{"id":81802,"date":"2016-01-21T18:41:45","date_gmt":"2016-01-21T17:41:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=81802"},"modified":"2016-01-21T18:44:53","modified_gmt":"2016-01-21T17:44:53","slug":"que-faire-iii-corriger-les-desequilibres-du-territoire-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/21\/que-faire-iii-corriger-les-desequilibres-du-territoire-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"Que faire ? (III) : Corriger les d\u00e9s\u00e9quilibres du territoire, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p><em>S\u2019il est bien une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente, c\u2019est le quoi faire. Cette s\u00e9rie de billets propose quelques solutions et synth\u00e9tise un projet de livre : \u00ab 2017, programme sans candidat \u00bb. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ces propositions refl\u00e8tent une analyse et une vision qui n\u2019est pas forc\u00e9ment partag\u00e9e par tous les intervenants du blog de Paul Jorion.<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Billets pr\u00e9c\u00e9dents de la s\u00e9rie que faire :<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/19\/que-faire-i-lemploi-par-michel-leis\/\">(I) : L\u2019emploi<\/a>, (II) : <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/20\/que-faire-ii-repartir-plus-equitablement-les-richesses-et-les-efforts-par-michel-leis\/\">R\u00e9partir plus \u00e9quitablement les richesses et les efforts<\/a><!--more--><\/em><\/p>\n<p>Dans les deux premiers billets, j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 l\u2019emploi ainsi que le partage des revenus et des efforts. Ces deux probl\u00e9matiques se combinent \u00e0 une dimension territoriale : le taux de ch\u00f4mage comme les perspectives d\u2019emplois ne sont pas uniformes en France, les contraintes et la qualit\u00e9 de vie sont largement d\u00e9pendantes du lieu de r\u00e9sidence. Les revenus qui font passer des classes populaires aux classes moyennes, des classes moyennes aux classes ais\u00e9es ne sont pas les m\u00eames \u00e0 Paris, dans les grandes m\u00e9tropoles, les villes moyennes ou \u00e0 la campagne. Les fractures territoriales se multiplient. Il faut se placer dans une perspective historique longue pour les comprendre.<\/p>\n<p>La hi\u00e9rarchie des provinces fran\u00e7aises change avec la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle. La localisation des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques et des mati\u00e8res premi\u00e8res fait \u00e9merger de nouvelles r\u00e9gions. Avec la deuxi\u00e8me r\u00e9volution industrielle, d\u2019autres bouleversements interviennent. Les usines se cr\u00e9ent pr\u00e8s des grandes m\u00e9tropoles, l\u00e0 o\u00f9 sont les clients, ou en fonction des lieux de r\u00e9sidence des familles industrielles, comme \u00e0 Clermont-Ferrand avec Michelin ou \u00e0 Sochaux avec Peugeot. Les trains am\u00e8nent des flots d\u2019individus des campagnes vers les villes, espace \u00ab assurantiel \u00bb o\u00f9 l\u2019on peut grappiller des miettes de la richesse. Les villes absorbent cette population, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019extension de leur territoire et la croissance de l\u2019emploi. Les solidarit\u00e9s par le travail s\u2019ajoutent aux solidarit\u00e9s r\u00e9gionales et facilitent l\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n<p>Dans la p\u00e9riode qui commence \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, la cr\u00e9ation de richesse se d\u00e9place vers la distribution et les services, les cols blancs montent en puissance. Gr\u00e2ce aux grandes \u00e9coles et aux universit\u00e9s, les m\u00e9tropoles sont en mesure de fournir cette nouvelle main-d\u2019\u0153uvre