{"id":83214,"date":"2016-03-08T09:25:04","date_gmt":"2016-03-08T08:25:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=83214"},"modified":"2016-03-08T10:51:39","modified_gmt":"2016-03-08T09:51:39","slug":"la-loi-el-khomri-la-derniere-etape-dun-bouleversement-du-droit-du-travail-par-cedric-mas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/03\/08\/la-loi-el-khomri-la-derniere-etape-dun-bouleversement-du-droit-du-travail-par-cedric-mas\/","title":{"rendered":"LA LOI EL KHOMRI : LA DERNIERE ETAPE D&rsquo;UN BOULEVERSEMENT DU DROIT DU TRAVAIL, par C\u00e9dric Mas"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/revolution.jpg\" rel=\"attachment wp-att-83223\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-83223\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/revolution.jpg\" alt=\"revolution\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;annonce du projet de Loi \u00ab\u00a0<em>visant \u00e0 instituer de nouvelles libert\u00e9s, et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs<\/em>\u00a0\u00bb par le gouvernement a d\u00e9clench\u00e9 une vague de contestation aussi importante qu&rsquo;inattendue.<\/p>\n<p>Il est vrai que ce projet n&rsquo;est que l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un long cheminement l\u00e9gislatif, dont les pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9tapes n&rsquo;avaient pas jusque-l\u00e0 engendr\u00e9 de telles r\u00e9actions.<\/p>\n<p><!--more-->Il est donc n\u00e9cessaire d&rsquo;examiner en d\u00e9tail ce projet, tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 (\u00e9tant entendu que le gouvernement a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 des modifications pas encore disponibles \u00e0 ce jour). Au-del\u00e0 des contestations, parfois excessives, on d\u00e9couvre alors la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9volution du droit du travail, dont les effets sont loin d&rsquo;\u00eatre ma\u00eetris\u00e9s malgr\u00e9 les annonces de ses propres concepteurs.<\/p>\n<p>Les d\u00e9veloppements qui suivent reprennent sans exhaustivit\u00e9 certaines dispositions sous un angle de technique juridique. Les lecteurs peu int\u00e9ress\u00e9s peuvent directement lire la partie sur la vraie nature du projet de loi et la conclusion plus bas.<\/p>\n<p><strong><u>Une loi qui n&rsquo;est que la derni\u00e8re \u00e9tape d&rsquo;un long processus de r\u00e9formes successives :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il faut une certaine mauvaise foi pour \u00eatre surpris des principes de cette nouvelle loi, dont l&rsquo;architecture a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e dans le rapport de la Commission Badinter remis au Premier ministre en janvier 2016, qui a d\u00e9fini les 61 principes juridiques essentiels, auxquels il ne sera pas possible de d\u00e9roger (61 principes scrupuleusement repris par le projet de Loi El Khomri).<\/p>\n<p>La structure du droit du travail retenue par ce projet d\u00e9coule des conclusions d&rsquo;une pr\u00e9c\u00e9dente commission, la Commission Combrexelle, qui avait remis son rapport le 9 septembre 2015. Il suffit de relire les conclusions de ce rapport pour y trouver le c\u0153ur de la r\u00e9forme actuelle. L\u00e0 encore, peu de r\u00e9actions \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque alors que les objectifs et moyens de cette \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0modernisation\u00a0\u00bb du droit du travail \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 transparents.<\/p>\n<p>Le projet de Loi El Khomri constitue donc la derni\u00e8re \u00e9tape d&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9volution du droit du travail, poursuivie par petites touches dans une succession de r\u00e9formes.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;est agi de transformer un droit du travail reposant sur la Loi, un code regroupant un nombre important de r\u00e8gles diverses, par un droit form\u00e9 de normes n\u00e9goci\u00e9es dans les entreprises ou les branches d&rsquo;activit\u00e9 entre partenaires sociaux.