{"id":87896,"date":"2016-07-26T14:51:54","date_gmt":"2016-07-26T12:51:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=87896"},"modified":"2016-07-26T14:59:24","modified_gmt":"2016-07-26T12:59:24","slug":"qui-etions-nous-paul-de-tarse-selon-victor-hugo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/07\/26\/qui-etions-nous-paul-de-tarse-selon-victor-hugo\/","title":{"rendered":"Qui \u00e9tions-nous ? &#8211; Paul de Tarse selon Victor Hugo"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Victor Hugo, <a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/William_Shakespeare_(Victor_Hugo)\" target=\"_blank\"><em>Shakespeare<\/em><\/a> (1864), Livre II, Les g\u00e9nies, chapitre X<\/p>\n<p>L\u2019autre, Paul, saint pour l\u2019\u00c9glise, pour l\u2019humanit\u00e9 grand, repr\u00e9sente ce prodige \u00e0 la fois divin et humain, la conversion. Il est celui auquel l\u2019avenir est apparu. Il en reste hagard, et rien n\u2019est superbe comme cette face \u00e0 jamais \u00e9tonn\u00e9e du vaincu de la lumi\u00e8re. <!--more-->Paul, n\u00e9 pharisien, avait \u00e9t\u00e9 tisseur de poil de chameau pour les tentes et domestique d\u2019un des juges de J\u00e9sus-Christ, Gamaliel\u00a0; puis les scribes l\u2019avaient \u00e9lev\u00e9, le trouvant f\u00e9roce. Il \u00e9tait l\u2019homme du pass\u00e9, il avait gard\u00e9 les manteaux des jeteurs de pierres, il aspirait, ayant \u00e9tudi\u00e9 avec les pr\u00eatres, \u00e0 devenir bourreau\u00a0; il \u00e9tait en route pour cela\u00a0; <span id=\"88\" class=\"pagenum ws-pagenum\" title=\"Page:Hugo - William Shakespeare, 1864.djvu\/96\"><\/span>tout \u00e0 coup un flot d\u2019aurore sort de l\u2019ombre et le jette \u00e0 bas de son cheval, et d\u00e9sormais il y aura dans l\u2019histoire du genre humain cette chose admirable, le chemin de Damas. Ce jour de la m\u00e9tamorphose de saint Paul est un grand jour, retenez cette date, elle correspond au 25 janvier de notre ann\u00e9e gr\u00e9gorienne. Le chemin de Damas est n\u00e9cessaire \u00e0 la marche du progr\u00e8s. Tomber dans la v\u00e9rit\u00e9 et se relever homme juste, une chute transfiguration, cela est sublime. C\u2019est l\u2019histoire de saint Paul. A partir de saint Paul, ce sera l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Le coup de lumi\u00e8re est plus que le coup de foudre. Le progr\u00e8s se fera par une s\u00e9rie d\u2019\u00e9blouissements. Quant \u00e0 ce Paul, qui a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 par la force de la conviction nouvelle, cette brusquerie d\u2019en haut lui ouvre le g\u00e9nie. Une fois remis sur pied, le voici en marche, il ne s\u2019arr\u00eate plus. En avant\u00a0! c\u2019est l\u00e0 son cri. Il est cosmopolite. Ceux du dehors, que le paganisme appelait les barbares et que le christianisme appelle les gentils, il les aime\u00a0; il se donne \u00e0 eux. Il est l\u2019ap\u00f4tre ext\u00e9rieur. Il \u00e9crit aux nations des lettres de la part de Dieu. \u00c9coutez-le parlant aux Galates\u00a0: \u00ab\u00a0O Galates insens\u00e9s\u00a0! comment pouvez-vous retourner \u00e0 ces jougs o\u00f9 vous \u00e9tiez attach\u00e9s\u00a0? Il n\u2019y a plus ni Juifs, ni Grecs, ni esclaves. N\u2019accomplissez pas vos\u00a0<span id=\"89\" class=\"pagenum ws-pagenum\" title=\"Page:Hugo - William Shakespeare, 1864.djvu\/97\"><\/span>grandes c\u00e9r\u00e9monies ordonn\u00e9es par vos lois. Je vous d\u00e9clare que tout cela n\u2019est rien. Aimez-vous. Il s\u2019agit que l\u2019homme soit une nouvelle cr\u00e9ature. Vous \u00eates appel\u00e9s \u00e0 la libert\u00e9.