recherch\u00e9e par les entreprises, elles concentrent la population, elles b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019installation de services, de grandes surfaces et de commerces sp\u00e9cialis\u00e9s. Une part importante de la population se d\u00e9place vers les grandes m\u00e9tropoles pour b\u00e9n\u00e9ficier du choix, de prix attractifs, mais aussi d\u2019un travail. Les villes marqu\u00e9es par les deux premi\u00e8res r\u00e9volutions industrielles d\u00e9clinent, entre \u00e9puisement des ressources et gains de productivit\u00e9 qui font dispara\u00eetre des emplois manufacturiers. Seul, le fait qu\u2019elle concentre encore beaucoup d\u2019habitants enraye partiellement ce mouvement, elles restent des lieux de commerces et de services. Au sommet de la hi\u00e9rarchie, Paris et quelques m\u00e9tropoles accentuent leur poids relatif sur le territoire et concentrent la croissance et le dynamisme \u00e9conomique. Cette situation est la source de d\u00e9s\u00e9quilibres : au sein m\u00eame de ces m\u00e9tropoles, entre ces m\u00e9tropoles et leur environnement direct, mais aussi entre ces m\u00e9tropoles et le reste du territoire.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris et dans les grandes m\u00e9tropoles, la gentrification est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, une population \u00e0 haut revenu r\u00e9investit les centres-villes. On observe une hausse des prix spectaculaire, r\u00e9sultat d\u2019une pression immobili\u00e8re croissante et de mouvements sp\u00e9culatifs. Le logement interm\u00e9diaire dispara\u00eet progressivement. Les classes moyennes et populaires sont chass\u00e9es des villes ou ont du mal \u00e0 s\u2019y maintenir. Malgr\u00e9 la tol\u00e9rance affich\u00e9e par la bourgeoisie boh\u00e8me, les grands programmes immobiliers \u00e0 vocation mixte ou sociale sont de fait interdits. Les centres-villes concentrent les habitants du dernier d\u00e9cile, mais il subsiste encore un habitat social qui ne peut \u00eatre remis en cause.<\/p>\n<p>Dans la p\u00e9riph\u00e9rie des grandes m\u00e9tropoles, on trouve un habitat souvent construit \u00e0 la va-vite. Il r\u00e9pond \u00e0 la demande n\u00e9e du baby-boom et de l\u2019immigration. Les bidonvilles sont remplac\u00e9s par des barres d\u2019immeubles et les cit\u00e9s. Les classes moyennes, chass\u00e9es des centres-ville n\u2019ont souvent le choix qu\u2019entre un habitat qui ne correspond pas \u00e0 l\u2019image qu\u2019elle souhaite donner d\u2019elles-m\u00eames ou l\u2019\u00e9loignement. Ceux qui ont fait le choix de rester \u00e0 proximit\u00e9 cohabitent avec une population immigr\u00e9e, souvent en phase de repli communautaire. Les zones pavillonnaires qui se d\u00e9veloppent en p\u00e9riph\u00e9rie lointaine sont l\u2019autre alternative. Ils sont relativement \u00e9loign\u00e9s des villes, ce p\u00e8sent sur les budgets, l\u2019essence n\u2019est plus aussi bon march\u00e9 et les transports publics sont souvent limit\u00e9s. L\u2019habitat y est parfois de qualit\u00e9, mais il n\u2019y a pas ou peu de vie culturelle, de trop rares \u00e9quipements sportifs et de services, et les centres commerciaux tiennent lieu de centre-ville. L\u2019\u00e9loignement prend des proportions importantes en r\u00e9gion parisienne o\u00f9 il n\u2019est pas rare d\u2019habiter \u00e0 plus de 50 km avec son cort\u00e8ge d\u2019inconv\u00e9nients : embouteillages, co\u00fbts du transport, isolement. Ces migrations quotidiennes ou hebdomadaires d\u00e9solidarisent les individus de et dans leur lieu de vie. La population vieillit, la configuration des zones pavillonnaires est souvent inadapt\u00e9e pour les personnes \u00e2g\u00e9es.