{"id":87396,"date":"2016-07-06T13:28:16","date_gmt":"2016-07-06T11:28:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=87396"},"modified":"2016-07-06T15:16:30","modified_gmt":"2016-07-06T13:16:30","slug":"les-grandes-curiosites-du-nouveau-monde-financier-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/07\/06\/les-grandes-curiosites-du-nouveau-monde-financier-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>LES GRANDES CURIOSIT\u00c9S DU NOUVEAU MONDE FINANCIER<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ils n\u2019en parlent pas mais y pensent tous les matins. Le sort r\u00e9serv\u00e9 au Japon hante d\u00e9sormais les esprits de ceux qui ont compris que notre nouveau monde ne tournait plus rond. Faite de d\u00e9flation et de faible croissance, la <i>japonisation<\/i> menacerait-elle les autres puissances occidentales ?\u00a0\u00c0 l\u2019instar de la Banque du Japon, les banques centrales occidentales seraient-elles condamn\u00e9es \u00e0 faire tourner la planche \u00e0 billet sans effet, ne parvenant pas \u00e0 faire sortir l\u2019\u00e9conomie du pi\u00e8ge dans lequel elle est tomb\u00e9e\u00a0? Le Japon, c\u2019est loin et c\u2019est proche \u00e0 la fois&#8230;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Par paresse intellectuelle et conformisme, les \u00e9conomistes ont longtemps cru que cela finirait pas s\u2019arranger tout seul, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e9raient penser que la dette publique am\u00e9ricaine allait cesser de grimper, sans savoir comment ni pourquoi.\u00a0\u00c0 cette \u00e9poque insouciante, le retour \u00e0 la normalit\u00e9 allait de soi, m\u00eame quand les deux premi\u00e8res puissances \u00e9conomiques mondiales d\u2019alors ne respectaient pas les canons de beaut\u00e9, car l\u2019optimisme \u00e9tait de r\u00e8gle et nous n\u2019\u00e9tions pas encore entr\u00e9s dans la crise.<\/p>\n<p>Un \u00e9ditorialiste titrait derni\u00e8rement son article \u00ab\u00a0la mal\u00e9diction des banques centrales\u00a0\u00bb (Guillaume Maujean, des \u00c9chos) et une chroniqueuse le sien, \u00ab\u00a0la trag\u00e9die des banques centrales (Marie Charrel, du Monde). En employant le vocabulaire du drame, les deux ont voulu signifier que tout ne va pas pour le mieux dans ce monde-l\u00e0. Les banques centrales \u00e9vitent le pire mais suscitent de nouveaux dysfonctionnements sur les march\u00e9s financiers; elles sont devenues prisonni\u00e8res de leur propre strat\u00e9gie dont elles ne peuvent sortir.<\/p>\n<p>Tout comme la Fed am\u00e9ricaine, la Banque d\u2019Angleterre est plac\u00e9e devant des imp\u00e9ratifs contradictoires bien que dans un autre contexte. Comme la Banque du Japon, la Banque nationale suisse tente vainement d\u2019enrayer l\u2019appr\u00e9ciation de sa monnaie, et quant \u00e0 la BCE, elle arbitre comme elle le peut au sein d\u2019une union mon\u00e9taire qui se d\u00e9lite lentement. Toutes, elles doivent admettre entre les lignes qu\u2019elles subissent plus qu\u2019elles n\u2019agissent.<\/p>\n<p>Dans le nouveau monde financier, et \u00e0 l\u2019occasion de ce nouvel \u00e9pisode du Brexit, deux grands ph\u00e9nom\u00e8nes impriment leur marque : une crise de volatilit\u00e9 devenue end\u00e9mique, dont la brutalit\u00e9 des \u00e0-coups s\u2019est accentu\u00e9e en raison de la croissance de la masse des capitaux\u00a0et de leurs d\u00e9placements; et une rapide progression du volume des obligations \u00e0 taux n\u00e9gatifs, plus de 12.000 milliards de dollars de dette souveraine circulant dans ce cas. Progressivement, la maturit\u00e9 de ces titres s\u2019allonge, le taux suisse \u00e0 50 ans \u00e9tant m\u00eame devenu