<\/p>\n<p>Et tout a commenc\u00e9 en 2003, lorsque revenant sur la tendance l\u00e9gislative pr\u00e9c\u00e9dente durcissant les licenciements \u00e9conomiques (dont la derni\u00e8re expression a \u00e9t\u00e9 la Loi du 22 janvier 2002), une Loi n\u00b0 2003-6 du 3 janvier 2003 portant relance de la n\u00e9gociation collective en mati\u00e8re de licenciements \u00e9conomiques est venue autoriser \u00ab\u00a0\u00e0 titre exp\u00e9rimental\u00a0\u00bb des accords de m\u00e9thode d\u00e9rogeant \u00e0 certaines dispositions du code du travail en mati\u00e8re de consultation du comit\u00e9 d&rsquo;entreprise dans une proc\u00e9dure de licenciement collectif pour un motif \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Puis le dispositif \u00ab\u00a0exp\u00e9rimental\u00a0\u00bb et limit\u00e9 \u00e0 des cas tr\u00e8s particuliers a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en 2004, qu&rsquo;une mesure \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb a invers\u00e9 la hi\u00e9rarchie des normes. Il s&rsquo;agissait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de donner la priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accord d&rsquo;entreprises sur l&rsquo;accord de branche. D\u00e9sormais, dans certains domaines, dont la dur\u00e9e du travail. Il suffit de lire l&rsquo;agit de l&rsquo;article 42 de la loi n\u00b0 2004-391 du 4 mai 2004 relative \u00e0 la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social, disposition perdue au milieu de nombreuses autres pour constater que l\u00e0 se place le premier jalon important d&rsquo;une d\u00e9marche dont le projet de Loi El Khomri est l&rsquo;aboutissement.<\/p>\n<p>Avec une rare et \u00e9tonnante constance, nonobstant les vicissitudes de la vie politique, malgr\u00e9 les alternances, les r\u00e9formes successives du droit du travail vont chacune avancer dans le chemin ouvert en 2003 vers une \u00ab\u00a0conventionnalisation\u00a0\u00bb du droit du travail. Nous citerons notamment :<\/p>\n<ul>\n<li>La Loi n\u00b0 2005-32 du 18 janvier 2005 de programmation pour la coh\u00e9sion sociale (qui dans son article 62 rend possible par accord de branche de d\u00e9roger aux r\u00e8gles du licenciement \u00e9conomique pour des contrats particuliers de mission \u00e0 l&rsquo;export)<\/li>\n<li>La Loi n\u00b0 2005-296 du 31 mars 2005 portant r\u00e9forme de l&rsquo;organisation du temps de travail dans l&rsquo;entreprise (qui permet par accord de d\u00e9roger \u00e0 certaines r\u00e8gles sur la dur\u00e9e du travail, dont le contingent annuel d&rsquo;heures suppl\u00e9mentaires)<\/li>\n<li>La Loi n\u00b0 2007-1224 du 21 ao\u00fbt 2007 sur le dialogue social et la continuit\u00e9 du service public dans les transports terrestres r\u00e9guliers de voyageurs (qui pr\u00e9voit l&rsquo;obligation de n\u00e9gocier un accord cadre pour encadrer le droit de gr\u00e8ve dans les entreprises de transport)<\/li>\n<li>La recodification du code du travail en 2008 ;<\/li>\n<li>La Loi n\u00b0 2008-351 du 16 avril 2008 relative \u00e0 la journ\u00e9e de solidarit\u00e9<\/li>\n<li>La Loi n\u00b0 2008-596 du 25 juin 2008 portant modernisation du march\u00e9 du travail<\/li>\n<li>La Loi n\u00b0 2008-789 du 20 ao\u00fbt 2008 portant r\u00e9novation de la d\u00e9mocratie sociale et r\u00e9forme du temps de travail ;<\/li>\n<li>La Loi n\u00b0 2013-504 du 14 juin 2013 relative \u00e0 la s\u00e9curisation de l&#8217;emploi (avec les accords de maintien dans l&#8217;emploi et les indemnit\u00e9s forfaitaires lors d&rsquo;une conciliation devant le conseil de prud&rsquo;hommes)<\/li>\n<li>La loi n\u00b02014-288 du 5 mars 2014 relative \u00e0 la formation professionnelle, l\u2019emploi et la d\u00e9mocratie sociale (qui sans avancer \u00e0 modifi\u00e9 le cadre juridique des organisations syndicales et leur financement)<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce mouvement s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 avec les Lois parues au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2015, \u00e0 savoir :<\/p>\n<ul>\n<li>La Loi n\u00b0 2015-990 du 6 ao\u00fbt 2015 pour la croissance, l&rsquo;activit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances \u00e9conomiques dite \u00ab\u00a0Loi Macron\u00a0\u00bb qui comporte des possibilit\u00e9s de d\u00e9rogation par accord aux dispositions l\u00e9gales<\/li>\n<li>La loi n\u00b0 2015-994 du 17 ao\u00fbt 2015 relative au dialogue social et \u00e0 l&#8217;emploi dite \u00ab\u00a0Loi Rebsamen\u00a0\u00bb qui cr\u00e9\u00e9 des possibilit\u00e9s de d\u00e9rogation par accord collectif d&rsquo;entreprise ou de branche \u00e0 des dispositions relatives au fonctionnement des Instances repr\u00e9sentatives du personnel<\/li>\n<\/ul>\n<p>On constate donc que le mouvement vers la \u00ab\u00a0conventionnalisation\u00a0\u00bb compl\u00e8te du droit du travail, entam\u00e9 depuis 2003 s&rsquo;est brutalement pr\u00e9cipit\u00e9 depuis 2014. Et alors que <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/emploi\/article\/2015\/09\/09\/droit-du-travail-vers-une-reforme-prudente_4750153_1698637.html\">le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9 en septembre 2015 \u00e0 achever cette r\u00e9forme de mani\u00e8re prudente et sans pr\u00e9cipitation<\/a>, le gouvernement n&rsquo;aura pas attendu 6 mois pour pr\u00e9senter son projet de loi, qui ach\u00e8ve la transformation du droit commenc\u00e9e il y a 13 ans.