{"id":81415,"date":"2016-01-04T21:47:57","date_gmt":"2016-01-04T20:47:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=81415"},"modified":"2016-01-04T21:47:57","modified_gmt":"2016-01-04T20:47:57","slug":"le-temps-quil-fait-le-1er-janvier-2016-retranscription","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/04\/le-temps-quil-fait-le-1er-janvier-2016-retranscription\/","title":{"rendered":"LE TEMPS QU&rsquo;IL FAIT LE  1<sup>er<\/sup> JANVIER 2016 &#8211; (retranscription)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Retranscription de <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/01\/le-temps-quil-fait-le-1er-janvier-2016\/\" target=\"_blank\">Le temps qu&rsquo;il fait le 1<sup>er<\/sup> janvier 2016<\/a>. Merci \u00e0 Olivier Brouwer ! <i>Appel aux volontaires<\/i> pour seconder Olivier et Cyril, merci d&rsquo;avance !<\/p><\/blockquote>\n<p>Bonjour, nous sommes un vendredi, et nous sommes le vendredi premier janvier 2016.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Alors, je sais que quand on \u00e9merge du sommeil, le matin, on est tous tr\u00e8s diff\u00e9rents. Il y a des gens, je sais, qui ne se souviennent absolument pas des r\u00eaves qu\u2019ils ont fait. Moi, c\u2019est diff\u00e9rent : j\u2019\u00e9merge dans un m\u00e9lange de perceptions de la r\u00e9alit\u00e9 autour de moi et du r\u00eave qui continue, et puis j\u2019\u00e9merge par une sorte de tri que j\u2019op\u00e8re entre la partie r\u00eave et la partie r\u00e9alit\u00e9, et les crit\u00e8res sont relativement simples, parce que, eh bien, ce qui caract\u00e9rise le r\u00eave, c\u2019est son absurdit\u00e9, et ce qui caract\u00e9rise le monde r\u00e9el dans lequel j\u2019\u00e9merge, c\u2019est le fait qu\u2019il a une certaine rationalit\u00e9, il y a une certaine continuit\u00e9. Dans mon r\u00eave, je me dis : \u00ab Ah oui, je suis, j\u2019\u00e9tais dans un avion \u00bb, et puis en r\u00e9alit\u00e9, cet avion, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t un camion qui \u00e9tait sur une autoroute aux Etats-Unis, mais d\u2019apr\u00e8s les maisons autour, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t l\u2019Angleterre, etc., bon.<\/p>\n<p>Par contre, voil\u00e0 : je dois me lever, il faut que je fasse ceci, \u00e0 dix heures je dois aller \u00e0 la Poste parce que je n&rsquo;ai plus de timbres, et apr\u00e8s, il faut que je commence \u00e0 \u00e9crire cette chronique que j\u2019ai promise pour le soir m\u00eame, etc. Voil\u00e0. Et l\u00e0, je ne sais pas si vous \u00eates comme moi, enfin, si vous avez ce sch\u00e9ma l\u00e0, cette mani\u00e8re d\u2019op\u00e9rer l\u00e0, o\u00f9 il faut trier un peu entre le r\u00eave qui s\u2019ach\u00e8ve et la r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9merge, mais j\u2019ai de plus en plus de mal \u00e0 distinguer l\u2019un de l\u2019autre le matin, parce que la dimension d\u2019absurdit\u00e9 caract\u00e9rise aussi le monde dans lequel j\u2019\u00e9merge.<\/p>\n<p>Bon, il y a une double partie. La premi\u00e8re, c\u2019est le monde lui-m\u00eame, c\u2019est la mani\u00e8re dont il est en train d\u2019\u00e9voluer. Il n\u2019y a pas vraiment de continuit\u00e9, il n\u2019y a pas vraiment de coh\u00e9rence, il n\u2019y a pas vraiment de rationalit\u00e9, et puis en plus, bon, je n\u2019ai plus de boulot depuis le d\u00e9but du mois d\u2019ao\u00fbt, et donc, je me r\u00e9veille aussi avec pas mal de conjectures, pas mal de suppositions : qu\u2019est-ce que je ferais plut\u00f4t dans la journ\u00e9e ? Ceci ? Est-ce que \u00e7a me conduirait plut\u00f4t vers un boulot, ou plut\u00f4t \u00e7a ? Sur quoi est-ce qu\u2019il faut se concentrer ? Est-ce qu\u2019il y a des choses l\u00e0-dedans qui pourraient me rapporter un peu de sous, et ainsi de suite, donc tout \u00e7a n\u2019aide pas fort \u00e0 la coh\u00e9rence du tout, et je prends sans doute quelques minutes suppl\u00e9mentaires \u00e0 trier le r\u00e9el du r\u00eave lui-m\u00eame. J\u2019esp\u00e8re que vous ne partagez pas ce sentiment qui est relativement inconfortable, mais pour ce qui est de la partie du monde lui-m\u00eame, qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire ?<\/p>\n<p>Je vous ai parl\u00e9 l\u2019autre jour (c\u2019\u00e9tait quoi ? avant-hier ?) d\u2019un film que j\u2019avais vu, qui s\u2019appelle The Big Short et, voil\u00e0, c\u2019est un film qui sort en ce moment sur les \u00e9crans. Il est excellent, il faut absolument aller le voir. C\u2019est un film sur la crise des subprimes. Il y avait eu, bon, il y avait un documentaire qui n&rsquo;\u00e9tait pas mal fait du tout, qui s\u2019appelait Inside Job, mais aussi, il y a eu un film de fiction qui s\u2019appelait Margin Call, qui est tout \u00e0 fait excellent, et qui est sp\u00e9cifiquement sur la chute de Lehman Brothers. En fait, ceux qui ont r\u00e9dig\u00e9 le sc\u00e9nario ont mis sur une seule nuit ce qui s\u2019est pass\u00e9, quand m\u00eame, sur plusieurs semaines, dans le cas de la banque d\u2019investissements Lehman Brothers, mais enfin, c\u2019est tr\u00e8s tr\u00e8s bien fait, il n\u2019y a pas d\u2019erreur de faits, si ce n\u2019est la compression du temps.<\/p>\n<p>The Big Short, excellent film d\u2019Adam McKay (qui nous avait plut\u00f4t amus\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment [P. J. : Talladega Nights), \u00e7a a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 partir du livre, voil\u00e0, [P. J. montre le livre] du livre de Michael Lewis qui s\u2019appelle The Big Short. C\u2019est sorti en 2010. Et ce sur quoi je voulais attirer votre attention, c\u2019est la chose suivante. J\u2019ai fait une remarque, dans mon petit texte, sur la diff\u00e9rence entre le livre et la mani\u00e8re dont le film est fait. Les informations sont \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames, mais il y a un parti pris du film qui n\u2019est pas celui du livre. Le livre est un livre, je dirais, moral, o\u00f9 on distingue les bandits des autres, de ceux qui sont honn\u00eates, mais on parle d\u2019un grand nombre de personnes, et en particulier, on parle de personnes qui ont pari\u00e9 sur l\u2019effondrement du syst\u00e8me. Et le film, lui, il met l\u2019accent sur [ceux-l\u00e0]. Les h\u00e9ros du film, ce sont des gens qui parient en fait sur l\u2019effondrement du syst\u00e8me. Et l\u00e0, je fais une petite remarque, dans mon compte-rendu, parce que mon amie qui \u00e9tait avec moi, l\u00e0, au cin\u00e9ma, me dit : \u00ab Pourquoi tu n\u2019as pas fait pareil ? \u00bb, et je lui r\u00e9pond avec bravade, et je lui dis : \u00ab Eh bien, parce que moi, je suis Paul Jorion ! \u00bb Et ce que je veux dire, c\u2019est que si moi je suis mont\u00e9 au cr\u00e9neau dans le secteur subprime, si je suis all\u00e9 monter au front, c\u2019\u00e9tait pour d\u00e9noncer ce qui \u00e9tait en train de se passer.