{"id":81874,"date":"2016-01-25T00:01:59","date_gmt":"2016-01-24T23:01:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=81874"},"modified":"2016-01-25T00:01:59","modified_gmt":"2016-01-24T23:01:59","slug":"que-faire-iv-lutter-contre-le-gaspillage-developper-une-economie-soutenable-et-moins-mondialisee-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/25\/que-faire-iv-lutter-contre-le-gaspillage-developper-une-economie-soutenable-et-moins-mondialisee-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"Que faire\u00a0? (IV)\u00a0: Lutter contre le gaspillage, d\u00e9velopper une \u00e9conomie soutenable et moins mondialis\u00e9e, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><em>S\u2019il est bien une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente, c\u2019est le quoi faire. Cette s\u00e9rie de billets propose quelques solutions et synth\u00e9tise un projet de livre\u00a0: \u00ab\u00a02017, programme sans candidat\u00a0\u00bb. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ces propositions refl\u00e8tent une analyse et une vision qui n\u2019est pas forc\u00e9ment partag\u00e9e par tous les intervenants du blog de Paul Jorion. <\/em><\/p>\n<p><strong><em>Billets pr\u00e9c\u00e9dents de la s\u00e9rie que faire\u00a0: <\/em><\/strong><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/19\/que-faire-i-lemploi-par-michel-leis\/\"><em>(I) : L\u2019emploi<\/em><\/a><em>, <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/20\/que-faire-ii-repartir-plus-equitablement-les-richesses-et-les-efforts-par-michel-leis\/\"><em>(II) : R\u00e9partir plus \u00e9quitablement les richesses et les efforts<\/em><\/a>, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/21\/que-faire-iii-corriger-les-desequilibres-du-territoire-par-michel-leis\/\"><em>(III)\u00a0: Corriger les d\u00e9s\u00e9quilibres du territoire<\/em><\/a><em>, <\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le gaspillage peut \u00eatre d\u00e9fini de deux mani\u00e8res\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le fait d\u2019utiliser plus de ressources que n\u00e9cessaire, de l\u2019autre, n\u00e9gliger un ressource qui aurait pu apporter plus d\u2019efficacit\u00e9. Une utilisation efficiente et rationnelle des ressources devrait conduire \u00e0 un gaspillage minimum, on est dans la r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s loin de cette allocation optimale, ce qui prouve s\u2019il en \u00e9tait l\u2019inefficience des march\u00e9s. Le gaspillage est aussi celui des hommes, ces travailleurs licenci\u00e9s et remplac\u00e9s par les machines ou par d\u2019autres salari\u00e9s travaillant dans des pays o\u00f9 les salaires de mis\u00e8re sont la r\u00e8gle. Le profit y gagne ce que la coh\u00e9sion et le lien social y perdent. Ce sont les talents sacrifi\u00e9s dans les entreprises parce qu\u2019on ne leur laisse pas d\u2019espace pour s\u2019exprimer. La dynamique du gaspillage est complexe.<\/p>\n<p>La qu\u00eate de l\u2019accumulation et du profit est un puissant moteur du gaspillage. La rente li\u00e9e \u00e0 l\u2019exploitation des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques en est un bon exemple. Les \u00e9nergies fossiles les plus faciles \u00e0 extraire ont \u00e9t\u00e9 d\u2019embl\u00e9e valid\u00e9es par le syst\u00e8me \u00e9conomique, les questions de rendement ou d\u2019\u00e9puisement n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es. La question de la transition \u00e9nerg\u00e9tique est \u00e0 la fois un probl\u00e8me de d\u00e9pendance et d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers. L\u2019\u00e9mergence d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique pour les \u00e9nergies nouvelles est difficile\u00a0: elles ne trouveront pas leur rentabilit\u00e9 avant des ann\u00e9es et l\u2019\u00c9tat a peu de moyens pour investir directement.