{"id":89216,"date":"2016-09-20T09:57:01","date_gmt":"2016-09-20T07:57:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=89216"},"modified":"2016-09-20T09:57:01","modified_gmt":"2016-09-20T07:57:01","slug":"les-marchands-de-doute-2010-de-naomi-oreskes-et-erik-m-conway-ix-conclusion-ou-il-est-question-de-la-liberte-dexpression-et-des-marches-libres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/09\/20\/les-marchands-de-doute-2010-de-naomi-oreskes-et-erik-m-conway-ix-conclusion-ou-il-est-question-de-la-liberte-dexpression-et-des-marches-libres\/","title":{"rendered":"<em>Les marchands de doute<\/em> (2010) de Naomi Oreskes et Erik M. Conway (IX) Conclusion\u00a0: O\u00f9 il est question de la libert\u00e9 d&rsquo;expression et des march\u00e9s libres"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un r\u00e9sum\u00e9 de <em>Les marchands de doute<\/em> (2010) de Naomi Oreskes et Erik M. Conway (Le Pommier 2012), par Madeleine Th\u00e9odore. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Au sujet de la libert\u00e9 d\u2019expression, la notion d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9 du temps de parole\u00a0\u00bb demeure \u00e0 la racine du sens de la justice et du fair-play des Am\u00e9ricains. Cependant, toutes les versions ne sont pas justes ou vraies, Internet a cr\u00e9\u00e9 une galerie o\u00f9 toute affirmation peut \u00eatre d\u00e9multipli\u00e9e \u00e0 l\u2019infini. O\u00f9 que l\u2019on se tourne, on voit quelqu\u2019un mettre en doute quelque chose.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La question est : qui doit-on \u00e9couter?<\/p>\n<p>Souvent, les medias se dispens\u00e8rent d\u2019informer les lecteurs. Certains journalistes actuels ont \u00e9t\u00e9 surpris par le r\u00e9sultat d\u2019une \u00e9tude portant sur 5 ans qui r\u00e9v\u00e8le comment les dirigeants des medias furent courtis\u00e9s par l\u2019industrie du tabac, et y r\u00e9pondirent comme celle-ci le souhaitait.<\/p>\n<p>En principe, les medias doivent jouer le r\u00f4le de veilleur consciencieux mais ce ne fut pas le cas. Il y eut de fausses informations publi\u00e9es en provenance de la droite mais aussi de la gauche. La situation \u00e9volue. La presse a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que des g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 la retraite t\u00e9moignant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision sur la guerre en Irak n\u2019\u00e9taient pas ind\u00e9pendants mais des employ\u00e9s pay\u00e9s par des fournisseurs de l\u2019arm\u00e9e, d\u2019autres travaillaient pour la Maison Blanche.<\/p>\n<p>Au niveau de la strat\u00e9gie, faire croire que les affirmations mises en avant \u00e9taient scientifiques fut le moyen cl\u00e9 des campagnes pour vendre le doute. L\u2019institut Marshall r\u00e9digea des rapports pr\u00e9sentant tous les dehors de l\u2019argumentation scientifique, l\u2019un d\u2019eux au moins parvint jusqu\u2019\u00e0 la Maison Blanche o\u00f9 il fut pris au s\u00e9rieux. Pourtant les rapports ne passaient pas par la proc\u00e9dure d\u2019\u00e9valuation ind\u00e9pendante par les pairs. Les scientifiques impliqu\u00e9s adopt\u00e8rent aussi des m\u00e9thodes qui s\u2019\u00e9cartaient clairement des normes de comportement scientifique habituel, en lan\u00e7ant des p\u00e9titions publiques dont les signataires peuvent ne rien conna\u00eetre au sujet en question. En 1973, Richard Nixon d\u00e9cida de dissoudre le PSAC (Conseil national scientifique du Pr\u00e9sident). Le pays ne disposait peut-\u00eatre plus du PSAC pour faire le point de la situation