<\/p>\n<p>Et alors (vous le savez sans doute), je me retrouve au printemps 2005, je me retrouve avec un manuscrit d\u2019un bouquin qui finit par para\u00eetre [P. J. montre son livre] : Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain ? Je regardais les dates qui sont indiqu\u00e9es, et la date, c\u2019est : imprim\u00e9 en d\u00e9cembre 2006 et publi\u00e9 en janvier 2007. Et donc, il est en librairie en janvier 2007, et la crise commence \u00e0 se d\u00e9velopper. Pour le milieu de la finance, il est clair que la crise est pr\u00e9sente \u00e0 partir du mois de f\u00e9vrier 2007, et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je d\u00e9bute le blog, en parlant, justement, de l\u2019\u00e9croulement du prix des titres subprime. Premier grand \u00e9v\u00e9nement, c\u2019est au mois d\u2019ao\u00fbt 2007, quand un repr\u00e9sentant de la banque fran\u00e7aise BNP Paribas annonce qu\u2019il n\u2019y a plus de prix pour ces obligations, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019on ne les vend plus, on ne les ach\u00e8te plus, et le processus d\u2019effondrement se pr\u00e9cipite.<\/p>\n<p>Alors bon, j\u2019ai l\u2019habitude de dire, quand on me dit : \u00ab Pourquoi vous avez fait \u00e7a ? \u00bb, eh bien, je dis : \u00ab C\u2019est parce que je voulais \u00eatre t\u00e9moin. \u00bb Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 discuter de tout \u00e7a avec des amis, dont un en particulier qui nous proposait de parier sur l\u2019effondrement, je travaillais chez Wells Fargo. Wells Fargo, c\u2019est une grosse banque, c\u2019est la banque du Far West, la banque des diligences. L\u00e0, on ne faisait pas de subprime. On faisait du prime, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019on travaillait avec des gens dont il \u00e9tait clair qu\u2019ils pouvaient rembourser leurs [pr\u00eats]. Alors, je quitte cette banque, je travaille un moment dans le secteur du pr\u00eat, du cr\u00e9dit \u00e0 la bagnole d\u2019occasion, et \u00e7a, c\u2019est un truc absolument mafieux, je le quitte, j\u2019ai une bonne indemnit\u00e9 et avec cette bonne indemnit\u00e9, je me dis : \u00ab Il faut \u00e9crire un livre sur la crise des subprimes \u00bb qui \u00e9tait en train de se [profiler].<\/p>\n<p>Et \u00e0 ce moment-l\u00e0, je ne travaille pas du tout encore dans le secteur subprime. J\u2019y ai travaill\u00e9 quelques mois, c\u2019\u00e9tait en 1998, et apr\u00e8s, je suis pass\u00e9 \u00e0 des choses un peu diff\u00e9rentes. J\u2019ai travaill\u00e9 en particulier, apr\u00e8s, pendant plusieurs ann\u00e9es chez IndyMac, qui fait du \u00ab Alt-A \u00bb. Alt-A, c\u2019est pas vraiment du subprime, c\u2019est apparent\u00e9, mais enfin bon, \u00e7a s\u2019effondrera aussi, mais c\u2019est pas vraiment du subprime. Et quand j\u2019ai termin\u00e9 mon manuscrit, au printemps 2005, je n&rsquo;ai toujours pas travaill\u00e9 dans le subprime, et j\u2019essaye de placer mon manuscrit, de le faire publier, et je n\u2019y arrive absolument pas. J\u2019envoie \u00e7a \u00e0 des \u00e9diteurs fran\u00e7ais&#8230; Pourquoi je l\u2019ai \u00e9crit en fran\u00e7ais ? L\u00e0, une petite remarque, je l\u2019ai expliqu\u00e9 dans un petit papier que vous pouvez trouver sur le blog et qui fait partie d\u2019un roman que j\u2019ai \u00e9crit aussi \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque : j\u2019essaye de ne pas perdre le fran\u00e7ais, parce que je perds le fran\u00e7ais. Je sais que je perds le fran\u00e7ais \u2013 je ne l\u2019ai pas encore tout \u00e0 fait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 comme vous pouvez le remarquer dans mes vid\u00e9os, d\u2019ailleurs, il y a encore une forte influence de l\u2019anglais qui transpara\u00eet \u00e0 tout endroit \u2013 mais l\u00e0, je suis en train vraiment de le perdre. Je ne parle \u00e0 personne en fran\u00e7ais depuis des ann\u00e9es, et j\u2019en perds absolument l\u2019usage, et donc, voil\u00e0, je m\u2019exerce \u00e0 continuer \u00e0 ne pas