{"id":85902,"date":"2016-05-25T00:01:17","date_gmt":"2016-05-24T22:01:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=85902"},"modified":"2016-05-24T22:16:19","modified_gmt":"2016-05-24T20:16:19","slug":"chine-pouvoir-du-rituel-rituel-du-pouvoir-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/05\/25\/chine-pouvoir-du-rituel-rituel-du-pouvoir-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE : Pouvoir du Rituel \/ Rituel du Pouvoir, par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Lorsque Mao Zedong meurt, le 9 septembre 1976, le Chinois de la tradition ne peut y voir qu&rsquo;un signe suppl\u00e9mentaire qui s&rsquo;ajoute \u00e0 tous ceux que le Ciel a d\u00e9j\u00e0 adress\u00e9s au cours de cette \u00ab ann\u00e9e terrible \u00bb : mort de Zhou En lai et de Zhu De, deux des plus proches et plus anciens compagnons de Mao, \u00e9meutes populaires sur la place Tien an men, et, peut-\u00eatre surtout, grand tremblement de terre qui raye de la carte la ville mini\u00e8re de Tangshan, ensevelissant 800 000 victimes. Tous ces d\u00e9sordres sous le ciel font \u00e9videmment sens, reviennent alors au jour les conceptions traditionnelles du pouvoir en Chine : l&rsquo;Homme Unique, l&rsquo;Homme Vrai \u2013 celui devant lequel, en 1950, des milliers de paysans voulaient manifester en touchant le sol du front \u2013 a \u00e9puis\u00e9 sa Vertu royale. Le Ciel lui a \u00f4t\u00e9 sa confiance, son mandat. Le Ciel ne le reconna\u00eet plus pour son fils. Le temps est venu d&rsquo;un \u00ab changement de mandat \u00bb, <em>geming, <\/em>qui est aussi le nom chinois de la r\u00e9volution.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>C&rsquo;est que la Chine nouvelle, m\u00eame si nombre de ses mots d&rsquo;ordre pr\u00f4naient le renversement des traditions, n&rsquo;a pas effac\u00e9, loin s&rsquo;en faut, les trois mille ans d&rsquo;histoire qui ont model\u00e9 et affin\u00e9 une repr\u00e9sentation particuli\u00e8re du pouvoir politique, tout enti\u00e8re travaill\u00e9e par la d\u00e9finition d&rsquo;un rapport au Chef, au Roi, \u00e0 l&rsquo;Empereur. Or, \u00e0 n\u00e9gliger cette vision-l\u00e0 du pouvoir on se prive d&rsquo;abord de comprendre un peu de la Chine, mais, plus profond\u00e9ment, de saisir ce qui, \u00e0 travers les temps souvent agit\u00e9s de l&rsquo;Histoire, a permis la stup\u00e9fiante permanence d&rsquo;une civilisation. En effet, au-del\u00e0 des am\u00e9nagements ponctuels, des ajustements n\u00e9cessaires \u00e0 telle ou telle p\u00e9riode historique, des habits et des fards neufs dont il faut parfois parer l&rsquo;ancien pour le moderniser, toujours transpara\u00eet une m\u00eame conception originale du rapport au pouvoir.<\/p>\n<p>La connaissance du r\u00e9el, en Chine, rel\u00e8ve d&rsquo;un ordre qui nous appara\u00eet d&rsquo;abord comme \u00ab magique \u00bb, puisque pr\u00e9valent des lois d&rsquo;analogie, des principes de similarit\u00e9 et des v\u00e9rit\u00e9s m\u00e9taphoriques. