{"id":88181,"date":"2016-08-05T11:49:51","date_gmt":"2016-08-05T09:49:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=88181"},"modified":"2016-08-14T11:17:16","modified_gmt":"2016-08-14T09:17:16","slug":"quelques-interrogations-sur-le-souverainisme-economique-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/08\/05\/quelques-interrogations-sur-le-souverainisme-economique-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"Quelques interrogations sur le souverainisme \u00e9conomique, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le souverainisme \u00e9conomique devient un peu partout en Europe une th\u00e9matique de campagne pour des partis qui pr\u00e9tendent incarner la rupture avec le syst\u00e8me. Il serait une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de la restauration de l\u2019\u00c9tat Nation, discours cher \u00e0 la droite populiste en Europe. Ce d\u00e9bat d\u00e9borde les traditionnels clivages droite \/ gauche, d\u2019aucuns imaginent d\u00e9j\u00e0 des rapprochements entre l\u2019extr\u00eame droite et une fraction de la gauche.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>De quoi parle-t-on\u00a0? De la capacit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat \u00e0 prendre des d\u00e9cisions sur le plan \u00e9conomique et mon\u00e9taire en toute ind\u00e9pendance, sans \u00eatre contraint par des instances supranationales, l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9tant l\u2019exemple parfait et le bouc \u00e9missaire absolu. Avant d\u2019interroger les propositions souverainistes, il faut au pr\u00e9alable se poser la question des\u00a0 degr\u00e9s d\u2019autonomie qui existent en mati\u00e8re de politiques \u00e9conomiques et mon\u00e9taires dans l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p><b>Quelle autonomie pour les politiques \u00e9conomiques au sein de l\u2019Europe\u00a0?<\/b><\/p>\n<p>Les r\u00e9ponses sont bien plus complexes qu\u2019ils n\u2019y para\u00eet, ce qui oblige \u00e0 quelques simplifications.\u00a0Dans la politique de l\u2019Union europ\u00e9enne, il existe des marges de man\u0153uvre importantes, mais elles ne sont pas utilis\u00e9es. Il y a des lignes rouges qui paraissent difficiles \u00e0 franchir, il y a enfin des zones de flou, en particulier dans le domaine des services publics.<\/p>\n<p>En th\u00e9orie, l\u2019absence d\u2019harmonisation fiscale et le peu de r\u00e8gles sociales communes au sein de l\u2019UE offrent de tr\u00e8s grandes latitudes pour des politiques alternatives\u2026 Dans la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019utilisation de ces marges de man\u0153uvre va toujours dans le m\u00eame sens. Au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9, il y a une course vers le moins-disant fiscal, Bruxelles incite fortement \u00e0 assouplir le droit du travail et les \u00c9tats multiplient les cadeaux au patronat sous couvert de politique de l\u2019emploi. Bref, aucun \u00c9tat n\u2019ose se d\u00e9marquer de la politique dominante, au point de se demander si la v\u00e9ritable question ne serait pas celle des pouvoirs nationaux, v\u00e9ritables garants locaux du dogme de la religion f\u00e9roce.<\/p>\n<p>Le second aspect est celui des lignes rouges apparentes, issues des r\u00e8gles de l\u2019euro, du principe de la libre concurrence et du pacte de stabilit\u00e9. L\u00e0 encore, la situation n\u2019est pas aussi simple qu\u2019il y para\u00eet.