{"id":81952,"date":"2016-01-27T22:55:56","date_gmt":"2016-01-27T21:55:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=81952"},"modified":"2016-01-27T22:55:56","modified_gmt":"2016-01-27T21:55:56","slug":"que-faire-vi-preserver-lautonomie-des-choix-a-linternational-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/27\/que-faire-vi-preserver-lautonomie-des-choix-a-linternational-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"Que faire ? (VI) : Pr\u00e9server l\u2019autonomie des choix \u00e0 l\u2019international, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p><em>S\u2019il est bien une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente, c\u2019est le quoi faire. Cette s\u00e9rie de billets propose quelques solutions et synth\u00e9tise un projet de livre : \u00ab 2017, programme sans candidat \u00bb. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ces propositions refl\u00e8tent une analyse et une vision qui n\u2019est pas forc\u00e9ment partag\u00e9e par tous les intervenants du blog de Paul Jorion.<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Billets pr\u00e9c\u00e9dents de la s\u00e9rie que faire :<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/19\/que-faire-i-lemploi-par-michel-leis\/\">(I) : L\u2019emploi<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/20\/que-faire-ii-repartir-plus-equitablement-les-richesses-et-les-efforts-par-michel-leis\/\">(II) : R\u00e9partir plus \u00e9quitablement les richesses et les efforts<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/21\/que-faire-iii-corriger-les-desequilibres-du-territoire-par-michel-leis\/\">(III) : Corriger les d\u00e9s\u00e9quilibres du territoire<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/25\/que-faire-iv-lutter-contre-le-gaspillage-developper-une-economie-soutenable-et-moins-mondialisee-par-michel-leis\/\">(IV) Lutter contre le gaspillage, d\u00e9velopper une \u00e9conomie soutenable et moins mondialis\u00e9e<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/01\/26\/que-faire-v-poser-des-limites-aux-rapports-de-forces-par-michel-leis\/\">(V) : Poser des limites aux rapports de forces<\/a>,<\/em><!--more--><\/p>\n<p>Ma\u00eetriser la dimension internationale des rapports de forces est un enjeu essentiel pour que la France puisse pr\u00e9server son autonomie. La forme traditionnelle des rapports de forces entre pays repose sur l\u2019accumulation de moyens militaires permettant de passer du stade de la violence virtuelle \u00e0 celui de conflit arm\u00e9. Les pays poussent leurs pions sur la sc\u00e8ne internationale, sur la base d\u2019une capacit\u00e9 militaire existante ou potentielle. La forme moderne des rapports de forces entre \u00c9tats se construit sur la d\u00e9pendance \u00e9conomique et elle s\u2019exprime essentiellement dans les instances internationales de coop\u00e9ration et de libre-\u00e9change.<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance s\u2019instaure vis-\u00e0-vis de nations qui poss\u00e8dent des ressources naturelles ou \u00e9nerg\u00e9tiques en abondance, ce qui explique le poids de la Russie ou des monarchies p\u00e9troli\u00e8res dans les discussions internationales, surtout quand ces pays utilisent une part importante de leur budget pour renforcer leur potentiel militaire. Au sein des organisations internationales comme l\u2019U.E., elle peut venir de la contribution de grands \u00c9tats au budget qui d\u00e9multiplie le pouvoir accord\u00e9 par les trait\u00e9s institutionnels, surtout quand les pays les plus pauvres sont d\u00e9pendants de ces budgets et ne veulent pas se f\u00e2cher avec les principaux pourvoyeurs de fonds. Elle peut venir enfin du poids pr\u00e9dominant de certains \u00c9tats dans l\u2019\u00e9conomie, leur politique \u00e9conomique influence la situation \u00e9conomie et financi\u00e8re de toute la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite \u00e9conomique apparente de certains \u00c9tats leur donne un r\u00f4le particulier de mod\u00e8le et de donneur de le\u00e7on, tout \u00e0 fait