e8ses : s\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019\u00e2me ils peuvent \u00eatre trait\u00e9s comme les animaux\u00a0; s\u2019ils en ont une ils doivent \u00eatre christianis\u00e9s. L\u2019Islam, lui, d\u00e9clare la guerre \u00e0 ceux qui s\u2019excluent de la <em>totalit\u00e9<\/em> des croyants (les <em>ath\u00e9es<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> On trouvera une somme des recherches anthropologiques sur la <em>vengeance<\/em> interpr\u00e9t\u00e9e comme <em>\u00e9change<\/em> dans\u00a0: <em>La vengeance<\/em>, Paris, Editions Cujas (1981 &#8211; 1986) Volume I\u00a0: A.\u00a0Adler. M.\u00a0Bekombo, Cl.\u00a0Breteau, J.\u00a0Bureau, J.\u00a0Chelhod, I. de Garine, Ph.\u00a0Laburthe-Tolra, T.\u00a0Schotte, R.\u00a0Verdier, N. Zagnoli. Textes pr\u00e9sent\u00e9s par Raymond Verdier. Volume II\u00a0: G.\u00a0Charachidze, R.\u00a0Hamayon, A.\u00a0Iteanu, G.\u00a0Nicolas. M.\u00a0Panoff, M.\u00a0Perrin, S.\u00a0Tcherkezoff. Textes pr\u00e9sent\u00e9s par Raymond Verdier. Volume III\u00a0: A. Lemaire, C. Mallamoud, J.P. Poly, J. Svenbro, Y. Thomas. Textes pr\u00e9sent\u00e9s par Raymond Verdier et Jean Pierre Poly. Volume IV\u00a0: J. Clavreul, G. Courtois, M.M. Davy, J. Ph. Guinle, A. Kremer-Marietti, P.F. Moreau, S.Said, R. Seve, J.L. Vullierme. Textes pr\u00e9sent\u00e9s par G\u00e9rard Courtois. Et notre critique o\u00f9 la vengeance est interpr\u00e9t\u00e9e comme \u201c<em>r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative\u201d<\/em> dans\u00a0: <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite&amp;id_rubrique=34\">La r\u00e9ciprocit\u00e9 de vengeance. Commentaire critique de quelques th\u00e9ories de la vengeance<\/a> (2003).<\/p>\n<p>Voir aussi\u00a0: D.\u00a0Temple et M.\u00a0Chabal, \u201cLa r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative chez les Jivaro\u201d, dans <em><a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocidad_2&amp;id_article=10\">La r\u00e9ciprocit\u00e9 et la naissance des valeurs humaines<\/a>. <\/em>Paris, L\u2019Harmattan, 1995.<\/p>\n<p>Bartomeu Meli\u00e0 et Dominique Temple, <em>El don, la venganza y otras formas de econom\u00eda guaran\u00ed<\/em>. Centro de Estudios Paraguayos \u201cAntonio Guasch\u201d, Ediciones y Arte, Asunc\u00edon , Paraguay, 2004. En fran\u00e7ais\u00a0: <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite&amp;id_rubrique=33\">\u201cLa r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative chez les tupinamba\u201d<\/a>(2004).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Le <em>prestige<\/em> et <em>l\u2019honneur<\/em> t\u00e9moignent de la valeur dans l\u2019imaginaire de la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive et de la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative, mais ne sont pas la <em>valeur<\/em>. La <em>valeur<\/em> est produite par la r\u00e9ciprocit\u00e9 seule, de sorte que ces deux matrices (r\u00e9ciprocit\u00e9 positive et r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative) peuvent se remplacer l\u2019une l\u2019autre pourvu qu\u2019elles soient \u00e9gales. Lorsqu\u2019elles se relativisent l\u2019une l\u2019autre, elles donnent naissance \u00e0 la <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=9\">r\u00e9ciprocit\u00e9 sym\u00e9trique<\/a> o\u00f9 la valeur est lib\u00e9r\u00e9e de tout imaginaire.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Et r\u00e9ciproquement la valeur produite par la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive dans un syst\u00e8me de r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative n\u2019est pas appr\u00e9ci\u00e9e comme <em>amiti\u00e9<\/em> mais comme <em>l\u00e2chet\u00e9<\/em>, \u00e0 nouveau le <em>mal.