perdre la langue fran\u00e7aise &#8211; qui n\u2019est pas ma langue maternelle, vous le savez peut-\u00eatre, c\u2019est le n\u00e9erlandais : ma m\u00e8re \u00e9tait hollandaise &#8211; mais, bon, je suis all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole en fran\u00e7ais, c\u2019est la premi\u00e8re langue que j\u2019ai vraiment ma\u00eetris\u00e9e convenablement. Et donc, c\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai \u00e9crit en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Et, quand on me demande maintenant, je dis : \u00ab Eh bien, je voulais t\u00e9moigner \u00bb ou  \u00ab je voulais d\u00e9noncer \u00bb. Mais il y avait plus que \u00e7a ! C\u2019est de \u00e7a que je voulais vous parler : je voulais emp\u00eacher que \u00e7a se passe, je voulais quand m\u00eame emp\u00eacher que \u00e7a se passe ! Je voulais que mon bouquin paraisse le plus vite possible, et qu\u2019il ait une influence sur le cours des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Bon. Alors, je n\u2019\u00e9tais pas le seul, je n\u2019\u00e9tais pas seul \u00e0 dire que \u00e7a se passait comme \u00e7a, alors, je voudrais vous montrer quelque chose que vous ne connaissez peut-\u00eatre pas. Il y a un bouquin, il y a un bouquin [P. J. montre le livre] : Subprime Mortgages. Americas\u2019 Latest Boom and Bust, et c\u2019est \u00e9crit par Monsieur Edward M. Gramlich, qui est un gouverneur, un gouverneur r\u00e9gional de la Federal Reserve, de la banque f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine. Et ce livre-l\u00e0, eh bien finalement, [Gramlich] n\u2019a pas de chance, lui non plus, parce que j\u2019ai regard\u00e9 la date, et lui, il arrive \u00e0 publier \u00e7a en juillet 2007. Voil\u00e0. Alors l\u00e0, pour les financiers en tout cas, la crise bat son plein, d\u00e9j\u00e0. Ceci dit, \u00e7a fait un moment qu\u2019il gueule, lui aussi. Moi, bon, moi je gueule depuis un moment, mais je ne suis pas \u00e9cout\u00e9 comme Monsieur Gramlich, quand m\u00eame ! J\u2019ai un article qui est publi\u00e9 dans la revue du MAUSS, dans un num\u00e9ro dat\u00e9 de 2005, mais lui, bon, lui, il parle de \u00e7a depuis un moment. Alors, voil\u00e0, je vais vous montrer \u00e7a [P. J. montre un papier \u00e0 ent\u00eate de The Federal Reserve Board] : \u00e7a, c\u2019est la premi\u00e8re page d\u2019un discours de Monsieur Gramlich, Remarks by Governor Edward M. Gramlich, Subprime Mortgage Lending: Benefits, Costs, and Challenges, et c\u2019est dat\u00e9, vous le voyez, du 21 mai 2004 ! Bon, c\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 moi je commence vraiment \u00e0 \u00e9crire l\u00e0-dessus aussi. Et l\u00e0, il commence d\u00e9j\u00e0, ce Monsieur, il commence \u00e0 gueuler, et on sait ce qui s\u2019est pass\u00e9, il en parle, en particulier : Monsieur Greenspan est \u00e0 la t\u00eate de la Federal Reserve \u00e0 ce moment-l\u00e0, et Monsieur Greenspan ne r\u00e9agit absolument pas. Il lui r\u00e9pond, eh bien, que l\u2019autor\u00e9gulation des march\u00e9s va s\u2019occuper de \u00e7a et qu\u2019il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable probl\u00e8me. Et voil\u00e0.