<\/p>\n<p>Il y a de vraies lignes rouges comme la politique mon\u00e9taire pour les pays de la zone euro. La BCE est cens\u00e9e \u00eatre ind\u00e9pendante du pouvoir politique, elle doit assurer la stabilit\u00e9 des prix, la politique de change, des syst\u00e8mes de paiements op\u00e9rationnels, d\u00e9finir les r\u00e9serves de change que doivent d\u00e9tenir les \u00c9tats, auquel s\u2019ajoute depuis 1994 le contr\u00f4le des banques \u00ab\u00a0syst\u00e9miques\u00a0\u00bb. La construction de la monnaie commune n\u2019a pr\u00e9vu aucun m\u00e9canisme de compensation pour les pays dont le d\u00e9ficit est issu du commerce au sein de la zone euro. Dans ce contexte, la seule strat\u00e9gie gagnante est celle de l\u2019Allemagne\u00a0: il faut d\u00e9gager des exc\u00e9dents hors de la zone euro, situation difficile \u00e0 dupliquer. La comp\u00e9titivit\u00e9 devient une question centrale et contribue \u00e0 cette convergence des politiques \u00e9voqu\u00e9es plus haut. Il faut aussi rappeler qu\u2019en France, l\u2019ind\u00e9pendance de la Banque centrale \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la r\u00e8gle depuis 1993. Pour un gouvernement, le simple retour \u00e0 la situation ant\u00e9rieure ne changerait rien.<\/p>\n<p>Le dogme de la libre concurrence est aussi une vraie ligne rouge. Il se d\u00e9cline de fait en plusieurs \u00e9l\u00e9ments\u00a0: la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles des entreprises et leur concentration, un droit des consommateurs cens\u00e9 les prot\u00e9ger et clarifier les obligations des entreprises. Enfin l\u2019\u00c9tat ne doit pas fausser la concurrence. Une lecture critique est n\u00e9cessaire. Ce que refl\u00e8te la situation actuelle, c\u2019est l\u2019expression nue des rapports de force. La notion de concentration et de pratiques anticoncurrentielles est mise \u00e0 mal par les \u00c9tats dominants quand il s\u2019agit de d\u00e9fendre leurs champions nationaux. Le droit de la concurrence et de la consommation \u00ab\u00a0doit\u00a0\u00bb beaucoup aux lobbys des entreprises dominantes. Le refus d\u2019accorder des aides aux entreprises d\u00e9ficitaires n\u2019a pas jou\u00e9 lorsqu\u2019il a fallu sauver le syst\u00e8me bancaire, le \u00ab\u00a0too big to fail\u00a0\u00bb a jou\u00e9 \u00e0 plein. Dans la r\u00e9alit\u00e9, les entreprises dominantes p\u00e8sent lourd dans les politiques europ\u00e9ennes\u2026<\/p>\n<p>Mais c\u2019est dans le domaine des aides que le dogme de la libre concurrence est le plus contraignant. On a tendance \u00e0 l\u2019oublier, les subventions repr\u00e9sentent plus de 90\u00a0% des d\u00e9penses du budget europ\u00e9en. Dans la pratique, il y a des subventions accord\u00e9es directement par l\u2019Union europ\u00e9enne, destin\u00e9es \u00e0 des projets coh\u00e9rents avec les politiques europ\u00e9ennes. Il y des aides d\u2019\u00c9tat qui ne sont pas interdites, mais qui doivent r\u00e9pondre \u00e0 des r\u00e8gles strictes pour ne pas fausser la concurrence. Une entreprise dont l\u2019\u00c9tat serait actionnaire ne peut en principe pas recevoir un apport en capital de l\u2019\u00c9tat, sauf si l\u2019investissement pr\u00e9sente un caract\u00e8re raisonnable. Il est possible d\u2019aider les entreprises en difficult\u00e9, mais l&rsquo;aide ne peut \u00eatre vers\u00e9e \u00ab\u00a0qu\u2019une fois toutes les options offertes par le march\u00e9 \u00e9puis\u00e9es et \u00e0 condition que cette aide soit indispensable pour atteindre un objectif d\u2019int\u00e9r\u00eat commun bien d\u00e9fini\u00a0\u00bb (journal officiel de l\u2019UE). De plus, les entreprises n\u2019y ont droit qu\u2019une seule fois au cours d\u2019une p\u00e9riode de dix ans.