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie de la rente \u00e9nerg\u00e9tique pose le d\u00e9bat en des termes qui peuvent s\u2019appliquer au reste de l\u2019\u00e9conomie\u00a0: comment perp\u00e9tuer le profit dans le temps\u00a0? Les marchands de canons se r\u00e9jouissent des bruits de bottes. Les financiers ont besoin d\u2019une client\u00e8le solvable\u00a0: Il faut \u00e0 la fois vendre des cr\u00e9dits et \u00eatre rembours\u00e9. Les entreprises industrielles et de services entretiennent l\u2019app\u00e9tence des consommateurs pour de nouveaux produits. Le maintien de la demande et de la consommation \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 est la solution de facilit\u00e9 pour p\u00e9renniser les profits. Pour autant, cette strat\u00e9gie se heurte aux contraintes croissantes sur la solvabilit\u00e9 des clients et la n\u00e9cessit\u00e9 qu\u2019ils renouvellent leurs produits \u00e0 intervalles r\u00e9guliers.<\/p>\n<p>Les entreprises domin\u00e9es n\u2019arrivent pas \u00e0 vendre leur produit dans des conditions de rentabilit\u00e9 suffisante, le profit est capt\u00e9 par les entreprises capables d\u2019imposer leurs conditions. Du c\u00f4t\u00e9 des particuliers, le partage de la valeur ajout\u00e9e s\u2019est fait au d\u00e9triment du travail. Le recours massif au cr\u00e9dit a permis de diff\u00e9rer le probl\u00e8me, mais il se heurte \u00e0 la limite du revenu disponible des m\u00e9nages. Avec moins de clients solvables, on voit fleurir ces discours sur la comp\u00e9titivit\u00e9, les clients \u00e9trangers \u00e9tant cens\u00e9s se substituer aux clients fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Le maintien de la consommation \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 passe par le renouvellement plus fr\u00e9quent des produits. On pointe du doigt l\u2019obsolescence programm\u00e9e qui n\u2019est que la face \u00e9merg\u00e9e de l\u2019iceberg. C\u2019est par l\u2019innovation, r\u00e9elle ou non, et surtout par le marketing que les produits sont renouvel\u00e9s plus fr\u00e9quemment. La v\u00e9ritable obsolescence est une obsolescence d\u2019image, soigneusement construite par les entreprises. Nos d\u00e9chetteries voient ainsi s\u2019entasser des produits dont la dur\u00e9e de vie n\u2019aura \u00e9t\u00e9 que de quelques ann\u00e9es tout au plus. Cela passe par une flexibilit\u00e9 accrue des lignes de production et des gains de productivit\u00e9 importants, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 dans le billet consacr\u00e9 au travail.<\/p>\n<p>La solution que le monde \u00e9conomique nous propose, c\u2019est toujours plus de gaspillage et le maintien de la solvabilit\u00e9 par la baisse des prix relatifs de certains produits. Dans l\u2019habillement par exemple, pour vendre aux clients \u00e0 des prix accessibles tout en pr\u00e9servant la marge, on produit au Bangladesh et l\u2019on transporte sur des milliers de kilom\u00e8tres ce qui pourrait \u00eatre produit \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Les consommateurs font aussi des kilom\u00e8tres pour trouver des grandes surfaces qui pr\u00e9tendent vendre \u00e0 des prix accessibles et transparents. Nous achetons nos aliments dans des barquettes aux prix clairement \u00e9tiquet\u00e9s, plus faciles \u00e0 ma\u00eetriser que pour un achat \u00e0 la d\u00e9coupe. Ce mode de distribution ne favorise pas les circuits courts. La grande distribution et les centrales d\u2019achat discutent avec des grossistes et s\u2019accommodent mal des petits producteurs locaux. La plupart des aliments sont d\u2019abord exp\u00e9di\u00e9s dans de grands centres logistiques avant de partir vers les grandes surfaces. Dans le m\u00eame temps, on nous propose en toute saison du raisin qui aura pris l\u2019avion ou des fraises qui auront fait des milliers de kilom\u00e8tres en camions. Cycle de vie raccourci et abus du transport sont les deux \u00e9l\u00e9ments qui r\u00e9unissent la qu\u00eate du profit et toujours plus de gaspillage.