<\/p>\n<p>Il faut relever que que ce mouvement vers une \u00ab\u00a0conventionnalisation\u00a0\u00bb int\u00e9grale du droit du travail trouve sa source plus loin encore que 2003, puisque faire de la n\u00e9gociation collective la source principale du droit du travail, \u00e9tait un des objectifs des r\u00e9formes Auroux de 1982, m\u00eame si \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, ce but n&rsquo;\u00e9tait s\u00fbrement pas envisag\u00e9 avec les m\u00e9thodes et les orientations retenues en 2016.<\/p>\n<p>En conclusion, on ne peut que d\u00e9plorer que les personnes qui contestent aujourd&rsquo;hui, se r\u00e9veillent si tardivement, face \u00e0 une \u00e9volution entam\u00e9e depuis bien longtemps, et avec un objectif transparent.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la situation actuelle pr\u00e9sente une complexit\u00e9 et une instabilit\u00e9 qui rendent indispensables une nouvelle r\u00e9forme : les exceptions et d\u00e9rogations successives \u00e0 la Loi, qui se sont superpos\u00e9es au gr\u00e9 de ces r\u00e9formes d\u00e9sordonn\u00e9es et incompl\u00e8tes (parfois m\u00eame incoh\u00e9rentes), rendent la situation intenable d&rsquo;un strict point de vue technique.<\/p>\n<p>Les contentieux augmentent simplement du fait du manque de lisibilit\u00e9 de la Loi et son impr\u00e9visibilit\u00e9 engendre des situations pr\u00e9judiciables aussi bien aux salari\u00e9s qu&rsquo;aux entreprises.<\/p>\n<p><strong><u>Ce qui peut \u00eatre sauv\u00e9 de cette r\u00e9forme :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Commen\u00e7ons d&rsquo;abord par les aspects positifs d&rsquo;un projet qui va tr\u00e8s loin dans les bouleversements du droit, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de sa structure comme de son contenu.<\/p>\n<p>On va vite se rendre compte que ces \u00e9l\u00e9ments sont bien moins nombreux que ceux qui sont critiquables ou n\u00e9gatifs, mais l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 impose d&rsquo;en faire part.<\/p>\n<p>Le projet r\u00e9organise l&rsquo;architecture du droit du travail :<\/p>\n<ul>\n<li>61 principes non n\u00e9gociables (repris dans des dispositions d&rsquo;ordre public)<\/li>\n<li>Les domaines dans lesquels des accords n\u00e9goci\u00e9s vont d\u00e9finir les normes (d\u00e9taill\u00e9 dans le \u00ab\u00a0champ de la n\u00e9gociation collective\u00a0\u00bb)<\/li>\n<li>A d\u00e9faut d&rsquo;accord, les r\u00e8gles subsidiaires applicables (dites \u00ab\u00a0dispositions suppl\u00e9tives\u00a0\u00bb)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette structure est logique, et les projets d&rsquo;articles L. 2253-5 et L 2253-6 par exemple, ont le m\u00e9rite de la coh\u00e9rence en rendant d\u00e9finitive et g\u00e9n\u00e9ral la nouvelle hi\u00e9rarchie des normes, concr\u00e9tisation d&rsquo;une \u00e9volution de 13 ans.<\/p>\n<p>Nous avons vu que le principe de d\u00e9rogations aux r\u00e8gles l\u00e9gales par des accords n\u00e9goci\u00e9s au niveau des entreprises ou des branches d&rsquo;activit\u00e9 est aujourd&rsquo;hui bien ancr\u00e9. On peut le contester, mais ce n&rsquo;est alors pas simplement ce projet qu&rsquo;il faut combattre mais beaucoup de dispositions de Lois maintenant anciennes, et largement int\u00e9gr\u00e9es par les acteurs.<\/p>\n<p>S&rsquo;il para\u00eet difficile de revenir sur cette \u00e9volution, nous verrons que rien n&rsquo;oblige le gouvernement \u00e0 modifier de mani\u00e8re aussi syst\u00e9matique les r\u00e8gles actuelles, et notamment il serait tout \u00e0 fait possible de reprendre dans les r\u00e8gles subsidiaires, les r\u00e8gles actuelles, et non des normes \u00ab\u00a0suppl\u00e9tives\u00a0\u00bb souvent moins favorables aux salari\u00e9s. Nous verrons aussi que les modifications fondamentales aux r\u00e8gles applicables \u00e0 ces accords collectifs engendrent complexit\u00e9 et instabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le projet comporte \u00e9galement quelques modifications aux r\u00e8gles actuelles qu&rsquo;il est difficile de critiquer d\u00e8s lors que l&rsquo;on s&rsquo;est confront\u00e9 aux difficult\u00e9s, voire impossibilit\u00e9s qu&rsquo;elles engendrent dans la vie quotidienne des salari\u00e9s et des entreprises.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, la modification des r\u00e8gles relatives aux astreintes. Les r\u00e8gles actuelles aboutissent \u00e0 des situations insolubles, notamment du fait de l&rsquo;application de la r\u00e8gle imposant un repos quotidien des 11 heures cons\u00e9cutives. Le fait d&rsquo;obliger \u00e0 respecter ces 11 heures de repos, am\u00e8ne en pratique des salari\u00e9s effectuant des astreintes \u00e0 ne plus pouvoir travailler selon leurs horaires habituels la journ\u00e9e. Nous avons l\u00e0 un exemple typique des d\u00e9fauts d&rsquo;une r\u00e8gle l\u00e9gales trop abstraite et trop rigide : imaginons un salari\u00e9 travaillant 7 heures par jour selon l&rsquo;horaire 8-12h\/14-17h effectuant une intervention de 23h \u00e0 24h lors d&rsquo;une astreinte la nuit suivante. Pour respecter l&rsquo;obligation des 11 heures de repos cons\u00e9cutives, il doit reprendre son poste qu&rsquo;\u00e0 11h le lendemain, tout en devant travailler 7h selon des horaires d\u00e9cal\u00e9s (ou r\u00e9duire ses horaires et perdre le salaire correspondant).