<\/p>\n<p>Les aides d\u2019\u00c9tat sont autoris\u00e9es dans les cas suivants : subventionner un op\u00e9rateur priv\u00e9 dans la mise en \u0153uvre d\u2019un service public structurellement d\u00e9ficitaire, favoriser la consommation de certains produits alimentaires, aider au d\u00e9veloppement \u00e9conomique des r\u00e9gions ayant un niveau de vie anormalement bas qui peuvent prendre la forme d\u2019aides en faveur de l&#8217;emploi, des PME, de la formation ou de l&rsquo;environnement, subventionner un projet d&rsquo;int\u00e9r\u00eat europ\u00e9en, rem\u00e9dier \u00e0 une perturbation grave de l&rsquo;\u00e9conomie, promouvoir la culture et la pr\u00e9servation du patrimoine, et enfin les aides \u00e0 la recherche et au d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Le cadre impos\u00e9 de la libre concurrence limite drastiquement ce qu\u2019il est possible de r\u00e9aliser en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique. Il existe pourtant quelques marges de man\u0153uvre, en utilisant les budgets d\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gionaux. La formulation \u00ab\u00a0rem\u00e9dier\u00a0\u00e0 une perturbation grave de l&rsquo;\u00e9conomie\u00a0\u00bb ouvre la voie \u00e0 pas mal d\u2019interpr\u00e9tation. Enfin, on conna\u00eet l\u2019exemple de pays qui ont subventionn\u00e9 la recherche et d\u00e9veloppement dans le domaine militaire, puis ont pass\u00e9 un appel d\u2019offres ferm\u00e9 pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 nationale, compte tenu des \u00e9l\u00e9ments issus des r\u00e9sultats de la recherche. Les d\u00e9penses de s\u00e9curit\u00e9 restent un moyen de mener des politiques keyn\u00e9siennes.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019en est pourtant pas \u00e0 une contradiction pr\u00e8s. Le meilleur exemple est celui de la Politique Agricole Commune. Elle repr\u00e9sente pr\u00e8s de 35\u00a0% des subventions distribu\u00e9es par l\u2019Union europ\u00e9enne sans pour autant respecter le dogme de la libre concurrence. Initialement destin\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre la productivit\u00e9, \u00e0 garantir un niveau de vie \u00e9quitable aux agriculteurs, \u00e0 stabiliser les march\u00e9s et proposer des prix raisonnables aux consommateurs, le syst\u00e8me a \u00e9volu\u00e9 en 2014 vers une aide \u00e0 l\u2019hectare qui revient \u00e0 favoriser les plus gros exploitants au d\u00e9triment des plus petits. L\u2019ajout de crit\u00e8res \u00e9cologiques (largement insuffisants) a servi d\u2019alibi. Dans la pratique, les entreprises dominantes de la fili\u00e8re agroalimentaire accaparent une part croissante de la valeur ajout\u00e9e totale, alors que nombre d\u2019exploitants ont du mal \u00e0 survivre.<\/p>\n<p>Il y a enfin des lignes rouges qui n\u2019en sont pas si l\u2019on veut bien se placer dans une perspective diff\u00e9rente. Le pacte de stabilit\u00e9 et de croissance impose aux \u00c9tats de rester dans les limites d\u2019un d\u00e9ficit \u00e0 3\u00a0% et d\u2019une dette publique \u00e0 60\u00a0% du PIB. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont illustr\u00e9 combien ces chiffres \u00e9taient \u00e9loign\u00e9s de toute logique. Au-del\u00e0 du d\u00e9bat sur les chiffres, un d\u00e9ficit n\u2019est jamais que l\u2019expression de d\u00e9penses sup\u00e9rieures aux recettes\u2026 ou l\u2019insuffisance de recettes face aux d\u00e9penses. La premi\u00e8re approche conduit aux cures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 appliqu\u00e9es au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9 par des gouvernements gardiens du dogme. Une deuxi\u00e8me approche serait un meilleur partage des efforts entre les 1\u00a0% et le reste de la population, entre des entreprises qui ne sont pas toutes log\u00e9es \u00e0 la m\u00eame enseigne\u00a0: rien ne l\u2019interdit \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019absence d\u2019harmonisation fiscale.