{"id":85787,"date":"2016-05-21T21:51:58","date_gmt":"2016-05-21T19:51:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=85787"},"modified":"2016-05-22T14:54:31","modified_gmt":"2016-05-22T12:54:31","slug":"pour-un-noyau-dur-europeen-ou-les-limites-de-la-politique-europeenne-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/05\/21\/pour-un-noyau-dur-europeen-ou-les-limites-de-la-politique-europeenne-par-zebu\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Pour un noyau dur europ\u00e9en\u00a0\u00bb ou les limites de la politique europ\u00e9enne, par Z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9cent <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2016\/05\/14\/thomas-piketty-pour-un-noyau-dur-europeen_4919713_3232.html\">texte<\/a> de Thomas Piketty, \u00ab\u00a0Pour un noyau dur europ\u00e9en\u00a0\u00bb, est int\u00e9ressant \u00e0 plus d&rsquo;un titre.<\/p>\n<p><!--more-->Il l&rsquo;est surtout pour mettre en lumi\u00e8re nos propres limites et contradictions quant \u00e0 une possible d\u00e9finition d&rsquo;une politique europ\u00e9enne.<br \/>\nSi, pour ceux qui critiquent sans cesse le &lsquo;d\u00e9ficit d\u00e9mocratique&rsquo; de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, qu&rsquo;ils soient d&rsquo;ailleurs &lsquo;europ\u00e9istes&rsquo; ou ayant une aversion \u00e0 cette Europe l\u00e0, la proposition d&rsquo;un parlement de la zone euro devant lequel l&rsquo;ex\u00e9cutif europ\u00e9en serait responsable ne peut \u00eatre qu&rsquo;applaudit, il reste que l&rsquo;argumentation avanc\u00e9e par l&rsquo;auteur pour d\u00e9fendre la th\u00e8se d&rsquo;un &lsquo;noyau dur europ\u00e9en&rsquo; expose ses failles, des failles par ailleurs li\u00e9es \u00e0 la th\u00e8se elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>On voit mal par exemple quelle pourrait \u00eatre la raison qui ferait qu&rsquo;un &lsquo;noyau dur&rsquo; permettrait mieux aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;hier d&rsquo;instituer un ou de nouveaux trait\u00e9s inter-gouvernementaux quand justement l&rsquo;argument avanc\u00e9 pour tordre le cou \u00e0 cette id\u00e9e selon laquelle l\u2019\u00e9tat de l\u2019opinion interdirait de toucher aux trait\u00e9s europ\u00e9ens est qu&rsquo;en 2011, deux trait\u00e9s, et non des moindres, ont pu \u00eatre institu\u00e9s \u2026 \u00e0 28.<\/p>\n<p>Si cela fut possible pour l&rsquo;Union europ\u00e9enne alors en pleine crise, comment ne le serait-il pas d\u00e8s lors toujours aujourd&rsquo;hui\u00a0? La cause n&rsquo;est donc pas institutionnelle, mais bien politique, et en cela, un &lsquo;noyau dur&rsquo; ou pas n&rsquo;y a rien \u00e0 voir, sauf \u00e0 estimer que les conditions politiques (et non pas institutionnelles) imposent de restreindre le nombre de pays pour instituer de nouvelles r\u00e8gles politiques parce que ce nombre restreint permet tout simplement de faciliter entre pays partageant les m\u00eames positions une telle disposition.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;expression &lsquo;dur&rsquo; adjointe au &lsquo;noyau&rsquo; europ\u00e9en, comme expression sensible d&rsquo;un commun possible mais forc\u00e9ment restreint \u00e0 ceux qui partagent la m\u00eame vision d&rsquo;un tel commun.