{"id":88903,"date":"2016-09-06T15:21:53","date_gmt":"2016-09-06T13:21:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=88903"},"modified":"2016-09-06T15:43:47","modified_gmt":"2016-09-06T13:43:47","slug":"crise-du-lait-2016-rien-dautre-quune-replique-plus-forte-par-christophe-diss","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/09\/06\/crise-du-lait-2016-rien-dautre-quune-replique-plus-forte-par-christophe-diss\/","title":{"rendered":"Crise du lait 2016 : rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une r\u00e9plique plus forte, par Christophe Diss"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le duel Lactalis <em>versus <\/em>producteurs se solde sur un prix bien en de\u00e7\u00e0 des co\u00fbts de production : en moyenne, le prix de base Lactalis fran\u00e7ais se situera autour de 275 \u20ac\/1000 L sur l&rsquo;ann\u00e9e, hors qualit\u00e9. Le prix de revient \u00ab\u00a0producteur\u00bb \u00e9tant situ\u00e9 entre 330 et 380 \u20ac\/1000 L de lait, un prix de base minimum et d\u00e9cent devrait se situer entre 320 et 350 \u20ac avant paiement de la qualit\u00e9, et ceci, sans tenir compte d&rsquo;une marge de man\u0153uvre d&rsquo;autofinancement ou de r\u00e9mun\u00e9ration du capital et pour un revenu autour du SMIC.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Que dire de cette \u00e9pisode qui vient de s&rsquo;achever si ce n&rsquo;est que l&rsquo;histoire de la crise laiti\u00e8re se poursuit avec, \u00e0 ce jour, une surproduction en continu. Depuis 18 mois, l&rsquo;Europe stocke du lait en injectant l&rsquo;\u00e9quivalent de 200 \u20ac pour chaque tonne de lait n&rsquo;ayant pas trouv\u00e9 march\u00e9. Ce m\u00e9canisme a permis de stabiliser la baisse du prix du lait de ferme autour de ce plancher de prix dit \u00ab\u00a0d&rsquo;intervention\u00a0\u00bb. Sans ce m\u00e9canisme, le plongeon aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus important mais il faut regretter le fait que le niveau de prix \u00e0 partir duquel l&rsquo;Europe \u00ab\u00a0vient au secours\u00a0\u00bb soit aussi bas. En sus, un tel m\u00e9canisme d&rsquo;intervention est vivement critiqu\u00e9 car il se met en route dans une plage de prix qui ne peut pas faire vivre les producteurs. Ce dernier arrivera \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance \u00e0 la fin du mois de septembre et l&rsquo;Union Europ\u00e9enne va faire en octobre ce qu&rsquo;elle aurait peut-\u00eatre d\u00fb faire depuis plusieurs mois, \u00e0 savoir, orienter les moyens consacr\u00e9s au stockage vers une incitation financi\u00e8re \u00e0 ne pas produire ces volumes qui devront, t\u00f4t ou tard, revenir au march\u00e9, retardant ainsi une augmentation durable des prix du lait.<\/p>\n<p>Mais, il faut noter que le vent \u00e0 sensiblement chang\u00e9 de direction gr\u00e2ce \u00e0 la prise de conscience que la France \u00e0 fait sourdre en Europe depuis la fin d&rsquo;ann\u00e9e 2015 et apr\u00e8s avoir convaincu une Allemagne visiblement repentie et une Pologne, grande d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e des prix du lait aux c\u00f4t\u00e9s des pays baltes.<\/p>\n<p>Je me suis bien r\u00e9serv\u00e9 de commenter le fil de l&rsquo;actualit\u00e9 de cette crise car, les commentateurs n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;appel : des plus petits au plus grands m\u00e9dias, en passant par Mediapart ou, plus r\u00e9cemment, par la tribune incisive de Natacha Polony. D\u00e9sormais, Paul Jorion me demande un petit \u00ab\u00a0retour sur\u00a0\u00bb cette crise car, il y a suffisamment eu d&rsquo;\u00e9volutions en 3 ans pour comprendre que ce qui avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 s&rsquo;est bien produit et que ce vers quoi nous nous dirigeons n&rsquo;est gu\u00e8re plus r\u00e9jouissant si l&rsquo;on consid\u00e8re le fait que rien dans la r\u00e9gulation du secteur ne doit \u00eatre chang\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Une crise annonc\u00e9e&#8230;et des moqueurs qui tr\u00e9buchent sur leur certitudes<\/strong><\/p>\n<p>Sur ce blog, cette crise avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e en 2013. J&rsquo;avais en effet mis en garde deux pi\u00e8ges majeurs via deux articles :<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/02\/07\/filiere-industrielle-laitiere-changer-de-paradigme-est-indispensable-par-christophe-diss\/\" target=\"_blank\">la fin de la r\u00e9gulation et l&rsquo;absence d&rsquo;une convergence strat\u00e9gique des producteurs \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;union comme \u00e9l\u00e9ments justifiant \u00e0 eux seuls le