en phase avec une lecture darwinienne du monde. Quand cette r\u00e9ussite \u00e9conomique repose en partie sur la sous-traitance dans un certain nombre de pays en situation de d\u00e9pendance, il devient plus facile de constituer une majorit\u00e9 fond\u00e9e sur des int\u00e9r\u00eats communs et d\u2019imposer ses vues \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019Europe. C\u2019est ainsi que l\u2019Allemagne a acquis une place pr\u00e9pond\u00e9rante au sein de l\u2019U.E. qui lui permet d\u2019imposer sa vision \u00e9conomique et budg\u00e9taire. Il est tr\u00e8s difficile de sortir de cette situation, comme l\u2019a illustr\u00e9 le bras de fer entre la Gr\u00e8ce et l\u2019Europe, la volont\u00e9 nationale s\u2019oppose frontalement aux diff\u00e9rents avatars des institutions internationales.<\/p>\n<p>L\u2019Europe n\u2019a pas un fonctionnement d\u00e9mocratique. Un survol du patchwork institutionnel europ\u00e9en permet de comprendre pourquoi. Le Conseil europ\u00e9en fixe les principes et les grandes orientations politiques qui r\u00e9sultent d\u2019un marchandage entre chefs d\u2019\u00c9tats et de gouvernements. Les r\u00e9unions du Conseil ne donnent pas lieu \u00e0 des d\u00e9bats pr\u00e9alables par les repr\u00e9sentations nationales sur ce qui est n\u00e9gociable ou acceptable. Sans contr\u00f4le, deux principes sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre : les rapports de force et les convictions personnelles. Compte tenu des convictions lib\u00e9rales partag\u00e9es par presque tous en Europe, ce sont surtout les rapports de forces entre \u00c9tats qui sont d\u00e9terminants.<\/p>\n<p>Le fonctionnement de la Commission europ\u00e9enne est encore plus opaque. Une fois le processus de nomination termin\u00e9, les commissaires europ\u00e9ens ne rendent de comptes \u00e0 personne. Ils orientent le travail des directions en faisant le tri des propositions de leurs administrations respectives. Comme l\u2019essentiel des commissaires europ\u00e9ens sont marqu\u00e9s par l\u2019id\u00e9ologie ordo-lib\u00e9rale, les propositions de loi ne peuvent refl\u00e9ter que leur croyance id\u00e9ologique. Ils sont les garants de l\u2019orthodoxie par rapport au cadre l\u00e9gislatif, aux normes fix\u00e9es par l\u2019Europe, mais aussi vis-\u00e0-vis de la pens\u00e9e lib\u00e9rale dominante.<\/p>\n<p>Deux instances cod\u00e9cident de l\u2019adoption des lois. Le Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne de par sa composition reproduit \u00e0 son \u00e9chelle les tares du Conseil europ\u00e9en, dans un syst\u00e8me qui vise \u00e0 pr\u00e9server au mieux les int\u00e9r\u00eats des \u00c9tats nations. Le parlement est la seule instance d\u00e9mocratique de cette construction complexe. Malgr\u00e9 la cod\u00e9cision conc\u00e9d\u00e9e dans le dernier trait\u00e9 europ\u00e9en, son pouvoir est limit\u00e9. Les deux moments cl\u00e9s de son action restent le vote du budget et l\u2019investiture donn\u00e9e aux commissaires europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Au final, la production r\u00e9glementaire de l\u2019Union europ\u00e9enne rel\u00e8ve de l\u2019approche lib\u00e9rale anglo-saxonne. L\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019a pas de politique, sinon en creux. Elle fixe des normes de r\u00e9sultat comme les crit\u00e8res de convergences \u00e9conomiques : d\u00e9ficit budg\u00e9taire, inflation, les objectifs \u00e0 atteindre sont les m\u00eames pour tous. Ces normes de r\u00e9sultats sont parfois positives comme les r\u00e8gles qui limitent la pollution. Elles doivent \u00eatre retranscrites dans le droit national, mais la mani\u00e8re d\u2019y parvenir reste de l\u2019initiative des \u00c9tats, parfois les acteurs \u00e9conomiques sont cens\u00e9s s\u2019y conformer dans le cadre de simples r\u00e8gles de bonne conduite.