<\/p>\n<p>Il est donc logique que pour les astreintes, l&rsquo;obligation du repos quotidien de 11heures cons\u00e9cutives soit adapt\u00e9e, mais la r\u00e8gle des 11 heures de repos cons\u00e9cutif quotidien pouvait rester applicable aux autres salari\u00e9s, auxquels elle ne posait aucun probl\u00e8me pratique.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la remise en cause de la dur\u00e9e minimale de travail des temps partiel (fix\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment de mani\u00e8re absolue \u00e0 24 heures par semaine depuis 2014) va permettre de r\u00e9soudre les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 une mesure qui a d\u00e9j\u00e0 engendr\u00e9 plusieurs r\u00e9formes (3 textes diff\u00e9rents depuis 2013), et qui frappent certains secteurs d&rsquo;activit\u00e9 par sa rigidit\u00e9 (les organismes priv\u00e9s de formation par exemple\u2026). Il faut regretter que cette dur\u00e9e minimale reste soumise \u00e0 la conclusion d&rsquo;un accord collectif. Il aurait \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait envisageable de pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 pour toutes les entreprises d&rsquo;y d\u00e9roger avec des compensations salariales au b\u00e9n\u00e9ficie des salari\u00e9s employ\u00e9s moins de 24 heures par semaine. Le vrai probl\u00e8me des salari\u00e9s \u00e0 temps partiel n&rsquo;est en effet pas un probl\u00e8me de dur\u00e9e minimale du travail (pas toujours possible selon les entreprises et les activit\u00e9s) que de pouvoir d&rsquo;achat (par exemple il faut rappeler que les contrats inf\u00e9rieurs \u00e0 11 heures par semaine n&rsquo;ouvrent pas droits aux prestations en esp\u00e8ce de la s\u00e9curit\u00e9 sociale \u2013 pour un taux de cotisation pourtant \u00e9quivalent).<\/p>\n<p>Nous pouvons aussi citer dans les points positifs, la possibilit\u00e9 de modifier les heures de travail de nuit pour certaines activit\u00e9s \u00ab\u00a0nocturnes\u00a0\u00bb comme un point positif.<\/p>\n<p>Egalement, retenons la possibilit\u00e9 de conclure des accords collectifs par r\u00e9f\u00e9rendum. L\u00e0 encore l&rsquo;id\u00e9e est par principe bonne mais il est tr\u00e8s regrettable que ces r\u00e9f\u00e9rendums ne soient pr\u00e9vus que pour contourner l&rsquo;opposition d&rsquo;un syndicat majoritaire. En effet, le projet ne pr\u00e9voit des r\u00e9f\u00e9rendums que pour les accords sign\u00e9s par des syndicats minoritaires (30%) pour \u00e9viter l&rsquo;opposition d&rsquo;un syndicat majoritaire. Ces r\u00e9f\u00e9rendums sont donc limit\u00e9s \u00e0 la demande des minoritaires (article 12 du projet \u2013 article L. 2232-12 du code du travail). Pourquoi ne pas le pr\u00e9voir dans tous les cas ? Pourquoi ne pas rendre possible une demande d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum de syndicats majoritaires ?<\/p>\n<p>Enfin, le projet comporte un titre complet sur le Compte Personnel d&rsquo;Activit\u00e9, qui repr\u00e9sente une r\u00e9forme importante, mais pas d\u00e9finitive, sur un sujet n\u00e9cessaire pour adapter les droits individuels des salari\u00e9s aux \u00e9volutions du march\u00e9 du travail et des carri\u00e8res (on peut citer aussi l&rsquo;extension du CPF aux travailleurs ind\u00e9pendants et professions lib\u00e9rales et \u00e0 leurs conjoints).<\/p>\n<p><strong><u>Ce qui doit \u00eatre rejet\u00e9 dans ce projet :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Contrairement aux dispositions positives et utiles, le compte-rendu d\u00e9taill\u00e9 des mesures du projet qui sont critiquables, aussi bien du point de vue des salari\u00e9s que des employeurs, est bien trop important. Il serait fastidieux et \u00e9puiserait la patience du lecteur le plus motiv\u00e9.<\/p>\n<p>Nous proposons de proc\u00e9der par remarques g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>Le projet pose trois probl\u00e8mes principaux :<\/p>\n<ul>\n<li>Il remet en cause un nombre tr\u00e8s important de r\u00e8gles du droit du travail, commun\u00e9ment admises, et cela sans aucune justification \u00e9conomique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si les r\u00e8gles actuelles peuvent \u00eatre trop rigides pour certaines activit\u00e9s ou situations, le projet de loi n&rsquo;y rem\u00e9die pas par des d\u00e9rogations limit\u00e9es et adapt\u00e9es, mais les remet en cause de mani\u00e8re globale et syst\u00e9matique. En r\u00e9alit\u00e9, le vertige saisit le praticien du droit devant l&rsquo;ampleur de la r\u00e9volution, tout y passe : la dur\u00e9e du travail, le temps partiel, les heures suppl\u00e9mentaires, les cong\u00e9s pay\u00e9s, les cong\u00e9s pour \u00e9v\u00e8nement familiaux, les cong\u00e9s divers, les repos, les jours f\u00e9ri\u00e9s, etc.