{"id":8350,"date":"2010-02-20T19:09:38","date_gmt":"2010-02-20T18:09:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=8350"},"modified":"2010-02-20T19:54:30","modified_gmt":"2010-02-20T18:54:30","slug":"lactualite-de-la-crise-la-grande-crise-sauto-alimente-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/02\/20\/lactualite-de-la-crise-la-grande-crise-sauto-alimente-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: la <i>Grande Crise<\/i> s&rsquo;auto-alimente, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>LA <i>GRANDE CRISE<\/i> S&rsquo;AUTO-ALIMENTE<\/strong><\/p>\n<p>Une constatation s\u2019est d\u00e9j\u00e0 impos\u00e9e\u00a0: la <i>Grande Crise<\/i> est sortie de son \u00e9tat aigu, au moins provisoirement, pour entrer dans une phase chronique. Ce que l\u2019on peut traduire par durable et install\u00e9e. A poursuivre son observation &#8211; prenant un peu de recul face \u00e0 la succession \u00e0 cadence rapproch\u00e9e de ses \u00e9pisodes &#8211; on peut d\u00e9sormais \u00e9galement comprendre qu\u2019elle s\u2019auto-alimente. En d\u2019autres termes qu\u2019elle ne se poursuit pas uniquement parce qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait face aux causes initiales de son d\u00e9clenchement, mais aussi parce que les tentatives d\u2019y rem\u00e9dier sont en elles-m\u00eames porteuses de sa poursuite et de son approfondissement. En ce sens, elle se reproduit. <\/p>\n<p>Une conclusion s\u2019impose alors\u00a0: faute d\u2019une reconfiguration en profondeur du capitalisme financier, pouvant aboutir \u00e0 sa remise en question car il s\u2019y oppose, la <i>Grande Crise<\/i> est devenue end\u00e9mique. Pour s\u2019en d\u00e9barrasser, il n\u2019y a d\u2019autre issue que d\u2019en faire autant d\u2019un syst\u00e8me financier parasitaire qui continue de s\u2019accrocher \u00e0 un corps social de moins en moins sain. Dont il est ressentit qu\u2019il est vital de le pr\u00e9server par un nombre grandissant de ses acteurs. <\/p>\n<p>Afin de mettre en \u00e9vidence ce ph\u00e9nom\u00e8ne de p\u00e9rennisation d\u00e9sormais bien enclench\u00e9, tout peut partir d\u2019une autre constatation, qui ne souffre pas discussion. Trois bulles financi\u00e8res distinctes coexistent actuellement, les deux derni\u00e8res \u00e9tant les produits d\u2019une tentative inachev\u00e9e et inop\u00e9rante de faire face \u00e0 la premi\u00e8re. La <i>bulle-m\u00e8re<\/i> est celle des actifs toxiques, qui est fort loin d\u2019\u00eatre r\u00e9sorb\u00e9e. Les actifs y sont parqu\u00e9s dans ces <i>bad banks<\/i> de fait que sont les banques centrales, dans de discrets <i>Special Purpose Vehicles<\/i>, ou bien au fin fond des bilans m\u00eames des \u00e9tablissements financiers <i>zombies<\/i>, o\u00f9 ils sont tr\u00e8s progressivement d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9s. <\/p>\n<p><!--more-->Cette <i>bulle-m\u00e8re<\/i> a \u00e9t\u00e9 depuis rejointe par celle des actifs publiques &#8211; produit, dans une large mesure, du sauvetage du syst\u00e8me bancaire et des mesures de soutien \u00e0 l\u2019\u00e9conomie &#8211; puis par celle des actifs priv\u00e9s, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 force d\u2019injections massives de liquidit\u00e9s des banques centrales, afin que le syst\u00e8me financier puisse r\u00e9\u00e9quilibrer son bilan. Mais ces trois bulles qui coexistent ne sont pas ind\u00e9pendantes l\u2019une de l\u2019autre\u00a0: dans la pratique, elles interagissent entre elles, se contaminant r\u00e9ciproquement. <\/p>\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9sorber la bulle des actifs publics fait ainsi obstacle \u00e0 la relance de l\u2019\u00e9conomie, qui r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant l\u2019espoir de revalorisation des actifs toxiques, qui permettait \u00e0 leur bulle de se d\u00e9gonfler sans douleur. Ce qui rend d\u2019autant moins possible de retirer du march\u00e9 les liquidit\u00e9s qui y ont \u00e9t\u00e9 inject\u00e9es, qui soutiennent le syst\u00e8me financer et contribuent au gonflement de la bulle des actifs priv\u00e9s. Et qui rend \u00e9galement impossible toute stricte r\u00e9gulation financi\u00e8re des instruments sp\u00e9culatifs et hautement pathog\u00e8nes pourtant r\u00e9pertori\u00e9s, mais qui sont paradoxalement consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant indispensables au