<\/p>\n<p>Le cadre \u00e9conomique est quant \u00e0 lui profond\u00e9ment marqu\u00e9 par l\u2019empreinte lib\u00e9rale. La libre circulation des personnes et des capitaux refl\u00e8te des convictions fortes sur le bienfait du libre-\u00e9change. La concurrence entre les entreprises est suppos\u00e9e \u00eatre l\u2019outil de r\u00e9gulation par excellence, ignorant superbement que la concurrence n\u2019est avant tout qu\u2019une question de rapport de force o\u00f9 la fixation des prix n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 la confrontation nue de l\u2019offre et de la demande. Le poids des lobbys dans la fixation de ce cadre ne fait qu\u2019ajouter une couche d\u2019opacit\u00e9. Quant aux grands budgets europ\u00e9ens que sont la PAC ou le Fonds de D\u00e9veloppement R\u00e9gional, ils sont pour l\u2019essentiel un cadre redistributif r\u00e9sultant de l\u2019arbitrage entre les \u00c9tats et servent de monnaie d\u2019\u00e9change dans les n\u00e9gociations europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Cette vision id\u00e9ologique se traduit par des attaques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es envers les \u00c9tats. L\u2019ouverture \u00e0 la concurrence des services publics emp\u00eache les pays de mener des politiques de r\u00e9duction des fractures territoriales, la privatisation des grandes entreprises nationales les prive de bras arm\u00e9s. Les normes impos\u00e9es sur l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire et l\u2019endettement public contraignent fortement les politiques sociales. Dans le m\u00eame temps, l\u2019Europe laisse se d\u00e9velopper une comp\u00e9tition fiscale et sociale entre \u00c9tats qui fausse le jeu de la concurrence. Ces mesures conduisent progressivement \u00e0 un alignement vers le moins-disant social au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9.<\/p>\n<p>Une France capable de r\u00e9duire sa d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis du monde ext\u00e9rieur est une France forte qui peut faire entendre sa voix dans les grands rendez-vous europ\u00e9ens et internationaux. La diplomatie fran\u00e7aise doit s\u2019appuyer sur un outil de d\u00e9fense fort et cr\u00e9dible, une \u00e9conomie prosp\u00e8re, un syst\u00e8me social reconnu comme exemple et sur une capacit\u00e9 d\u2019innovation. Le cadre de la coop\u00e9ration internationale doit d\u2019abord \u00eatre celui de la pr\u00e9servation du bien commun, de l\u2019harmonisation par le haut du cadre social et fiscal. Les sujets \u00e9conomiques et sociaux ont d\u00e9j\u00e0 largement \u00e9t\u00e9 couverts dans les pr\u00e9c\u00e9dents billets, je voudrais donc \u00e9voquer ici le dimensionnement et la doctrine d\u2019emploi des arm\u00e9es, et la position de la France dans les grandes n\u00e9gociations internationales et en Europe.<\/p>\n<p>Il existe aujourd\u2019hui deux options pour une strat\u00e9gie militaire, elles ne sont pas \u00e9quivalentes pour pr\u00e9server l\u2019autonomie des choix. Soit nous avons l\u2019arm\u00e9e suisse, bien \u00e9quip\u00e9e, ancr\u00e9e dans la population, mais donc la mission purement d\u00e9fensive ne donne aucun poids sur la sc\u00e8ne internationale : la s\u00e9curit\u00e9 de la Suisse doit probablement plus \u00e0 ses banques qu\u2019\u00e0 son arm\u00e9e. Soit nous avons un outil robuste avec une strat\u00e9gie et les doctrines d\u2019emplois qui vont avec, c\u2019est l\u2019option qui est d\u00e9velopp\u00e9e ici. \u00c0 court terme, elle est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments qui fondent la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la France sur la sc\u00e8ne internationale, \u00e0 long terme, parce que dans un contexte de mont\u00e9e des nationalismes, des \u00e9go\u00efsmes et des doctrines totalitaires, ne pas se pr\u00e9parer au pire serait une faute politique majeure. Dans le monde, le d\u00e9sarmement nucl\u00e9aire se poursuit (trop) lentement, mais les budgets de la d\u00e9fense se red\u00e9ploient vers des armes conventionnelles, multipliant les risques de guerres r\u00e9gionales, il faut penser la dissuasion classique comme la dissuasion nucl\u00e9aire et comment basculer de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>La