n\u00e9gatif\u2026<\/p>\n<p>Face au premier ph\u00e9nom\u00e8ne, les banques centrales sont sur le qui-vive et tiennent pr\u00eat tout leur arsenal afin d\u2019accro\u00eetre encore une liquidit\u00e9 surabondante, combattant le mal par le mal et n\u2019ayant pas d\u2019autre alternative \u00a0: de deux maux, choisir de combattre celui qui est dans l\u2019imm\u00e9diat le plus dangereux est leur ligne de conduite. Face au second ph\u00e9nom\u00e8ne, les investisseurs sont bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 oblig\u00e9s de rechercher du rendement sur les march\u00e9s de la dette sp\u00e9culative ou des pays \u00e9mergents, celui des actions \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9 aux amateurs de fortes sensations, \u00e0 moins de se r\u00e9signer \u00e0 rester accroch\u00e9s \u00e0 des valeurs relativement s\u00fbres mais assur\u00e9ment perdantes. Les investisseurs n\u2019ont plus comme objectif de maximiser leurs profits mais de minorer leurs pertes !<\/p>\n<p>Il n\u2019est plus question pour eux de s\u2019arr\u00eater devant <i>les territoires inconnus<\/i>, car ils y ont d\u00e9j\u00e0 profond\u00e9ment p\u00e9n\u00e9tr\u00e9. Sur le march\u00e9 obligataire, cela ne leur laisse \u00e0 terme pas d\u2019autre choix que d\u2019enregistrer des pertes en application des taux n\u00e9gatifs &#8211; si ceux-ci s\u2019installent pour une longue dur\u00e9e comme ils semblent le faire &#8211; \u00e0 moins que ce ne soit \u00e0 cause de leur remont\u00e9e quand elle interviendra, car cela aura pour cons\u00e9quence une diminution de la valeur des titres en leur possession&#8230; Le grand sp\u00e9cialiste du march\u00e9 obligataire, Pimco, vient d\u2019en tirer la conclusion en d\u00e9clarant se mettre en cong\u00e9 de celui-ci.<\/p>\n<p>Si l\u2019on revient au cas japonais, d\u00e8s fois qu\u2019il serait d\u2019\u00e9cole, il a tout d\u2019une fuite en avant. Les ing\u00e9nus qui se demandent pourquoi sa chute dans le <i>pi\u00e8ge \u00e0 liquidit\u00e9s<\/i> de Keynes est n\u00e9faste peuvent ouvrir les yeux. 80% de la dette japonaise est assortie d\u2019un taux n\u00e9gatif et la courbe des taux est pass\u00e9e n\u00e9gative jusqu\u2019\u00e0 20 ans de maturit\u00e9. Voil\u00e0 le tableau. En attendant d\u2019augmenter comme probable ses achats de 670 milliards de dollars par an de titres de la dette publique japonaise, afin de jouer la d\u00e9pr\u00e9ciation du yen, la Banque du Japon (BoJ) rafle d\u00e9j\u00e0 la quasi-totalit\u00e9 des \u00e9missions brutes de la dette publique (la BCE rencontre cette m\u00eame difficult\u00e9 avec ses achats de Bunds, les titres allemands, dont elle ass\u00e8che le march\u00e9). Il est pr\u00e9vu qu\u2019en 2020 la BoJ d\u00e9tiendra 70% du stock existant de titres japonais. L\u2019\u00e9norme d\u00e9ficit budg\u00e9taire japonais est donc financ\u00e9 pour une tr\u00e8s large part par la planche \u00e0 billet, et la taille du bilan de la Banque du Japon ne cesse de cro\u00eetre en cons\u00e9quence. Mais voil\u00e0 la pi\u00e8ge : celle-ci est condamn\u00e9e \u00e0 pratiquer la mon\u00e9tisation perp\u00e9tuelle de la dette publique afin d\u2019emp\u00eacher une remont\u00e9e des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 long terme qui serait insupportable pour les investisseurs institutionnels et les banques japonaise, qui sont gorg\u00e9es de titres&#8230;<\/p>\n<p>Les effets n\u00e9fastes de cette situation ne s\u2019arr\u00eatent pas aux fronti\u00e8res du Japon. Les investisseurs du pays vont chercher sur d\u2019autres march\u00e9s les titres leur procurant le rendement dont ils ont besoin et contribuent par leur demande \u00e0 exporter la politique de taux