{"id":88960,"date":"2016-09-08T11:34:08","date_gmt":"2016-09-08T09:34:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=88960"},"modified":"2016-09-08T11:34:08","modified_gmt":"2016-09-08T09:34:08","slug":"9-septembre-il-y-a-quarante-ans-mourait-mao-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/09\/08\/9-septembre-il-y-a-quarante-ans-mourait-mao-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"9 septembre : il y a quarante ans mourait Mao !, par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le 9 septembre 1976, une voix lugubre sur les ondes de la radio chinoise annon\u00e7ait la mort du Grand Timonier. Il allait, ce jour-l\u00e0 et les suivants, se pleurer des centaines d&rsquo;hectolitres de larmes dans tout le pays et, dans leur douleur, des hommes et des femmes prostr\u00e9s et comme tordus de chagrin hoquetaient qu&rsquo;ils \u00e9taient orphelins. Le plus \u00e9trange dans cette affaire \u00e9tait qu&rsquo;il \u00e9tait extr\u00eamement difficile de douter de la sinc\u00e9rit\u00e9 de cette d\u00e9tresse. La Chine s&rsquo;effondrait comme une poup\u00e9e de chiffon qu&rsquo;abandonne la main de son marionnettiste. <!--more-->Comment \u00eatre s\u00fbrs que le soleil continuerait \u00e0 se lever \u00e0 l&rsquo;est et \u00e0 embrasser d&rsquo;abord le sommet du Taishan ? Cette ann\u00e9e 1976 \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9ment aussi gonfl\u00e9e de larmes, de catastrophes et d&rsquo;\u00e9pouvante que les pires \u00ab\u00a0ann\u00e9es du Dragon\u00a0\u00bb qu&rsquo;on ait pu conna\u00eetre : toutes les figures tut\u00e9laires de la Nouvelle Chine l&rsquo;abandonnaient l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, le vieux mar\u00e9chal Zhu De d&rsquo;abord, puis le sage Zhou Enlai et Mao enfin pour parachever l&rsquo;inexprimable deuil de la nation toute enti\u00e8re. La terre avait trembl\u00e9 deux mois auparavant, comme un mauvais pr\u00e9sage, avec une rare violence faisant des dizaines, voire centaines, de milliers de morts \u00e0 Tangshan, une ville ray\u00e9e de la carte au Shandong. Les vieilles superstitions revenaient (malgr\u00e9 les campagnes d&rsquo;\u00e9radication, elles n&rsquo;\u00e9taient jamais parties !) : non seulement cette ann\u00e9e-l\u00e0 \u00e9tait au pouvoir du Dragon, toujours fantasque et porteur de paroxysmes, mais elle \u00e9tait, dans le vieux calendrier luni-solaire, une de ces ann\u00e9es, qui revenaient tous les 19 ans, o\u00f9 s&rsquo;effectuait le \u00ab\u00a0rattrapage\u00a0\u00bb du d\u00e9calage entre lunaisons et mois solaires en redoublant le mois d&rsquo;ao\u00fbt. Ce mois d&rsquo;ao\u00fbt-bis surnum\u00e9raire, tous les almanachs du vieux temps mettaient en garde contre ses malfaisances ! Et Mao venait pr\u00e9cis\u00e9ment de retourner aux Sources Jaunes \u00e0 la charni\u00e8re de ce mois de tous les dangers. Qu&rsquo;allait-il sortir encore de ce chaudron de mal\u00e9fices ? Rien de plus, car d\u00e8s octobre, le grand mouvement populaire victorieux anti Bande des Quatre allait terrasser le Dragon en mettant de surcro\u00eet un point final \u00e0 toute une \u00e9poque : au terme d&rsquo;un mois de grand deuil, la Chine pouvait enfin exorciser les d\u00e9mons qui avaient enrag\u00e9 ses habitants jusqu&rsquo;aux tueries fratricides de la R\u00e9volution Culturelle. Les \u00ab\u00a0Quatre\u00a0\u00bb \u00e9taient le providentiel bouc \u00e9missaire qui permettait de cadenasser avec eux, dans leurs ge\u00f4les, le mal qui avait gangr\u00e9n\u00e9 le pays et Jiang Qing celle qui, malfaisante \u00e0 la mani\u00e8re des imp\u00e9ratrices honnies telles Wu Zetian des Tang ou Ci Xi des Qing, avait tir\u00e9 de sinistres ficelles dans l&rsquo;ombre d&rsquo;un Mao vieillissant.