doctrine d\u2019engagement de l\u2019arm\u00e9e doit se limiter peu ou prou aux missions r\u00e9galiennes de d\u00e9fense : assurer l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire, prot\u00e9ger la population, veiller aux int\u00e9r\u00eats vitaux de la France. Dans une vision prospective, rien ne peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9. La menace terroriste n\u00e9cessite avant tout des moyens de renseignements et une capacit\u00e9 d\u2019intervention op\u00e9rationnelle cibl\u00e9e, capable de se projeter rapidement un peu partout dans le monde. Une attaque conventionnelle n\u00e9cessite la mobilisation sur le territoire national d\u2019une base plus large en hommes et en mat\u00e9riel. Une attaque non conventionnelle n\u00e9cessite une capacit\u00e9 de riposte inconditionnelle, quelle que soit l\u2019ampleur de l\u2019attaque. La protection des populations doit s\u2019entendre au sens large, au-del\u00e0 des \u00e9ventuelles agressions, l\u2019arm\u00e9e doit pouvoir \u00eatre engag\u00e9e sur des missions de s\u00e9curit\u00e9 civile : pompier, g\u00e9nie, crises environnementales ou \u00e9cologiques. Reste la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats vitaux qui est une notion ambigu\u00eb : qu\u2019est-ce qu\u2019un int\u00e9r\u00eat vital ? Un point est absolument clair : cette notion ne recouvre pas la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats particuliers ou \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Sauf en cas de riposte, l\u2019intervention des arm\u00e9es est limit\u00e9e au territoire national. Tout engagement dans un conflit ext\u00e9rieur ne peut avoir lieu que dans le cadre d\u2019un mandat international, seul \u00e0 m\u00eame de lui donner une l\u00e9gitimit\u00e9. La diplomatie et les organismes en charge d\u2019analyser un possible engagement de la France doivent int\u00e9grer des analyses de long terme, comprendre les implications en mati\u00e8re de civilisation et de culture, \u00e9valuer les perspectives de sortie du conflit. L\u2019exemple des interventions occidentales dans les pays musulmans d\u2019Asie centrale et du Moyen-Orient est \u00e9difiant : 25 ans d\u2019intervention, aucune fin en vue, les d\u00e9stabilisations s\u2019encha\u00eenent les unes aux autres, l\u2019efficacit\u00e9 est nulle. C\u2019est le type d\u2019engagement qu\u2019il faut \u00e9viter. Cette position implique la sortie de la France des syst\u00e8mes d\u2019alliances, par nature fluctuants dans une perspective de long terme.<\/p>\n<p>Ces bases \u00e9tant pos\u00e9es, le monde reste divis\u00e9 en deux: ceux qui ont la Bombe\u2026 et les autres. Sans la Bombe, les risques de conflits majeurs entre grandes puissances augmentent. Avec la Bombe, l\u2019occurrence de conflits majeurs diminue, mais ceux-ci restent possibles avec un risque total. Le cadre de notre outil de D\u00e9fense reste donc le bipode de la dissuasion nucl\u00e9aire et sa capacit\u00e9 de frappe en second, c\u2019est-\u00e0-dire la certitude pour un agresseur de ne pouvoir \u00e9chapper \u00e0 des repr\u00e9sailles aux co\u00fbts insupportables. De plus, le conventionnel doit \u00eatre suffisamment robuste, pour soutenir d\u2019une mani\u00e8re cr\u00e9dible le nucl\u00e9aire. Au-del\u00e0 des effectifs, deux dimensions sont \u00e0 prendre en compte pour renforcer les capacit\u00e9s militaires conventionnelles.<\/p>\n<p>Le dimensionnement ne doit pas se faire \u00e0 minima : en mati\u00e8re militaire, la quantit\u00e9 est une qualit\u00e9. Une arm\u00e9e a besoin de marges d&rsquo;action pour pr\u00e9server son efficacit\u00e9. Les moyens suppl\u00e9mentaires par rapport au minimum permettent de bien se pr\u00e9parer et d&rsquo;agir avec efficacit\u00e9. Cette id\u00e9e de \u00ab\u00a0bonus-non affect\u00e9,-mais-disponible\u00a0\u00bb ressemble vu de l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 du gaspillage alors que cela s&rsquo;av\u00e8re d\u00e9cisif pour l&rsquo;entra\u00eenement comme pour les combats, particuli\u00e8rement face aux impr\u00e9vus et pour des raisons morales. De plus si une guerre conventionnelle se profilait \u00e0 l\u2019horizon, il faut pouvoir faire face \u00e0 l\u2019\u00e9quipement d\u2019une conscription de masse.