<\/p>\n<p>La grande zone de flou est celle des services publics. Jusque dans les ann\u00e9es 1980, ils ne sont pas vraiment un sujet au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne. Au milieu des ann\u00e9es 80, la Grande-Bretagne brise un tabou en privatisant ses services publics, au nom de la libre concurrence et pour faire rentrer de l\u2019argent dans les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Union europ\u00e9enne, convertie aux id\u00e9es lib\u00e9rales s\u2019engouffre dans la br\u00e8che et elle organise la lib\u00e9ralisation de services publics sous forme de directives sectorielles, notamment pour les t\u00e9l\u00e9communications, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, le gaz, les services postaux, le transport ferroviaire. Aujourd\u2019hui, les r\u00e8gles et la jurisprudence ont \u00e9volu\u00e9. Tout d\u2019abord, les services publics sont maintenant d\u00e9finis. Il y a les SIG qui sont tous les services \u00ab\u00a0que les autorit\u00e9s publiques consid\u00e8rent comme \u00e9tant d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et soumettent \u00e0 des obligations de service public\u00a0\u00bb (Livre blanc de la Commission europ\u00e9enne). Parmi les SIG, il y a les SIEG qui comprennent tous les services publics entra\u00eenant la vente de biens et de services. Ils sont en th\u00e9orie soumis \u00e0 la libre concurrence, mais peuvent \u00eatre subventionn\u00e9s quand ils sont d\u00e9ficitaires et r\u00e9alis\u00e9s par un op\u00e9rateur priv\u00e9. Ils peuvent d\u00e9roger aux r\u00e8gles de la concurrence si cela est n\u00e9cessaire. Le journal officiel de l\u2019Union europ\u00e9enne en pr\u00e9cise les conditions d\u2019organisation\u00a0: \u00ab\u00a0certains SIEG peuvent \u00eatre assur\u00e9s par des entreprises publiques ou priv\u00e9es sans soutien financier sp\u00e9cifique des autorit\u00e9s des \u00c9tats membres. D&rsquo;autres services ne peuvent \u00eatre fournis que si l&rsquo;autorit\u00e9 concern\u00e9e offre une compensation financi\u00e8re au prestataire de services. En l&rsquo;absence de r\u00e8gles sp\u00e9cifiques au niveau de l&rsquo;Union, les \u00c9tats membres sont g\u00e9n\u00e9ralement libres de d\u00e9terminer la fa\u00e7on dont il convient d&rsquo;organiser et de financer leurs SIEG\u00a0\u00bb. Il existe aujourd\u2019hui des marges de man\u0153uvre l\u00e0 o\u00f9 les directives sectorielles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 mises en place. L\u00e0 encore, c\u2019est plus la volont\u00e9 des gouvernements nationaux et leurs convictions lib\u00e9rales qui emp\u00eachent d\u2019avancer.<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 de multiples reprises et \u00e0 juste titre le d\u00e9ficit de d\u00e9mocratie en Europe et son approche lib\u00e9rale, cela reste bien s\u00fbr d\u2019actualit\u00e9. Mais ce tour d\u2019horizon des possibilit\u00e9s existantes dans le domaine \u00e9conomique illustre aussi la responsabilit\u00e9 des gouvernements nationaux qui pr\u00e9f\u00e8rent invoquer Bruxelles plut\u00f4t que leurs propres convictions lib\u00e9rales, qui n\u2019ont jamais rien tent\u00e9 pour construire des politiques alternatives en utilisant les marges de man\u0153uvre existantes. Il reste quand m\u00eame des points durs, en particulier, le domaine de la mise en place d\u2019une politique industrielle nationale qui serait tr\u00e8s difficile \u00e0 n\u00e9gocier dans le cadre du dogme de la libre concurrence.