{"id":85686,"date":"2016-05-18T17:07:27","date_gmt":"2016-05-18T15:07:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=85686"},"modified":"2016-05-18T17:07:27","modified_gmt":"2016-05-18T15:07:27","slug":"qui-etions-nous-les-rives-du-vincin-ii-indigenes-et-intrus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/05\/18\/qui-etions-nous-les-rives-du-vincin-ii-indigenes-et-intrus\/","title":{"rendered":"<em>Qui \u00e9tions-nous ?<\/em> Les rives du Vincin (II) Indig\u00e8nes et intrus"},"content":{"rendered":"<p>Plus avant, \u00e0 mi-promenade vers Conleau, le paysage porte encore la trace de l\u2019incendie qui l\u2019a ravag\u00e9 il y a quatre ou cinq ans. La plupart des pins qui se trouvaient l\u00e0 ont br\u00fbl\u00e9. Quelques troncs partiellement calcin\u00e9s subsistent, t\u00e9moignant du sinistre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-85687\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241.jpg\" alt=\"20160515_134241\" width=\"700\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241.jpg 4128w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241-1024x576.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p><!--more-->D\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, de jeunes pins, d\u2019un beau vert tr\u00e8s tendre, \u00e9merg\u00e8rent de la cendre et \u00e0 l\u2019hiver dernier, le sol s\u2019\u00e9tait \u00e0 nouveau couvert d\u2019une multitude de petits pins, hauts de pr\u00e8s d\u2019un m\u00e8tre, rivalisant pour une place au soleil avec les bruy\u00e8res ou les <em>sicots<\/em> (ajoncs) et gen\u00eats qui m\u00ealent leurs fleurs papilionac\u00e9es aux nuances de jaune quasi identiques.<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 tout \u00e0 l\u2019heure, tout avait bien chang\u00e9\u00a0: les jeunes pins avaient tous disparu et certainement pas de mani\u00e8re accidentelle\u00a0car des traces au sol signalaient une activit\u00e9 humaine intense.<\/p>\n<p>Les instances sup\u00e9rieures ont donc d\u00e9cid\u00e9 de se d\u00e9barrasser de l\u2019intrus\u00a0: le pin maritime introduit en Bretagne au milieu du XIXe si\u00e8cle <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Place restitu\u00e9e aux indig\u00e8nes\u00a0: <em>sicots<\/em>, gen\u00eats, bruy\u00e8res, foug\u00e8res, pour reconstituer la lande bretonne. Elle est bien loin, l\u2019ann\u00e9e 1927, quand C. Robert-M\u00fcller se plaignait devant l&rsquo;<em>Association\u00a0de g\u00e9ographes fran\u00e7ais<\/em> qu\u2019en Bretagne, \u00ab\u00a0la part des r\u00e9sineux [demeure] presque partout insignifiante\u00a0; m\u00eame dans le Morbihan elle n\u2019exc\u00e8de pas 3\/10, ce qui correspondrait \u00e0 quelques 5.000 hectares seulement.\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Parviendra-t-on \u00e0 \u00e9liminer le pin de Bretagne\u00a0? Je ne pense pas que l\u2019on dispose ni des fonds, ni de l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaires pour le faire. Je sais aussi que si l\u2019on s\u2019avisait de vouloir abattre les pins \u00e0 la pointe er Hourel, au bout de la plage de Saint-Pierre \u00e0 Locmariaquer, j\u2019irais me battre pour qu\u2019on les y laisse. Je dirais que, lande ou pas lande \u00e0 qui rendre ses droits, ce bosquet de pins est un <em>amer<\/em> bien utile pour les navigateurs et que l\u2019on mettrait en danger la vie d\u2019innombrables marins si l\u2019on s\u2019avisait de le supprimer. La bonne foi ne m\u2019\u00e9toufferait pas sans doute, mais \u00e0 la guerre comme \u00e0 la guerre\u00a0!<\/p>\n<p>Est-ce plus beau ainsi, sans les pins\u00a0? Pas \u00e0 mon humble avis. J\u2019ai pass\u00e9 les vacances de mon enfance \u00e0 Sables-d\u2019Or-les-Pins, dans les C\u00f4tes-du-Nord comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 devenues par la gr\u00e2ce du po\u00e8te, C\u00f4tes-d\u2019Armor, et la petite station baln\u00e9aire \u00e9tait certainement autrement charmante que ne l\u2019eut \u00e9t\u00e9 Sables-d\u2019Or-la-Lande. Mais bien moins authentique nous fait-on comprendre aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>En fait, tant que le pin \u00e9tait utile pour faire du bois \u00e0 \u00e9tan\u00e7onner les mines du Pays de Galles, on ne lui connaissait que des vertus, mais depuis qu\u2019il ne sert plus qu\u2019\u00e0 faire soupirer d\u2019aise \u00ab\u00a0les tourisses\u00a0\u00bb, comme on disait ici autrefois avec l\u2019accent du coin, par son \u00ab\u00a0usage paysager\u00a0\u00bb, le pauvre se voit accabler de tous les vices.