scientifique, mais cela n\u2019avait peut-\u00eatre pas d\u2019importance, car les campagnes men\u00e9es pour d\u00e9valoriser la science en jeu furent si amples, si subtiles et si bien financ\u00e9es que le PSAC aurait eu du mal \u00e0 rivaliser avec elles, elles b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent par exemple du soutien d\u2019Exxon Mobil \u00e0 l\u2019entreprise de fabrication du doute. On trouve aussi parmi les groupes de r\u00e9flexion que Philip Morris a soutenus l\u2019Institut Ludwig von Mises, propagateur du laisser-faire \u00e9conomique, d\u00e9fenseur \u00e0 tout crin du march\u00e9 et de la libert\u00e9 de la concurrence.<\/p>\n<p>Les protagonistes de l\u2019entreprise du doute Seitz, Singer, Jastrow, Nierenberg envisageaient la science comme une aide cruciale \u00e0 mobiliser pour pr\u00e9venir l\u2019expansion du communisme. Lorsque cette menace disparut, ils se tourn\u00e8rent vers l\u2019environnementalisme comme le nouvel ennemi \u00e0 abattre. George Soros a ainsi dit que la seule voie qui ne d\u00e9truit pas, finalement, les autres libert\u00e9s, est celle de la libre concurrence. Il s\u2019agit d\u2019un acte de foi.<\/p>\n<p>Le principe selon lequel la libre concurrence conduit \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019offre et la demande et assurera une distribution des ressources optimale est un axiome qui se r\u00e9v\u00e8le faux, ce dont a t\u00e9moign\u00e9 l\u2019effondrement du march\u00e9 du logement aux Etats-Unis en 2008. L\u2019Histoire r\u00e9v\u00e8le que les march\u00e9s peuvent se tromper, comme l\u2019a montr\u00e9 la D\u00e9pression.<\/p>\n<p>Le spectre de l\u2019accroissement du contr\u00f4le gouvernemental \u00e9tait souvent li\u00e9 \u00e0 la menace agit\u00e9e par les ultralib\u00e9raux d\u2019une gouvernance mondiale par un \u00ab\u00a0Nouvel ordre mondial\u00a0\u00bb, avec planification centralis\u00e9e par les Nations-Unies. Aussi, pour ses adversaires, le Sommet de la Terre \u00e9tait un champ de bataille mis en place par des socialistes, les Am\u00e9ricains devaient prendre garde \u00e0 l\u2019ennemi int\u00e9rieur, l\u2019EPA, l\u2019agence pour la protection de l\u2019environnement.<\/p>\n<p>Cependant, peu de climatologues sont des militants du socialisme et plus on attend, plus les probl\u00e8mes s\u2019aggravent.<\/p>\n<p>Le paradoxe aussi, c\u2019est que ces collaborateurs de la strat\u00e9gie dilatoire ont favoris\u00e9 la cr\u00e9ation de la situation qu\u2019ils redoutaient. C\u2019est ainsi que <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/James_Gustave_Speth\">Gus Speth<\/a>, doyen \u00e0 Yale de l\u2019\u00c9cole d\u2019\u00e9tudes foresti\u00e8res et environnementales avertit que des solutions \u00e0 long terme doivent \u00eatre recherch\u00e9es dans des transformations des principaux modes de fonctionnement du capitalisme contemporain. Des \u00ab\u00a0gentlemen du Sud\u00a0\u00bb se pr\u00e9parent donc \u00e0 d\u00e9manteler le capitalisme !<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, l\u2019Administration Reagan annon\u00e7a qu\u2019elle consid\u00e9rait que \u00ab\u00a0la technologie fournirait la r\u00e9ponse ultime aux probl\u00e8mes d\u2019approvisionnement en \u00e9nergie et de protection de l\u2019environnement\u00a0\u00bb. La question est cependant de savoir si nous pouvons supposer que le march\u00e9 produira ces technologies de lui-m\u00eame selon sa propre logique et de savoir s\u2019il le fera dans les temps. Cette croyance de l\u2019\u00e9poque Reagan est connue sous le nom de cornucopianisme (la corne d\u2019abondance). En r\u00e9action au philosophe Malthus, elle affirme un progr\u00e8s illimit\u00e9.