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais tout pourra \u00eatre ren\u00e9goci\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 la baisse\u00a0\u00bb, dans la limite des dispositions d&rsquo;ordre public, qui parfois se limitent \u00e0 rappeler le principe du droit sans imposer aucun plancher ou montant (par exemple, rien sur les majorations pour travail les jours f\u00e9ri\u00e9s).<\/p>\n<ul>\n<li>Le projet reste d&rsquo;un \u00e9tonnant conservatisme en ce qui concerne les partenaires \u00e0 la n\u00e9gociation collective : alors qu&rsquo;il se montre d&rsquo;une grande capacit\u00e9 d&rsquo;innovation pour r\u00e9duire ou supprimer moult avantages allou\u00e9s aux salari\u00e9s, la n\u00e9gociation d&rsquo;un accord collectif reste du seul ressort des syndicats. Les entreprises d\u00e9pourvues de repr\u00e9sentants syndicaux sont laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, soumises aux r\u00e8gles suppl\u00e9tives, qui sont parfois tr\u00e8s vagues ou tr\u00e8s contraignantes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le projet fait ainsi la part belle aux organisations syndicales dont les moyens mat\u00e9riels et humains sont augment\u00e9s \u2013 y compris l&rsquo;usage du r\u00e9seau internet de l&rsquo;entreprise (la mobilisation de ces organisations contre ce projet devra donc \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aune de ces avantages substantiels accord\u00e9s aux syndicats alors que ceux accord\u00e9s par la Loi aux salari\u00e9s sont r\u00e9duits sur une ampleur in\u00e9dite).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Le projet am\u00e8ne sous un vernis de modernit\u00e9 (l&rsquo;adaptation \u00e0 l&rsquo;\u00e8re du num\u00e9rique) une r\u00e9gression g\u00e9n\u00e9rale des droits des salari\u00e9s. Au-del\u00e0 d&rsquo;un droit \u00e0 la d\u00e9connexion qui devra faire l&rsquo;objet d&rsquo;une n\u00e9gociation d&rsquo;entreprise (le projet ne fixe \u00e9tonnamment aucune disposition suppl\u00e9tive, ni aucune obligation pour les entreprises de moins de 50 salari\u00e9s), on constate que le projet comporte des dispositions de nature \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;information des salari\u00e9s (d\u00e9mat\u00e9rialisation du bulletin de paie), ou limiter les risques en cas de contentieux prud&rsquo;homal (plafonnement des indemnisations).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il convient de s&rsquo;appesantir plus sp\u00e9cifiquement sur cette question des plafonds d&rsquo;indemnisation. Rappelons tout d&rsquo;abord que cette disposition risque de ne pas passer le filtre du Conseil constitutionnel, sans r\u00e9serves qui la rendrait inutile et compliqu\u00e9e. Dans le projet actuel, les niveaux d&rsquo;indemnisation sont exclusivement li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;anciennet\u00e9 (et \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge) sans tenir compte de la taille de l&rsquo;entreprise. De plus il faut comprendre que ces plafonds ont de fortes chances de devenir des \u00ab\u00a0planchers\u00a0\u00bb dans les Conseils de prud&rsquo;hommes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que si une indemnit\u00e9 pour licenciement sans cause r\u00e9elle ni s\u00e9rieuse \u00e0 hauteur de 6 mois de salaire peut para\u00eetre faible pour un salari\u00e9 entre 2 et 5 ans d&rsquo;anciennet\u00e9, elle est exorbitante pour une entreprise de tr\u00e8s petite taille \u2013 par exemple l&rsquo;entreprise de moins de 10 salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Les TPE risquent donc d&rsquo;\u00eatre fortement impact\u00e9es par ces indemnisations dont le plafonnement peut en pratique amener le Juge \u00e0 augmenter le montant des condamnations.<\/p>\n<p>Et pour les grandes entreprises, habitu\u00e9es \u00e0 \u00eatre confront\u00e9es \u00e0 des demandes d&rsquo;indemnit\u00e9s \u00e9lev\u00e9es, le plafonnement risque paradoxalement de r\u00e9duire le montant de provision fiscale pour contentieux.<\/p>\n<p>Enfin, ces plafonds sont fix\u00e9s par la Loi, alors qu&rsquo;ils auraient pu \u00eatre laiss\u00e9s \u00e0 la n\u00e9gociation collective, suivant ainsi la logique g\u00e9n\u00e9rale du projet de loi El Khomri.