<\/p>\n<p>Les anciennes villes industrielles concentrent encore beaucoup de population, leur hypersp\u00e9cialisation ne favorise pas leur reconversion, les qualifications industrielles correspondent peu \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019emploi. Ces villes restent n\u00e9anmoins des bassins de population importants, c\u2019est surtout un emploi g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les grandes surfaces et les services qui se substituent \u00e0 l\u2019emploi industriel. Les Zones Urbaines Sensibles install\u00e9es \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des anciennes villes industrielles montrent des r\u00e9alit\u00e9s statistiques alarmantes : plus de 38 % de la population vit sous le seuil de pauvret\u00e9 et tire une partie de ces revenus de l\u2019aide publique, le taux de ch\u00f4mage est sup\u00e9rieur \u00e0 23 %, voire 42 % pour les moins de 24 ans, les opportunit\u00e9s d\u2019emploi sont rares. Les prix de l\u2019immobilier croissant dans les grandes villes et le type d\u2019emploi offert sont un frein \u00e0 la mobilit\u00e9 g\u00e9ographique qui n\u2019est plus une alternative.<\/p>\n<p>Il faut ici faire un zoom sur la situation particuli\u00e8re des cit\u00e9s. Dans les ann\u00e9es 60, on a construit un peu partout de grands ensembles avec les m\u00eames caract\u00e9ristiques : des espaces vides au milieu desquels on trouve des barres et des tours, o\u00f9 la densit\u00e9 de population est tr\u00e8s forte. Cette architecture particuli\u00e8re les isole des villes. La mixit\u00e9 ethnique et sociale des d\u00e9buts ne dure pas. Le rel\u00e2chement de la pression immobili\u00e8re, un co\u00fbt r\u00e9el du cr\u00e9dit faible et le travail des femmes qui se g\u00e9n\u00e9ralise permettent \u00e0 beaucoup de foyers de s\u2019extraire de ces grands ensembles. Cela joue moins pour les populations immigr\u00e9es. Les r\u00e9sistances culturelles font qu\u2019un deuxi\u00e8me salaire ne s\u2019ajoute pas toujours, l\u2019envoi d\u2019argent au pays mobilise une partie des revenus, la sortie par le haut ne se fait pas. Les grands ensembles deviennent des ghettos communautaires dont il est extr\u00eamement difficile de sortir. La mont\u00e9e du ch\u00f4mage porte un coup fatal \u00e0 l\u2019int\u00e9gration, les solidarit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019emploi disparaissent, remplac\u00e9es par le communautarisme.<\/p>\n<p>L\u2019assimilation ne se fait plus, voire r\u00e9gresse. Les perspectives sont absentes, la prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle ne se diffuse plus. Les infrastructures, en particulier \u00e9ducatives, sont loin de donner toutes leurs chances aux enfants des cit\u00e9s. Les adresses sont connot\u00e9es n\u00e9gativement, rares sont les employeurs qui acceptent de recruter les jeunes originaires des cit\u00e9s. Ces quartiers sont hors d\u2019atteinte des fonctions r\u00e9galiennes de l\u2019\u00c9tat et des services publics, ils fonctionnent en ghettos qui int\u00e8grent difficilement la culture fran\u00e7aise, d\u2019autant plus que les cultures familiales d\u2019origines sont disponibles par Internet ou le satellite et continuent \u00e0 baigner le quotidien.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les quartiers sont paradoxalement tr\u00e8s bien int\u00e9gr\u00e9s aux m\u00e9tropoles. La grande ville offre des possibilit\u00e9s d\u2019emplois, d\u00e9clar\u00e9es ou non, mais aussi de rapines et de trafics pour obtenir rapidement de l\u2019argent qui se refuse autrement, sans compter la facilit\u00e9 et les rendements. Quand ces cit\u00e9s sont dans l\u2019entourage des villes moyennes, ce sont souvent les voix ill\u00e9gales qui pr\u00e9dominent, faute de perspectives locales. La plupart des habitants vivent dans la logique du darwinisme social : la survie, la loi du plus fort et si possible l\u2019accumulation. Quand r\u00e9volte il y a, elle est capt\u00e9e par quelques personnes qui portent une vision totalitaire de l\u2019ordre social et invoquent la religion pour ne pas avoir \u00e0 justifier un discours politique. Des fils de la deuxi\u00e8me voire de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration d\u2019immigr\u00e9s se tournent vers le communautarisme et le fondamentalisme religieux.