<\/p>\n<p>Il est donc n\u00e9cessaire pour clarifier le d\u00e9bat sur une politique europ\u00e9enne de dissocier des \u00e9l\u00e9ments qui rel\u00e8vent chacun de son propre domaine\u00a0: de v\u00e9ritables institutions d\u00e9mocratiques, remettre les trait\u00e9s sur le chantier et le &lsquo;noyau dur&rsquo;. Le premier \u00e9l\u00e9ment est institutionnel, le second est politique et le dernier est tactique (ou strat\u00e9gique). Mais une telle solution ne s&rsquo;impose pas, en ce qu&rsquo;elle lie ensemble ces trois \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, Thomas Piketty relie la n\u00e9cessaire annulation de dettes publiques pour certains pays (la Gr\u00e8ce est cit\u00e9e nomm\u00e9ment) \u00e0 l&rsquo;acceptation d&rsquo;une telle solution, qui conduirait d\u00e8s lors chaque pays membre de ce &lsquo;noyau dur&rsquo; \u00e0 accepter le fait majoritaire au sein d&rsquo;un parlement de la zone euro (en fait, de la &lsquo;zone dure&rsquo;). Les deux \u00e9l\u00e9ments n&rsquo;ont pourtant pas de rapport \u00a0causalit\u00e9 ou de lien, si ce n&rsquo;est qu&rsquo;en d\u00e9mocratie, la majorit\u00e9 peut, ou pas, voter l&rsquo;annulation d&rsquo;une dette publique, mais qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de conditionnalit\u00e9s \u00e0 accepter ou non la d\u00e9mocratie majoritaire en contrepartie d&rsquo;une annulation de dette.<br \/>\nUne telle conditionnalit\u00e9 aurait d&rsquo;ailleurs toute les chances d&rsquo;\u00eatre refus\u00e9e par l&rsquo;Allemagne et plus largement par tous les pays d\u00e9biteurs de la Gr\u00e8ce, par exemple, puisque tous les pays de la zone euro le sont dans ce cas \u00e0 des degr\u00e9s divers, sous pr\u00e9texte que devant la force du fait d\u00e9mocratique mis en balance, l&rsquo;Allemagne serait ainsi plac\u00e9e devant l&rsquo;alternative binaire de renforcer le camp anti-euro ou perdre ses cr\u00e9ances (et \u00e9ventuellement des \u00e9lecteurs).<\/p>\n<p>Relier diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments provenant de champs diff\u00e9rents ne peut donc faire une politique europ\u00e9enne, a fortiori en m\u00e9connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 des rapports de forces politiques actuels en Europe, notamment au sein m\u00eame de l&rsquo;Allemagne o\u00f9 Mme Merkel est maintenant soumise \u00e0 la progression de l&rsquo;AfD et sans doute bient\u00f4t limitrophe d&rsquo;une extr\u00eame-droite arriv\u00e9e au pouvoir en Autriche.<br \/>\nCroire qu&rsquo;en r\u00e9duisant le nombre on facilitera ainsi un projet europ\u00e9en, c&rsquo;est aussi croire dans le nombre en tant que tel, en pensant par ailleurs que l&rsquo;Allemagne accepterait de bon c\u0153ur ce qu&rsquo;elle a d\u00e9j\u00e0 sinon refus\u00e9 du moins \u00e9cart\u00e9 et jet\u00e9 aux oubliettes politiques entre-temps\u00a0: comment croire en effet Mme Merkel suffisamment idiote pour penser qu&rsquo;elle accepterait un tel &lsquo;noyau dur&rsquo; quand dans le m\u00eame temps on expose que, justement, un tel &lsquo;noyau dur&rsquo; aura pour fonction de restreindre le rapport de force pour l&rsquo;instant en faveur de l&rsquo;Allemagne\u00a0?<\/p>\n<p>Qui peut \u00eatre certain de la d\u00e9finition m\u00eame du dit &lsquo;noyau&rsquo;\u00a0? Selon que celui-ci int\u00e9grera ou pas tel ou tel pays, proche ou non de la vision ordo-lib\u00e9rale en cours en Allemagne, ou proche ou non de la vision sociale-lib\u00e9rale en cours en France, il est bien \u00e9vident que la r\u00e9ponse diff\u00e9rera, tant sur le nombre de membres que sur la nature de la politique qui y sera men\u00e9e. Le diable est donc dans le &lsquo;noyau&rsquo; et l&rsquo;Allemagne, ou d&rsquo;autres, n&rsquo;abandonneront pas le rapport de force politique actuel qui peut \u00eatre en leur faveur sous pr\u00e9texte et sous condition d&rsquo;un parlement de la zone en question, a fortiori encore moins avec une annulation de cr\u00e9ances \u00e0 la clef, sous peine de se suicider politiquement sur leurs sc\u00e8nes int\u00e9rieures respectives.