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant donc \u00e0 ce que la d\u00e9finition du pouvoir, de sa nature, soit la transposition d&rsquo;un principe essentiel majeur qui d\u00e9passe l&rsquo;entendement \u2013 la raison des hommes n&rsquo;est pas capable de lui donner un nom \u2013dont l&rsquo;efficacit\u00e9 est infinie, hors de port\u00e9e de toute ma\u00eetrise humaine : la loi du Ciel. La probl\u00e9matique du pouvoir en Chine est bien celle-ci : comment organiser la soci\u00e9t\u00e9 des hommes pour qu&rsquo;elle participe \u00e0 la majestueuse harmonie qui r\u00e8gle la marche de l&rsquo;Univers, sinon en lui proposant de se conformer rigoureusement aux lois de l&rsquo;Ordre Cosmique. La p\u00e9rennit\u00e9 de cet ordre devient le mod\u00e8le \u00e9vident de ce \u00e0 quoi peuvent aspirer les hommes : un d\u00e9veloppement harmonieux. D&rsquo;autant qu&rsquo;un autre mod\u00e8le garant d&rsquo;ordre, de stabilit\u00e9 et de prosp\u00e9rit\u00e9 se superpose \u00e0 celui-l\u00e0, un mod\u00e8le que chacun peut appr\u00e9hender par sa propre exp\u00e9rience : l&rsquo;harmonie familiale.<\/p>\n<p>L&rsquo;ordre domestique est une autre expression achev\u00e9e de ce que doit \u00eatre l&rsquo;organisation sociale o\u00f9 chacun \u00e0 sa place respecte les r\u00e8gles de pr\u00e9s\u00e9ance et remplit le r\u00f4le que lui a assign\u00e9 sa naissance. La vie de la soci\u00e9t\u00e9 doit donc s&rsquo;organiser comme celle d&rsquo;une grande famille, ainsi que le dit la tradition. \u00ab L&rsquo;univers est une maison o\u00f9 habitent les hommes \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans la confrontation de ces deux mod\u00e8les, l&rsquo;ordre familial et l&rsquo;ordre cosmique, que s&rsquo;enracine la question du pouvoir.<\/p>\n<p>L&rsquo;ORDRE DOMESTIQUE<\/p>\n<p>La Chine, \u00ab Le pays des cent vieux noms \u00bb, est un ensemble de familles, un regroupement de clans. Ces communaut\u00e9s de noms rassemblent tous les descendants d&rsquo;un m\u00eame anc\u00eatre, unis par les m\u00eames int\u00e9r\u00eats. Tous d\u00e9pendent de la bienveillance tut\u00e9laire de l&rsquo;esprit du fondateur, de celui qui, le premier, a l\u00e9gu\u00e9 suffisamment de biens mat\u00e9riels, en particulier des terres, pour asseoir la richesse du groupe, et qui continue, bien apr\u00e8s sa mort, \u00e0 prot\u00e9ger les siens. En \u00e9change d&rsquo;hommages ponctuels rendus par sa lign\u00e9e, ce \u00ab culte des anc\u00eatres \u00bb qui seul m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 \u00ab religion chinoise \u00bb, l&rsquo;Anc\u00eatre pr\u00e9side \u00e0 l&rsquo;accroissement, \u00e0 la puissance et \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 du clan. Il s&rsquo;entremet aupr\u00e8s des divinit\u00e9s qu&rsquo;il c\u00f4toie, attirant leurs bonnes gr\u00e2ces sur les vivants. Que le culte soit n\u00e9glig\u00e9, que les hommages ne soient pas rendus et le courroux de l&rsquo;Anc\u00eatre fera pleuvoir sur la famille le d\u00e9sordre, la discorde et le malheur. Si le rituel qui lui est d\u00fb n&rsquo;est pas correctement accompli, l&rsquo;Anc\u00eatre enl\u00e8ve sa protection, ne met plus au service des ingrats son r\u00e9seau de relations : il cesse d&rsquo;interc\u00e9der aupr\u00e8s des esprits divins du Ciel ou aupr\u00e8s des g\u00e9nies tut\u00e9laires du Sol. Il lui arrive m\u00eame de chercher \u00e0 se venger de ces manquements aux devoirs sacr\u00e9s. C&rsquo;est dire la responsabilit\u00e9 de celui qui, occupant la position la plus \u00e9minente dans la famille, a la charge de ce culte, du respect du rituel qui permet d&rsquo;associer l&rsquo;Anc\u00eatre \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements marquants de la vie du clan : alliances, mariages et naissances. Ce responsable, le Chef du clan, c&rsquo;est l&rsquo;a\u00een\u00e9. Parce qu&rsquo;il est le plus proche descendant, il se doit d&rsquo;assurer la stricte