<\/p>\n<p>Pour finir ce tour d\u2019horizon, il faut \u00e9voquer les bourgs ruraux qui partagent paradoxalement pas mal de probl\u00e8mes avec les zones pavillonnaires. Ces espaces n\u2019offrent ni services, ni perspectives et deviennent des lieux au statut paradoxal. Les personnes \u00e2g\u00e9es qui ont pass\u00e9 leur existence dans ces communes continuent \u00e0 y vivre, tant bien que mal. Elles sont aussi des zones de repli pour une population qui peut encore s\u2019y loger \u00e0 des prix raisonnables. Toutes ces communes doivent faire face \u00e0 des pressions budg\u00e9taires, entre manque de rentr\u00e9es et d\u00e9penses sociales accrues. La qualit\u00e9 de vie s\u2019en ressent, une forme de pr\u00e9carit\u00e9 s\u2019installe. Pour des m\u00e9nages qui ne travaillent pas sur place, le co\u00fbt du transport est cons\u00e9quent, \u00e9levant la part pr\u00e9contrainte des d\u00e9penses. De plus il est impossible de retrouver un travail localement en cas de ch\u00f4mage ou de revendre le bien immobilier. La combinaison de ces facteurs entra\u00eene aussi une mobilit\u00e9 g\u00e9ographique r\u00e9duite.<\/p>\n<p>L\u2019habitat est de plus en plus subi, il est la source d\u2019un immense gaspillage et d\u2019une grande frustration. La mobilit\u00e9 g\u00e9ographique devient l\u2019une des conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la mobilit\u00e9 sociale. Dans le m\u00eame temps, elle est un leurre : co\u00fbteuse, elle ne s\u2019accompagne pas forc\u00e9ment d\u2019une am\u00e9lioration du niveau de vie. Il faut \u00e9viter cette fracture entre une France des possibles dans quelques m\u00e9tropoles et un territoire fig\u00e9 ailleurs, pour ne pas dire carc\u00e9ral.<\/p>\n<p>Une politique territoriale se doit d\u2019assurer la coh\u00e9rence. Il est n\u00e9cessaire de maintenir l\u2019accessibilit\u00e9 au logement sur tout le territoire, quelle que soit la pression immobili\u00e8re, mais il faut dans le m\u00eame temps renforcer l\u2019attractivit\u00e9 des zones rurales et des villes moyennes pour offrir des perspectives partout en France. Il faut am\u00e9liorer l\u2019int\u00e9gration et d\u00e9construire les ghettos qui y sont associ\u00e9s. Enfin, il faut assurer la continuit\u00e9 entre les territoires, condition sine qua non de mise en \u0153uvre de ces objectifs.<\/p>\n<p>Deux pr\u00e9alables sont n\u00e9cessaires pour mettre en \u0153uvre une politique coordonn\u00e9e du territoire. Tout d\u2019abord, il est n\u00e9cessaire de construire un niveau coh\u00e9rent de d\u00e9cision sur le plan local, la balance doit \u00eatre r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9e pour donner plus de poids aux communes. Ensuite, l\u2019\u00c9tat doit avoir des \u00ab bras arm\u00e9s \u00bb, \u00e0 m\u00eame de prendre en charge des investissements trop importants pour l\u2019\u00e9chelon local. Ces interventions doivent \u00eatre p\u00e9rennes et ind\u00e9pendantes de tout objectif de rentabilit\u00e9. Le retour ne se mesure pas toujours directement ou dans le court terme.