risque de surproduction&#8230;<\/a><\/li>\n<li>&#8230;\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/03\/08\/augmenter-la-productivite-pour-remunerer-le-capital-et-le-travail-rare-exemple-de-finitude-de-la-mecanique-par-christophe-diss\/\" target=\"_blank\">et le risque d&rsquo;investir lourdement dans ce risque de surproduction<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Je dois n\u00e9anmoins adresser un <em>mea culpa<\/em> dans la mesure o\u00f9 je d\u00e9signais en 2013 la capacit\u00e9 des \u00e9leveurs-c\u00e9r\u00e9aliers \u00e0 \u00eatre plus comp\u00e9titifs gr\u00e2ce \u00e0 leur surface de cultures de vente : avec la crise des c\u00e9r\u00e9ales, ces derniers doivent affronter bien plus de difficult\u00e9s au point qu&rsquo;on ne peut plus dire qu&rsquo;une cat\u00e9gorie d&rsquo;\u00e9leveurs soit vraiment plus comp\u00e9titive qu&rsquo;une autre. (Je tenais donc \u00e0 m&rsquo;en excuser).<\/p>\n<p>D&rsquo;autres avant moi avaient sugg\u00e9r\u00e9 la suite des \u00e9v\u00e9nements avec la fin annonc\u00e9e des quotas laitiers. Il n&rsquo;y a aujourd&rsquo;hui vraiment rien de nouveau sous le soleil : la <em>conqu\u00eate<\/em> des march\u00e9s internationaux obtenue par un accroissement des capacit\u00e9s de production dans chaque exploitation de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un moyen simple d&rsquo;expliquer aux partenaires financiers que les agriculteurs avaient besoin de liquidit\u00e9s pour investir, ou, tout simplement, pour faire face \u00e0 manque de cash li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accroissement du besoin en fonds de roulement r\u00e9sultant d&rsquo;un mouvement de croissance marginal des volumes de production.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des acheteurs, il s&rsquo;agissait d&rsquo;un moyen splendide de s&rsquo;assurer la r\u00e9alisation du projet de <em>conqu\u00eate <\/em>tout en se couvrant d&rsquo;un potentiel -mais quasi certain- effondrement des march\u00e9s via la capacit\u00e9 totale, libre et consentie, de r\u00e9percuter les fluctuations \u00e0 des producteurs perdus, car partag\u00e9s sur l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de s&rsquo;organiser en masse. Beaucoup de responsables agricoles \u00ab\u00a0<em>pros-conqu\u00eate\u00a0\u00bb <\/em>ont, ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es, fustig\u00e9 l&rsquo;analyse que je partage avec de nombreux \u00e9leveurs et experts authentiques du secteur : des qualificatifs comme \u00ab\u00a0<em>cassandre\u00a0\u00bb<\/em>, ou \u00ab\u00a0<em>pessimiste\u00a0\u00bb<\/em> n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 de voler. Et pourtant, ces m\u00eames repr\u00e9sentants sont bien oblig\u00e9s de laisser au placard des phrases comme : <em>\u00ab\u00a0Il faut appeler un chat un chat (&#8230;) Il faut produire plus et moins cher\u00a0\u00bb<\/em> (X. Beulin), <em>\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas 50, ni 100 mais 200 vaches qu&rsquo;il faut\u00a0\u00bb <\/em>(C.Lambert), <em>\u00ab\u00a0A la FNPL, nous acceptons l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il puisse y avoir des crises (&#8230;) le syndicalisme est responsable et sera \u00e0 vos c\u00f4t\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> (P. Ramet) pour ne pas se faire d\u00e9border par leur base. La Raison a donc vu son camp sensiblement s&rsquo;\u00e9largir et si cette crise me para\u00eet tellement banale, c&rsquo;est qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;une r\u00e9plique plus importante d&rsquo;une pr\u00e9c\u00e9dente : les m\u00eames causes produisant les m\u00eames effets, il faut en conclure que les causes n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 cern\u00e9es \u00e0 l&rsquo;avance par ceux qui ont ou ont eu des responsabilit\u00e9s dans ce domaine, ou plut\u00f4t, qu&rsquo;elles aient \u00e9t\u00e9 trop bien cern\u00e9es par un groupe d&rsquo;int\u00e9r\u00eat qui savait comment en tirer parti au point de p\u00e9renniser ce qui allait faire enfler la crise du lait.