{"id":82353,"date":"2016-02-10T13:49:45","date_gmt":"2016-02-10T12:49:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=82353"},"modified":"2016-02-10T13:49:45","modified_gmt":"2016-02-10T12:49:45","slug":"la-crise-des-migrants-appeler-les-choses-par-leur-nom-par-serge-boucher","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/02\/10\/la-crise-des-migrants-appeler-les-choses-par-leur-nom-par-serge-boucher\/","title":{"rendered":"La crise des migrants : appeler les choses par leur nom, par Serge Boucher"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Depuis le d\u00e9but de la crise migratoire actuelle, on entend partout dire que les craintes des Europ\u00e9ens vis-\u00e0-vis des migrants sont \u00ab\u00a0compr\u00e9hensibles\u00a0\u00bb. Elles sont peut-\u00eatre compr\u00e9hensibles, mais cela ne les rend pas justifi\u00e9es. Je voudrais traiter ici deux craintes particuli\u00e8rement tenaces, qui portent sur l&rsquo;\u00e9conomie et la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Du point de vue \u00e9conomique, on entend r\u00e9guli\u00e8rement qu&rsquo;on est \u00ab\u00a0en crise\u00a0\u00bb et qu&rsquo;on n&rsquo;a donc \u00ab\u00a0pas les moyens\u00a0\u00bb d&rsquo;accueillir qui que ce soit. Passons sur le fait que l&rsquo;Europe reste une r\u00e9gion extr\u00eamement riche, et qu&rsquo;avec un minimum de bonne volont\u00e9 elle pourrait trouver des moyens. Le fait est que d&rsquo;un point de vue \u00e9conomique, l&rsquo;accueil de r\u00e9fugi\u00e9s syriens est exactement ce dont l&rsquo;Europe a besoin pour le moment.<\/p>\n<p>Pour commencer, plus de personnes vivant sur un m\u00eame territoire ne signifie pas n\u00e9cessairement plus de ch\u00f4meurs. Chaque individu est un employ\u00e9 potentiel, certes, mais il est aussi un consommateur, et parfois un entrepreneur. Le nombre d&#8217;emplois sur un territoire g\u00e9ographique donn\u00e9 n&rsquo;est donc pas fixe, mais augmente avec la population. En France, par exemple, la population \u00e9tait de 40,5 millions en 1946 et est maintenant de 67 millions. Il n&rsquo;y a pourtant pas 27 millions de ch\u00f4meurs, parce que les nouveaux habitants contribuent aussi \u00e0 la demande, et cr\u00e9ent ainsi des emplois. Le m\u00e9canisme est exactement le m\u00eame que ces nouveaux habitants soient n\u00e9s \u00e0 Noisy-le-Sec ou \u00e0 Damas.<\/p>\n<p>Il est vrai que des immigrants qui n&rsquo;ont pas de comp\u00e9tences particuli\u00e8res et qui ne viennent pas pour travailler mais pour simplement profiter de l&rsquo;\u00e9tat-providence peuvent \u00eatre une charge. Mais il se trouve que ce n&rsquo;est pas le cas ici : les r\u00e9fugi\u00e9s syriens qui demandent l&rsquo;asile en Europe ne sont pas des indigents. Les syriens pauvres ou peu \u00e9duqu\u00e9s sont toujours en Syrie, ou peut-\u00eatre dans les pays avoisinants. Pour avoir une chance de gagner l&rsquo;Europe, il faut des moyens. Ceux qui arrivent ici sont l&rsquo;\u00e9lite de leur nation, des ing\u00e9nieurs, m\u00e9decins, avocats, etc., qui parlent souvent mieux anglais que la moyenne des Europ\u00e9ens. Il me semble assez \u00e9vident que ces gens qui ont tout abandonn\u00e9 en qu\u00eate d&rsquo;une vie meilleure ne sont probablement pas des imb\u00e9ciles paresseux qui ne cherchent qu&rsquo;\u00e0 \u00e9marger aux restos du coeur. Ils viennent pour travailler, s&rsquo;int\u00e9grer, participer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne, \u00e0 la seule condition qu&rsquo;on leur en donne l&rsquo;opportunit\u00e9. C&rsquo;est vrai pour presque toutes les migrations, et toutes les \u00e9tudes confirment que celles-ci sont b\u00e9n\u00e9fiques pour le pays d&rsquo;accueil exactement pour cette raison : ceux qui r\u00e9ussissent le voyage sont particuli\u00e8rement courageux et qualifi\u00e9s. Un afflux de telles personnes semble le seul moyen r\u00e9aliste de financer les retraites d&rsquo;une Europe \u00e0 la d\u00e9mographie faiblarde.<\/p>\n<p>Pour ce qui est de la s\u00e9curit\u00e9, on peut tout \u00e0 fait comprendre que d&rsquo;aucuns s&rsquo;inqui\u00e8tent de voir des milliers de ressortissants d&rsquo;un territoire occup\u00e9 par l&rsquo;\u00c9tat islamique passer les fronti\u00e8res europ\u00e9ennes avec des contr\u00f4les rendus superficiels par les faibles moyens d&rsquo;une police des fronti\u00e8res submerg\u00e9e par le nombre colossal de demandes d&rsquo;asile. Cette crainte-l\u00e0 est l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Mais la solution \u00e0 cela est \u00e9vidente, et elle ne consiste pas \u00e0 fermer les fronti\u00e8res : il \u00ab\u00a0suffit\u00a0\u00bb que l&rsquo;Europe adopte une politique d&rsquo;immigration assum\u00e9e, et proc\u00e8de comme tous les autres pays occidentaux. La <a title=\"None\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R\u00e8glement_Dublin_II\" target=\"_blank\">convention de