<\/p>\n<p>Les instances politiques ne font pas beaucoup mieux en la mati\u00e8re. L\u2019absence de coordination est un mal end\u00e9mique, on multiplie des \u00e9quipements, pas toujours utiles. Les r\u00e9gions se battent pour leur \u00ab\u00a0d\u00e9senclavement\u00a0\u00bb\u00a0: on construit de nouvelles lignes de TGV ou des a\u00e9roports r\u00e9gionaux. Le service de transport propos\u00e9 sera inaccessible \u00e0 une grande partie de la client\u00e8le qui n\u2019aura d\u2019autres choix que de perdre du temps dans les services d\u2019autocars r\u00e9cemment lib\u00e9ralis\u00e9s en consommant plus d\u2019\u00e9nergie au kilom\u00e8tre que le train. L\u2019ouverture \u00e0 la concurrence pr\u00e9sent\u00e9e comme cr\u00e9atrice d\u2019emplois et b\u00e9n\u00e9ficiant aux clients n\u2019est qu\u2019un leurre o\u00f9 les co\u00fbts annexes ne sont pas calcul\u00e9s.<\/p>\n<p>A contrario, certaines portions du territoire deviennent des d\u00e9serts en mati\u00e8re de services, obligeant les usagers \u00e0 de longs d\u00e9placements. Le gaspillage na\u00eet des contraintes qu\u2019un minimum de politiques publiques et de vision de long terme aurait permis d\u2019\u00e9viter. J\u2019ai dress\u00e9 dans le pr\u00e9c\u00e9dent billet le tableau d\u2019une France dont le territoire a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9. Le prix de l\u2019immobilier chasse les classes moyennes des grandes villes, conduisant \u00e0 ces migrations quotidiennes, sources d\u2019un \u00e9norme g\u00e2chis. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, dans les villes qui ont perdu des emplois industriels, il existe aujourd\u2019hui des infrastructures absolument inexploit\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, le gaspillage est celui du travail absent, des syst\u00e8mes de reconnaissance bas\u00e9s sur la servilit\u00e9 plut\u00f4t que sur la comp\u00e9tence, ce sont ces entreprises qui abusent des ressources externes en laissant de c\u00f4t\u00e9 les ressources internes.<\/p>\n<p>La dynamique du gaspillage est la traduction concr\u00e8te des tendances de fond sur le profit, les rapports de forces, la disparition du travail et des classes moyennes, la d\u00e9sagr\u00e9gation du territoire. Le gaspillage n\u2019a pourtant rien d\u2019une fatalit\u00e9. Plus encore, Il pourrait \u00eatre une opportunit\u00e9 pour cr\u00e9er des emplois, b\u00e2tir une \u00e9conomie forte sur des bases nationales avec un march\u00e9 int\u00e9rieur solide. Il est n\u00e9cessaire de prendre en compte deux contraintes.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re concerne le d\u00e9ficit ext\u00e9rieur qui doit \u00eatre limit\u00e9. La volont\u00e9 de produire fran\u00e7ais ne suffit pas, la contrainte de comp\u00e9titivit\u00e9 est un leurre face au dumping social de certains pays. Il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir des m\u00e9canismes de protection directs ou indirects quand la concurrence est d\u00e9loyale. Une taxe sur les transports et la r\u00e9cup\u00e9ration limit\u00e9e de la TVA en fonction de l\u2019\u00e9quivalence sociale pour les importations ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9es dans le billet consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019emploi. Limiter le d\u00e9ficit de la balance commerciale passe aussi par une politique \u00e9nerg\u00e9tique moins d\u00e9pendante des ressources ext\u00e9rieures, par le maintien d\u2019une production dans certaines fili\u00e8res qui doivent \u00eatre soutenues ou relanc\u00e9es, y compris par des investissements directs de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me contrainte est de construire une \u00e9conomie forte dans une perspective durable. La dynamique des cycles de vie courts et des renouvellements fr\u00e9quents voulue par le marketing repose sur la production. Cette \u00e9volution est permise par des gains de productivit\u00e9 massifs dans tous les domaines. Au gaspillage de la consommation s\u2019ajoute celui des hommes. D\u00e9passer cette situation n\u00e9cessite un virage \u00e0 180\u00b0\u00a0: une \u00e9conomie durable et responsable doit concevoir d\u00e8s le d\u00e9part l\u2019\u00e9volutivit\u00e9 des produits, un cycle de vie plus long et un recyclage presque complet. Cela implique un transfert du travail vers des op\u00e9rations aval, de maintenance ou de mise \u00e0 niveau, ce qui est aussi une mani\u00e8re de recentrer l\u2019\u00e9conomie sur le territoire national.