conformit\u00e9 des c\u00e9r\u00e9monies. Et parce qu&rsquo;il est aussi le plus \u00e2g\u00e9, donc le futur anc\u00eatre, tout le clan \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire tout un peuple d&rsquo;hommes, de femmes, d&rsquo;enfants, de serviteurs et de clients \u2013 se tourne vers lui. Tous, en effet, vivent de lui et par lui, n&rsquo;occupent dans l&rsquo;existence un rang et une place qu&rsquo;en fonction de lui, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, qu&rsquo;en fonction de leurs rangs hi\u00e9rarchiques dans le rituel qu&rsquo;il pr\u00e9side. C&rsquo;est dans ce rituel que se manifeste le fondement de la morale domestique et m\u00eame civique : la pi\u00e9t\u00e9 filiale. Le respect de l&rsquo;autorit\u00e9 paternelle est le plus grand des devoirs, celui dont d\u00e9coulent toutes les obligations sociales. Et si le Prince m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre ob\u00e9i, c&rsquo;est que l&rsquo;on reconna\u00eet en lui un p\u00e8re. Le sujet loyal n&rsquo;est qu&rsquo;une extension du fils pieux. \u00ab Le Souverain supr\u00eame est le p\u00e8re et la m\u00e8re du peuple \u00bb, \u00eatre un bon sujet c&rsquo;est, avant toute chose, \u00eatre un bon fils. Cette morale est d&rsquo;autant plus ad\u00e9quate que l&rsquo;organisation sociale est calqu\u00e9e sur l&rsquo;agencement f\u00e9odal de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>En fait, derri\u00e8re le culte des anc\u00eatres, se dessinent les rapports de Suzerain \u00e0 Vassal. Le droit de la cit\u00e9 f\u00e9odale impr\u00e8gne la vie domestique. D&rsquo;autant que la famille la plus noble, la maison royale, n&rsquo;est pas d&rsquo;une nature diff\u00e9rente des autres. Elle est simplement la premi\u00e8re, le tronc commun dont les anc\u00eatres sont les racines de toutes les familles nobles et \u00e0 ce titre \u2013 puisque l&rsquo;organisation du ciel, sa hi\u00e9rarchie, la bureaucratie c\u00e9leste, est \u00e0 l&rsquo;image de celle des hommes \u2013 peuvent interc\u00e9der pour tous aupr\u00e8s de la divinit\u00e9 la plus puissante : le Souverain C\u00e9leste, l&rsquo;Empereur d&rsquo;En-Haut. Dispensateur de la pluie, de la croissance et de la fertilit\u00e9, il organise le courant favorable des influences du Ciel qui donne et de la Terre qui re\u00e7oit, au croisement desquelles vit l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>LE MANDAT DU CIEL<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;Empereur remplace le Roi, la relation avec le Ciel se pr\u00e9cise, sans pour autant que jamais il n&rsquo;y ait ni sentiment religieux \u00e0 l&rsquo;occidentale, le Ciel est un principe d&rsquo;ordre, un mod\u00e8le de r\u00e9gulation, ni identification de l&rsquo;Empereur \u00e0 une divinit\u00e9. Il reste un homme qui ne doit son pouvoir qu&rsquo;\u00e0 deux \u00e9l\u00e9ments : sa place et sa vertu. Puisque la politique consiste essentiellement \u00e0 reproduire l&rsquo;ordre de l&rsquo;Univers, le pouvoir revient \u00e0 celui que le Ciel d\u00e9signe comme son mandataire, c&rsquo;est l&rsquo;essence de sa vertu. Lui revient aussi la place la plus \u00e9lev\u00e9e et la plus centrale. De l\u00e0 il pourra r\u00e9pandre son influence bienfaisante sur le peuple et jusque chez les barbares qui se tourneront spontan\u00e9ment vers lui, tant qu&rsquo;il sera vertueux, tant que le Ciel lui accordera sa confiance.