<\/p>\n<p><strong>Les cartels du lait bafouillent<\/strong><\/p>\n<p>Je reviens tout d&rsquo;abord sur le cas de la multinationale Lactalis et ses laiteries cons\u0153urs : il n&rsquo;est pas rare de rencontrer d\u00e9sormais suffisamment d&rsquo;affaires dans les m\u00e9dias et les fuites (dont les papiers du Panama) pour comprendre qu&rsquo;elles ont toutes leur petites histoires \u00e0 cacher : potentielle fraude fiscale, entente illicite, refus de pr\u00e9senter les comptes, cr\u00e9ation d&rsquo;une ou plusieurs filiales et holding afin de masquer aux producteurs les r\u00e9sultats, m\u00eame au sein des coop\u00e9ratives, etc. Saluons au passage le courage de Danone qui a os\u00e9 d\u00e9clarer le mois dernier avoir atteint un <em>\u00ab\u00a0Best ever\u00a0\u00bb <\/em>au premier semestre 2016 gr\u00e2ce, en bonne partie, \u00e0 la baisse du prix du lait : le moins que l&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est que ce groupe est vraiment d\u00e9complex\u00e9&#8230; Mais transparent au moins. Cet \u00e9v\u00e9nement fut, avec les prix de cet \u00e9t\u00e9 (car habituellement en hausse), l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur pour inciter les producteurs \u00e0 se hisser aux portes du g\u00e9ant de Laval afin d&rsquo;y r\u00e9clamer un prix au moins \u00e9quivalent \u00e0 ce qu&rsquo;un Danone peut proposer compte tenu du positionnement strat\u00e9gique de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>J&rsquo;invite au passage tous ceux qui le souhaitent \u00e0 consulter l&rsquo;ouvrage<em> \u00ab\u00a0Les cartels du lait\u00a0\u00bb<\/em> d&rsquo;Elsa Casalegno et Karl Laske sorti cette ann\u00e9e et qui r\u00e9v\u00e8le les m\u00e9canismes insidieux de la crise du lait. Les r\u00e9v\u00e9lations de l&rsquo;ouvrage permettent de dire que si l&rsquo;on veut donner des le\u00e7ons de lib\u00e9ralisme -en expliquant, par exemple, que le prix du lait fran\u00e7ais doit s&rsquo;aligner sur le moins disant europ\u00e9en- il serait pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 mouill\u00e9 dans des affaires de fraude au droit de la concurrence si l&rsquo;on souhaite rester cr\u00e9dible. C&rsquo;est ce que Lactalis n&rsquo;\u00e9tait plus cet \u00e9t\u00e9, d&rsquo;autant plus que celui-ci se d\u00e9fendait d&rsquo;\u00eatre un bon payeur europ\u00e9en alors m\u00eame qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait pas durant la derni\u00e8re phase de hausse des cotations de 2014.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0L&rsquo;erreur\u00a0\u00bb opportuniste des lobbys laitiers<\/strong><\/p>\n<p>De la fin des quotas laitiers \u00e0 la surproduction, il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un pas de nain pour que soient r\u00e9v\u00e9l\u00e9s au grand jour les graves dysfonctionnements relevant de la transparence des valorisations r\u00e9alis\u00e9es par certaines cat\u00e9gories d&rsquo;industriels, voire, tout au long de la fili\u00e8re du lait. R\u00e9v\u00e9l\u00e9es, aussi, l&rsquo;inefficacit\u00e9 et l&rsquo;absence des m\u00e9canismes de gestion de crise et de gestion de l&rsquo;offre.<\/p>\n<p>Avec les r\u00e9centes annonces des ministres de l&rsquo;agriculture relatives au m\u00e9canisme Etats-UE de r\u00e9gulation de la production laiti\u00e8re qui sera mis en \u0153uvre \u00e0 l&rsquo;automne 2016, nous avons d\u00e9sormais un cadre suffisant pour comprendre l&rsquo;issue imm\u00e9diate et \u00e0 plus long terme de cette crise ainsi que les mesures pertinentes \u00e0 mettre en \u0153uvre pour faire \u00e9voluer les mauvaises habitudes prises par ceux que je qualifierai d\u00e9sormais de <em>\u00ab\u00a0vikings du lait\u00a0\u00bb<\/em> en r\u00e9f\u00e9rence au comportement \u00e0 vouloir produire \u00ab\u00a0toujours plus\u00a0\u00bb comme ce fut principalement le cas dans les pays du nord de l&rsquo;Europe. Notons que ce comportement n&rsquo;est pas propre \u00e0 un certain pays, car, il a essaim\u00e9 dans de nombreuses fermes du continent.<\/p>\n<p>Il faut en effet avoir \u00e0 l&rsquo;esprit que dans le fond de l&rsquo;affaire, il n&rsquo;y a ni sadiques (les m\u00e9chants industriels), ni masochistes (les pauvres \u00e9leveurs qui se plaignent tout le temps et qui ont l&rsquo;air d&rsquo;aimer \u00e7a). Les deux cat\u00e9gories d&rsquo;acteurs ont choisi de jouer un jeu \u00e9conomique mortel o\u00f9 des repr\u00e9sentants s&rsquo;affrontent ou s&#8217;embrassent au gr\u00e9 du march\u00e9. Ce jeu a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9 avec la mise sous pression des institutions europ\u00e9ennes par les pays dits lib\u00e9raux, avec le laxisme de la Commission europ\u00e9enne et du Conseil qui n&rsquo;ont eu que faire des avertissements et des propositions du Parlement Europ\u00e9en : v\u00e9ritable d\u00e9ni de d\u00e9mocratie et incroyable putsch des lobbys laitiers qui f\u00e9d\u00e8rent en arri\u00e8re plan des grands producteurs de lait, des grandes coop\u00e9ratives et des multinationales priv\u00e9es de la transformation laiti\u00e8re dont Lactalis est derni\u00e8rement un symbole, car, son porte-parole, Michel Nalet, est aussi le porte-parole du lobby des industries laiti\u00e8res EDA (European Dairy Association).