\u00a0\u00bb Il y avait \u00e0 Ath\u00e8nes, sur la colline de Mars, des gradins taill\u00e9s dans le roc qu\u2019on y voit encore aujourd\u2019hui. Sur ces gradins s\u2019asseyaient de puissants juges, ceux devant qui Oreste avait comparu. C\u2019est l\u00e0 que Socrate avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9. Paul y va\u00a0; et l\u00e0, la nuit, l\u2019ar\u00e9opage ne si\u00e9geait que la nuit, il dit \u00e0 ces hommes sombres\u00a0: <i>Je<\/i> <i>viens<\/i> <i>vous<\/i> <i>annoncer<\/i> <i>le<\/i> <i>Dieu<\/i> <i>inconnu<\/i>. Les lettres de Paul aux gentils sont na\u00efves et profondes, avec la subtilit\u00e9 si puissante sur les sauvages. Il y a dans ces messages des lueurs d\u2019hallucination\u00a0; Paul parle des C\u00e9lestes comme s\u2019il les apercevait distinctement. Comme Jean, mi-parti de vie et d\u2019\u00e9ternit\u00e9, il semble qu\u2019il a une moiti\u00e9 de sa pens\u00e9e sur la terre et une moiti\u00e9 dans l\u2019Ignor\u00e9, et l\u2019on dirait, par instants, qu\u2019un de ses versets r\u00e9pond \u00e0 l\u2019autre par-dessus la muraille obscure du tombeau. Cette demi-possession de la mort lui donne une certitude personnelle et souvent distincte et s\u00e9par\u00e9e du dogme, et une accentuation de ses aper\u00e7us individuels qui le rend presque h\u00e9r\u00e9tique. Son humilit\u00e9, appuy\u00e9e sur le myst\u00e8re, est hautaine. Pierre disait\u00a0: <i>On<\/i> <i>peut<\/i> <i>d\u00e9tourner\u00a0<\/i><i>les<\/i> <i>paroles<\/i> <i>de<\/i> <i>Paul<\/i> <i>en<\/i> <i>de<\/i> <i>mauvais<\/i> <i>sens<\/i>. Le <span id=\"90\" class=\"pagenum ws-pagenum\" title=\"Page:Hugo - William Shakespeare, 1864.djvu\/98\"><\/span>diacre Hilaire et les lucif\u00e9riens rattachent leur schisme aux \u00e9p\u00eetres de Paul. Paul est au fond si antimonarchique que le roi Jacques Ier, tr\u00e8s-encourag\u00e9 par l\u2019orthodoxe universit\u00e9 d\u2019Oxford, fait br\u00fbler par la main du bourreau l\u2019\u00e9p\u00eetre aux Romains, comment\u00e9e, il est vrai, par David Pareus. Plusieurs des \u0153uvres de Paul sont rejet\u00e9es canoniquement\u00a0; ce sont les plus belles\u00a0; et entre autres son \u00e9p\u00eetre aux Laodic\u00e9ens, et surtout son Apocalypse, ratur\u00e9e par le concile de Rome sous G\u00e9lase. Il serait curieux de la comparer \u00e0 l\u2019Apocalypse de Jean. Sur l\u2019ouverture que Paul avait faite au ciel, l\u2019\u00c9glise a \u00e9crit\u00a0: Porte condamn\u00e9e. Il n\u2019en est pas moins saint. C\u2019est l\u00e0 sa consolation officielle. Paul a l\u2019inqui\u00e9tude du penseur\u00a0; le texte et la formule sont peu pour lui\u00a0; la lettre ne lui suffit pas\u00a0; la lettre, c\u2019est la mati\u00e8re. Comme tous les hommes de progr\u00e8s, il parle avec restriction de la loi \u00e9crite\u00a0; il lui pr\u00e9f\u00e8re la gr\u00e2ce, de m\u00eame que nous lui pr\u00e9f\u00e9rons la justice. Qu\u2019est-ce que la gr\u00e2ce\u00a0? C\u2019est l\u2019inspiration d\u2019en haut, c\u2019est le souffle, <i>flat<\/i> <i>ubi<\/i> <i>vult<\/i>, c\u2019est