{"id":8685,"date":"2010-03-01T18:46:01","date_gmt":"2010-03-01T17:46:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=8685"},"modified":"2010-03-01T21:32:53","modified_gmt":"2010-03-01T20:32:53","slug":"opinion-a-la-recherche-du-paradigme-perdu-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/03\/01\/opinion-a-la-recherche-du-paradigme-perdu-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"Opinion: \u00e0 la recherche du paradigme perdu, par Fran\u00e7ois Leclerc\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>A LA RECHERCHE DU PARADIGME PERDU<\/p>\n<p>A croissance \u00e9conomique proche de z\u00e9ro durable &#8211; ainsi que cela est pr\u00e9visible &#8211; il n&rsquo;y a pas dix mille mani\u00e8res de diminuer l&rsquo;endettement, \u00e0 moins de d\u00e9gager de nouvelles sources de financement d&rsquo;une dette dont on accepterait qu&rsquo;elle soit reconnue comme \u00e9ternelle (ce qu&rsquo;elle est d\u00e9j\u00e0 de facto pour les pays les plus endett\u00e9s). Il n&rsquo;en reste que deux : augmenter les imp\u00f4ts et taxes ou diminuer les d\u00e9penses. Car si la tendance est \u00e0 la quasi-stagnation de la croissance, a fortiori si l&rsquo;on en exclut la contribution empoisonn\u00e9e des services financiers, rien n&rsquo;est \u00e0 attendre de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. <\/p>\n<p>Le principal danger aujourd&rsquo;hui \u00e0 notre porte n&rsquo;est plus l&rsquo;inflation du prix des produits et des services, mais une d\u00e9flation dont l&rsquo;\u00e9vocation semble redout\u00e9e \u00e0 elle seule, puisqu&rsquo;elle est soigneusement tue. La question \u00e9tant bien de savoir si les pays occidentaux, Etats-Unis compris, vont ou non s&rsquo;engager dans l&rsquo;orni\u00e8re d\u00e9flationniste dans lequel le Japon est coinc\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es sans parvenir \u00e0 en sortir. <\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, l&rsquo;\u00e9conomie des pays occidentaux est globalement entr\u00e9e dans une nouvelle p\u00e9riode, appel\u00e9e \u00e0 durer une ou plusieurs d\u00e9cennies, dont les param\u00e8tres ont chang\u00e9 du tout au tout par rapport \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente. La <i>Grande Crise<\/i> a sonn\u00e9 la fin de la partie pr\u00e9c\u00e9dente et il va falloir s&rsquo;adapter \u00e0 une nouvelle donne, dont tous les effets ne sont pas encore mesur\u00e9s. <\/p>\n<p><!--more-->La premi\u00e8re voie &#8211; l&rsquo;augmentation de la pression fiscale &#8211; pourrait concerner les hauts revenus, mais elle est pour le moment r\u00e9solument \u00e9cart\u00e9e par les gouvernements occidentaux, \u00e0 quelques nuances pr\u00e8s, qui montrent ainsi savoir parfois faire preuve de d\u00e9termination. Il serait n\u00e9anmoins envisageable d&rsquo;am\u00e9liorer le recouvrement de l&rsquo;imp\u00f4t. Pas uniquement en luttant contre l&rsquo;\u00e9vasion fiscale des riches particuliers, ou en supprimant des niches fiscales, mais aussi en modifiant les conditions dans lesquelles l&rsquo;imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s est per\u00e7u (en combattant \u00e0 la racine l&rsquo;utilisation des \u00ab prix de transfert \u00bb au sein des groupes transnationaux). Cela ne semble pas davantage \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. <\/p>\n<p>Par voie de cons\u00e9quence, les coupes budg\u00e9taires sont \u00e0 elles seules \u00e0 l&rsquo;affiche. Deux consid\u00e9rations pouvant en limiter l&rsquo;ampleur et les rendre relativement moins insupportables. Elles ont en premier lieu comme cons\u00e9quence, en boucle, d&rsquo;amoindrir le pouvoir d&rsquo;achat, et donc en cascade la consommation, la croissance \u00e9conomique, et au final les recettes fiscales. Et de faire entrer les \u00e9conomies occidentales dans une spirale descendante. En second lieu, d&rsquo;approfondir une crise sociale encore largement occult\u00e9e, mais dont le spectacle va finir par s&rsquo;imposer au grand jour, dans toute son \u00e9tendue, ne pouvant plus \u00eatre comme aujourd&rsquo;hui souvent ignor\u00e9. Le ph\u00e9nom\u00e8ne, qui r\u00e9sulte de l&rsquo;aggravation d&rsquo;un ch\u00f4mage devenu structurel (c&rsquo;est \u00e0 dire permanent), \u00e9tant aggrav\u00e9 par la d\u00e9t\u00e9rioration des comptes sociaux en raison de l&rsquo;\u00e9volution pr\u00e9visible de la pyramide des \u00e2ges (qui a bon dos). <\/p>\n<p>Quelles pourraient \u00eatre les cons\u00e9quences d&rsquo;une telle politique, si toutefois elle est r\u00e9ellement engag\u00e9e, puis poursuivie ? Ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 la <i>fracture sociale<\/i> en sortira alors approfondie et \u00e9largie. Pr\u00e9cipitant dans le monde <i>d&rsquo;en bas<\/i> &#8211; celui ont on ne peut d\u00e9sormais plus remonter &#8211; des pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9 qui b\u00e9n\u00e9ficiaient jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant de la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9dit, leurs r\u00e9mun\u00e9rations ne suivant pas l&rsquo;accroissement global de la richesse. Accroissant un sentiment g\u00e9n\u00e9ral de pr\u00e9carit\u00e9 et d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 install\u00e9, qui faisait derni\u00e8rement \u00e9voquer au m\u00e9diateur fran\u00e7ais de la R\u00e9publique le caract\u00e8re anxiog\u00e8ne ambiant r\u00e9gnant dans la soci\u00e9t\u00e9. Amplifiant la recherche individuelle d&rsquo;issues collectives de plus en plus bouch\u00e9es, l&rsquo;\u00e9vasion vers des d\u00e9rivatifs qui ne peuvent de ce point de vue \u00eatre compar\u00e9s qu&rsquo;aux jeux du cirque, accentuant la marginalisation et la r\u00e9signation, g\u00e9n\u00e9rant enfin, sporadiquement, des r\u00e9voltes lourdement criminalis\u00e9es. <\/p>\n<p>Il est \u00e9galement possible de voir en filigrane dans la <i>Grande Crise<\/i> actuelle et ses cons\u00e9quences une sorte de <i>tiers mondisation<\/i> des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s avanc\u00e9e pour qui par exemple parcourt les Etats-Unis, ou bien ouvre grand les yeux en Europe et ne s&rsquo;en tient pas \u00e0 la vision passablement d\u00e9form\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 que lui pr\u00e9sente les m\u00e9dias qui font majoritairement r\u00e9f\u00e9rence. Un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n&rsquo;est pas attribuable \u00e0 l&rsquo;immigration, charg\u00e9e de tous les p\u00each\u00e9s par commodit\u00e9 pour ne pas voir le reste, mais qui r\u00e9sulte d&rsquo;une polarisation sociale irr\u00e9versible de la soci\u00e9t\u00e9. Avec comme corollaire la mont\u00e9e de cette \u00e9conomie de survie que l&rsquo;on appelle <i>informelle<\/i>, criminalis\u00e9e \u00e0 outrance pour mieux la d\u00e9moniser. <\/p>\n<p>Les effets de la mondialisation &#8211; telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e &#8211; n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 en premier lieu per\u00e7us qu&rsquo;au travers les d\u00e9localisations d&rsquo;entreprises et de la production, puis en second en raison de l&rsquo;arriv\u00e9e massive sur les march\u00e9s occidentaux de produits provenant des pays \u00e9mergents, accentuant une d\u00e9sindustrialisation engag\u00e9e au nom d&rsquo;imp\u00e9ratifs financiers. Il est aussi possible de pr\u00e9dire que, de la m\u00eame mani\u00e8re que des modes de consommations identiques