<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00e9changer avec Michel Dantin, d\u00e9put\u00e9 au Parlement europ\u00e9en et membre de la Commission agriculture, qui m&rsquo;a expos\u00e9 qu&rsquo;une bonne partie de ces organisations -soutenues, en substance, par Isle Aigner alors Ministre de l&rsquo;Agriculture allemande- ont annonc\u00e9 dans les couloirs des institutions europ\u00e9ennes que la guerre de la production allait \u00eatre lanc\u00e9e, que chaque pays devra faire les efforts n\u00e9cessaires et que Monsieur Dantin serait assur\u00e9 que tout serait fait pour d\u00e9tricoter point par point le projet que ce dernier a pr\u00e9sent\u00e9 avant la fin des quotas. Ce projet visait \u00e0 mettre en place un m\u00e9canisme de gestion de l&rsquo;offre en cas de crise \u00ab\u00a0post-quota\u00a0\u00bb. Ce fut un \u00e9chec tr\u00e8s important du trilogue europ\u00e9en. Le rouleau compresseur avait donc tort, et m\u00eame s&rsquo;il le savait, celui-ci \u00e9tait averti de la fa\u00e7on dont il pourrait en tirer parti : en maintenant une opacit\u00e9 sur les valorisations et en r\u00e9percutant la volatilit\u00e9 des march\u00e9s d&rsquo;exc\u00e9dents sur le secteur de la production.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment nouveau auquel peu d&rsquo;entre nous pr\u00eate attention, c&rsquo;est que cette<em> conqu\u00eate<\/em> ne se passe pas exactement comme pr\u00e9vu. D&rsquo;autres grandes r\u00e9gions du monde ont bien compris que les fermes laiti\u00e8res, ballot\u00e9es au rythme du march\u00e9, seraient plus vuln\u00e9rables et qu&rsquo;elles \u00e9taient des cibles de premier choix pour envisager un accaparement des terres et des troupeaux.<\/p>\n<p><strong>Une conqu\u00eate multilat\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Le risque externe du march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 totalement ignor\u00e9 alors qu&rsquo;il \u00e9tait latent : la Russie ou la Chine sont des grands strat\u00e8ges capables de mettre \u00e0 profit les comportements lib\u00e9raux des acteurs professionnels de l&rsquo;\u00e9conomie agricole occidentale. La Chine par exemple, qui depuis 2007 a utilis\u00e9 une bonne partie des liquidit\u00e9s h\u00e9rit\u00e9es de la crise am\u00e9ricaine pour donner de faux signaux de march\u00e9, en cr\u00e9ant une activit\u00e9 sp\u00e9culative -mais bien physique- sur le march\u00e9 du beurre et de la poudre notamment. Il s&rsquo;agissait, apr\u00e8s avoir cr\u00e9\u00e9 une bulle qui donne confiance \u00e0 des producteurs friands de <em>nourrir le monde<\/em>, de profiter des phases d&rsquo;\u00e9clatement pour \u00eatre pr\u00e9sent dans le rachat de tr\u00e8s grosses fermes en cessation de paiement \u00e0 travers le globe, et \u00e0 partir desquelles, il est possible d&rsquo;organiser l&rsquo;acheminement direct de la mati\u00e8re premi\u00e8re dans l&rsquo;Empire du milieu.<\/p>\n<p>L&rsquo;Oc\u00e9anie, r\u00e9gion du Monde o\u00f9 l&rsquo;on dit pourtant que la comp\u00e9titivit\u00e9 laiti\u00e8re est maximale, a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re grosse victime des Chinois depuis le d\u00e9but de l&rsquo;actuel cycle d\u00e9flationniste des d\u00e9riv\u00e9s du lait cru.<\/p>\n<p>Cette mise en lumi\u00e8re du jeu de ces grandes puissances suffit \u00e0 elle seule pour conclure que les orientations techniques des organismes de d\u00e9veloppement agricole visant l&rsquo;accroissement de la comp\u00e9titivit\u00e9 des fermes est une activit\u00e9 presque perdue d&rsquo;avance tant la pression et le rapport de force organis\u00e9 sur le plan macro-\u00e9conomique est destructeur pour les entreprises&#8230; quelle que soit leur strat\u00e9gie. Et ce n&rsquo;est pas non plus la th\u00e9orie du processus de destruction-cr\u00e9ation de Schumpeter qui sera un rem\u00e8de si l&rsquo;on consid\u00e8re qu&rsquo;il faille d\u00e9sormais concentrer les \u00e9levages : il est fort \u00e0 parier que des probl\u00e8mes diff\u00e9rents rencontr\u00e9s par 1000 fermes se retrouveront, \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 pr\u00e8s, dans une seule grosse ferme. Mais cela aura comme avantage qu&rsquo;une grosse ferme est plus facile \u00e0 racheter par des d\u00e9tenteurs de capitaux qu&rsquo;une nu\u00e9e de petites. On ne fait alors, \u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;Australie, que fabriquer des soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;exploitation agricole financi\u00e8res qui seront c\u00e9d\u00e9es librement au gr\u00e9 des al\u00e9as et des r\u00e9coltes, d&rsquo;une campagne sur l&rsquo;autre. Exit alors la belle image d&rsquo;\u00c9pinal : cette belle ferme familiale transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Pour les pays ayant d\u00e9fendu le mod\u00e8le d&rsquo;agriculture familiale, cette trame de fond est bien \u00e9videment choquante et f\u00e9d\u00e8re une large majorit\u00e9 de citoyens et de consommateurs dans l&rsquo;id\u00e9e \u00ab\u00a0d&rsquo;une lutte\u00a0\u00bb d&rsquo;un mod\u00e8le contre un autre, ou plut\u00f4t, dans l&rsquo;identification des mod\u00e8les \u00e9conomiques \u00ab\u00a0alternatifs\u00a0\u00bb et viables qu&rsquo;il est possible de cr\u00e9er dans et autour du secteur agricole.