n\u00e9gatifs de la BoJ. Quel est l\u2019origine de ce ph\u00e9nom\u00e8ne ? Le budget de l\u2019\u00c9tat est en d\u00e9ficit structurel, les salaires r\u00e9els baissent depuis plusieurs d\u00e9cennies et la productivit\u00e9 augmente parall\u00e8lement. Les profits des entreprises sont gigantesques et les investissements ne les \u00e9puisent pas. Plac\u00e9s dans les banques, ils sont utilis\u00e9s pour financer le d\u00e9ficit budg\u00e9taire et pratiquer des achats obligataires en priorit\u00e9 sur le march\u00e9 am\u00e9ricain&#8230; Dr\u00f4le de mod\u00e8le qui pourrait nous pendre au bout du nez.<\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, les march\u00e9s sont suspendus au Brexit. Les investisseurs malm\u00e8nent les bourses d\u2019actions, en particulier les valeurs bancaires. Les yeux sont autant riv\u00e9s sur le syst\u00e8me bancaire italien &#8211; d\u00e9clencheur potentiel d\u2019une nouvelle crise bancaire europ\u00e9enne &#8211; que sur une City \u00e0 la recherche de sa strat\u00e9gie, sur le yen japonais qui grimpe, plus que sur la livre sterling qui chute, car cela maintient le Japon au fond de son pi\u00e8ge mena\u00e7ant. Au Royaume-Uni, trois fonds immobiliers britanniques ont brutalement suspendu leur activit\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;afflux des retraits des investisseurs : pris \u00e0 contre-pied par le Brexit, les march\u00e9s financiers semblaient avoir bien encaiss\u00e9 le choc mais des fissures commencent \u00e0 apparaitre, de quoi sont-elles annonciatrices ?<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne est devenue habituelle : l\u2019impact initial pass\u00e9, les acteurs du monde financier se rel\u00e8vent un peu h\u00e9b\u00e9t\u00e9s et se t\u00e2tent pour v\u00e9rifier qu\u2019ils n\u2019ont rien de cass\u00e9, pour se diriger vers des abris au cas o\u00f9. Les march\u00e9s ne s\u2019attendaient pas au Brexit, et ils sont confort\u00e9s dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils doivent s\u2019attendre \u00e0 tout, mais \u00e0 quoi ? Comment reprocher aux capitalistes de d\u00e9placer \u00e0 toute vitesse leurs avoirs vers des monnaies et valeurs refuges, quitte \u00e0 alimenter ainsi la crise de volatilit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9ralisation des taux n\u00e9gatifs. Marchant sur la t\u00eate, le monde financier a beaucoup de mal \u00e0 conserver son \u00e9quilibre, et ce n\u2019est pas fini.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils n\u2019en parlent pas mais y pensent tous les matins. Le sort r\u00e9serv\u00e9 au Japon hante d\u00e9sormais les esprits de ceux qui ont compris que notre nouveau monde ne tournait plus rond. Faite de d\u00e9flation et de faible croissance, la <i>japonisation<\/i> menacerait-elle les autres puissances occidentales ?\u00a0\u00c0 l\u2019instar de la Banque du Japon, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[167,4847,76,4142,728],"class_list":["post-87396","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-monde-financier","tag-banques-centrales","tag-brexit","tag-japon","tag-taux-negatifs","tag-trappe-a-liquidites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87396","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=87396"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87396\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":87406,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87396\/revisions\/87406"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=87396"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=87396"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=87396"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}