<\/p>\n<p>L&rsquo;Empereur est un m\u00e9diateur. Il transmet, c&rsquo;est un corps conducteur par o\u00f9 transitent les \u00e9nergies b\u00e9n\u00e9fiques de l&rsquo;ordre cosmique afin d&rsquo;installer l&rsquo;harmonie sur la terre et les hommes. Son nom m\u00eame le dit, qui se calligraphie de trois traits horizontaux superpos\u00e9s \u2013 en haut le Ciel, en bas la Terre, au milieu l&rsquo;Homme \u2013 joints par un trait vertical qui assure leur liaison. L&rsquo;Empereur est le pivot, l&rsquo;axe autour duquel s&rsquo;organise le monde. D\u00e9charg\u00e9 du gouvernement et de l&rsquo;administration ordinaire qu&rsquo;il d\u00e9l\u00e8gue \u00e0 ses agents d&rsquo;ex\u00e9cution, les mandarins, il se consacre \u00e0 son devoir essentiel, \u00e0 sa raison d&rsquo;\u00eatre : par les rites aider Ciel et Terre \u00e0 joindre leurs influences afin que r\u00e8gnent l&rsquo;ordre et l&rsquo;harmonie. Apparemment inactif au centre de l&rsquo;Empire, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;Etoile Polaire fixe qui voit tourner autour d&rsquo;elle le cosmos, il est le garant de l&rsquo;ordre spatio-temporel. Il est le gardien du calendrier, que seul il a le droit de promulguer, et l&rsquo;initiateur des saisons qui ne se succ\u00e8dent qu&rsquo;en fonction d&rsquo;imp\u00e9riales d\u00e9ambulations rituelles dans le \u00ab palais du calendrier \u00bb. Il est aussi le sacrificateur aux g\u00e9nies des montagnes et des eaux, \u00e0 la Terre. Il est enfin, et surtout, le responsable et le seul acteur du culte de son anc\u00eatre, le Ciel, dont il est le fils proclam\u00e9. Par nature son pouvoir, celui du Ciel, est universel et absolu. Il n&rsquo;est pas de limite concevable \u00e0 cette puissance qu&rsquo;il exerce souverainement. Limite-t-on la diffusion de la lumi\u00e8re ? Comment, d\u00e8s lors, limiter l&rsquo;efficacit\u00e9 de la Vertu de l&rsquo;Empereur ?<\/p>\n<p>Sauf \u00e0 consid\u00e9rer que cette sublime grandeur ne r\u00e9side que de mani\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re en cet homme providentiel et qu&rsquo;il se doit donc d&rsquo;entretenir sa Vertu c\u00e9leste au moyen des sacrifices, des c\u00e9r\u00e9monies et des rites qu&rsquo;il pr\u00e9side dans la conformit\u00e9 la plus parfaites aux normes et la pi\u00e9t\u00e9 filiale la plus respectueuse. Le Ciel en retour lui confiera un privil\u00e8ge inou\u00ef : celui de faire advenir la R\u00e9alit\u00e9. Alors, en effet, entre la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sordonn\u00e9e du monde terrestre et l&rsquo;ordre immanent du cosmos, entre la docilit\u00e9 de la Terre r\u00e9ceptrice et la puissance du Ciel dispensateur, l&rsquo;Empereur devient l&rsquo;Homme Unique qui vit en tiers avec ces deux forces dans l&rsquo;Univers.<\/p>\n<p>Il lui appartient donc, par la fixation des rites, de d\u00e9finir les modalit\u00e9s de l&rsquo;action, et par le juste choix des noms de dire le r\u00e9el. Il d\u00e9signe ainsi, par les d\u00e9nominations et les mod\u00e8les rituels, les moyens d&rsquo;atteindre, pour que tout s&rsquo;y conforme, l&rsquo;essence d&rsquo;un r\u00e9el voil\u00e9 par les ph\u00e9nom\u00e8nes. D\u00e9tenir le pouvoir, c&rsquo;est donc, pour le temps d&rsquo;un r\u00e8gne, pr\u00e9senter au peuple l&rsquo;image de la r\u00e9alit\u00e9 la plus favorable \u00e0 l&rsquo;harmonie, et lui indiquer les rites qu&rsquo;il faut pratiquer pour que r\u00e8gne l&rsquo;ordre. Cette t\u00e2che est d\u00e9licate. C&rsquo;est ce que disent les mots qui, en chinois, expriment la notion de pouvoir : ils sont presque tous compos\u00e9s \u00e0 partir d&rsquo;un id\u00e9ogramme qui d\u00e9signe \u00e0 l&rsquo;origine le \u00ab poids de la balance \u00bb et qui renferme l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9quilibre, mais aussi celle d&rsquo;adaptation \u00e0 des circonstances donn\u00e9es et de bonne interpr\u00e9tation des r\u00e8gles.