<\/p>\n<p><b>Quelques questions autour du souverainisme \u00e9conomique<\/b><\/p>\n<p>Pour comprendre les enjeux du souverainisme \u00e9conomique, il est int\u00e9ressant de partir d\u2019un exemple. Le secteur de l\u2019habillement illustre \u00e0 merveille les diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations et strat\u00e9gies possibles en ce domaine. Dans ce secteur, l\u2019emploi n\u2019a cess\u00e9 de baisser. La diminution moindre de la production par habitant s\u2019explique \u00e0 la fois par des gains de productivit\u00e9, mais aussi par la sp\u00e9cialisation de la France dans le domaine du haut de gamme (Figure 1). Mais c\u2019est surtout la substitution des importations \u00e0 la production nationale qui explique cette diminution de presque 600\u00a0% de l\u2019emploi. Une autre lecture possible dans les graphiques ci-dessous, c\u2019est l\u2019\u00e9volution des rapports de force entre entreprises. Le maintien de la marge du secteur (graphique\u00a02) et la hausse mod\u00e9r\u00e9e des prix (graphique\u00a04) traduisent probablement le transfert vers la distribution de la marge et son passage au statut d\u2019entreprises dominantes. Cette combinaison a des cons\u00e9quences sur la structure de consommation des m\u00e9nages\u00a0: les prix augmentent peu (graphique\u00a04) et la part relative de l\u2019habillement dans la consommation des m\u00e9nages tend \u00e0 diminuer (graphique\u00a03). Derri\u00e8re ces diff\u00e9rentes lectures se trouvent diff\u00e9rentes approches du souverainisme \u00e9conomique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/api.ning.com\/files\/QxYtRtTklVoJO*m6fRpcS*7vP9K-FpQ17fZC6hpBeof1i-7zP82iQQCgY2dw41iBzgyGmmcj1B1xBCex1l9qZBfalrfy6srh\/Habillement.png\" target=\"_self\"><img decoding=\"async\" class=\"align-full\" src=\"http:\/\/api.ning.com\/files\/QxYtRtTklVoJO*m6fRpcS*7vP9K-FpQ17fZC6hpBeof1i-7zP82iQQCgY2dw41iBzgyGmmcj1B1xBCex1l9qZBfalrfy6srh\/Habillement.png?width=750\" width=\"750\" \/><\/a>Quels sont les propositions et les objectifs des partisans du souverainisme \u00e9conomique\u00a0? Retrouver l\u2019autonomie de d\u00e9cision fait presque l\u2019unanimit\u00e9. Trois axes se font jour\u00a0: ren\u00e9gocier les trait\u00e9s europ\u00e9ens ou sortir de l\u2019Europe, prendre le contr\u00f4le de la politique mon\u00e9taire, c\u2019est-\u00e0-dire n\u00e9gocier la sortie de l\u2019euro (ce qui revient dans l\u2019\u00e9tat actuel des textes \u00e0 quitter l\u2019Europe, mais aussi revenir \u00e0 la situation d\u2019avant 93 pour la Banque de France. En apparence, ces mesures l\u00e8vent tous les obstacles li\u00e9s aux lignes rouges europ\u00e9ennes, mais elles ont des effets de bord important et posent des questions sur les conditions du succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Les objectifs du souverainisme \u00e9conomique sont plus divers suivant les points de vue. Il y a la protection et la reconstruction de l\u2019industrie nationale, le d\u00e9veloppement des services publics, la possibilit\u00e9 de mettre fin aux cures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, mais aussi dans le cadre d\u2019un lib\u00e9ralisme confin\u00e9 au territoire national le r\u00e9\u00e9quilibrage des rapports de force entre les entreprises dominantes et le reste du tissu \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Le village gaulois prot\u00e9g\u00e9 par des droits de douane ou le cours de la monnaie peut para\u00eetre une option pertinente et s\u00e9duire \u00e0 la fois les patrons et des individus qui peuvent esp\u00e9rer la cr\u00e9ation d\u2019emplois. Pour