<\/p>\n<p>Il est tout \u00e0 fait possible de construire une cha\u00eene de valeur avec des produits durables, tout en restant \u00e0 la pointe de la technique et en continuant \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer du profit sur de longues p\u00e9riodes. C\u2019est le cas dans l\u2019industrie a\u00e9ronautique\u00a0: les avions co\u00fbtent tr\u00e8s cher, pour les amortir dans des conditions acceptables, leur dur\u00e9e de vie est \u00e9lev\u00e9e. Des avions de plus de dix ans, gr\u00e2ce aux modifications et remises \u00e0 niveau apport\u00e9es tout au long du cycle de vie, consomment souvent moins que quand ils ont commenc\u00e9 leur carri\u00e8re. Bien s\u00fbr ce type d\u2019organisation suppose qu\u2019une partie de la cha\u00eene de valeur aval reste sous contr\u00f4le de l\u2019entreprise qui con\u00e7oit et fabrique, ce qui s\u2019oppose \u00e0 la libre concurrence mise en exergue par Bruxelles et les tenants du lib\u00e9ralisme. Pour les produits qui se consomment imm\u00e9diatement ou dont la dur\u00e9e de vie est limit\u00e9e, c\u2019est en encourageant les circuits courts et de proximit\u00e9 que l\u2019on peut r\u00e9pondre au double objectif d\u2019une \u00e9conomie durable et centr\u00e9e sur le march\u00e9 int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>La fili\u00e8re agroalimentaire est un bon mod\u00e8le de ce que nous souhaitons d\u00e9velopper. Les crises r\u00e9currentes qu\u2019elle traverse r\u00e9sultent en partie d\u2019une \u00e9conomie ouverte au seul profit des acteurs dominants. Le syst\u00e8me de production agricole est fragment\u00e9, les prix de revient ne sont pas les m\u00eames dans les diff\u00e9rents pays. Comme le co\u00fbt de transport est n\u00e9gligeable, il n\u2019y a pas de barri\u00e8re entre les diff\u00e9rentes sources d\u2019approvisionnements. Pire encore, cette situation encourage une agriculture fortement productiviste, peu respectueuse de l\u2019environnement et de la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<p>Seul le jeu des subventions peut maintenir une agriculture rentable en France. Il faut r\u00e9former les droits de paiements de base (DPB) en augmentant les montants, en les plafonnant (les grandes exploitations \u00e9tant par nature rentables), et en favorisant une agriculture moins intensive et plus respectueuse de l\u2019environnement. \u00c0 cela doit s\u2019ajouter une aide \u00e0 la production dans toutes les fili\u00e8res. Enfin, les proc\u00e9dures d\u2019obtention des DPB doivent \u00eatre simples.<\/p>\n<p>Il faut aussi revoir les conditions de l\u2019offre et le comportement des consommateurs. Pour l\u2019offre, il faut intervenir dans les rapports de forces entre la production et la distribution. L\u2019un des moyens est que l\u2019\u00c9tat investisse directement dans des circuits de distribution courts, par exemple dans des plates-formes logistiques locales pour apporter des garanties sur la cha\u00eene du froid et limiter l\u2019impact sur les prix puisqu\u2019il y a moins d\u2019\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelles. Afin d\u2019inciter le consommateur \u00e0 devenir client de ces circuits courts et locaux, il faut des taux de TVA diff\u00e9renti\u00e9s en fonction des modes de distribution, des crit\u00e8res de durabilit\u00e9 et d\u2019empreinte \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Pour le secteur manufacturier directement expos\u00e9 \u00e0 la concurrence internationale, deux \u00e9l\u00e9ments rentrent en ligne de compte. Imposer des produits sur le march\u00e9 mondial n\u00e9cessite un contenu technologique important. Il faut augmenter fortement les budgets consacr\u00e9s \u00e0 la recherche et au d\u00e9veloppement, notoirement insuffisants en France. Parall\u00e8lement, m\u00eame si ce n\u2019est pas le param\u00e8tre d\u00e9terminant, le co\u00fbt de la main-d\u2019\u0153uvre doit \u00eatre pris en compte, le calcul des charges patronales doit tenir compte du degr\u00e9 d\u2019internationalisation d\u2019un secteur.