<\/p>\n<p>Car il faut aussi se rappeler qu&rsquo;une telle th\u00e8se, qui fut celle de <a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/2015\/07\/19\/francois-hollande-avant-garde-zone-euro-economie-international_n_7828072.html\">Fran\u00e7ois Hollande<\/a> au sortir de la crise grecque en Juillet 2015, fut celle, longtemps, de l&rsquo;Allemagne il y a de cela quelques ann\u00e9es et qui attendit, longtemps, notamment la France, que l&rsquo;on veuille bien se saisir de celle-ci. En d\u00e9sespoir de cause, l&rsquo;Allemagne abandonna cette th\u00e8se du &lsquo;noyau dur&rsquo;, aussi parce que le rapport de force, politique et \u00e9conomique, avait tourn\u00e9 en sa faveur entre-temps.<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0, pour le moins, une interrogation \u00e0 voir Thomas Piketty rejoindre la th\u00e8se d&rsquo;un Fran\u00e7ois Hollande qui abandonna sa position du statu quo europ\u00e9en quand il prit enfin conscience que cette position ne pouvait mener qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;explosion de l&rsquo;Union, alors m\u00eame qu&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien (trop) tard pour faire cette proposition. L&rsquo;Allemagne fit mine poliment d&rsquo;examiner la chose, puis l&rsquo;enterra, pour des raisons de politique int\u00e9rieure notamment.<\/p>\n<p>Cette th\u00e8se, que l&rsquo;on pourrait d\u00e9nommer le &lsquo;surge&rsquo; (sursaut) europ\u00e9en par un sur-investissement institutionnel et d\u00e9mocratique (tripl\u00e9 d&rsquo;une conditionnalit\u00e9 d&rsquo;annulation de dettes publiques pour Piketty), est pour le moins probl\u00e9matique, moins sur la forme (d\u00e9mocratique) que sur le fond, politique, quasi inexistant.<\/p>\n<p>Car il n&rsquo;existe aucun lien de causalit\u00e9 entre le nombre de membres (&lsquo;noyau dur&rsquo;) et la nature de la politique d\u00e9finie, sauf \u00e0 vouloir comme le fait Thomas Piketty d\u00e9finir a priori la qualit\u00e9 des membres selon le type de politique souhait\u00e9e, ce qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la d\u00e9mocratie et les institutions.<br \/>\nQuelque part, c&rsquo;est reproduire ce qui fut d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 son \u00e9poque par certains comme une &lsquo;institutionnalisation&rsquo; des politiques europ\u00e9ennes.<br \/>\nPolitiquement parlant cette fois, il y a \u00e0 s&rsquo;interroger sur le fait que Thomas Piketty propose ainsi la m\u00eame th\u00e8se qu&rsquo;un Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise dont la politique int\u00e9rieure est pourtant tant d\u00e9cri\u00e9e sur la sc\u00e8ne politique \u00e0 gauche, notamment par ce m\u00eame &#8230; Thomas Piketty\u00a0: comment donc une politique sociale-lib\u00e9rale en France pourrait-elle soudainement se m\u00e9tamorphoser en bonne politique sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne\u00a0? Si Emmanuel Macron est effectivement une cible pour l&rsquo;\u00e9conomiste, il reste que le v\u00e9ritable adversaire politique \u00e0 cibler est bien celui qui la m\u00e8ne en France au premier chef, \u00e0 savoir Fran\u00e7ois Hollande.<\/p>\n<p>Ce hiatus et ces contradictions sont donc r\u00e9v\u00e9latrices de celles qui nous traversent en France, notamment \u00e0 gauche, sur la question europ\u00e9enne.\u00a0Car il n&rsquo;existe actuellement que trois politiques propos\u00e9es pour l&rsquo;Europe\u00a0: la th\u00e8se du &lsquo;noyau dur&rsquo; telle que d\u00e9crite, la th\u00e8se de l&rsquo;Etat-Nation induisant une sortie sinon de l&rsquo;Union du moins de l&rsquo;euro sur un spectre politique large allant de l&rsquo;extr\u00eame-droite \u00e0 la gauche radicale, et la th\u00e8se du statu quo, laquelle est d\u00e9fendue par un nombre restreint de membres europ\u00e9ens dont le plus influent, \u00e0 savoir l&rsquo;Allemagne, avec des difficult\u00e9s croissantes.