<\/p>\n<p>L\u2019outil militaro-industriel doit assurer l\u2019ind\u00e9pendance de la France dans le domaine de l\u2019armement. La logique actuelle combine r\u00e9duction des d\u00e9penses et imp\u00e9ratif de rentabilit\u00e9 industrielle des fabricants de canons. Elle conditionne la modernisation et le maintien de syst\u00e8mes d\u2019armes performants aux ventes \u00e0 l\u2019export ou \u00e0 des programmes de coop\u00e9ration. Ces programmes de coop\u00e9ration (ou les achats \u00e0 l\u2019\u00e9tranger) nous rendent d\u00e9pendants de la qualit\u00e9 de nos relations avec un certain nombre de pays. Cette n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exporter conduit \u00e0 une prolif\u00e9ration des armes, ce que nous ne souhaitons pas. De plus, ces exportations se font souvent dans des pays dont il est difficile d\u2019anticiper le futur. L\u2019\u00c9tat doit reprendre le contr\u00f4le sur l\u2019ensemble de l\u2019outil militaro-industriel afin de maintenir une autonomie totale en mati\u00e8re de d\u00e9fense.<\/p>\n<p>La politique de d\u00e9fense actuelle n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l&rsquo;injonction contradictoire de r\u00e9duire les moyens et d\u2019augmenter l\u2019efficacit\u00e9. De facto, pour conserver la dissuasion nucl\u00e9aire et renforcer les forces conventionnelles, il faut un effort important qui ne doit pas impacter les autres budgets, ce qui implique d\u2019augmenter les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires. Pour conserver un outil de d\u00e9fense cr\u00e9dible, le niveau de d\u00e9pense doit se situer \u00e0 minima \u00e0 3% du PIB. Ce budget doit \u00eatre pens\u00e9 dans un ensemble et non de mani\u00e8re purement comptable. Investissement keyn\u00e9sien par excellence, ces d\u00e9penses doivent contribuer \u00e0 la bonne marche de la soci\u00e9t\u00e9 : \u00e9ducation, formation, missions civiles, capacit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration, recherche, outil industriel, maintenance, etc&#8230;<\/p>\n<p>Les programmes alternatifs font souvent l\u2019impasse sur l\u2019arm\u00e9e et la d\u00e9fense, sujets qui ne sont pas politiquement corrects. Le contexte international est pourtant celui d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 croissante. Nul ne sait o\u00f9 s\u2019arr\u00eatera la mont\u00e9e des nationalismes ou la volont\u00e9 d\u2019imposer une vision totalitaire du monde sous couvert de religion qui est l\u2019objectif de certains groupes terroristes. Dans l\u2019imm\u00e9diat, la totale autonomie militaire auquel nous aspirons est l\u2019une des garanties de l\u2019autonomie diplomatique et du poids de la France sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>Accentuer la pr\u00e9sence diplomatique sur la sc\u00e8ne internationale et en Europe est l\u2019autre enjeu essentiel de la politique fran\u00e7aise. Il faut \u00eatre pr\u00e9sent dans les n\u00e9gociations internationales avec des positions refl\u00e9tant le point de vue de la France, ce qui implique des efforts importants de pr\u00e9paration diplomatique. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la France s\u2019est souvent align\u00e9e, sans grandes discussions, sur le point de vue de l\u2019Union europ\u00e9enne, quand sa position ne refl\u00e9tait pas des compromis pr\u00e9alables discut\u00e9s avec d\u2019autres grands pays. La d\u00e9fense de nos int\u00e9r\u00eats implique au contraire le refus de tous les accords internationaux fond\u00e9s sur la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s comme le TAFTA, visant \u00e0 cr\u00e9er un grand march\u00e9 transatlantique et ne comportant aucun volet social, fiscal ou \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces positions de principe, c\u2019est bien s\u00fbr l\u2019Union europ\u00e9enne qui est