<\/p>\n<p>Quel doit \u00eatre, sur ce point, le \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb sens de l&rsquo;histoire ? Ce qui est s\u00fbr, c&rsquo;est que la cr\u00e9ation des fermes usines se construit dans l&rsquo;id\u00e9ologie de la comp\u00e9titivit\u00e9, de la croissance de la production et du rendement de l&rsquo;action : cette structuration facilite le jeu de la cession d&rsquo;actifs et on peut douter que de telles structures puissent \u00eatre le nouveau terreau fertile d&rsquo;un management agricole progressiste visant \u00e0 d\u00e9velopper le caract\u00e8re multifonctionnel de l&rsquo;activit\u00e9 agricole&#8230; Certains observateurs diront que cette dynamique doit \u00eatre port\u00e9e par des exploitations familiales. Possible du moment que les capitaux restent d\u00e9tenus par ces m\u00eames familles d&rsquo;agriculteurs et que les attentes soci\u00e9tales s&rsquo;y retrouvent&#8230;<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus imm\u00e9diate, la guerre se joue \u00e9galement de fa\u00e7on horizontale et fait affronter deux conceptions de la vision de l&rsquo;\u00e9conomie agricole par le chef d&rsquo;exploitation : l&rsquo;une est nouvelle, l&rsquo;autre plus ancienne. \u00c0\u00a0titre d&rsquo;exemple, les Allemands, les Hollandais, les Danois et les Irlandais ont tout mis\u00e9 sur la production d&rsquo;un lait d&rsquo;exc\u00e9dent \u00e0 n&rsquo;importe quel prix, et cela, au risque de couper la t\u00eate du petit Fran\u00e7ais, du petit Italien ou du petit producteur de montagne. N\u00e9anmoins, ces \u00e9leveurs comptent aussi, \u00e0 ce jour, des pertes et se bataillent tr\u00e8s certainement avec leurs financeurs pour \u00eatre s\u00fbrs qu&rsquo;ils ne se verront pas demander de vendre la maison \u00e0 des \u00e9trangers ! Il se dit \u00e9galement que la m\u00e9thanisation et le photovolta\u00efque ont \u00e9t\u00e9 la clef de r\u00e9ussite de ces grands projets de fermes. Soyons clairs : sans ces unit\u00e9s de diversification, ces projets ne seraient pas viables, au point que l&rsquo;on se demande d\u00e9sormais si, dans ces fermes, la production animale est d\u00e9pendante de la production \u00e9nerg\u00e9tique ou si c&rsquo;est l&rsquo;inverse. Dans les campagnes frontali\u00e8res court le bruit que des fermes usines allemandes ont carr\u00e9ment choisi de vendre tout le troupeau en continuant de produire de l&rsquo;\u00e9nergie avec les fourrages, dans l&rsquo;esp\u00e9rance que le march\u00e9 des produits animaux repartira : on y remettra des vaches le moment venu pardi !<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une nouvelle conception de l&rsquo;\u00e9conomie agricole et elle porte un nom : la flexi-s\u00e9curit\u00e9 en opposition au si c\u00e9l\u00e8bre <em>\u00ab\u00a0calme \u00e9ternel des campagnes\u00a0\u00bb<\/em>. On pourrait \u00e9galement r\u00e9duire cette probl\u00e9matique \u00e0 la confrontation de deux extr\u00eames du m\u00e9tier d&rsquo;agriculteur : le paysan contre l&rsquo;<em>agri-manager<\/em>. Personnellement, je pense que ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne pourront trouver salut dans leur propre strat\u00e9gie d&rsquo;adaptation, car, sans stabilit\u00e9 globale de maitrise des quantit\u00e9s, il ne peut y avoir d\u00e9veloppement des exploitations dans les fili\u00e8res agricoles historiques et tr\u00e8s massifi\u00e9es, au point que l&rsquo;on puisse avoir tout \u00e0 fait raison de vouloir s&rsquo;en d\u00e9tourner ou du moins, de ne plus en d\u00e9pendre.<\/p>\n<p>Il se joue donc avant tout une guerre d&rsquo;usure psychologique chez les producteurs (qui bluffera le plus les autres sur sa capacit\u00e9 \u00e0 tenir la route dans un mod\u00e8le unique ?) et de mod\u00e8le \u00e9conomique (produire pour nourrir le citoyen ou l&rsquo;actionnaire ?).