<\/p>\n<p>Thomas Piketty endosse donc la premi\u00e8re de ces th\u00e8ses parce que ce &lsquo;saut quantique&rsquo; europ\u00e9en permet de donner du temps, notamment aux acteurs europ\u00e9ens les plus \u00e9minents que sont Angela Merkel et Fran\u00e7ois Hollande, tous les deux concern\u00e9s par leur r\u00e9\u00e9lection respective en 2017, mais aussi et plus largement \u00e0 l&rsquo;Europe. Cependant, pour autant qu&rsquo;il puisse \u00eatre mis en \u0153uvre, le &lsquo;noyau dur&rsquo; ne sera pas op\u00e9rationnel avant 2018 au mieux et laissera pantelante la question de la d\u00e9finition du &lsquo;noyau&rsquo; mais aussi et surtout celle du &lsquo;reste&rsquo; de la zone euro\u00a0: quid donc de ce &lsquo;reste&rsquo; de pays membres de cette zone euro, qui ne b\u00e9n\u00e9ficiera pas d&rsquo;un budget de &lsquo;noyau dur&rsquo; et qui risquera, avec une m\u00eame et seule monnaie l&rsquo;euro par un potentiel effondrement d&#8217;emporter le &lsquo;noyau&rsquo;, aussi &lsquo;dur&rsquo; qu&rsquo;il f\u00fbt ?<\/p>\n<p>Comment concilier, concr\u00e8tement, deux zones ayant une m\u00eame monnaie\u00a0mais avec des institutions diff\u00e9rentes et des politiques potentiellement diff\u00e9rentes ?<br \/>\nA cela, bien \u00e9videmment la th\u00e8se ne r\u00e9pond pas puisque ce n&rsquo;est pas son objet.<\/p>\n<p>Le texte de Thomas Piketty est donc int\u00e9ressant pour ce qu&rsquo;il r\u00e9v\u00e8le, notamment \u00e0 gauche, sur les limites de la pens\u00e9e politique sur l&rsquo;Europe, parce que celle-ci s&rsquo;inscrit dans le cadre qu&rsquo;on lui impose et qu&rsquo;en cons\u00e9quence, quitte \u00e0 choisir entre ces trois th\u00e8ses, c&rsquo;est bien celle-ci que l&rsquo;\u00e9conomiste choisit, quand bien m\u00eame il tente de l&rsquo;accommoder de telle fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;elle puisse correspondre peu ou prou \u00e0 une vision politique qui puisse la rendre compatible avec sa propre vision politique, de gauche, de l&rsquo;Europe, au d\u00e9triment de la r\u00e9alit\u00e9 politique europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Dans ce cadre l\u00e0 pourtant, aucune solution ou th\u00e8se sur la politique europ\u00e9enne ne peut \u00eatre ni viable ni bonne\u00a0: si elle est bonne, elle ne sera pas viable, et si elle est viable, elle ne sera pas bonne (ni viable donc \u00e0 terme).<\/p>\n<p>La th\u00e8se du &lsquo;noyau dur&rsquo; arrive, concr\u00e8tement, bien trop tard pour qu&rsquo;elle puisse ne servir qu&rsquo;\u00e0 ceux qui la portent que pour gagner du temps. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e8s la mise en \u0153uvre de la zone euro qu&rsquo;il aurait fallu la mettre en place, et au plus tard, en janvier 2015 lors de la seconde crise, politique, grecque. Ce n&rsquo;est pas en juillet 2015 et encore moins en mai 2016 qu&rsquo;elle pourra l&rsquo;\u00eatre, avec une Union qui a \u00e0 peine atteint son niveau pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, profond\u00e9ment impact\u00e9e par la crise des r\u00e9fugi\u00e9s et un terrorisme djihadiste qui s&rsquo;est &lsquo;europ\u00e9anis\u00e9&rsquo;, avec un secteur bancaire et financier toujours en situation de criticit\u00e9.<\/p>\n<p>Le statu quo n&rsquo;a plus pour lui que la raison du plus fort, celui auquel le rapport de force politique actuellement lui permet de maintenir encore quelques temps cette th\u00e8se. Mais m\u00eame l&rsquo;Allemagne est bien consciente que t\u00f4t ou tard cette position devra \u00e9voluer, si possible apr\u00e8s les \u00e9lections de 2017.