<\/p>\n<p><strong><u>La vraie nature du projet de Loi El Khomri :<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Contrairement aux apparences, et au-del\u00e0 des \u00e9volutions lourdes du droit du travail rappel\u00e9es ci-dessus, ce projet de Loi r\u00e9v\u00e8le sa v\u00e9ritable nature, qui peut \u00eatre abord\u00e9e sous trois aspects.<\/p>\n<p><strong>D&rsquo;abord, il s&rsquo;agit de transformer le statut social des salari\u00e9s en une variable d&rsquo;ajustement, \u00e0 la baisse, dans la production de richesses au sein d&rsquo;une entreprise.<\/strong><\/p>\n<p>On est en droit de s&rsquo;interroger sur la logique qui pr\u00e9side \u00e0 une politique qui a fait de la r\u00e9duction des contraintes \u00e0 l&#8217;emploi et au licenciement de salari\u00e9s, la cl\u00e9 de voute de toute lutte contre le ch\u00f4mage.<\/p>\n<p><em>Comment imaginer que baisser le nombre de jours accord\u00e9s aux salari\u00e9s pour un \u00e9v\u00e8nement familial exceptionnel, comme le d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;un enfant ou d&rsquo;un parent, va amener \u00e0 des embauches r\u00e9duisant le ch\u00f4mage?<\/em><\/p>\n<p><em>Quel peut \u00eatre l&rsquo;enjeu en mati\u00e8re de lutte pour l&#8217;emploi de faciliter (de mani\u00e8re tr\u00e8s relative en pratique) les licenciements \u00e9conomiques au sein des Groupes internationaux de soci\u00e9t\u00e9s ?<\/em><\/p>\n<p><em>En quoi la suppression de la visite m\u00e9dicale d&#8217;embauche obligatoire va r\u00e9duire le nombre de ch\u00f4meur inscrit en cat\u00e9gorie A ?<\/em><\/p>\n<p>Constatons qu&rsquo;une nouvelle fois, comme par exemple avec la Loi de r\u00e9forme constitutionnelle sur l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence et la d\u00e9ch\u00e9ance de nationalit\u00e9, le gouvernement montre avec ce projet son incapacit\u00e9 totale \u00e0 la dimension symbolique de son action. Nous sommes confront\u00e9s depuis maintenant plusieurs d\u00e9cennies, et pour des raisons que les historiens devront analyser, \u00e0 une absence dramatique de ma\u00eetrise des symboliques politiques par nos dirigeants dans leur ensemble.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ce constat, il faut relever que malgr\u00e9 un vernis de \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb et d&rsquo;adaptation \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb \u00e0 une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, le projet de loi El Khomri d\u00e9coule avant tout d&rsquo;un choix \u00e9minemment id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Or, et c&rsquo;est l\u00e0 le c\u0153ur du probl\u00e8me, \u00e0 aucun moment dans les programmes politiques de la majorit\u00e9 actuellement au pouvoir, ce choix n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 assum\u00e9 ou clairement \u00e9nonc\u00e9 devant les \u00e9lecteurs. L&rsquo;id\u00e9ologie sous-jacente au projet de Loi El Khomri souffre donc d&rsquo;un d\u00e9ficit de l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique d&rsquo;autant plus g\u00eanant que ce projet constitue, comme nous l&rsquo;avons \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb du droit du travail.<\/p>\n<p>Franchir la derni\u00e8re \u00e9tape dans la \u00ab\u00a0conventionnalisation\u00a0\u00bb du droit du travail pouvait se faire de mani\u00e8re bien diff\u00e9rente, et non dans une surench\u00e8re id\u00e9ologique au \u00ab\u00a0moins-disant\u00a0\u00bb dont ni les syndicats, ni les entreprises ne profiteront pas, et \u00e0 laquelle jamais les \u00e9lecteurs ont donn\u00e9 leur accord direct dans des formes d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p><strong>Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment sous-jacent \u00e0 ce projet de Loi : une rupture d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 extraordinaire entre les entreprises.<\/strong><\/p>\n<p>Bien pourvus en organisations syndicales s&rsquo;\u00e9quilibrant (ou se concurren\u00e7ant), et b\u00e9n\u00e9ficiant de moyens les rendant plus compr\u00e9hensives \u00e0 la n\u00e9gociation, les grandes entreprises et les grands groupes vont pouvoir pleinement profiter de toutes les possibilit\u00e9s offertes par ce projet de loi pour \u00ab\u00a0d\u00e9construire\u00a0\u00bb le droit du travail.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des accords n\u00e9goci\u00e9s d&rsquo;abord au niveau de l&rsquo;entreprise, de l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9conomique et sociale ou du groupe, on va donc assist\u00e9 \u00e0 une r\u00e9duction des avantages de certaines cat\u00e9gories de salari\u00e9s, tout en augmentant ceux d&rsquo;autres cat\u00e9gories.