sauvetage de ce qu\u2019ils ont coul\u00e9. On d\u00e9crit l\u00e0 un encha\u00eenement de ph\u00e9nom\u00e8nes appel\u00e9s \u00e0 durer pendant probablement de tr\u00e8s longues ann\u00e9es, si rien ne vient briser leurs interactions qui ont tout du cercle vicieux. <\/p>\n<p>Ce m\u00e9canisme diabolique observ\u00e9, on s\u2019interrogera alors sur la raison imp\u00e9rative pour laquelle il est aujourd\u2019hui n\u00e9cessaire de r\u00e9sorber de toute urgence la bulle des actifs publics, tout en laissant simultan\u00e9ment prosp\u00e9rer celle des actifs priv\u00e9s. Une \u00e9tonnante <i>asym\u00e9trie<\/i> de traitement (pour parler comme les \u00e9conomistes distingu\u00e9s), les Etats devant financer sur les march\u00e9s priv\u00e9s leur dette, tandis que les \u00e9tablissements priv\u00e9s sont financ\u00e9s \u00e0 taux presque nul par les banques centrales, elles-m\u00eames \u00e9manations des Etats (sauf aux Etats-Unis, o\u00f9 leur fonction a \u00e9t\u00e9 privatis\u00e9e). <\/p>\n<p>On entre l\u00e0 dans les d\u00e9dales d\u2019un syst\u00e8me qui ne trouve pas d\u2019issue \u00e0 sa propre crise, emprisonn\u00e9 dans sa logique m\u00eame. La machine s\u2019alimente &#8211; c\u2019est dor\u00e9navant largement \u00e9tabli &#8211; avec comme combustible de la dette. Dette des entreprises, des particuliers, des Etats ou m\u00eame des acteurs financiers eux-m\u00eames. Toutes les occasions sont suscit\u00e9es et pr\u00e9textes pour pr\u00eater du capital et percevoir des int\u00e9r\u00eats, \u00e0 la recherche permanente des meilleurs rendements, dans une sorte de course sans fin qui s\u2019emballe&#8230; jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle s\u2019enraye. L\u00e0 o\u00f9 nous en sommes arriv\u00e9s. <\/p>\n<p> La <i>Grande Crise<\/i> a cr\u00e9\u00e9 de gigantesques besoins de financement, principalement des Etats et des \u00e9tablissements financiers. Dans la logique de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, une telle situation devrait en soi satisfaire au fonctionnement de la machine, sauf qu\u2019une demande d\u2019une telle ampleur va avoir pour in\u00e9vitable cons\u00e9quence une hausse des taux du march\u00e9, et que les financiers &#8211; qui doivent renforcer les fonds propres de leurs \u00e9tablissements &#8211; craignent cette hausse qui viendrait encore plus limiter leurs performances, d\u00e9j\u00e0 atteintes en raison de la crise (et qui le sera encore davantage par des mesures de r\u00e9gulation, m\u00eames limit\u00e9es). Ne sont-ils pas eux-m\u00eames soumis aux <i> lois du march\u00e9<\/i> et \u00e0 l\u2019optimisation de leurs rendements ? <\/p>\n<p>Les Etats doivent donc, du point de vue du syst\u00e8me financier qui a quelques raisons de les consid\u00e9rer comme de simples rouages, r\u00e9duire leurs propres besoins, afin que la pression sur les taux obligataires diminue, en raison d\u2019une contagion qui veut que le march\u00e9 obligataire public d\u00e9termine le bar\u00e8me des obligations priv\u00e9es. <\/p>\n<p>A cette raison, que l\u2019on pourrait appeler de circonstance, viennent se rajouter d\u2019autres blocages. On a vu comment les instruments mon\u00e9taires aux mains des banques centrales (leurs diff\u00e9rentes taux) avaient permis \u00e0 ces derni\u00e8res d\u2019arr\u00eater la chute libre du syst\u00e8me financier, pour ensuite constater que ces m\u00eames instruments \u00e9taient devenus inop\u00e9rants lorsqu\u2019il s\u2019agissait de le r\u00e9parer. Laissant les banques centrales dans une situation in\u00e9dite, plant\u00e9es aux milieu du gu\u00e9, incapables de prendre de nouvelles initiatives comme de revenir sur celles qu\u2019elles ont prises (et amusant la galerie pour donner le change). On remarque aujourd\u2019hui qu&rsquo;elles pr\u00e9tendent toujours appuyer leurs analyses et fonder leurs d\u00e9cisions sur le m\u00eame corps de doctrine <i>mon\u00e9tariste<\/i> qui a permis de forger leurs outils d\u2019intervention d\u00e9pass\u00e9s. <\/p>\n<p>Au bout du compte, on ne peut que constater que les institutions financi\u00e8res qui sont suppos\u00e9es constituer la cl\u00e9 de vo\u00fbte du syst\u00e8me &#8211; lui-m\u00eame cens\u00e9 se r\u00e9guler au mieux &#8211; ne remplissent plus leur fonction supr\u00eame face \u00e0 la furie financi\u00e8re. Les masses de capitaux flottants \u00e9tant telles que les instruments dont disposent