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&rsquo;option de l&rsquo;Etat-Nation, impliquant la sortie de la zone euro et \u00e9ventuellement la dislocation de l&rsquo;Union, c&rsquo;est peu dire qu&rsquo;elle ne dit rien elle non plus des politiques qui seront men\u00e9es en son nom, comme un miroir invers\u00e9 du &lsquo;surge&rsquo; europ\u00e9en propos\u00e9 par le &lsquo;noyau dur&rsquo;.<\/p>\n<p>Rester coincer dans ce cadre l\u00e0 de d\u00e9finition d&rsquo;une politique europ\u00e9enne ne peut donc impliquer que de mauvaises solutions, qui seront pour certaines remises sur la table europ\u00e9enne d\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum britannique pass\u00e9 (et ce quel que soit son r\u00e9sultat), ou pos\u00e9es en 2017.<\/p>\n<p>Rester dans ce cadre de r\u00e9flexion impose aussi d&rsquo;accepter la r\u00e9alit\u00e9 des rapports de forces politiques europ\u00e9ens tels qu&rsquo;ils sont constitu\u00e9s actuellement, dans une contestation de l&rsquo;acc\u00e8s au pouvoir entre sociale-lib\u00e9ralisme et ordo-lib\u00e9ralisme, et une opposition \u00e0 gauche \u00e0 ce pouvoir reprenant en partie la th\u00e8se utilis\u00e9e par un tenant du pouvoir ou une opposition \u00e0 gauche qui reprend la th\u00e8se de l&rsquo;Etat-Nation sans pour autant en assumer totalement les aboutissants sur le versant europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Ces limites, ces contradictions sont n\u00f4tres parce que le cadre europ\u00e9en n&rsquo;a pas pu ou pas su \u00eatre interrog\u00e9 et remis en perspective avec une crise qui le permettait.<\/p>\n<p>Pourtant, les r\u00e9alit\u00e9s politiques europ\u00e9ennes en cours sont d\u00e9connect\u00e9es, en partie, de cette politique europ\u00e9enne ainsi d\u00e9crite, avec une part croissante de la population europ\u00e9enne qui aspire \u00e0 refa\u00e7onner la d\u00e9mocratie et le projet politique europ\u00e9en, qui ne soit ni une sortie de l&rsquo;unit\u00e9 europ\u00e9enne, ni une perp\u00e9tuation de l&rsquo;ordo-lib\u00e9ralisme, ni un abandon, bien au contraire, de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;approfondissement d\u00e9mocratique de l&rsquo;Europe.<br \/>\nEtonnamment, la notion de souverainet\u00e9 populaire (au sens d&rsquo;un ensemble de citoyens) n&rsquo;a pas ou peu \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e encore \u00e0 ce stade pour l&rsquo;id\u00e9e europ\u00e9enne alors qu&rsquo;elle est all\u00e8grement d\u00e9voy\u00e9e sous sa forme r\u00e9f\u00e9rendaire au niveau national par l&rsquo;extr\u00eame-droite en Europe.<\/p>\n<p>Etonnamment encore, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un Keynes quant \u00e0 la compensation entre nations par-del\u00e0 la seule r\u00e9gulation \u00e9tatique et sa redistribution fiscale (et son pendant la taxation), agissant en amont quand celles-ci interviennent en aval, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e non plus.<\/p>\n<p>A d\u00e9faut de red\u00e9finir cette politique europ\u00e9enne en ce sens, ce sera alors \u00e0 l&rsquo;autre partie de la r\u00e9alit\u00e9 europ\u00e9enne, cette extr\u00eame-droite qui a le vent en poupe, de la renommer sinon de la d\u00e9truire, en utilisant pour ses fins propres la Nation et l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9cent <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2016\/05\/14\/thomas-piketty-pour-un-noyau-dur-europeen_4919713_3232.html\">texte<\/a> de Thomas Piketty, \u00ab\u00a0Pour un noyau dur europ\u00e9en\u00a0\u00bb, est int\u00e9ressant \u00e0 plus d&rsquo;un 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