autant, elle ne suffit pas\u00a0: pour revenir \u00e0 l\u2019exemple de l\u2019habillement, ce secteur est devenu un d\u00e9sert industriel en quelques d\u00e9cennies. Reconstruire une industrie de l\u2019habillement en France doit \u00eatre largement subventionn\u00e9 et financ\u00e9 en plus de fermer les fronti\u00e8res. Le cas n\u2019est pas unique, il existe nombre de secteurs o\u00f9 la part de l\u2019industrie nationale est minime\u00a0: \u00e9lectrom\u00e9nager, outil de communication, \u00e9lectronique grand public\u2026 C\u2019est donc un budget important qu\u2019il faut mettre en \u0153uvre pour reconstruire l\u2019industrie nationale (financement, commandes publiques). La sortie de l\u2019Union europ\u00e9enne ne suffit pas non plus, la France est signataire d\u2019accords comme le GATT qu\u2019il faudrait \u00e0 un moment pouvoir d\u00e9noncer m\u00eame si l\u2019article XII autorise des restrictions en cas de d\u00e9ficit grave de la balance des paiements.<\/p>\n<p>Il existe un autre risque associ\u00e9 \u00e0 ce type de politique. Nous l\u2019avons vu pour l\u2019habillement, l\u2019ouverture des march\u00e9s a mod\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re artificielle la hausse des prix et fait baisser la part relative de certaines d\u00e9penses dans le budget des m\u00e9nages. La politique combinant la fermeture des fronti\u00e8res et une politique de d\u00e9valuation pour maintenir la comp\u00e9titivit\u00e9 pourrait se traduire par une hausse importante des prix pour les individus dans certains secteurs. Les gagnants pourraient se limiter aux entreprises, le seul gain pour les individus serait \u00e0 une baisse du taux de ch\u00f4mage. Il ne faut pas se tromper, l\u2019emploi industriel ne repr\u00e9sente plus que 12,9\u00a0% de l\u2019emploi total contre 78\u00a0% pour les services. De plus, les investissements de l\u2019industrie font la part belle au capital plut\u00f4t qu\u2019au travail.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement des\u00a0 services publics pr\u00e9sente deux cas de figure\u00a0: ceux soumis aux directives sectorielles europ\u00e9ennes qui restent contraignantes et les autres services qui offrent plus de latitude d\u2019organisation. Pour les services soumis aux directives sectorielles, le mal est fait pour le gaz et les t\u00e9l\u00e9communications, privatis\u00e9s et ouverts \u00e0 la concurrence, il est difficile de revenir en arri\u00e8re. Pour d\u2019autres secteurs (transport, \u00e9lectricit\u00e9, courrier&#8230;), le statut de l\u2019op\u00e9rateur principal est quasi public\u00a0: EPIC pour la SNCF, Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme au capital d\u00e9tenu \u00e0 85\u00a0% par l\u2019\u00c9tat pour EDF, la Poste reste (pour l\u2019instant) une entreprise publique, l\u2019ouverture \u00e0 la concurrence reste marginale. En jouant sur le cahier des charges du service public (une responsabilit\u00e9 nationale), il est possible de mener une politique plus dynamique dans ces secteurs. Pour les autres services publics, tout est question de moyens et de d\u00e9finition des missions. La contrainte europ\u00e9enne est relativement limit\u00e9e dans l\u2019\u00e9tat actuel des textes.