<\/p>\n<p>Question plus essentielle encore, cela a-t-il un sens de toute mani\u00e8re de remplacer la pin\u00e8de par de la lande, quand on sait que la lande elle-m\u00eame \u00e9tait l\u2019aboutissement de la d\u00e9forestation qui d\u00e9buta au Moyen \u00e2ge\u00a0et dont les B\u00e9n\u00e9dictins furent le fer de lance\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 de riches moissons remplacent les marais, et les bois sauvages s&rsquo;\u00e9claircissent et\u00a0disparaissent\u00a0\u00bb, \u00e9crivait encore avec enthousiasme en 1902 le Comte \u00c9lie de Palys <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Jean Mahaud expliquait en 1998 que \u00ab\u00a0dans les r\u00e9gions aux sols les plus ingrats, comme d&rsquo;ailleurs sur les c\u00f4tes expos\u00e9es au vent, la lande existait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat naturel constituant \u00e0 ce titre un fort bel exemple de ce que nous pourrions d\u00e9signer sous le terme de <em>landes\u00a0primitives<\/em>.\u00a0\u00bb Si l\u2019on comprend bien, elles ne sont donc \u00ab\u00a0landes\u00a0\u00bb que faute de mieux or\u2026 puisque le pin maritime ne se laisse pas personnellement ais\u00e9ment impressionner\u2026 Une autre remarque du m\u00eame auteur nous fait penser qu\u2019il s\u2019agit peut-\u00eatre sur cette question de \u00ab\u00a0landes primitives\u00a0\u00bb, avant tout d\u2019une question de go\u00fbts et de couleurs\u00a0: \u00ab\u00a0le Conservatoire de l&rsquo;espace littoral et des rivages lacustres et d&rsquo;autres parties prenantes de l&rsquo;am\u00e9nagement rural [pensent] que le retour des landes sur certains sites soit une solution \u00e0 privil\u00e9gier. La complexit\u00e9 des enjeux culturels et la diversit\u00e9 g\u00e9ographique et \u00e9cologique des sites concern\u00e9s laissent \u00e0 penser que la politique foresti\u00e8re du Morbihan s&rsquo;orientera en direction non pas d&rsquo;un seul sc\u00e9nario mais de plusieurs traduisant diff\u00e9rentes conceptions de l&rsquo;identit\u00e9 des paysages du d\u00e9partement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Que vaut en soi d\u2019ailleurs, l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y aurait dans un paysage, des indig\u00e8nes bienvenus et des intrus pri\u00e9s de d\u00e9barrasser le plancher\u00a0?<\/p>\n<p>La question me semble a priori suspecte si l\u2019on pense \u00e0 la prolif\u00e9ration du vivant. Pensons seulement aux migrations dont mon jardin est, au fil des ans, le tr\u00e8s modeste th\u00e9\u00e2tre. D\u2019o\u00f9 viennent ce printemps toutes ces hyacinthes sauvages\u00a0? Voyez comment les marguerites ont colonis\u00e9 la bordure de muscaris et le pied des rosiers\u00a0! Ah\u00a0! mais que vois-je\u00a0? Wikipedia me met pr\u00e9cis\u00e9ment en garde contre les marguerites, je cite\u00a0: \u00ab\u00a0Attention\u00a0: dans les terrains propices, cette plante devient vite tr\u00e8s envahissante.\u00a0\u00bb Enfer et damnation\u00a0! la marguerite en tant qu\u2019esp\u00e8ce, sous son air innocent (encore que\u2026 \u00ab\u00a0en effeuillant la marguerite\u2026\u00a0\u00bb), est semblable \u00e0 la n\u00f4tre\u00a0: \u00ab\u00a0envahissante\u00a0!