<\/p>\n<p>Le pouvoir \u00ab \u00e0 la chinoise \u00bb repose donc sur l&rsquo;observance scrupuleuse des rites. Le r\u00f4le du Souverain\/P\u00e8re est de donner l&rsquo;exemple et d&rsquo;imposer \u00e0 ses Sujets\/Enfants la soumission aux rites. Comme l&rsquo;\u00e9crit L. Vandermeersch :<\/p>\n<p>[&#8230;] <em>puisque la soci\u00e9t\u00e9 est donn\u00e9e a priori [c&rsquo;est l&rsquo;auteur qui souligne], structur\u00e9e par des lois qui sont les m\u00eames que celles du cosmos, il faut bien que les activit\u00e9s et les comportements des individus soient avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre finalis\u00e9s par les individus, conform\u00e9s \u00e0 ces lois naturelles, ce qui ne peut se concevoir que d&rsquo;une mani\u00e8re purement formelle. Les rites sont le syst\u00e8me qui assure cette conformit\u00e9 formelle des conduites individuelles avec le sens naturel des choses.<\/em><\/p>\n<p>Le rite assure \u00e9galement la p\u00e9rennit\u00e9 du pouvoir. Tant qu&rsquo;il est \u00ab efficace \u00bb, il assure la coh\u00e9sion du Ciel et de la Terre, il n&rsquo;y a donc pas lieu d&rsquo;en modifier les modalit\u00e9s. Quand il perd de son \u00ab efficacit\u00e9 \u00bb et qu&rsquo;il n&rsquo;assure plus l&rsquo;ad\u00e9quation entre le comportement des hommes et l&rsquo;ordre cosmique, c&rsquo;est-\u00e0-dire quand il rompt \u00ab l&rsquo;harmonie supr\u00eame \u00bb, garante du bon fonctionnement de l&rsquo;Espace et du Temps (ce n&rsquo;est pas par hasard que la Salle du Tr\u00f4ne de la Cit\u00e9 Imp\u00e9riale porte ce nom de \u00ab\u00a0Salle de l&rsquo;Harmonie Supr\u00eame\u00bb, c&rsquo;est le point central d&rsquo;o\u00f9 rayonne l&rsquo;efficacit\u00e9 du \u00ab mandat c\u00e9leste \u00bb), ce n&rsquo;est pas le rite qui a failli, c&rsquo;est l&rsquo;homme qui en avait la charge dont la Vertu n&rsquo;est plus suffisante pour r\u00e9gler le cours des astres et celui des fleuves. Cette d\u00e9faillance est imm\u00e9diatement manifest\u00e9e au peuple tout entier par des d\u00e9sordres naturels : inondations, anomalies climatiques, s\u00e9ismes, etc. Signes non pas religieux mais cosmiques que le mandat c\u00e9leste a chang\u00e9 de d\u00e9positaire, ce sera le d\u00e9but d&rsquo;une autre dynastie fond\u00e9e par le nouveau \u00ab charg\u00e9 de pouvoir \u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9tenir le pouvoir en Chine, c&rsquo;est donc avant tout se conformer, se soumettre, ob\u00e9ir aux lois d&rsquo;un univers o\u00f9 l&rsquo;homme doit se fondre et qu&rsquo;il doit \u00ab d\u00e9ranger \u00bb le moins possible. Et celui qui paie le plus lourd tribut aux rites, c&rsquo;est l&rsquo;Empereur lui-m\u00eame qui, loin d&rsquo;\u00eatre un monarque au-dessus des r\u00e8gles et gouvernant par caprice, selon \u00ab son bon plaisir \u00bb, voit sa conduite codifi\u00e9e \u00e0 chaque instant par un v\u00e9ritable carcan pointilleusement d\u00e9fini de gestes et de comportements symboliques, ne laissant aucune place \u00e0 une initiative personnelle ou priv\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u00e9tenir