<\/em> L\u2019affrontement des deux imaginaires antith\u00e9tiques est cependant relatif car les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9f\u00e8rent tirer partie des deux <em>formes <\/em>de r\u00e9ciprocit\u00e9. En g\u00e9n\u00e9ral, la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative s\u2019adresse \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive \u00e0 la parent\u00e9, quoique ce puisse \u00eatre l\u2019inverse comme chez les Jivaros. La confrontation de ces deux formes de r\u00e9ciprocit\u00e9 dans la mythologie grecque est illustr\u00e9e par la rivalit\u00e9 d\u2019Achille et Agamemnon, le chef de guerre et le r\u00e9gisseur des r\u00e9coltes. Cependant, Agamemnon pr\u00e9tend \u00eatre le plus prestigieux pas seulement par la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de ses dons mais par le succ\u00e8s de ses armes. Achille lui refuse cette gloire parce qu\u2019il honore les valeurs n\u00e9es de la r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u00e9gative, et lui conteste \u00e0 son tour sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 car il pr\u00e9tend le surpasser par la redistribution du butin qu\u2019il pille par la guerre. La rivalit\u00e9 des deux h\u00e9ros tournera \u00e0 l\u2019avantage du r\u00e9gisseur comme si les hommes \u00e9taient plus enclins \u00e0 la paix qu\u2019\u00e0 la guerre. Voir\u00a0: Dominique Temple et Mireille Chabal, \u201cLa r\u00e9ciprocit\u00e9 sym\u00e9trique dans la Gr\u00e8ce antique, 1.\u00a0De la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 sym\u00e9trique dans l\u2019Iliade et l\u2019Odyss\u00e9e\u201d, dans <em><a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocidad_2&amp;id_article=10\">La r\u00e9ciprocit\u00e9 et la naissance des valeurs humaines<\/a>. <\/em>Paris, L\u2019Harmattan, 1995, pp. 167-186.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Si la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive l\u2019emporte, l\u2019imaginaire du prestige projette l\u2019id\u00e9al de chacun comme but de la surench\u00e8re dans la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le <em>potlatch<\/em>. L\u2019\u00e9quipollence des victimes met en \u00e9vidence l\u2019ind\u00e9pendance du surnaturel vis-\u00e0-vis de l\u2019imaginaire, ind\u00e9pendance qui n\u2019appara\u00eet pas ais\u00e9ment dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 positive\u00a0: le partage associe en effet le plaisir que l\u2019on \u00e9prouve de l\u2019objet offert \u00e0 la joie engendr\u00e9e par la relation de r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0: la confusion est ais\u00e9e au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9, et c\u2019est l\u2019occasion d\u2019un basculement de <em>l\u2019amiti\u00e9 vraie<\/em> dans ce que Aristote appelle <em>l\u2019amiti\u00e9 utile<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Depuis que le libre-\u00e9change et l\u2019accumulation capitaliste sont devenus les bases \u00e9conomiques de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale, la valeur est remplac\u00e9e par le <em>prix.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Les valeurs issues de la <em>redistribution<\/em> qui persistent dans l\u2019imaginaire populaire sont alors inf\u00e9od\u00e9es au pouvoir capitaliste : la <em>corruption<\/em> remplace la <em>redistribution<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Le pilote qui voit appara\u00eetre sur l\u2019\u00e9cran de son viseur un point lumineux d\u00e9tectant une vie organique sur la terre d\u2019Afghanistan, f\u00fbt-elle celle d\u2019un ours, d\u2019un li\u00e8vre ou d\u2019une brebis, vise, tire et se r\u00e9jouit lorsqu\u2019il le voit exploser. L\u2019attention qui mobilise la conscience sur un objet d\u00e9termin\u00e9 est exclusive mais son responsable n\u2019en est pas moins un criminel.