<\/p>\n<p>Industriels comme producteurs ont donc p\u00e9ch\u00e9 par app\u00e2t du gain : on ne saurait reprocher aux producteurs d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 addicts \u00e0 leur m\u00e9tier et \u00e0 leur ambition de se d\u00e9velopper -par volont\u00e9 ou par d\u00e9pit- comme on ne peut reprocher aux industriels d&rsquo;avoir su profiter des tentatives b\u00e2cl\u00e9es des \u00c9tats \u00e0 mettre en place une contractualisation \u00e9quilibr\u00e9e, qui, sous la couverture \u00ab\u00a0du contrat\u00a0\u00bb, cache en r\u00e9alit\u00e9 un rapport de force \u00e9videment d\u00e9favorable \u00e0 ce jour. Mais la derni\u00e8re bataille qui a lieu continue de faire planer plusieurs questions auxquelles des r\u00e9ponses devront \u00eatre apport\u00e9es dans l&rsquo;urgence : les industriels souffrent-ils autant que les producteurs ? Peuvent-ils payer plus ? Les producteurs produisent ils trop de lait ? Comment retrouver l&rsquo;\u00e9quilibre des rapports de force et celui d&rsquo;une relation \u00e0 minima \u00e9quilibr\u00e9e ?<\/p>\n<p>Ces questions mettent en lumi\u00e8re deux concepts clefs qui doivent \u00eatre articul\u00e9es pour trouver une issue : la transparence et la r\u00e9gulation.<\/p>\n<p><strong>Articuler quantit\u00e9 de production et rentabilit\u00e9 des valorisations<\/strong><\/p>\n<p>Concernant la transparence, on ne mettra pas en doute les chiffres avanc\u00e9s par les producteurs concernant la rentabilit\u00e9 de leur exploitation : tout le monde y a acc\u00e8s !<\/p>\n<p>C&rsquo;est du c\u00f4t\u00e9 des industriels qu&rsquo;un gros travail n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 fait, tant vis \u00e0 vis des pouvoirs publics (publication des comptes) qu&rsquo;au sein m\u00eame de la fili\u00e8re, c&rsquo;est \u00e0 dire, dans la relation contractuelle. En France, le projet de Loi Sapin II doit pouvoir d\u00e9jouer le r\u00e9flexe de fuite des industriels dans leur tentative de dissimulation de leur chiffre. Esp\u00e9rons que le rem\u00e8de ne soit pas pire que le mal et que la contrainte soit significative.<\/p>\n<p>Au sein de la fili\u00e8re, j&rsquo;expliquais en mars 2013 que les industriels proposaient soit un prix de base en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une formule \u00ab\u00a0math\u00e9matique\u00a0\u00bb et des accords qualitatifs propos\u00e9s par une interprofession, soit de fa\u00e7on tout \u00e0 fait politique (ce qui est ill\u00e9gal en France compte tenu de la Loi de Modernisation de l&rsquo;Agriculture), soit en lien avec les valorisations r\u00e9elles de l&rsquo;entreprise collectrice.<\/p>\n<p>Il me semble plus que logique d&rsquo;ouvrir le d\u00e9bat sur la derni\u00e8re option. \u00c0\u00a0ce titre, il est important de rappeler un exemple fran\u00e7ais : les industriels ont depuis plusieurs ann\u00e9es r\u00e9ussi le coup d&rsquo;imposer un indicateur dit \u00ab\u00a0valorisation Beurre-Poudre\u00a0\u00bb qui convertit en 1000 litres de lait ce que devrait \u00eatre le prix de la mati\u00e8re premi\u00e8re si l&rsquo;on souhaite la \u00ab\u00a0travailler\u00a0\u00bb sur le march\u00e9 des produits dits industriels. Cet indicateur tient compte de la couverture des co\u00fbts de transformation : propos\u00e9 par l&rsquo;association fran\u00e7aise des transformateurs (ATLA), cet indicateur n&rsquo;est autre qu&rsquo;un<strong> \u00ab\u00a0co\u00fbt de revient\u00a0\u00bb <\/strong>que l&rsquo;on peut r\u00e9sumer ainsi :<strong> \u00ab\u00a0<em>\u00e0 quel prix je peux vous payer le lait sur ce march\u00e9 tout en couvrant mes co\u00fbts directs et indirects li\u00e9s \u00e0 sa valorisation\u00a0\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;approche, particuli\u00e8rement pertinente -et respectueuse de la rentabilit\u00e9 des industriels-, n&rsquo;a malheureusement pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e pour les autres valorisations des acheteurs. Ainsi, je dirais de mani\u00e8re ing\u00e9nue qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas d&rsquo;\u00e9quivalent en mati\u00e8re de valorisation pour le <em>\u00ab\u00a0yogourt-cr\u00e8me dessert\u00a0\u00bb<\/em>, ni pour le \u00ab<em>\u00a0lait demi \u00e9cr\u00e9m\u00e9-cr\u00e8me fraiche enti\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em>, ni <em>\u00ab\u00a0cheddar \u2013 edam\u00a0\u00bb,<\/em> ni <em>\u00ab\u00a0caprice des dieux \u2013 mozarella galbani\u00a0\u00bb,<\/em> ni <em>\u00ab vitamine\u00a0-prot\u00e9ine crack\u00e9e \u00bb<\/em>&#8230; Ce type d&rsquo;indicateur, en plus de la lumi\u00e8re faite sur le mix produit r\u00e9el, permettrait pourtant de cesser tout conflit portant sur la r\u00e9partition -ou la non r\u00e9partition- de la valeur ajout\u00e9e le long de la fili\u00e8re entre un acheteur et ses producteurs.