<\/p>\n<p>Ce qui se passe, c\u2019est qu\u2019il publie, donc, ce livre o\u00f9 il d\u00e9nonce v\u00e9ritablement les [pr\u00eats] subprime, o\u00f9 il y a pas mal de chiffres, et, bon, je ne peux pas l\u2019utiliser, ce livre, dans mon bouquin \u00e0 moi, puisque mon bouquin est d\u00e9j\u00e0 paru, mais il y a un certain nombre de tableaux, en particulier, qui se trouvent dans des conf\u00e9rences, dans des allocutions qu\u2019il a pu faire pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<p>Et donc, lui et moi, en particulier&#8230; Il y a quelques autres personnes, hein, qui parlent de \u00e7a. Il y a Monsieur Roubini, il y a Monsieur Godley&#8230; Moi, je dirais que Roubini, Godley, Gramlich, moi-m\u00eame&#8230; Il y a des tas de gens qui se sont d\u00e9couvert avoir pr\u00e9dit la crise des subprime par la suite, et dont il n\u2019y a pas beaucoup de preuves. En particulier, ce monsieur, un Am\u00e9ricain, qui participait \u00e0 une \u00e9mission sur France-Inter, o\u00f9 je me trouvais avec Monsieur Ivar Ekeland pour parler de ses pr\u00e9visions d\u2019effondrement, etc., et ce monsieur dit, lui c\u2019est un monsieur qui dit qu\u2019il a pr\u00e9vu la crise des subprime, et il n\u2019y a trace de \u00e7a nulle part. Il y a aussi des gens qui, dans un article d\u2019une page, deux pages, disent : \u00ab \u00c7a peut pas durer, il est possible qu\u2019il se passe des choses \u00bb, mais enfin bon, le livre, l\u00e0, vous le voyez, bon, il y a quoi ? Il y a 250 pages, \u00e7a a une certaine \u00e9paisseur. Vous le voyez aussi, il s\u2019appelle : \u00ab Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain ? \u00bb [avec un point d\u2019interrogation], ce n\u2019est pas du tout le titre que je lui avais donn\u00e9. Je l\u2019avais appel\u00e9 : \u00ab La crise du capitalisme am\u00e9ricain \u00bb [sans point d\u2019interrogation], mais donc, quand on finit par le publier en France, l\u2019\u00e9diteur ne veut pas se mouiller, et il appelle \u00e7a [comme \u00e7a], et il met une forme interrogative.<\/p>\n<p>Mais bon, donc voil\u00e0 : Monsieur Gramlich, Monsieur Roubini, Monsieur Godley, qui lui aussi est mort assez rapidement, et donc on ne parle pas beaucoup de lui comme ayant pr\u00e9vu la crise des subprimes, on n\u2019est pas l\u00e0 comme les h\u00e9ros du film The Big Short pour essayer de faire de l\u2019argent sur l\u2019\u00e9croulement : on est l\u00e0 pour dire que \u00e7a va mal et qu\u2019il faudrait proc\u00e9der autrement. Avec la plupart de ces gens, bien entendu, ayant des audiences, des gens qui les \u00e9coutent, qui ne sont pas du tout de l\u2019ordre de ce que moi je peux faire, qui est de l\u2019ordre de crier dans le d\u00e9sert, et d\u2019essayer de faire que mon manuscrit soit publi\u00e9.<\/p>\n<p>Et donc, c\u2019est une autre affaire : nous sommes l\u00e0 pour essayer d\u2019emp\u00eacher, quand m\u00eame, que \u00e7a se passe. Monsieur Gramlich est en bonne position pour le faire : il est un des gouverneurs r\u00e9gionaux, quand m\u00eame, de la banque centrale am\u00e9ricaine, mais il n\u2019est absolument pas \u00e9cout\u00e9, et il meurt d\u2019un cancer quelques mois apr\u00e8s la publication de son petit livre.<\/p>\n<p>Voil\u00e0. Alors, \u00e7a, ce sont, je dirais, quelques id\u00e9es qui me sont venues, apr\u00e8s avoir fait ce petit billet (en fait, c\u2019\u00e9tait hier matin que j\u2019ai fait ce petit billet) sur le film, c\u2019\u00e9tait un compte-rendu du film, mais j\u2019ai voulu, un peu sur le mode de la le\u00e7on de choses, en vous montrant quelques documents, quelques livres de l\u2019\u00e9poque, essayer de mettre un petit peu en perspective ce que j\u2019ai essay\u00e9 de faire moi personnellement par rapport \u00e0 la crise des subprimes. <\/p>\n<p>On me lit davantage maintenant. Est-ce qu\u2019on tient davantage compte de ce que je dis ? L\u00e0, euh, j\u2019en ai parl\u00e9 il y a quelques semaines. J\u2019ai l\u2019impression que non, sauf peut-\u00eatre quand j\u2019ai l\u2019occasion, quand on m\u2019invite, comme dans ce Haut-Comit\u00e9 sur