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> La soci\u00e9t\u00e9 occidentale ne con\u00e7oit plus la guerre comme dans le temps o\u00f9 donner la mort impliquait de mettre en jeu la sienne. Ce m\u00e9pris de la vie tenait au prix que l\u2019on accordait \u00e0 <em>l\u2019honneur. <\/em>Le duel persista en France jusqu\u2019\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es parmi les hommes politiques (Jean Jaur\u00e8s au pistolet, Gaston Deferre au sabre\u00a0!) Il faut mettre au cr\u00e9dit de la <em>raison<\/em> la condamnation de cette d\u00e9votion \u00e0 l\u2019absolu du sentiment de l\u2019\u00e9thique. On a compris, au moins dans les pays o\u00f9 la peine de mort est interdite, que la nature, la vie et le corps, ne doivent plus \u00eatre sacrifi\u00e9s \u00e0 l\u2019absolu de l\u2019\u00e9thique mais au contraire prot\u00e9g\u00e9s parce que participant \u00e0 la gen\u00e8se de la conscience. Ce n\u2019est plus pour <em>son<\/em> <em>salut<\/em> qu\u2019il est interdit de m\u00e9priser le <em>corps<\/em>, c\u2019est pour le corps lui-m\u00eame, le corps de qui que ce soit, puisque c\u2019est de lui que chacun tire les moyens de construire sa <em>conscience<\/em>. L\u2019abolition de la peine de mort en est le signe.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Aujourd\u2019hui personne ne met plus sa vie en jeu dans le meurtre d\u2019autrui. Le <em>premier agresseur<\/em> se fait m\u00eame gloire de <em>tuer sans risque<\/em>. Plus de huit cents raids de l\u2019aviation de l\u2019OTAN ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires pour r\u00e9duire la r\u00e9sistance libyenne et assassiner son despote, mais l\u2019OTAN a pu se vanter de n\u2019avoir pas connu une seule perte humaine. L\u2019objectif de la guerre est seulement de <em>d\u00e9truire<\/em> <em>l\u2019autre,<\/em> comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 le Pr\u00e9sident des Fran\u00e7ais lorsqu\u2019on lui demanda ce qu\u2019il ferait de ses ennemis dans le Nord du Sahara. Les pilotes tuent en Afghanistan, Libye, en Syrie ou au Mali sans savoir sur qui ils tirent ni pourquoi. Le peuple n\u2019est pas consult\u00e9 mais il ne s\u2019en indigne pas, du moins tant qu\u2019il ne court aucun risque.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Chez les <em>Shuar<\/em> du P\u00e9rou, si la communaut\u00e9 de la victime ne se venge pas, la famille du meurtrier insulte celle-ci jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle proc\u00e8de \u00e0 la vengeance, par crainte d\u2019\u00eatre priv\u00e9e d\u2019<em>\u00e2me de vengeance<\/em>. Voir\u00a0: Temple &amp; Chabal, <em><a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocidad_2&amp;id_article=10\">La r\u00e9ciprocit\u00e9 et la naissance des valeurs humaines<\/a><\/em>. Paris, L\u2019Harmattan, 1995.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. P. J. : Je me permets d&rsquo;attirer votre attention sur ce qui me para\u00eet une r\u00e9flexion essentielle ici sur le <u>meurtre-suicide<\/u>. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toutes les soci\u00e9t\u00e9s, nous rappelle Marcel Mauss, sont fond\u00e9es \u00e0 l\u2019origine sur le <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=7\">principe de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/a>. Mais d\u2019o\u00f9 vient que depuis l\u2019origine des temps les soci\u00e9t\u00e9s se livrent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,3594,3001,3066,6,4555],"tags":[4583,26,1206,400,4585,634,905,3115,4582,3619,4584,4586],"class_list":["post-80451","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-ethique-2","category-guerre-2","category-justice","category-questions-essentielles","category-terrorisme","tag-bobby-sands","tag-capitalisme","tag-islam","tag-libre-echange","tag-meurtre-suicide","tag-propriete-privee","tag-rapport-de-forces","tag-reciprocite","tag-suicide","tag-utilitarisme","tag-vengeance","tag-violence-nue"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80451","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=80451"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80451\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":80455,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80451\/revisions\/80455"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=80451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=80451"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=80451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}