<\/p>\n<p>Il est en effet plus simple pour un g\u00e9ant comme Lactalis ou Danone de parler du prix du lait allemand lorsque celui ci est \u00ab\u00a0arrangeant\u00a0\u00bb, comme si, dans l&rsquo;absolu, on pourrait se passer des producteurs locaux \u00e0 collecter autour de l&rsquo;usine en faisant venir tout le lait du march\u00e9 des exc\u00e9dents allemands ou hollandais. Ce discours, les acteurs se passent bien de le tenir car la volatilit\u00e9 du march\u00e9 spot est connue : les industriels ne prendraient pas le risque de cr\u00e9er les conditions d&rsquo;une r\u00e9duction drastique des volumes de production nationaux. Lactalis et d&rsquo;autres collecteurs-transformateurs s&rsquo;en gardent bien mais ne peuvent pour autant justifier de tirer le prix du lait vers le prix de l&rsquo;indicateur de valorisation du beurre-poudre, car, en moyenne, <strong>deux tiers du lait collect\u00e9<\/strong> en France est affect\u00e9 \u00e0 la transformation \u00e0 plus forte valeur ajout\u00e9e. Tant que ce travail de transparence ne sera pas fait, la suspicion d&rsquo;\u00eatre victime d&rsquo;un vol ill\u00e9gitime persistera irr\u00e9m\u00e9diablement du c\u00f4t\u00e9 des producteurs.<\/p>\n<p>Dans cette approche, un industriel ne produisant que du beurre et de la poudre ne pourra th\u00e9oriquement payer le lait qu&rsquo;\u00e0 ce co\u00fbt de revient. Lorsque ce co\u00fbt de revient devient trop bas pour que le maillon producteur puisse en vivre (c&rsquo;est \u00e0 dire, sous le prix de revient \u00ab\u00a0producteur\u00a0\u00bb), un deuxi\u00e8me concept doit trouver une place significative : la r\u00e9gulation du volume. Acheteurs et producteurs doivent alors b\u00e9n\u00e9ficier, de fa\u00e7on transversale, avec les autres entreprises laiti\u00e8res pr\u00e9sentes sur ce march\u00e9, de la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er une entente interprofessionnelle \u00e9largie pour r\u00e9duire les volumes de production sur ces m\u00eames valorisations. C&rsquo;est l&rsquo;objet de l&rsquo;activation de l&rsquo;article 222 par la Commission europ\u00e9enne qui avait \u00e9t\u00e9 mis en place par les producteurs de fromages AOP et qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu \u00e0 l&rsquo;ensemble de la fili\u00e8re au printemps 2016 par le commissaire Hogan. \u00c0\u00a0ce jour, cette mesure n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 suivie et mise en \u0153uvre par les acteurs de march\u00e9, car, absolument pas pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 organiser un cartel autour d&rsquo;une mesure interventionniste in\u00e9dite et pas du tout en phase avec l&rsquo;habitus cannibale qui fait norme, car, assimil\u00e9 \u00e0 la seule fa\u00e7on de \u00ab\u00a0survivre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9gulation par la carotte des Etats-pompiers&#8230; et apr\u00e8s ?<\/strong><\/p>\n<p>Sous l&rsquo;impulsion de la France, de l&rsquo;Allemagne et de la Pologne, compte tenu de l&rsquo;urgence, l&rsquo;Union Europ\u00e9enne et les \u00c9tats ont d\u00e9cid\u00e9 le 18 juillet 2016, de d\u00e9bloquer un budget d&rsquo;un demi-milliard d&rsquo;euros en vue de r\u00e9duire volontairement la production \u00e0 partir d&rsquo;octobre 2016. Une mesure individuelle et volontaire qui indemnise le producteur pour le lait qu&rsquo;il ne produira pas sur la fin de campagne laiti\u00e8re -par rapport \u00e0 la fin de campagne pr\u00e9c\u00e9dente- doit \u00eatre en mesure de calmer le jeu de la surproduction. De l&rsquo;avis de certains observateurs, la mesure arrive trop tard et manque d&rsquo;ambition car, elle n&rsquo;implique pas de contrainte pour l&rsquo;acheteur : si celui-ci souhaite d\u00e9livrer des autorisations de production suppl\u00e9mentaires \u00e0 ceux qui sont ou se voudraient \u00ab\u00a0<em>vikings du lait\u00a0\u00bb,<\/em> rien ne l&rsquo;en emp\u00eache ! Grosse faille de la mesure donc. Si les industriels ne jouent pas le jeu, la comparaison des chiffres le r\u00e9v\u00e8lera t\u00f4t ou tard.