le cadre de r\u00e9f\u00e9rence et repr\u00e9sente la principale contrainte \u00e0 l\u2019autonomie des choix pour la France. L\u2019Europe peut \u00eatre la pire des choses quand elle est au servie des int\u00e9r\u00eats particuliers, mais elle a une grande r\u00e9ussite \u00e0 son actif : elle a construit un espace de paix relatif. Aux na\u00effs qui s\u2019imagineraient que les sources de tensions se sont \u00e9vapor\u00e9es dans l\u2019apr\u00e8s-guerre et que la paix est d\u00e9finitivement acquise, il faut rappeler comment les Balkans se sont embras\u00e9s \u00e0 la chute du rideau de fer. D\u2019autres lieux de tensions potentiels existent en Europe, ils ne demandent qu\u2019\u00e0 se r\u00e9veiller dans un contexte qui est de plus en plus marqu\u00e9 par les nationalismes.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, il est difficile de d\u00e9finir une position par rapport \u00e0 l\u2019Europe, elle a plus souvent d\u00e9\u00e7u que provoqu\u00e9 l\u2019enthousiasme. Les Fran\u00e7ais ont vot\u00e9 \u00ab oui \u00bb en 1992 \u00e0 Maastricht et inflig\u00e9 un cinglant \u00ab non \u00bb en 2005 au trait\u00e9 \u00ab \u00e9tablissant une constitution pour l\u2019Europe \u00bb. En 2005, il devenait urgent de porter un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 un syst\u00e8me en folie. Entre les deux, nous avons \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins d\u2019une capacit\u00e9 certaine \u00e0 changer la nature des probl\u00e8mes : transf\u00e9rer une question qui devrait \u00eatre du ressort des entreprises en probl\u00e8me d\u2019\u00c9tat (la comp\u00e9titivit\u00e9), transformer ce qui aurait d\u00fb rester du ressort des \u00c9tats (la gestion des biens communs) en profits pour les entreprises, rater les int\u00e9grations successives des nouveaux entrants.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est un espace pertinent sur le plan \u00e9conomique, la coop\u00e9ration est essentielle pour la gestion des ressources rares et des biens communs, l\u2019eau, l\u2019air et la pollution ignorent les fronti\u00e8res. Elle doit demeurer un espace d\u2019\u00e9change politique entre les \u00c9tats pour \u00e9viter les conflits. Dans le m\u00eame temps, l\u2019Europe ne peut \u00eatre une contrainte limitant drastiquement le champ de la d\u00e9cision politique et les moyens d\u2019action d\u2019un pays. Ni la norme, ni le cadre fix\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne ne vous conviennent, dans une Europe qui n\u2019est pas d\u00e9mocratique, le principe de subsidiarit\u00e9 doit s\u2019appliquer des \u00c9tats vers l\u2019Europe. Notre position sur l\u2019Europe est par nature duale. Nous souhaitons rester dans l\u2019Europe dans la mesure o\u00f9 nous pouvons appliquer les grandes lignes de notre politique. Si les contraintes pos\u00e9es par le cadre europ\u00e9en s\u2019av\u00e9raient impossibles \u00e0 d\u00e9passer, alors il faut se tenir pr\u00eat \u00e0 sortir de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Le b\u00e9n\u00e9fice de la paix en Europe est r\u00e9el, le repli sur les \u00c9tats nation est un risque de long terme, il faut donc tenter de r\u00e9former l\u2019Europe de l\u2019int\u00e9rieur. La concentration du pouvoir dans quelques instances qui n\u2019ont de comptes \u00e0 rendre qu\u2019\u00e0 elles-m\u00eames et la personnalisation des d\u00e9cisions en fonction des convictions de chacun dans les plus hautes instances dirigeantes de l\u2019U.E. ont un effet pervers. Elles d\u00e9responsabilisent le reste des institutions europ\u00e9ennes et les instances nationales qui ne sont pas en phase avec le cadre et la norme fix\u00e9e. Sur le plan de l\u2019organisation politique, c\u2019est un coup d\u2019\u00c9tat institutionnel qui est n\u00e9cessaire en Europe. L\u2019Union europ\u00e9enne ne peut fonctionner sans un mandat clair sur les objectifs et les moyens. Nous pr\u00e9conisons des \u00e9lections au suffrage universel pour les pouvoirs l\u00e9gislatifs et ex\u00e9cutifs, avec un programme europ\u00e9en