de produits similaires se sont impos\u00e9s sur toute la plan\u00e8te (au sein des couches sociales disposant d&rsquo;un revenu y donnant acc\u00e8s), des structurations sociales de m\u00eame nature &#8211; sinon de m\u00eame ampleur &#8211; vont se d\u00e9velopper dans ces deux mondes hier parall\u00e8les mais d\u00e9sormais de plus en plus li\u00e9s que sont les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es et \u00e9mergentes. Des mondes dont les rapports sont en train de consid\u00e9rablement \u00e9voluer et dont l&rsquo;interconnexion se d\u00e9veloppe, les seconds jouent un r\u00f4le \u00e9conomique de plus en plus pr\u00e9pond\u00e9rant, les \u00e9changes de toute nature entre eux se multipliant, commerciaux mais aussi culturels et humains.<\/p>\n<p>Nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e9voluent donc \u00e0 grande vitesse sous les effets de ce changement d&rsquo;axe \u00e9conomique du monde, qui n&rsquo;est pas encore achev\u00e9 et va se poursuivre, ainsi que sous ceux de la <i>Grande Crise<\/i>, qui ne fait que d\u00e9buter. Tracer cette perspective ne signifie cependant pas qu&rsquo;elle est in\u00e9luctable. <\/p>\n<p>Lui faire obstacle suppose qu&rsquo;au sein de nos soci\u00e9t\u00e9s, condamn\u00e9es sous leur forme actuelle, surgisse avec force une alternative qui ne soit pas uniquement faite d&rsquo;un repli illusoire sur son pays, sa r\u00e9gion, ses proches ou encore soi-m\u00eame, mais qui prenne en compte non seulement <i>nos<\/i> besoins mais aussi ceux <i>des autres<\/i>. Que soit ouvertement lanc\u00e9e la grande aventure que pourrait \u00eatre la naissance non pas d&rsquo;une nation mais d&rsquo;une autre soci\u00e9t\u00e9, rompant avec l&rsquo;actuelle qui donne tant de signes d&rsquo;\u00e9puisement et de d\u00e9tresse. Prenant en compte non seulement l&rsquo;accomplissement des solidarit\u00e9s humaines, mais \u00e9galement l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un rapport respectueux envers la nature, dont nous sommes incontestablement un des \u00e9l\u00e9ments les plus pr\u00e9cieux mais tellement menac\u00e9.<\/p>\n<p>Le pire n&rsquo;est heureusement pas toujours sur. Car le syst\u00e8me a commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;auto-d\u00e9truire avec beaucoup de conviction et de constance, et tout montre qu&rsquo;il n&rsquo;a pas fini le travail. Ouvrant un espace dont il est possible de b\u00e9n\u00e9ficier pour faire valoir une autre logique, ou tout simplement un autre espoir. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>A LA RECHERCHE DU PARADIGME PERDU<\/p>\n<p>A croissance \u00e9conomique proche de z\u00e9ro durable &#8211; ainsi que cela est pr\u00e9visible &#8211; il n&rsquo;y a pas dix mille mani\u00e8res de diminuer l&rsquo;endettement, \u00e0 moins de d\u00e9gager de nouvelles sources de financement d&rsquo;une dette dont on accepterait qu&rsquo;elle soit reconnue comme \u00e9ternelle (ce qu&rsquo;elle est d\u00e9j\u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,17],"tags":[26,25,142],"class_list":["post-8685","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-politique","tag-capitalisme","tag-crise","tag-dette-publique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8685","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8685"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8685\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8706,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8685\/revisions\/8706"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8685"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8685"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8685"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}