Dublin<\/a> est une aberration, qui rej\u00e8te tout le probl\u00e8me de l&rsquo;accueil des r\u00e9fugi\u00e9s sur les pays frontaliers de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui ont le moins de moyens pour g\u00e9rer un afflux comme celui qu&rsquo;on voit aujourd&rsquo;hui, et incite les r\u00e9fugi\u00e9s potentiels \u00e0 entrer ill\u00e9galement sur un territoire plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 suivre une quelconque r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Dans le reste du monde, cela ne se passe pas comme \u00e7a. Un candidat r\u00e9fugi\u00e9 qui vise les \u00c9tats-Unis, par exemple, entame la proc\u00e9dure depuis son pays ou un pays frontalier (le plus souvent la Turquie, la Jordanie ou le Liban pour les Syriens), et a l&rsquo;opportunit\u00e9 de vivre et de travailler dans ce pays pendant que sa demande est \u00e9tudi\u00e9e, plut\u00f4t que de payer des passeurs une fortune pour traverser la M\u00e9diterran\u00e9e en canot pneumatique. Cette proc\u00e9dure dure entre un et deux ans, durant lesquels les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines et l&rsquo;UNHCR ont tout le temps de v\u00e9rifier l&rsquo;identit\u00e9 du migrant et son \u00e9ligibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Non seulement cette mani\u00e8re de faire les choses est nettement plus respectueuse des droits des migrants, elle r\u00e9sout \u00e9galement tous les probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9. Aucun terroriste potentiel ne passera jamais par une proc\u00e9dure aussi lourde alors qu&rsquo;il lui est bien plus facile d&rsquo;obtenir un visa touristique. Les chiffres des \u00c9tats-Unis sont \u00e9loquents : sur 784,000 r\u00e9fugi\u00e9s accept\u00e9s depuis 2001, seulement 3 ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s pour des faits de terrorisme, aucun n&rsquo;ayant r\u00e9ussi \u00e0 mener ses projets \u00e0 bien. Un sur 261,000 en dix ans, donc, sans aucune concr\u00e9tisation. Cela me semble un risque plus que raisonnable. Ce changement de politique se justifie d&rsquo;autant plus que le nombre de demandes auxquelles fait face l&rsquo;Europe est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 en ce moment : cela co\u00fbte beaucoup moins cher d&rsquo;engager quelques fonctionnaires suppl\u00e9mentaires pour \u00e9tudier le flot de demandes, que de construire des barri\u00e8res le long des fronti\u00e8res, des camps pour candidats-r\u00e9fugi\u00e9s, et traquer ceux dont on perd la trace.<\/p>\n<p>Mettre en place une politique d&rsquo;asile juste et r\u00e9fl\u00e9chie, en remplacement du \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb actuel qui nous condamne \u00e0 subir l&rsquo;immigration comme un ph\u00e9nom\u00e8ne incontr\u00f4lable, favoriserait autant notre s\u00e9curit\u00e9 que notre prosp\u00e9rit\u00e9. Les arguments \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires pour la fermeture des fronti\u00e8res et le rejet des migrants sont faux, ce n&rsquo;est pas plus compliqu\u00e9 que cela.<\/p>\n<p>Il est donc temps d&rsquo;appeler les choses par leur nom, et de reconnaitre que ceux qui avancent ces arguments rentrent dans une des trois cat\u00e9gories suivantes :<\/p>\n<ol>\n<li>Ceux qui sont mal inform\u00e9s sur les enjeux \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires de la migration<\/li>\n<li>Ceux qui n&rsquo;ont juste vraiment pas envie que leurs enfants aient des voisins arabes, dont tous les arguments sont des rationalisations maladroites pour justifier cette position socialement inacceptable<\/li>\n<li>Ceux qui pensent qu&rsquo;il y a tellement d&rsquo;Europ\u00e9ens dans la cat\u00e9gorie pr\u00e9c\u00e9dente que l&rsquo;accueil des r\u00e9fugi\u00e9s, qui serait d\u00e9sirable dans un monde id\u00e9al, ne peut pas bien se passer dans notre monde<\/li>\n<\/ol>\n<p>Poser le probl\u00e8me en ces termes ne suffit certainement pas \u00e0 clore le d\u00e9bat. On peut trouver la position du groupe (2) d\u00e9testable, mais nous sommes encore en d\u00e9mocratie et on ne peut donc pas faire comme s&rsquo;ils n&rsquo;existaient pas. Et au vu des sondages et de la mont\u00e9e de l&rsquo;extr\u00eame-droite partout en Europe, on ne peut pas exclure l&rsquo;hypoth\u00e8se que le groupe (3) ait, malheureusement, raison. Mais c&rsquo;est en reconnaissant cette r\u00e9alit\u00e9 extr\u00eamement d\u00e9primante que l&rsquo;on se donne les meilleures chances de prendre les bonnes d\u00e9cisions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis le d\u00e9but de la crise migratoire actuelle, on entend partout dire que les craintes des Europ\u00e9ens vis-\u00e0-vis des migrants sont \u00ab\u00a0compr\u00e9hensibles\u00a0\u00bb. Elles sont peut-\u00eatre compr\u00e9hensibles, mais cela ne les rend pas justifi\u00e9es. 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