port\u00e9 par des alliances de partis transnationales. Il faut imaginer comment construire une nouvelle forme de d\u00e9mocratie dans ce qui restera un patchwork de langues et de cultures, en se demandant quel peut \u00eatre l\u2019apport de ces outils qui ignorent d\u00e9j\u00e0 les fronti\u00e8res que sont Internet et les r\u00e9seaux sociaux. Sur le fond, le cadre europ\u00e9en ne doit pas se limiter aux r\u00e8gles du jeu. Parmi les r\u00e9formes urgentes, il est n\u00e9cessaire de revoir l\u2019architecture financi\u00e8re de la zone euro, de mutualiser la dette des \u00c9tats et d\u2019harmoniser vers le haut les r\u00e8gles fiscales et sociales.<\/p>\n<p>Mais s\u2019il est impossible de r\u00e9former l\u2019Union europ\u00e9enne ou de mettre en \u0153uvre un programme alternatif parce qu\u2019il contrevient \u00e0 la doctrine lib\u00e9rale, il faut d\u00e8s le d\u00e9part un plan B, celui de la sortie de l\u2019Union europ\u00e9enne. \u00catre pr\u00eat \u00e0 sortir de l\u2019Union europ\u00e9enne donne paradoxalement un argument majeur pour y rester, c\u2019est une arme de destruction massive. Pour \u00eatre cr\u00e9dible, il faut pourtant avoir la capacit\u00e9 de mettre cette menace \u00e0 ex\u00e9cution de mani\u00e8re organis\u00e9e si les contraintes se faisaient trop fortes. L\u2019exemple grec montre combien l\u2019absence d\u2019un plan B place le pays en position de faiblesse face aux pressions europ\u00e9ennes. Les conditions d\u2019une sortie organis\u00e9e tiennent en quelques points : ma\u00eetrise de la dette publique, balance commerciale proche de l\u2019\u00e9quilibre, capacit\u00e9 \u00e0 se financer, cr\u00e9dibilit\u00e9 et confiance en l\u2019\u00c9tat, indispensable pour battre monnaie. \u00c0 bien des \u00e9gards, le programme propos\u00e9 tourne autour de la ma\u00eetrise de ces \u00e9l\u00e9ments. Une fiscalit\u00e9 en hausse, mais dont le poids est mieux r\u00e9parti permet de d\u00e9gager un exc\u00e9dent primaire. Le recentrage sur le march\u00e9 int\u00e9rieur, la lutte contre le gaspillage et le transfert de la cr\u00e9ation de valeur vers l\u2019aval contribuent \u00e0 une balance commerciale peu ou prou \u00e9quilibr\u00e9e. Un pays avec une \u00e9conomie forte et d\u00e9gageant un exc\u00e9dent primaire est capable de se financer sur les march\u00e9s, m\u00eame si la sortie de l\u2019Europe offre de nouvelles possibilit\u00e9s avec une banque centrale revenant dans le giron de l\u2019\u00c9tat. Reste la cr\u00e9dibilit\u00e9 et la confiance dans l\u2019\u00c9tat. Elle ne peut venir que de son action et d\u2019une base \u00e9lectorale la plus large possible.<\/p>\n<p><strong><em>\u00c0 suivre\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>S\u2019il est bien une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente, c\u2019est le quoi faire. Cette s\u00e9rie de billets propose quelques solutions et synth\u00e9tise un projet de livre : \u00ab 2017, programme sans candidat \u00bb. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ces propositions refl\u00e8tent une analyse et une vision qui n\u2019est pas forc\u00e9ment partag\u00e9e par [&hellip;]<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":41,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4675,2597,204,1627],"tags":[],"class_list":["post-81952","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-defense","category-democratie-2","category-europe","category-geopolitique-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81952","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/41"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81952"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81952\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":81953,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81952\/revisions\/81953"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81952"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81952"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81952"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}