\u00a0\u00bb. Adieu beaux r\u00eaves d\u2019environnements stabilis\u00e9s une fois pour toutes dans leur \u00ab\u00a0authenticit\u00e9 premi\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce vraiment que cette \u00ab\u00a0authenticit\u00e9 premi\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0? \u00c0 quelle \u00e9poque r\u00e9gnait-elle\u00a0? Si c\u2019est d\u2019avant le genre Homo, il s\u2019agit carr\u00e9ment d\u2019un bond en arri\u00e8re de 2,8 millions d\u2019ann\u00e9es \u00e0 r\u00e9aliser d\u2019un seul coup\u00a0! Une conversation que j\u2019ai eue r\u00e9cemment avec un chercheur am\u00e9ricain est \u00e9difiante \u00e0 ce sujet. Il m\u2019expliquait les vains efforts de son p\u00e8re, charg\u00e9 par les autorit\u00e9s de son pays de reconstituer dans les <em>Grandes plaines<\/em>, leur paysage \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb, fait de bisons et de marmottes, appel\u00e9es l\u00e0-bas \u00ab\u00a0chien de prairie\u00a0\u00bb. Il a fallu cr\u00e9er pour ces sympathiques rongeurs, des terriers artificiels, parce que, \u00e0 nouveau l\u00e2ch\u00e9s dans la nature, ils ne s\u2019avisaient gu\u00e8re d\u2019en creuser. Ceux qu\u2019on leur fit, ils ne les trouvaient pas \u00e0 leur go\u00fbt, et il fallut les y enfermer d\u2019autorit\u00e9 pour qu\u2019ils se mettent enfin \u00e0 percer des tunnels qui leur conviennent davantage. Ensuite les bisons n\u2019ont pas assez brout\u00e9 et il a fallu hanter cet environnement redevenu \u00e0 grand-peine, \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb, de la clameur odieuse de tondeuses industrielles\u00a0! Conclusion du p\u00e8re de mon ami\u00a0: la pr\u00e9sence de l\u2019homme fait partie de l\u2019environnement naturel, c\u2019est seulement quand il se conduit comme un malpropre qu\u2019il conviendrait d\u2019y remettre bon ordre.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019humain fait ici, dans cette pin\u00e8de incendi\u00e9e des rives du Vincin, un effort louable pour cacher sa venue et en effacer les traces. Mais, question qui se pose h\u00e9las aujourd\u2019hui, ne suffirait-il pas, pour aboutir au m\u00eame r\u00e9sultat, de laisser au temps, un peu de temps\u00a0?<\/p>\n<p>==========================<br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jean Mahaud, \u00ab\u00a0Les paysages forestiers du Morbihan : du recul \u00e0 la reconqu\u00eate\u00a0\u00bb, <a href=\"http:\/\/www7.inra.fr\/dpenv\/sommrc34.htm\">Le Courrier de l&rsquo;environnement n\u00b034, juillet 1998<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/author\/persee_257017\">C. Robert-M\u00fcller<\/a>, \u00ab\u00a0Le pin maritime en Bretagne : son r\u00f4le \u00e9conomique\u00a0\u00bb, <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/collection\/bagf\">Bulletin de l&rsquo;Association de g\u00e9ographes fran\u00e7ais<\/a>, Ann\u00e9e 1927, Volume 4, <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/issue\/bagf_0004-5322_1927_num_4_17?sectionId=bagf_0004-5322_1927_num_4_17_6352\">Num\u00e9ro 17<\/a>, pp. 53-56.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Comte \u00c9lie de Palys, 1902. Association bretonne d&rsquo;agriculture, p. 19<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus avant, \u00e0 mi-promenade vers Conleau, le paysage porte encore la trace de l\u2019incendie qui l\u2019a ravag\u00e9 il y a quatre ou cinq ans. La plupart des pins qui se trouvaient l\u00e0 ont br\u00fbl\u00e9. Quelques troncs partiellement calcin\u00e9s subsistent, t\u00e9moignant du sinistre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-85687\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241.jpg\" alt=\"20160515_134241\" width=\"700\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241.jpg 4128w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/20160515_134241-1024x576.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[22,4494,4802],"tags":[4824,4825],"class_list":["post-85686","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecologie","category-environnement","category-qui-etions-nous","tag-lande","tag-pin-maritime"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=85686"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85686\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":85689,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85686\/revisions\/85689"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=85686"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=85686"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=85686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}