<\/p>\n<p><strong>Les zones rurales et des villes moyennes<\/strong><\/p>\n<p>Renforcer l\u2019attractivit\u00e9 des zones rurales et des villes moyennes passe par un maillage du territoire. Dans chaque maille doit se trouver une ville ou un village en mesure de proposer un \u00e9ventail complet de services, y compris les services publics de base. Le regroupement des communes est une \u00e9tape indispensable qui doit \u00eatre impos\u00e9e, la France est une exception en Europe. Ce n\u2019est pas seulement le commerce ou les services qu\u2019il faut renforcer, c\u2019est aussi une vie culturelle et sociale, le d\u00e9sert fran\u00e7ais na\u00eet de cet appauvrissement relatif. Cependant, cette d\u00e9marche positive pour renforcer l\u2019attractivit\u00e9 de ces villes et ces villages ne servira \u00e0 rien si l\u2019on n\u2019y cr\u00e9e pas des emplois.<\/p>\n<p>Ces communes poss\u00e8dent souvent en abondance ce que les grandes villes n\u2019ont plus : des logements et de l\u2019espace bon march\u00e9. Une phase pilote sera mise en place pour valider une nouvelle approche. L\u2019\u00c9tat investira directement en cr\u00e9ant ou r\u00e9novant des infrastructures \u00e9conomiques. Ces infrastructures de qualit\u00e9 seront propos\u00e9es aux investisseurs \u00e0 des prix attractifs, avec des aides directes \u00e0 l\u2019installation et au d\u00e9m\u00e9nagement. En compl\u00e9ment, des structures relais seront propos\u00e9es en dessous des prix du march\u00e9 dans les grandes m\u00e9tropoles pour l\u2019activit\u00e9 qui doit rester \u00e0 proximit\u00e9 des clients potentiels. Enfin, les infrastructures de transports aussi bien vers l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019intra-muros feront l\u2019objet d\u2019investissements directs. \u00c0 l\u2019issue de la phase pilote, une \u00e9valuation sera faite de l\u2019efficacit\u00e9 et des effets induits pour poursuivre et \u00e9tendre ces politiques. Il s\u2019agit de consid\u00e9rer la globalit\u00e9 des r\u00e9sultats, ce qui est gagn\u00e9 en un point pr\u00e9cis contribue au r\u00e9\u00e9quilibrage du territoire.<\/p>\n<p><strong>Les grandes m\u00e9tropoles<\/strong><\/p>\n<p>Les grandes m\u00e9tropoles concentrent l\u2019emploi, l\u2019\u00e9ducation, les services et la culture. Elles subissent dans le m\u00eame temps une forte pression immobili\u00e8re et concentrent les nuisances. Plus qu\u2019ailleurs, la discrimination se fait par l\u2019argent. Pour agir efficacement, une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tat (en pratique la Soci\u00e9t\u00e9 Nationale Immobili\u00e8re d\u00e9j\u00e0 existante) doit proposer des logements \u00e0 l\u2019achat ou en location \u00e0 des prix significativement inf\u00e9rieurs aux prix du march\u00e9. Elle sera aussi en mesure d\u2019intervenir sur le march\u00e9 du logement social, tout en tenant compte des sp\u00e9cificit\u00e9s locales pour les crit\u00e8res d\u2019attribution. Elle doit pouvoir vendre des biens appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat, proc\u00e9der \u00e0 des achats aux prix du march\u00e9, et les revendre ou les louer \u00e0 des tarifs attractifs. Des dotations annuelles lui seront attribu\u00e9es pour couvrir les pertes, c\u2019est une partie du budget qui sera d\u00e9volu aux politiques des m\u00e9tropoles. Une publicit\u00e9 importante devra \u00eatre assur\u00e9e \u00e0 ces op\u00e9rations, jusqu\u2019\u00e0 constater une baisse significative des prix \u00e0 la vente comme en location.