<\/p>\n<p>Je dirais qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un d\u00e9but \u00e0 la fin possible d&rsquo;un cycle de crise parmi d&rsquo;autres car, la faiblesse des prix a entrain\u00e9 un mouvement de r\u00e9flexion dans la gestion technique des \u00e9levages et dans la vie des familles dont certaines vont devoir s&rsquo;orienter diff\u00e9remment. Certaines verront des choses nouvelles et des opportunit\u00e9s \u00e0 saisir dans leur vie, et, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame inverse, d&rsquo;autres ne verront comme seule issue que de mettre fin \u00e0 leurs jours&#8230; En effet, lorsqu&rsquo;on n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0<em>agri-manager\u00a0\u00bb<\/em>, mais un <em>\u00ab\u00a0bon p\u00e8re de famille\u00a0<\/em>\u00bb, se faire sugg\u00e9rer d&rsquo;abandonner la profession est une mise \u00e0 mort en soi. Un filet social est en place mais il est trou\u00e9 car personne ne peut d\u00e9tecter quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;exprime pas sa col\u00e8re et ses sentiments. Un choix corn\u00e9lien s&rsquo;annonce : faut-il r\u00e9sister (et avec QUI ?) ou faut-il fuir d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre et laisser les grands projets de la <em>conqu\u00eate <\/em>se d\u00e9rouler au d\u00e9triment des consommateurs&#8230; ou de la survie de l&rsquo;esp\u00e8ce ? Dans l&rsquo;imm\u00e9diat, les fermiers doivent continuer de traire leurs vaches et de les nourrir.<\/p>\n<p>Les potentiels cr\u00e9dits accord\u00e9s par les \u00e9tablissements financiers seront \u00e0 garantir. Qui les garantira et cautionnera cette grande erreur de strat\u00e9gie \u00e9conomique europ\u00e9enne ? Les producteurs conscients de la duperie auraient \u00e0 ne pas le faire&#8230;L\u00e0 aussi, des solutions priv\u00e9es et publiques -potentiellement pens\u00e9es pour que l&rsquo;on n&rsquo;ait pas le temps de se soucier du malaise moral que suppose la caution- se mettent en place pour garantir les organismes de cr\u00e9dit et limiter ainsi la part de la prime de risque souscrite par l&rsquo;agriculteur. En effet, celle-ci augmente du fait d&rsquo;un accroissement \u00ab\u00a0ill\u00e9gitime\u00a0\u00bb du risque d&rsquo;insolvabilit\u00e9. Juteux \u00e0 court terme, la m\u00e9thode de certains \u00e9tablissements d\u00e9plait s\u00e9rieusement dans les instances agricoles qui doivent alors contre-attaquer par la cr\u00e9ation ou le d\u00e9veloppement de soci\u00e9t\u00e9s capables d&rsquo;assurer une partie du risque.<\/p>\n<p>En somme, ce co\u00fbt de crise est le co\u00fbt du manque d&rsquo;anticipation dont seuls, comme je l&rsquo;avais \u00e9crit, les producteurs les plus investis font les frais alors qu&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s \u00ab\u00a0producteurs d&rsquo;avenir\u00a0\u00bb dans le cadre des politiques d&rsquo;aide \u00e0 la modernisation. Une honte tout \u00e0 fait humaine en somme, une avarice r\u00e9elle des corps \u00e9conomiques : toujours plus pour moi, toujours moins pour toi, jamais de mutualisation&#8230; le vivre ensemble n&rsquo;est finalement pas pr\u00eat de faire sa place dans le secteur laitier europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Pour la suite, il est \u00e0 pronostiquer une hausse des prix sur les march\u00e9s des exc\u00e9dents laitiers pour la fin du dernier trimestre 2016 via un mouvement global de r\u00e9duction des effectifs de vache laiti\u00e8res (les premiers signaux sont l\u00e0), donc, une hausse des prix en 2017&#8230; Mais pour combien de temps et \u00e0 quelle hauteur ? Car, sans caract\u00e8re obligatoire, la gestion de l&rsquo;offre et la transparence ne pourront s&rsquo;imposer \u00e0 partir de 2017&#8230; ce qui reviendra \u00e0 red\u00e9marrer un nouveau cycle infernal jusqu&rsquo;\u00e0, peut-\u00eatre, une possible r\u00e9forme <em>\u00ab\u00a0positive\u00a0\u00bb<\/em> de la PAC en 2020 ? D&rsquo;ici l\u00e0, les fameuses larmes et le fameux sang promis par Angela Merkel au d\u00e9but de cette d\u00e9cennie auront bien \u00e9videment coul\u00e9. \u00c0\u00a0suivre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le duel Lactalis <em>versus <\/em>producteurs se solde sur un prix bien en de\u00e7\u00e0 des co\u00fbts de production : en moyenne, le prix de base Lactalis fran\u00e7ais se situera autour de 275 \u20ac\/1000 L sur l&rsquo;ann\u00e9e, hors qualit\u00e9. Le prix de revient \u00ab\u00a0producteur\u00bb \u00e9tant situ\u00e9 entre 330 et 380 \u20ac\/1000 L [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1878,1],"tags":[70,5025],"class_list":["post-88903","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-agriculture-2","category-economie","tag-formation-des-prix","tag-lactalis"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88903","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=88903"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88903\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":88916,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88903\/revisions\/88916"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=88903"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=88903"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=88903"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}