les banques centrales en deviennent d\u00e9risoires. On savait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elles \u00e9taient devenues &#8211; les rapports de force l\u2019imposant &#8211; tr\u00e8s humbles dans leur approche des  march\u00e9s des devises\u00a0; on comprend qu\u2019elles le sont tout autant face \u00e0 la masse en croissance exponentielle des produits d\u00e9riv\u00e9s financiers d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s qui les surplombent. <\/p>\n<p>Si leurs instruments sont inop\u00e9rants, que dire alors de leur sacro-sainte mission \u00a0? Que p\u00e8se en effet, dans ces conditions, la barri\u00e8re des 2% d\u2019inflation \u00e9rig\u00e9e en r\u00e8gle intangible, alors que l&rsquo;Europe conna\u00eet une quasi-stagnation \u00e9conomique ? D\u2019autant que celle-ci est doublement mise en question. Comme mesure uniquement appliqu\u00e9e aux prix des biens et des services, et non pas aussi \u00e0 ceux des actifs financiers (dont l\u2019inflation galopante est salu\u00e9e) ; ou bien comme stricte norme faisant obstacle au financement du d\u00e9ficit public par une politique de cr\u00e9ation mon\u00e9taire dont les bienfaits sont r\u00e9serv\u00e9s aux \u00e9tablissement financiers ? Somme toute, il y aurait selon cette <i>science \u00e9conomique<\/i> en d\u00e9route et cramponn\u00e9e \u00e0 ses derniers bastions une bonne inflation et une mauvaise, de bons destinataires des liquidit\u00e9s-cadeaux et de mauvais (comme le cholest\u00e9rol\u00a0!). <\/p>\n<p>Une m\u00eame \u00e9quation est pos\u00e9e, sans solution affich\u00e9e, qui voudrait que la relance \u00e9conomique puisse intervenir en m\u00eame temps que la diminution des d\u00e9ficits publics. Alors que l\u2019investissement priv\u00e9 n\u2019y contribue pas comme esp\u00e9r\u00e9, et la consommation non plus. Car ceux-ci subissent les effets de la crise \u00e9conomique et ne peuvent plus b\u00e9n\u00e9ficier de la manne du cr\u00e9dit issu de la titrisation, en panne s\u00e8che. Cette \u00e9quation ne trouve pas de solution parce qu\u2019elle n\u2019en a pr\u00e9tendument pas. Celle qu\u2019elle a en r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e comme acceptable puisqu\u2019elle suppose une redistribution de la richesse.<\/p>\n<p>Cette option rejet\u00e9e, il va falloir d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre faire sauter les verrous. Ou bien accepter un financement partiel des d\u00e9ficits publics gr\u00e2ce \u00e0 une politique de cr\u00e9ation mon\u00e9taire, ou bien aussi, prendre le risque que les Etats les plus faibles fassent d\u00e9faut, ou bien encore, mutualiser les risques, ou bien enfin, faute d&rsquo;un relai de financement, s&rsquo;engager dans la rigueur et prendre le risque de fortes confrontations sociales. On en est pour l\u2019instant, dans tous les pays occidentaux, \u00e0 jouer au jeu du chat et de la souris, mais cela ne pourra pas durer, il va bien falloir entrer dans le vif du sujet si une relance miraculeuse n\u2019intervient pas. Une relance porteuse d\u2019une substantielle am\u00e9lioration de l\u2019emploi, est-il besoin de le pr\u00e9ciser.<\/p>\n<p>La crise de la dette publique porte en elle les germes d&rsquo;une crise sociale et politique profonde, \u00e0 moins que n\u2019interviennent des remises en question qui ne sont aujourd\u2019hui pr\u00e9conis\u00e9es que par des voix isol\u00e9es. En Europe, la cr\u00e9ation d\u2019un FMI europ\u00e9en ou le lancement d\u2019\u00e9missions d\u2019euro-obligations seraient parmi les solutions les plus \u00e0 port\u00e9e. Le lancement d&rsquo;un programme d\u2019investissement communautaire avec comme objectif de cr\u00e9er de l\u2019emploi pourrait \u00eatre \u00e9tudi\u00e9. Mais toutes ces options paraissent bien lointaines. <\/p>\n<p>La question est alors de savoir qui va parler au nom du destin et comment celui-ci va savoir se faire entendre, ou mieux encore s&rsquo;il va \u00eatre pri\u00e9 de rester \u00e0 sa place. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>LA <i>GRANDE CRISE<\/i> S&rsquo;AUTO-ALIMENTE<\/strong><\/p>\n<p>Une constatation s\u2019est d\u00e9j\u00e0 impos\u00e9e\u00a0: la <i>Grande Crise<\/i> est sortie de son \u00e9tat aigu, au moins provisoirement, pour entrer dans une phase chronique. Ce que l\u2019on peut traduire par durable et install\u00e9e. 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