le pouvoir, c&rsquo;est impulser une conduite collective qui suive au plus pr\u00e8s le grand mouvement cosmique, c&rsquo;est assurer la conformit\u00e9, donc n\u00e9cessairement le conformisme des conduites individuelles. C&rsquo;est, s&rsquo;il le faut, punir s\u00e9v\u00e8rement les manquements \u00e0 cette conformit\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 des ch\u00e2timents cruels et spectaculaires dont le r\u00f4le essentiel est l&rsquo;exemplarit\u00e9 (on en retrouve la survivance dans les ex\u00e9cutions publiques que la Chine continue \u00e0 pratiquer) : dans la mesure o\u00f9 la Chine ignore les notions d&rsquo;individu et de p\u00e9ch\u00e9, la \u00ab faute \u00bb est toujours sociale et, si l&rsquo;on veut, \u00ab politique \u00bb dans le seul sens qu&rsquo;on peut donner \u00e0 ce mot en Chine \u2013 ou dans un pays sinis\u00e9 \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle compromet et menace l&rsquo;\u00e9quilibre maintenu par ceux qui ont le pouvoir. C&rsquo;est le r\u00f4le des mandarins qui, faute de pouvoir remettre \u00e0 l&rsquo;Empereur un rapport annuel avec la mention \u00ab La paix r\u00e8gne dans l&rsquo;Empire \u00bb se pr\u00e9sentent \u00e0 lui un cercueil sous le bras. Ils sont les rouages de cette grande entreprise d&rsquo;harmonisation \u2013 et ce n&rsquo;est pas non plus un hasard si, depuis Confucius et m\u00eame avant, la musique est \u00e9troitement associ\u00e9e aux rituels comme \u00e0 l&rsquo;exercice du pouvoir \u2013 qu&rsquo;est le gouvernement de l&rsquo;Empire C\u00e9leste.<\/p>\n<p>On comprend sans doute mieux pourquoi dans ce contexte, dans cette perspective d&rsquo;un ordre cosmique donn\u00e9 <em>a priori <\/em>o\u00f9 toute vell\u00e9it\u00e9 de non-soumission se traduit par des catastrophes, les notions de libert\u00e9 individuelle et de droits de l&rsquo;homme ont eu grand mal \u00e0 se frayer un chemin jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent. L&rsquo;individu n&rsquo;existant que comme composante \u00e0 une place pr\u00e9d\u00e9finie d&rsquo;un corps familial, clanique, social, quel sens autre que celui d&rsquo;une rupture parfaitement n\u00e9faste \u00e0 tous peut avoir le mot \u00ab libert\u00e9 \u00bb s&rsquo;il s&rsquo;applique \u00e0 chacun ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsque Mao Zedong meurt, le 9 septembre 1976, le Chinois de la tradition ne peut y voir qu&rsquo;un signe suppl\u00e9mentaire qui s&rsquo;ajoute \u00e0 tous ceux que le Ciel a d\u00e9j\u00e0 adress\u00e9s au cours de cette \u00ab ann\u00e9e terrible \u00bb : mort de Zhou En lai et de Zhu De, deux des plus proches [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489,276],"tags":[40,4836,4838,182,4837],"class_list":["post-85902","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine","category-droit","tag-chine","tag-empereur","tag-harmonie","tag-mao","tag-ordre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85902","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=85902"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85902\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":85903,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/85902\/revisions\/85903"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=85902"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=85902"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=85902"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}