l\u2019avenir du secteur financier belge, qui va produire un rapport \u00e0 titre purement consultatif \u2013 il n\u2019y a aucune obligation morale pour le ministre d\u2019en tenir compte d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre pour les d\u00e9cisions qu\u2019il va prendre \u2013 mais, ceci dit, et \u00e7a, je l\u2019avais soulign\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part, et \u00e7a je l\u2019ai compris tout de suite, dans les premi\u00e8res r\u00e9unions, il serait quand m\u00eame tr\u00e8s difficile pour le ministre, non pas, je dirais, pour des raisons contraignantes, mais il serait tr\u00e8s difficile pour lui, quand m\u00eame, de prendre des mesures imm\u00e9diatement en sens enti\u00e8rement oppos\u00e9 \u00e0 ce que nous proposons dans le rapport que nous avons \u00e9crit \u00e0 son intention et pour son \u00e9dification (comme on disait autrefois), pour informer ses d\u00e9cisions \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Voil\u00e0. Alors, ce n\u2019est pas comme \u00e7a qu\u2019on change le monde, mais c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on s\u2019exerce un petit peu, je dirais, \u00e0 distinguer l\u00e0 o\u00f9 on a un effet dans ce qu\u2019on dit, et l\u00e0 o\u00f9 on n\u2019en a aucun. Il y a le blog, et vous le lisez, et vous r\u00e9pandez ses id\u00e9es. Vous achetez \u2013 certains d\u2019entre vous ! \u2013 lisent mes livres, et voil\u00e0, ils les recommandent \u00e0 d\u2019autres, ou bien recommandent des vid\u00e9os o\u00f9 je parle de choses s\u00e9rieuses comme maintenant.<\/p>\n<p>Alors, que va devenir l\u2019ann\u00e9e 2016 ? Eh bien, je vais quand m\u00eame en dire un petit mot ! C\u2019est quand m\u00eame une ann\u00e9e qui d\u00e9bute sous de tr\u00e8s mauvais pr\u00e9sages. Si \u00e7a s\u2019arrange, ce sera un r\u00e9tablissement, mais tout \u00e7a, il y a \u00e9norm\u00e9ment de nuages qui s\u2019amoncellent, et qui ne sont pas seulement des nuages dans le milieu de la finance, ce sont des nuages sur beaucoup de choses, beaucoup de choses qui nous viennent du pass\u00e9, des choses non r\u00e9solues : la complexit\u00e9 qui nous d\u00e9passe, le pouvoir que nous d\u00e9l\u00e9guons \u00e0 la machine pour faire les choses \u00e0 notre place sans r\u00e9soudre par ailleurs le probl\u00e8me du travail dans lequel ces machines nous remplacent.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ! Eh bien, on aura encore l\u2019occasion, je suppose, de parler de tout \u00e7a en 2016. Esp\u00e9rons que ces nuages se dissipent un tout petit peu !<\/p>\n<p>Bonne ann\u00e9e, et \u00e0 tr\u00e8s bient\u00f4t, voil\u00e0 !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Retranscription de <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/01\/le-temps-quil-fait-le-1er-janvier-2016\/\" target=\"_blank\">Le temps qu&rsquo;il fait le 1<sup>er<\/sup> janvier 2016<\/a>. Merci \u00e0 Olivier Brouwer ! <i>Appel aux volontaires<\/i> pour seconder Olivier et Cyril, merci d&rsquo;avance !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonjour, nous sommes un vendredi, et nous sommes le vendredi premier janvier 2016.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[759],"class_list":["post-81415","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-subprime","tag-the-big-short"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81415"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81415\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":81419,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81415\/revisions\/81419"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}