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le soutien des fili\u00e8res peut s\u2019envisager de deux mani\u00e8res. Dans certains secteurs soumis \u00e0 une concurrence qui n\u2019op\u00e8re pas sur les m\u00eames bases sociales et fiscales, des subventions \u00e0 la production peuvent \u00eatre syst\u00e9matis\u00e9es. Dans d\u2019autres secteurs, c\u2019est la difficult\u00e9 de monter des projets innovants qui est un frein. L\u2019\u00c9tat doit renforcer sa soci\u00e9t\u00e9 de financement aux entreprises (la BPI) en la dotant de moyens suppl\u00e9mentaires, en particulier dans le capital-risque et en changeant ses statuts, pour financer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de projets novateurs.<\/p>\n<p>Dans l\u2019industrie, un transfert vers l\u2019aval, c\u2019est-\u00e0-dire vers des cycles de vie longs, ne peut se r\u00e9aliser que si les entreprises trouvent un mod\u00e8le \u00e9conomique rentable. Le cadre juridique de ce nouveau mod\u00e8le \u00e9conomique devra \u00eatre \u00e9tabli, avec des nouvelles formes de partenariat amont\/aval et la possibilit\u00e9 de contrats longs. Il sera probablement n\u00e9cessaire de soutenir des projets industriels fond\u00e9s sur ce mod\u00e8le au travers de la soci\u00e9t\u00e9 de capital-risque. Pour orienter plus activement l\u2019\u00e9conomie dans cette voie, il est n\u00e9cessaire de mesurer et d\u2019encourager les cycles de vie longs, avec des crit\u00e8res objectifs comme la dur\u00e9e de la garantie. Un abattement sur la TVA sera instaur\u00e9 pour inciter les consommateurs \u00e0 se tourner vers ces produits. Enfin, l\u2019un des avantages est que ce transfert vers l\u2019aval peut \u00eatre porteur d\u2019une r\u00e9appropriation de savoir-faire techniques et enrichir le contenu du travail.<\/p>\n<p>Le double enjeu de la lutte contre le gaspillage et pour l\u2019ind\u00e9pendance de la France se retrouve dans la question de l\u2019\u00e9nergie. Nous sommes loin de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique, nous gaspillons beaucoup et les \u00e9nergies non renouvelables repr\u00e9sentent l\u2019essentiel de la consommation. La France s\u2019est construit une bulle d\u2019illusions avec le recours massif au nucl\u00e9aire et un g\u00e9ant p\u00e9trolier actif dans le monde entier, le tout pouvant laisser croire \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et une p\u00e9rennit\u00e9 des ressources. Deux \u00e9l\u00e9ments viennent relativisent ce constat.<\/p>\n<p>Le premier concerne l\u2019\u00e2ge moyen du parc nucl\u00e9aire fran\u00e7ais, de l\u2019ordre de 28 ans en 2015. EDF d\u00e9fend le maintien d\u2019une production nucl\u00e9aire avec prolongation de la dur\u00e9e de vie des centrales, ce qui va n\u00e9cessiter des investissements massifs pour garantir la s\u00e9curit\u00e9, sans que celle-ci ne soit absolue. De plus, un nouvel investissement sur l\u2019existant doit \u00eatre amorti et pourrait pousser \u00e0 d\u2019autres prolongations, sans compter le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9mant\u00e8lement. La Cour des comptes \u00e9voquait en 2011 un montant de 50 Milliards d\u2019Euros \u00e0 \u00e9taler 12 ans. Les choix \u00e9nerg\u00e9tiques de la France ne peuvent \u00eatre dict\u00e9s par la seule vision d\u2019EDF. Il faut renationaliser EDF, et faire des choix \u00e9nerg\u00e9tiques sur la base d\u2019expertises ind\u00e9pendantes, le co\u00fbt de 4 milliards par an pour prolonger la dur\u00e9e de vie des centrales ne serait-il pas mieux employ\u00e9 en aidant massivement l\u2019isolation des logements et des bureaux.