la libert\u00e9. La gr\u00e2ce est l\u2019\u00e2me de la loi. Cette d\u00e9couverte de l\u2019\u00e2me de la loi appartient \u00e0 saint Paul\u00a0; et ce qu\u2019il nomme gr\u00e2ce au point de vue c\u00e9leste, nous, au point de vue terrestre, nous le nommons droit. Tel est Paul. Le grandissement d\u2019un esprit par l\u2019irruption <span id=\"91\" class=\"pagenum ws-pagenum\" title=\"Page:Hugo - William Shakespeare, 1864.djvu\/99\"><\/span>de la clart\u00e9, la beaut\u00e9 de la violence faite par la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 une \u00e2me, \u00e9clate dans ce personnage. C\u2019est l\u00e0, insistons-y, la vertu du chemin de Damas. D\u00e9sormais, quiconque voudra de cette croissance-l\u00e0 suivra le doigt indicateur de saint Paul. Tous ceux auxquels se r\u00e9v\u00e9lera la justice, tous les aveuglements d\u00e9sireux du jour, toutes les cataractes souhaitant gu\u00e9rir, tous les chercheurs de conviction, tous les grands aventuriers de la vertu, tous les serviteurs du bien en qu\u00eate du vrai, iront de ce c\u00f4t\u00e9. La lumi\u00e8re qu\u2019ils y trouveront changera de nature, car la lumi\u00e8re est toujours relative aux t\u00e9n\u00e8bres\u00a0; elle cro\u00eetra en intensit\u00e9\u00a0; apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 la r\u00e9v\u00e9lation, elle sera le rationalisme\u00a0; mais elle sera toujours la lumi\u00e8re. Voltaire est comme saint Paul sur le chemin de Damas. Le chemin de Damas sera \u00e0 jamais le passage des grands esprits. Il sera aussi le passage des peuples. Car les peuples, ces vastes individus, ont comme chacun de nous leur crise et leur heure\u00a0; Paul, apr\u00e8s sa chute auguste, s\u2019est redress\u00e9 arm\u00e9, contre les vieilles erreurs, de ce glaive fulgurant, le christianisme\u00a0; et deux mille ans apr\u00e8s, la France, terrass\u00e9e de lumi\u00e8re, se rel\u00e8vera, elle aussi, tenant \u00e0 la main cette flamme \u00e9p\u00e9e, la R\u00e9volution.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Victor Hugo, <a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/William_Shakespeare_(Victor_Hugo)\" target=\"_blank\"><em>Shakespeare<\/em><\/a> (1864), Livre II, Les g\u00e9nies, chapitre X<\/p>\n<p>L\u2019autre, Paul, saint pour l\u2019\u00c9glise, pour l\u2019humanit\u00e9 grand, repr\u00e9sente ce prodige \u00e0 la fois divin et humain, la conversion. Il est celui auquel l\u2019avenir est apparu. Il en reste hagard, et rien n\u2019est superbe comme cette face \u00e0 jamais \u00e9tonn\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[4802],"tags":[4964,4942,3130],"class_list":["post-87896","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-qui-etions-nous","tag-paul-de-tarse","tag-saint-paul","tag-victor-hugo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87896","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=87896"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87896\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":87901,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/87896\/revisions\/87901"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=87896"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=87896"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=87896"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}