<\/p>\n<p>Mais seulement pour les grandes entreprises (en th\u00e9orie plus de 50 salari\u00e9s, en pratique plut\u00f4t plus de 300 salari\u00e9s tant la syndicalisation est r\u00e9duite en France aujourd&rsquo;hui), les PME et TPE elles, resteront soumises \u00e0 un droit commun, certes parfois en retrait par rapport au droit actuel (mais pas toujours), mais toujours plus \u00e9lev\u00e9 que le statut social que choisiront d&rsquo;instaurer les grandes entreprises ou groupes.<\/p>\n<p>L&rsquo;exemple des heures suppl\u00e9mentaires est flagrant \u2013 m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;est pas nouveau : tandis que les grandes entreprises pourront r\u00e9duire la majoration \u00e0 10%, les TPE\/PME sans organisations syndicales resteront \u00e0 une majoration de 25 % passant \u00e0 50% au-del\u00e0 de la 44<sup>\u00e8me<\/sup> heure. De m\u00eame, les grands groupes fixeront par accord le contingent annuel d&rsquo;heures suppl\u00e9mentaires, impos\u00e9s par d\u00e9cret pour les PME\/TPE.<\/p>\n<p>Il en est ainsi pour de nombreux domaines : la d\u00e9rogation au repos de 11h continu (ouverte par accord \u00e0 des hypoth\u00e8ses plus importantes que le surcro\u00eet exceptionnel d&rsquo;activit\u00e9), le temps partiel (24 heures minimum sans accord collectif), les droits \u00e0 cong\u00e9s sp\u00e9ciaux, etc.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le droit du travail va devenir un \u00e9l\u00e9ment de concurrence d\u00e9loyale entre les grandes entreprises et les PME (99,8 % des entreprises) et les TPE (95% des entreprises).<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, il aurait \u00e9t\u00e9 possible de proc\u00e9der diff\u00e9remment, soit en imposant aux n\u00e9gociations de ne pas \u00eatre moins favorable que les dispositions suppl\u00e9tives, soit en ouvrant la possibilit\u00e9 de n\u00e9gocier avec d&rsquo;autres interlocuteurs, voire en proc\u00e9dant par r\u00e9f\u00e9rendum des 2\/3 comme dans les accords d&rsquo;int\u00e9ressement (on pourrait imaginer un contr\u00f4le de ces accord atypiques par l&rsquo;inspection du travail ou une commission paritaire comme cela se fait d\u00e9j\u00e0). Mais cela aurait alors port\u00e9 atteinte aux int\u00e9r\u00eats des Syndicats, et \u00e0 leur monopole sur la n\u00e9gociation d&rsquo;accord collectif.<\/p>\n<p><strong>Le troisi\u00e8me et dernier \u00e9l\u00e9ment est que le projet de loi El Khomri va instaurer une grande instabilit\u00e9 et une complexit\u00e9 excessive du droit du travail<\/strong><\/p>\n<p>Aux antipodes de l&rsquo;objectif que devrait poursuivre une r\u00e9forme du droit du travail en 2016, force est de constater que les modifications importantes dans les r\u00e8gles applicables aux accords collectifs, qui deviennent dans le projet syst\u00e9matiquement \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e et ren\u00e9gociable va engendre une instabilit\u00e9 aggravant la complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Instaurer une \u00ab\u00a0conventionnalisation\u00a0\u00bb int\u00e9grale du droit du travail est d\u00e9j\u00e0 source de conflit et de complexit\u00e9, notamment parce que cette \u00ab\u00a0conventionnalisation\u00a0\u00bb se fait en priorit\u00e9 au niveau de l&rsquo;entreprise. La norme sociale peut ainsi \u00eatre diff\u00e9rente dans chaque (grande) entreprise diff\u00e9remment, m\u00eame lorsqu&rsquo;elles appartiennent \u00e0 la m\u00eame branche d&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais le projet de loi El Khomri va plus loin en modifiant les r\u00e8gles applicables aux accords collectifs, \u00e0 leur dur\u00e9e comme aux r\u00e8gles de r\u00e9vision ou de maintien des avantages acquis.<\/p>\n<p>Aux conflits de normes entre entreprise vont donc s&rsquo;ajouter des conflits de normes dans le temps au sein d&rsquo;une m\u00eame entreprise.<\/p>\n<p>L&rsquo;instabilit\u00e9 des r\u00e8gles d\u00e9finies par accord collectif est donc aggrav\u00e9e, ce qui ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un progr\u00e8s juridique, et n&rsquo;a aucune justification ni technique, ni politique.<\/p>\n<p>La situation du droit du travail actuelle est trop complexe, ce qui rend indispensable une r\u00e9forme, mais la mani\u00e8re dont le projet de loi El Khomri proc\u00e8de ne r\u00e9sout pas le probl\u00e8me de complexit\u00e9 mais l&rsquo;aggrave m\u00eame.<\/p>\n<p><strong><u>Conclusion<\/u><\/strong><\/p>\n<p>La conclusion de l&rsquo;analyse du projet de loi El Khomri impose de passer outre aux assauts d&rsquo;outrances et de mauvaise foi de part et d&rsquo;autre. Comme le lecteur l&rsquo;aura constat\u00e9, il d\u00e9coule d&rsquo;une d\u00e9marche ancienne et certaines de ses dispositions posent moins probl\u00e8me sur le principe que sur la mani\u00e8re dont elles sont con\u00e7ues et r\u00e9dig\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour autant, ce projet de loi El Khomri va cr\u00e9er des situations dramatiques du point de vue \u00e9conomique et social.