{"id":84930,"date":"2016-04-25T14:20:06","date_gmt":"2016-04-25T12:20:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=84930"},"modified":"2016-04-25T17:30:18","modified_gmt":"2016-04-25T15:30:18","slug":"la-butee-de-la-politique-allemande-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/04\/25\/la-butee-de-la-politique-allemande-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>LA BUT\u00c9E DE LA POLITIQUE ALLEMANDE<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Aveugl\u00e9 par ses certitudes et anim\u00e9 par ses int\u00e9r\u00eats, le gouvernement allemand continue de pousser l\u2019Europe sur sa ligne de plus grande pente. Sa politique n\u2019\u00e9tant pas n\u00e9gociable, cela ne va pas pouvoir bien se terminer.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Bref rappel historique : le d\u00e9cor a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9 en 1997, lors de l\u2019adoption du <em>Pacte de stabilit\u00e9 et de croissance<\/em>, avantageusement nomm\u00e9 car il n\u2019a engendr\u00e9\u00a0ni l\u2019une, ni l\u2019autre. La r\u00e9duction des d\u00e9ficits publics est depuis lors devenue priorit\u00e9 absolue. La cr\u00e9ation de la monnaie commune en 1992 s\u2019est faite aux conditions du gouvernement allemand de l\u2019\u00e9poque, aboutissant \u00e0 la cr\u00e9ation de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) sur le mod\u00e8le de la Bundesbank. Toute mon\u00e9tisation des finances publiques \u00e9tait d\u00e8s lors interdite. La r\u00e9vision du Pacte de 2005, puis l\u2019adoption en 2011 d\u2019un mod\u00e8le renforc\u00e9 (le \u00ab\u00a0Six Pack\u00a0\u00bb), ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019adoption du Trait\u00e9 sur la stabilit\u00e9, la coordination et la gouvernance, bouclant un dispositif qui fait des ravages.<\/p>\n<p>En proscrivant toute forme de mutualisation directe ou indirecte de la dette de chaque pays, de m\u00eame que toutes les mesures pouvant y conduire, le gouvernement allemand s\u2019est instaur\u00e9 en sourcilleux et intransigeant gardien du Temple. Dans cette logique, la cr\u00e9ation d\u2019euro-obligations s\u2019est heurt\u00e9e \u00e0 un veto absolu de sa part. Voyant dans cette politique une occasion en or, les partisans de la diminution du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat &#8211; pour agrandir le leur &#8211; et de la suppression des contraintes aux <i>lois du march\u00e9<\/i> en ont profit\u00e9. Les adeptes d\u2019une religion f\u00e9roce l\u2019ont emport\u00e9 !<\/p>\n<p>Quoi de neuf depuis ? Wolfgang Sch\u00e4uble et son minist\u00e8re n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019\u00eatre de tous les fronts. Suspect\u00e9s d\u2019avoir sp\u00e9cul\u00e9 sur le march\u00e9 des produits structur\u00e9s et d\u2019y avoir laiss\u00e9 des plumes, les Landesbanken (banques r\u00e9gionales) et les Sparkassen (caisses d\u2019\u00e9pargne) &#8211; l\u2019un des piliers du syst\u00e8me bancaire allemand, sous influence directe des dirigeants politiques des r\u00e9gions &#8211; ont \u00e9t\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part plac\u00e9es hors du champ d\u2019observation du M\u00e9canisme de supervision unique (MSU) de la BCE. Au pr\u00e9texte de leur taille, il est maintenant tent\u00e9 de les soustraire aux mesures de renforcement des fonds propres qui doivent aboutir en 2019.<\/p>\n<p>\u00c0\u00a0l\u2019initiative de la pr\u00e9sidence hollandaise, un d\u00e9bat plein d\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9es a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 la semaine derni\u00e8re \u00e0 l\u2019Ecofin, \u00e0 propos de la r\u00e9duction de la dette souveraine dans les bilans bancaires. D\u00e9cider d\u2019un m\u00e9canisme y aboutissant en faveur des dirigeants allemands : cesser de consid\u00e9rer ses titres comme exon\u00e9r\u00e9s du risque accro\u00eetrait la pression sur les gouvernements pour qu\u2019ils r\u00e9duisent leur endettement. Ils ont fait un pr\u00e9alable \u00e0 la finalisation du 3\u00e8me pilier de l\u2019Union bancaire, la cr\u00e9ation d\u2019un fonds europ\u00e9en de garantie des d\u00e9p\u00f4ts. Dans la logique de leur politique, les bilans bancaires devraient \u00eatre pr\u00e9alablement assainis pour \u00e9viter que le fonds soit utilis\u00e9, car cela repr\u00e9senterait une mutualisation inacceptable des pertes.<\/p>\n<p>Mais la politique d\u00e9fendue par le minist\u00e8re des Finances allemand est lourde de cons\u00e9quences mal \u00e9valu\u00e9es\u00a0: selon Willem de Groen, du Center for European Policy Studies (CEPS) de Bruxelles, le plafonnement du stock de dette souveraine \u00e0 25% des fonds propres d\u2019une banque, comme c\u2019est le cas pour les autres cr\u00e9ances, n\u00e9cessiterait la cession de 1.300 milliards d\u2019euros de titres. Le march\u00e9 de la dette n\u2019en sortirait pas intact\u00a0! Retirer aux gouvernements la facilit\u00e9 que leur procure l\u2019achat de leur dette par leurs banques nationales pourrait \u00e9galement pousser les \u00c9tats \u00e0 la faillite, une hypoth\u00e8se clairement \u00e9voqu\u00e9e dans des r\u00e9cents <i>non-papers<\/i> (documents non officiels) allemands&#8230;<\/p>\n<p>\u00c0 suivre de pr\u00e8s, un autre d\u00e9bat va s\u2019engager \u00e0 propos du Pacte de stabilit\u00e9 et de croissance, consid\u00e9r\u00e9 par certains comme trop complexe et rigide. Son assouplissement par la bande en est l\u2019enjeu. Officiellement, il s\u2019agit de rendre les r\u00e8gles de ce pacte \u00ab\u00a0plus pr\u00e9visibles et plus faciles \u00e0 expliquer aux \u00e9lecteurs\u00a0\u00bb.