<\/p>\n<p>Les efforts visant \u00e0 combattre les nuisances engendr\u00e9s par les grandes m\u00e9tropoles doivent \u00eatre \u00e0 partag\u00e9s par les habitants et les entreprises en fonction des comportements de chacun. Un peu partout, la tendance est de r\u00e9guler ces contraintes par l\u2019argent : co\u00fbt du logement, p\u00e9age urbain, limitation d\u2019acc\u00e8s aux v\u00e9hicules, parking\u2026 Il faut des politiques transparentes et coercitives tout en maintenant des tarifs accessibles : par exemple une limitation de la circulation et des parkings qui s\u2019applique \u00e0 tous avec une r\u00e9servation pr\u00e9alable. L\u2019isolation de l\u2019habitat et des locaux professionnels doivent \u00eatre obligatoires, quitte \u00e0 financer ces travaux sous condition de revenus ou de b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p>R\u00e9duire l\u2019attractivit\u00e9 relative des grandes villes reste la meilleure voie pour diminuer la pression immobili\u00e8re. Afin d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le r\u00e9\u00e9quilibrage du territoire, nous pr\u00e9conisons le d\u00e9m\u00e9nagement par l\u2019\u00c9tat de quelques grandes administrations et universit\u00e9s. Les espaces lib\u00e9r\u00e9s serviront \u00e0 diminuer la pression immobili\u00e8re, les quelques villes qui b\u00e9n\u00e9ficieraient de ces implantations seraient choisies pour \u00eatre des p\u00f4les de r\u00e9\u00e9quilibrage du territoire national.<\/p>\n<p>En p\u00e9riph\u00e9rie des villes grandes et moyennes se construisent deux types d\u2019espaces qui ont aussi leurs propres probl\u00e9matiques et qui n\u00e9cessitent des politiques sp\u00e9cifiques : les cit\u00e9s et les zones pavillonnaires.<\/p>\n<p><strong>Les cit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Pour les cit\u00e9s, la politique propos\u00e9e intervient sur trois \u00e9l\u00e9ments. Tout d\u2019abord, il est indispensable de faire revenir les fonctions r\u00e9galiennes de l\u2019\u00c9tat dans les quartiers. Ce retour des fonctions r\u00e9galiennes doit \u00eatre le pendant d\u2019une nouvelle politique d\u2019int\u00e9gration qui ne se limite pas \u00e0 l\u2019int\u00e9gration par l\u2019emploi. Le troisi\u00e8me volet porte sur l\u2019immobilier. Il faut imp\u00e9rativement d\u00e9passer le cadre des programmes actuels. D\u00e9verser des millions sur les quartiers sensibles n\u2019am\u00e8ne \u00e0 rien s\u2019il s\u2019agit juste de les r\u00e9habiliter : une belle prison demeure une prison.<\/p>\n<p>L\u2019absence de services publics au sein des cit\u00e9s accentue l\u2019isolement et cr\u00e9e de fait des zones de non-droit. Il faut une pr\u00e9sence polici\u00e8re nombreuse qui ne soit pas soumise aux imp\u00e9ratifs du chiffre et agit sur la petite d\u00e9linquance. Parall\u00e8lement, la justice doit \u00eatre rapide pour les petits m\u00e9faits, appliquant pour l\u2019essentiel des peines de substitution qui doivent \u00eatre r\u00e9ellement ex\u00e9cut\u00e9es. \u00c0 cette pr\u00e9sence visible doit s\u2019ajouter des structures sp\u00e9cialis\u00e9es dans les grands trafics, le banditisme et le terrorisme qui trouvent dans les cit\u00e9s une zone de repli. Dans le m\u00eame temps, les espaces du service public doivent rester des espaces ouverts, quel que soit le prix \u00e0 payer. Enfin, il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir un recrutement au sein des cit\u00e9s, y compris pour les forces de l\u2019ordre, m\u00eame si les affectations n\u2019auront pas lieu dans les banlieues d\u2019origines.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9gration r\u00e9side dans la capacit\u00e9 d\u2019un individu \u00e0 inscrire ses comportements dans notre soci\u00e9t\u00e9, il doit s\u2019int\u00e9grer dans l\u2019espace public et ses croyances religieuses doivent demeurer dans la sph\u00e8re priv\u00e9e. Cela passe par le respect des signes de la foi et le refus du pros\u00e9lytisme et de l\u2019instrumentalisation de la religion. Garantir la libert\u00e9 religieuse est insuffisant, il faut des lieux de cultes en nombre suffisant tout en ma\u00eetrisant le discours qui y est tenu. Le cadre actuel de la s\u00e9paration de l\u2019\u00e9glise et de l\u2019\u00c9tat doit \u00eatre revu en