<\/p>\n<p>Nous savons (et les Chinois le savent encore mieux que nous, eux qui l&rsquo;ont v\u00e9cu dans leur chair) de combien de drames, d&rsquo;injustices, de directives d\u00e9sastreuses et surtout de millions de morts atrocement absurdes a \u00e9t\u00e9 jonch\u00e9 le r\u00e8gne de ce vieil empereur m\u00e9galomane et ne pouvons que nous \u00e9tonner que son aura soit encore aussi forte quarante ans apr\u00e8s sa disparition. Ne nous y trompons pas : la Chine voit aussi bien que nous que le culte qu&rsquo;elle entretient soigneusement est en parfaite et absolue contradiction avec la voie sur laquelle elle est d\u00e9sormais engag\u00e9e et que Mao aurait tous les jours de quoi se retourner dans son mausol\u00e9e. Mais elle se sait fragile (\u00ab\u00a0colosse aux pieds d&rsquo;argile\u00a0\u00bb est toujours d&rsquo;actualit\u00e9) et redoute ce qu&rsquo;il pourrait lui en co\u00fbter en nouvelles d\u00e9rives incontr\u00f4lables de rompre totalement les amarres avec un pass\u00e9 proche encore si \u00ab\u00a0chaud\u00a0\u00bb. Paradoxalement (\u00e0 nos yeux) cela la rassure de se savoir encore dans l&rsquo;ombre tut\u00e9laire d&rsquo;un \u00ab\u00a0grand homme\u00a0\u00bb (f\u00fbt-il, sur son envers, l\u2019Ogre qui d\u00e9vore ses propres enfants), celui qui, en tout cas, a \u00e9t\u00e9 suffisamment \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb pour faire la Chine \u00ab\u00a0grande\u00a0\u00bb et lui donner de la face aux yeux du monde. Pour les m\u00eames raisons elle accepte que, pendant tout le temps de sa \u00ab\u00a0convalescence\u00a0\u00bb, le timon soit toujours entre les mains du PCC. Ces raisons, L\u00e9on Vandermeersch les r\u00e9sume parfaitement en conclusion de \u00ab\u00a0<em>Les deux raisons de la pens\u00e9e chinoise\u00a0\u00bb<\/em> (2013 Ed. Gallimard NRF\/Coll. Biblioth\u00e8que des sciences humaines)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Pourquoi les Chinois continuent-ils de s&rsquo;accommoder assez bien d&rsquo;un Parti unique, avatar actuel du D\u00e9partement du Ciel d&rsquo;autrefois ? Parce que, dans notre monde globalis\u00e9, o\u00f9 les forces \u00e9conomiques supranationales se font f\u00e9rocement concurrence, o\u00f9 les march\u00e9s sont secou\u00e9s par des crises financi\u00e8res que personne ne ma\u00eetrise plus, o\u00f9 l&rsquo;avenir de l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re est suspendu \u00e0 une reprise en main \u00e9cologique de la croissance \u00e0 tout va, mieux vaut \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;Etat une direction ferme, d\u00fbt-on en payer les d\u00e9bordements r\u00e9pressifs, que la d\u00e9liquescence d\u00e9cisionnelle dont les r\u00e9gimes du multipartisme donnent l&rsquo;exemple. Pourvu cependant qu&rsquo;en priv\u00e9 chacun soit ma\u00eetre chez soi. (&#8230;) Les g\u00e8nes de cet esprit de libert\u00e9 revivent dans les \u00ab\u00a0regards vigilants\u00a0\u00bb (weiguan) des internautes chinois, f\u00e9rus de blogs qui sont les avatars d&rsquo;aujourd&rsquo;hui des dazibao du \u00ab\u00a0mur de la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb de nagu\u00e8re et des sentences parall\u00e8les protestataires des lettr\u00e9s incorruptibles de jadis.<\/p>\n<p>La culture chinoise se remet de sa crise suicidaire de l&rsquo;\u00e9poque mao\u00efste. Pourquoi n&rsquo;y \u00e9clorait-il pas un socialisme sinis\u00e9 qui, dans l&rsquo;humanisme confuc\u00e9en, l&rsquo;\u00e9cologie tao\u00efste, la compassion bouddhique, puiserait autre chose que ce que le marxisme a tir\u00e9 du jud\u00e9o-christianisme ?\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 9 septembre 1976, une voix lugubre sur les ondes de la radio chinoise annon\u00e7ait la mort du Grand Timonier. 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