<\/p>\n<p>Il va modifier profond\u00e9ment les droits et le statut des salari\u00e9s des grandes entreprises (ou celles rattach\u00e9es \u00e0 un grand groupe), et rompre l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les salari\u00e9s, comme entre les employeurs, selon la taille des entreprises. Et ce ne sont pas les mesures sur l&rsquo;aide au conseil et \u00e0 la n\u00e9gociation dans les entreprises d\u00e9pourvues de syndicats qui vont pallier ce d\u00e9s\u00e9quilibre tr\u00e8s important en pratique.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 avantag\u00e9es fiscalement, b\u00e9n\u00e9ficiant du soutien de conseils experts et efficaces, les grandes entreprises vont pouvoir r\u00e9\u00e9crire \u00e0 leur convenance, et au prix de quelques concessions mat\u00e9rielles allou\u00e9es aux syndicats, le droit du travail.<\/p>\n<p>Les petites et moyennes entreprises ind\u00e9pendantes, quant \u00e0 elles, resteront soumises \u00e0 des contraintes que l&rsquo;on aura remises en cause qu&rsquo;au profit des plus grosses, mais en leur nom.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact \u00e9conomique en termes de pression financi\u00e8re et sociale sur les sous-traitants et les employeurs ind\u00e9pendants n&rsquo;est donc absolument pas ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la d\u00e9marche juridique qu&rsquo;il ach\u00e8ve n&rsquo;est que le masque d&rsquo;un choix id\u00e9ologique profond\u00e9ment oppos\u00e9 aux avantages allou\u00e9s aux salari\u00e9s. \u00ab\u00a0Conventionnaliser\u00a0\u00bb le droit du travail pouvait se faire de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, et celle retenue n&rsquo;a aucune justification technique et tire toute sa raison d&rsquo;\u00eatre des postulats id\u00e9ologiques de ses concepteurs.<\/p>\n<p>Enfin, ce projet de loi El Khomri ne s&rsquo;attaque pas aux vrais probl\u00e8mes, \u00e0 commencer par la disparition du travail humain, mais pr\u00e9sente des risques d&rsquo;aggravation importante de la situation \u00e9conomique et sociale, particuli\u00e8rement dans le tissus des PME \/ TPE, pourtant fortement cr\u00e9atrices d&#8217;emplois.<\/p>\n<p>Et la d\u00e9gradation de la situation \u00e9conomique et sociale a des cons\u00e9quences dans le domaine de la S\u00e9curit\u00e9 et de la lutte antiterroriste importantes et que l&rsquo;on ne peut ignorer. Dans un contexte o\u00f9 notre Soci\u00e9t\u00e9 est confront\u00e9e violemment \u00e0 son incapacit\u00e9 \u00e0 offrir \u00e0 sa jeunesse un avenir, un tel projet constitue en r\u00e9alit\u00e9 une r\u00e9ponse inadapt\u00e9e et dangereuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour continuer :<\/p>\n<p>Une critique d\u00e9taill\u00e9e (mais parfois tr\u00e8s contestable) de la Loi par mon confr\u00e8re David Van der Vlist :<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=wE2OEgLkRkM\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=wE2OEgLkRkM<\/a><\/p>\n<p>Un article reprenant les explications (aussi contestables) de plusieurs sp\u00e9cialistes du droit du travail :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/business.lesechos.fr\/directions-ressources-humaines\/droit-du-travail\/contrat-de-travail\/021743059527-loi-el-khomri-demeler-le-vrai-du-faux-208043.php\">http:\/\/business.lesechos.fr\/directions-ressources-humaines\/droit-du-travail\/contrat-de-travail\/021743059527-loi-el-khomri-demeler-le-vrai-du-faux-208043.php<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/revolution.jpg\" rel=\"attachment wp-att-83223\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-83223\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/revolution.jpg\" alt=\"revolution\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;annonce du projet de Loi \u00ab\u00a0<em>visant \u00e0 instituer de nouvelles libert\u00e9s, et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs<\/em>\u00a0\u00bb par le gouvernement a d\u00e9clench\u00e9 une vague de contestation aussi importante qu&rsquo;inattendue.<\/p>\n<p>Il est vrai que ce projet n&rsquo;est que [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[102],"tags":[4724],"class_list":["post-83214","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-travail","tag-projet-de-loi-el-khomri"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/83214","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=83214"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/83214\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":83228,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/83214\/revisions\/83228"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=83214"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=83214"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=83214"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}