<\/p>\n<p>L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment est le remplacement des \u00e9nergies fossiles dont personne ne conna\u00eet les r\u00e9serves, entre nouvelles d\u00e9couvertes au potentiel tenu jalousement secret et un p\u00e9trole de plus en plus difficile \u00e0 extraire. De plus, les ressources sont concentr\u00e9es dans des zones \u00e0 risques politiques non n\u00e9gligeables. Une politique active visant \u00e0 minimiser l\u2019usage des \u00e9nergies fossiles doit \u00eatre instaur\u00e9e. La France doit se fixer des objectifs en mati\u00e8re d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire le rapport qui existe entre la richesse produite et l\u2019\u00e9nergie consomm\u00e9e. L\u2019\u00c9tat doit avoir un bras arm\u00e9, ce pourrait \u00eatre l\u2019ADEME avec une mission \u00e9largie et dot\u00e9e de moyens cons\u00e9quents, les actions \u00e0 mener sont connues de tous\u00a0: d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables et chasse aux gaspillages de toute sorte.<\/p>\n<p>Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment marqu\u00e9e par le g\u00e2chis. Si le r\u00e9chauffement climatique est un th\u00e8me qui arrive \u00e0 mobilier les m\u00e9dias et l\u2019opinion, il n\u2019en va pas de m\u00eame pour le gaspillage. Pourtant il y a deux enjeux majeurs. D\u2019une part nous ne pouvons hypoth\u00e9quer l\u2019avenir, notre mode d\u2019existence doit \u00eatre soutenable dans le temps. D\u2019autre part, il faut contraindre la mani\u00e8re dont les entreprises vont s\u2019approprier le th\u00e8me du r\u00e9chauffement climatique\u00a0: le renouvellement des produits par des \u00ab\u00a0produits verts\u00a0\u00bb pourrait \u00eatre un moyen de forcer la consommation des m\u00e9nages. Mettre le gaspillage au centre des pr\u00e9occupations \u00e9vitera peut-\u00eatre de voir notre avenir compromis par les int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat \u00e0 un r\u00f4le important \u00e0 jouer, nous ne croyons pas aux vertus de l\u2019autocontr\u00f4le et d\u2019une politique \u00e9conomique qui reposerait sur la seule strat\u00e9gie des entreprises. L\u2019\u00c9tat doit orienter les choix \u00e9conomiques en fonction de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de la coh\u00e9sion sociale et de la pr\u00e9servation du bien commun. L\u2019implication et l\u2019investissement direct au travers de bras arm\u00e9s sont des outils de cette r\u00e9orientation. Au-del\u00e0 du discours officiel des entreprises citoyennes et responsables, des r\u00e8gles doivent aussi encadrer le m\u00e9canisme de d\u00e9cision des entreprises, les actes doivent \u00eatre conformes au discours.<\/p>\n<p><strong><em>\u00c0 suivre\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>S\u2019il est bien une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente, c\u2019est le quoi faire. Cette s\u00e9rie de billets propose quelques solutions et synth\u00e9tise un projet de livre\u00a0: \u00ab\u00a02017, programme sans candidat\u00a0\u00bb. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ces propositions refl\u00e8tent une analyse et une vision qui n\u2019est pas forc\u00e9ment partag\u00e9e par tous les intervenants [&hellip;]<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[4672],"class_list":["post-81874","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-gaspillage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81874","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81874"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81874\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":81875,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81874\/revisions\/81875"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81874"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81874"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81874"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}