\u00a0Charg\u00e9s d\u2019en \u00e9tudier les modalit\u00e9s, les directeurs du Tr\u00e9sor ont jusqu\u2019\u00e0 l\u2019automne prochain pour remettre leur copie. En mars dernier, les ministres des Finances de huit pays (Espagne, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Portugal, Slovaquie et Slov\u00e9nie) avaient r\u00e9clam\u00e9 une telle simplification du Pacte \u00e0 la Commission.<\/p>\n<p>Lors de la m\u00eame r\u00e9union de l\u2019Ecofin, Wolfgang Sch\u00e4uble a refus\u00e9 tout net le projet consistant \u00e0 rendre publique la r\u00e9partition par pays des imp\u00f4ts et taxes pay\u00e9s par les entreprises au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne. Une mesure propos\u00e9e par la Commission, soutenue par les gouvernements britannique et fran\u00e7ais, et dont les organisations actives sur la fiscalit\u00e9 demandent le renforcement. Les gouvernements des L\u00e4nder, qui ont en Allemagne leur mot \u00e0 dire en mati\u00e8re de fiscalit\u00e9, y seraient oppos\u00e9s d\u2019apr\u00e8s le ministre. Une telle mesure cr\u00e9erait un \u00ab\u00a0d\u00e9savantage comp\u00e9titif\u00a0\u00bb pour les entreprises\u00a0! Il se confirme que la seule politique commune acceptable est celle que les autorit\u00e9s allemandes d\u00e9finissent.<\/p>\n<p>Le d\u00e9saccord avec la BCE \u00e0 propos des taux n\u00e9gatifs est connu mais ses raisons le sont moins. Ceux-ci mettent pratiquement en cause le mod\u00e8le \u00e9conomique des assurances et des Sparkassen. Les premi\u00e8res garantissent un taux fixe sur leurs produits d\u2019\u00e9pargne et les secondes pr\u00eatent \u00e0 taux fixe. Les taux n\u00e9gatifs menacent leurs marges et leur activit\u00e9. Mais plut\u00f4t que de demander \u00e0 ces institutions financi\u00e8res de changer de mod\u00e8le, le gouvernement allemand voudrait imposer \u00e0 la BCE de changer de politique mon\u00e9taire !<\/p>\n<p>Le tour de la question provisoirement fait, la suite de l\u2019histoire est dans les mains des gouvernements europ\u00e9ens, de la Commission et de la BCE. \u00c0 voir comment ils continuent de traiter la Gr\u00e8ce, il n\u2019a pas de quoi \u00eatre exag\u00e9r\u00e9ment optimiste. Sous leadership de l\u2019Allemagne et de sa politique, l\u2019Europe n\u2019a pas d\u2019avenir. Dans sa dimension politique, la crise progresse : c\u2019est au tour du gouvernement de grande coalition autrichien SP\u00d6-\u00d6VP de faiblir au profit de l\u2019extr\u00eame-droite du FP\u00d6, \u00e0 l\u2019occasion du premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, o\u00f9 elle est arriv\u00e9e en t\u00eate.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;<br \/>\nP.S. \u00a0:<i> Le Comit\u00e9 de B\u00e2le travaille \u00e0 de nouvelles r\u00e9glementations pour faire suite \u00e0 celles qui doivent \u00eatre appliqu\u00e9es en 2019 au plus tard. Certains parlent d\u00e9j\u00e0, comme d\u2019un repoussoir, de B\u00e2le IV, qui succ\u00e9derait \u00e0 B\u00e2le III. L\u2019objectif poursuivi est d\u2019anticiper les effets d\u2019un rel\u00e8vement des taux, qui prendraient \u00e0 contre-pied les banques ayant pr\u00eat\u00e9 sur une longue p\u00e9riode \u00e0 taux fixe, typiquement pour des pr\u00eats immobiliers. C\u2019est le cas en France, contrairement \u00e0 de nombreux autres pays europ\u00e9ens qui privil\u00e9gient les taux variables : l\u2019encours des cr\u00e9dits immobiliers des banques y est de 868 milliards d\u2019euros. De nouvelles dispositions relatives \u00e0 la pond\u00e9ration du risque de cr\u00e9dit, en vertu du risque de taux, obligeraient les banques soit \u00e0 renforcer leurs fonds propres, soit \u00e0 diminuer le volume de leurs cr\u00e9dits immobiliers, \u00e0 moins qu\u2019elles n\u2019augmentent leurs taux. Aboutissant dans la pratique \u00e0 accroitre leurs besoins de fonds propres, ce qui a un co\u00fbt, ou \u00e0 diminuer leur activit\u00e9 sur le march\u00e9 du cr\u00e9dit immobilier &#8211; un produit d\u2019appel par ailleurs &#8211; ce qui diminuera leurs revenus. Cette future r\u00e9glementation contribuera dans tous les cas \u00e0 diminuer leur rentabilit\u00e9, et les banques sont vent debout contre elle.<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aveugl\u00e9 par ses certitudes et anim\u00e9 par ses int\u00e9r\u00eats, le gouvernement allemand continue de pousser l\u2019Europe sur sa ligne de plus grande pente. 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