profondeur, les lois de 1905 ne sont plus adapt\u00e9es \u00e0 la situation actuelle, il faut aujourd\u2019hui un \u00c9tat garant de la neutralit\u00e9 religieuse et de la libert\u00e9 de pens\u00e9e plus qu\u2019un \u00c9tat la\u00efc. En contrepartie, il faut une action et un discours implacable contre tout discours totalitaire, l\u2019arsenal juridique doit \u00eatre renforc\u00e9 en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>La mobilit\u00e9 sociale est l\u2019autre aspect qui doit donner tout son sens \u00e0 l\u2019int\u00e9gration. Il est indispensable d\u2019avoir des exemples de r\u00e9ussites suffisamment nombreux pour \u00eatre cr\u00e9dibles. Trois aspects doivent faire l\u2019objet d\u2019actions fortes.<\/p>\n<p>Les programmes \u00e9ducatifs qui se sont succ\u00e9d\u00e9 ont tous montr\u00e9 leurs limites, les parents qui en ont encore les moyens font tout pour contourner la carte scolaire. Il faut envisager des solutions plus radicales et sortir les \u00e9l\u00e8ves du ghetto : quand le potentiel d\u2019\u00e9l\u00e8ves est insuffisant, en organisant leur scolarit\u00e9 dans d\u2019autres \u00e9coles, mais plus probablement en reconstruisant une partie des \u00e9tablissements scolaires hors des cit\u00e9s. Enfin, les jeunes des cit\u00e9s doivent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019aides accrues pour continuer leurs \u00e9tudes dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, comme des bourses revaloris\u00e9es.<\/p>\n<p>Si tant est que la part de dipl\u00f4m\u00e9s s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans les banlieues, la difficult\u00e9 est de d\u00e9passer les craintes des employeurs potentiels. L\u2019introduction du CV anonyme peut \u00eatre une formule, la discrimination positive sur la base des adresses pourrait \u00eatre introduite. Cette formule n\u2019est pas la formule miracle, elle doit s\u2019accompagner de mesures plus coercitives : \u00e0 partir d\u2019une certaine taille, une entreprise qui ne respecte pas un minimum de mixit\u00e9 sociale (sur base des adresses) doit \u00eatre p\u00e9nalis\u00e9e au travers du bilan social, avec un impact sur le calcul des charges.<\/p>\n<p>Le dernier volet concerne l\u2019immobilier. Les plans pr\u00e9c\u00e9dents ont souvent allou\u00e9 de gros budgets \u00e0 la r\u00e9habilitation, ce qui ne change rien aux tares fondamentales de ce type d\u2019habitat. Deux actions doivent \u00eatre men\u00e9es en parall\u00e8le. D\u2019une part, il faut favoriser la mobilit\u00e9 hors des cit\u00e9s, dans le cadre d\u2019une politique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019habitat permettant de faire baisser les prix des logements. D\u2019autre part, il est souhaitable de proc\u00e9der \u00e0 la reconstruction totale de certains quartiers \u00e0 l\u2019issue d\u2019une phase pilote. Moins verticales et plus denses, ces reconstructions doivent \u00eatre suffisamment attractives et qualitatives pour r\u00e9introduire un minimum de mixit\u00e9. L\u2019objectif est d\u2019assurer la continuit\u00e9 territoriale des anciennes cit\u00e9s avec l\u2019ensemble de l\u2019environnement urbain.<\/p>\n<p><strong>Les zones pavillonnaires<\/strong><\/p>\n<p>La difficult\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 ces zones pavillonnaires est qu\u2019elles ont une grande emprise sur le territoire p\u00e9riurbain et une densit\u00e9 de population paradoxale : trop forte pour \u00eatre rurale, trop faible pour offrir une vie de quartier. Elles n\u2019offrent pas tous les services, d\u2019autant plus qu\u2019elles restent des satellites de villes plus importantes. Permettre la mobilit\u00e9 entre les diff\u00e9rents types d\u2019habitats ne suffit pas, il faut renforcer l\u2019attractivit\u00e9 des