<\/p>\n<p>Un autre objectif affich\u00e9 est celui de la fin des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e par l\u2019Europe. C\u2019est effectivement la solution qui est toujours pr\u00e9conis\u00e9e par l\u2019Europe quand la situation budg\u00e9taire a d\u00e9rap\u00e9 au regard des crit\u00e8res du pacte de stabilit\u00e9. Sortir de l\u2019Europe permet de s\u2019affranchir de ces contraintes, mais la combinaison des d\u00e9ficits de la balance commerciale et les d\u00e9ficits budg\u00e9taires vont augmenter le besoin de financement de la France sur les march\u00e9s internationaux, pas s\u00fbr que cela s\u2019op\u00e8re dans de bonnes conditions. Il faut fixer des priorit\u00e9s et se donner les moyens de ses ambitions. Il s\u2019agit de construire un syst\u00e8me de financement robuste o\u00f9 l\u2019effort soit r\u00e9ellement partag\u00e9 entre les 1\u00a0% et les 99\u00a0%, entre les entreprises dominantes qui ne payent quasiment pas d\u2019imp\u00f4ts et les autres. C\u2019est en r\u00e9fl\u00e9chissant aux priorit\u00e9s que l\u2019on peut esp\u00e9rer maintenir un rapport de force favorable.<\/p>\n<p>On peut se demander si l\u2019objectif principal des tenants du souverainisme \u00e9conomique n\u2019est pas le r\u00e9\u00e9quilibrage des rapports de force entre entreprises domin\u00e9es et entreprises dominantes dans le cadre d\u2019un lib\u00e9ralisme restreint au territoire national, du moins pour les partis populistes de droite. La lecture du programme du FN est \u00e9difiante. L\u2019objet de toutes les attentions ce sont les PME, celles qui sont soumises \u00e0 la pression des entreprises dominantes, qui n\u2019ont pas les moyens de jouer avec les r\u00e8gles europ\u00e9ennes. En tant qu\u2019instrument de lutte contre le ch\u00f4mage, cela peut obtenir quelques r\u00e9sultats, mais l\u2019on sait aussi que le r\u00eave des PME est celui de simplification \u00e0 l\u2019extr\u00eame des contraintes, qu\u2019elles soient sociales ou vis-\u00e0-vis du consommateur. Le salari\u00e9 a probablement beaucoup \u00e0 perdre d\u2019une telle politique.<\/p>\n<p><b>Charybde et Scylla<\/b><\/p>\n<p>Quand on fait la synth\u00e8se de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on constate que le maintien dans l\u2019Europe comme sa sortie ne sont pas exempts de contraintes et d\u2019effets de bord, c\u2019est Charybde et Scylla. Il existe plus de marge de man\u0153uvre qu\u2019on ne l\u2019imagine en Europe, mais il reste des points durs difficiles \u00e0 n\u00e9gocier, sauf \u00e0 changer en profondeur son organisation et en renfor\u00e7ant son mode de fonctionnement pour \u00eatre r\u00e9ellement plus d\u00e9mocratique. La sortie de l\u2019Europe \u00e0 des effets de bords importants, les investissements sont sous-estim\u00e9s, l\u2019inflation dans certains secteurs risque d\u2019exploser, mettant \u00e0 mal le budget des m\u00e9nages, le social risque d\u2019\u00eatre le grand perdant. Mais si ce th\u00e8me de campagne est pouss\u00e9 par la droite populiste, c\u2019est qu\u2019il assure une coh\u00e9rence d\u2019ensemble avec d\u2019autres th\u00e8mes comme celui de l\u2019immigration.<\/p>\n<p>Pour pouvoir faire bouger les lignes dans une n\u00e9gociation europ\u00e9enne, il faut au maximum explorer les marges de man\u0153uvre, en particulier dans le domaine fiscal pour se donner les moyens de la politique que l\u2019on souhaite mettre en \u0153uvre. Au pire, en cas de blocage, ces efforts pourraient supporter un plan B qui reste ouvert et doit \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 pour ne pas tourner \u00e0 la catastrophe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le souverainisme \u00e9conomique devient un peu partout en Europe une th\u00e9matique de campagne pour des partis qui pr\u00e9tendent incarner la rupture avec le syst\u00e8me. Il serait une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de la restauration de l\u2019\u00c9tat Nation, discours cher \u00e0 la droite populiste en Europe. 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