zones pavillonnaires. Le regroupement des communes permettrait de doter ces territoires d\u2019\u00e9quipements collectifs, de salles pour des r\u00e9unions et des spectacles, d\u2019avoir des politiques de transports coh\u00e9rentes et quelques commerces, id\u00e9alement dans une logique de circuits courts. L\u2019un des grands inconv\u00e9nients de ce type d\u2019habitat est l\u2019utilisation syst\u00e9matique de transports individuels, chers et polluants. La mise en \u0153uvre de solutions de transports alternatifs de type \u00ab Autolib \u00bb, paradoxalement tr\u00e8s adapt\u00e9es \u00e0 ce type d\u2019espace, ou de transports en commun plus fr\u00e9quents et effectu\u00e9s avec des v\u00e9hicules de plus faible capacit\u00e9 peut \u00eatre une r\u00e9ponse adapt\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Une politique globale des territoires<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9finir une politique des territoires n\u2019est pas une chose facile, tant les r\u00e9alit\u00e9s locales sont diverses. Dans le m\u00eame temps, une granularit\u00e9 trop fine de l\u2019espace de d\u00e9cision tend \u00e0 cr\u00e9er des incoh\u00e9rences et escamote une grande partie des solutions, quand elle ne s\u2019oppose pas aux indispensables solidarit\u00e9s locales. Le march\u00e9 et les logiques gestionnaires ont \u00e9t\u00e9 la pire des choses. En mettant en avant les co\u00fbts directs sans en mesurer les effets induits, en ne proposant des services que sur la seule base d\u2019un \u00e9quilibre comptable, en rentrant dans la logique du profit lorsque ces services ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au priv\u00e9, le territoire Fran\u00e7ais a subit de plein fouet les tendances lourdes de l\u2019\u00e9conomie et du darwinisme social triomphant. La politique propos\u00e9e tente de red\u00e9finir des espaces de d\u00e9cision coh\u00e9rents et propose des exp\u00e9rimentations \u00e0 m\u00eame de reconstruire une coh\u00e9rence perdue. Elle s\u2019appuie surtout sur de nouveaux \u00ab bras arm\u00e9s \u00bb, soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00c9tat qui d\u00e9passent les contraintes du court-termisme et de la logique de la profitabilit\u00e9 \u00e0 tout prix. L\u2019\u00c9tat doit se donner les moyens de r\u00e9investir les territoires afin d\u2019\u00e9viter une France \u00e0 plusieurs vitesses.<\/p>\n<p><em>\u00c0 suivre\u2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>S\u2019il est bien une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente, c\u2019est le quoi faire. Cette s\u00e9rie de billets propose quelques solutions et synth\u00e9tise un projet de livre : \u00ab 2017, programme sans candidat \u00bb. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ces propositions refl\u00e8tent une analyse et une vision qui n\u2019est pas forc\u00e9ment partag\u00e9e par [&hellip;]<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":41,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2597,4454,4668],"tags":[],"class_list":["post-81802","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-democratie-2","category-france","category-territoires"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81802","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/41"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81802"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81802\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":81803,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81802\/revisions\/81803"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81802"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81802"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81802"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}