<\/p>\n<p>Selon ce mouvement et son fondateur <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Julian_Simon\">Julian Simon<\/a>, membre du think tank libertarien le Cato Institute, le monde futur serait meilleur et moins vuln\u00e9rable aux perturbations dans l\u2019approvisionnement des ressources que le monde actuel. Cette philosophie est li\u00e9e au fondamentalisme du march\u00e9 selon lequel l\u2019\u00c9tat est le probl\u00e8me, pas la solution. On peut contredire cette pens\u00e9e par deux arguments :<\/p>\n<p>1) elle suppose que les avanc\u00e9es vont n\u00e9cessairement se poursuivre.<\/p>\n<p>2) elle suppose que l\u2019abondance des ann\u00e9es pass\u00e9es a \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Or on peut montrer que cette assertion est fausse.<\/p>\n<p>Beaucoup de technologies furent invent\u00e9es avant l\u2019\u00e9mergence du capitalisme. De plus, l\u2019Union sovi\u00e9tique fut une soci\u00e9t\u00e9 technologiquement innovante.<\/p>\n<p>Les cornucopiens ont une foi aveugle en la technologie, que les faits historiques n\u2019\u00e9branlent pas. Cette attitude, on peut l\u2019appeler \u00ab\u00a0technofid\u00e9isme\u00a0\u00bb. On peut se demander pourquoi ils gardent cette foi aveugle, alors que l\u2019Histoire montre qu\u2019ils ont tort.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Milton Friedman, \u00ab\u00a0les grandes avanc\u00e9es de la civilisation ne sont jamais venues de syst\u00e8mes avanc\u00e9s de gouvernement\u00a0\u00bb. Cependant, la technologie la plus importante de l\u2019\u00e2ge industriel consista \u00e0 fabriquer des pi\u00e8ces parfaitement identiques et interchangeables. C\u2019est le d\u00e9partement de la D\u00e9fense de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine qui d\u00e9veloppa des machines capables de fabriquer des pi\u00e8ces pour d\u2019autres machines. Quand la technique de base fut invent\u00e9e, &#8211; les machines-outils d\u2019aujourd\u2019hui &#8211; elle se r\u00e9pandit rapidement \u00e0 travers toute l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine, ainsi qu\u2019en Europe et au Japon. C\u2019est un gouvernement centralis\u00e9, sous la forme de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, qui inventa l\u2019\u00e2ge moderne de la machine. De m\u00eame, c\u2019est ainsi qu\u2019Internet fut d\u00e9velopp\u00e9 comme un r\u00e9seau complexe d\u2019\u00e9changes entre universit\u00e9s, agences gouvernementales et industries, en grande partie financ\u00e9 par le d\u00e9partement de la D\u00e9fense.<\/p>\n<p>Dans d\u2019autres cas, les technologies furent invent\u00e9es par des individus mais diffus\u00e9es par des aides gouvernementales. L\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire, par exemple, qui peut nous aider \u00e0 sortir du casse-t\u00eate du r\u00e9chauffement climatique, est un sous-produit de la technologie qui enclencha la guerre froide : la bombe atomique.<\/p>\n<p>En conclusion, les campagnes de promotion du doute ne concernaient pas la science, mais bien le r\u00f4le du gouvernement, tout particuli\u00e8rement dans la rem\u00e9diation aux \u00e9checs du march\u00e9.<\/p>\n<p>S\u2019il s\u2019agissait de politique d\u00e9guis\u00e9e en science, pourquoi les scientifiques ne s\u2019en sont-ils pas rendu compte et pourquoi ne se sont-ils pas exprim\u00e9s ?<\/p>\n<p>Une des raisons se trouve dans la dialectique complexe qui, en science, se joue entre l\u2019individu et le groupe.<\/p>\n<p>De plus, les scientifiques sont des sp\u00e9cialistes pointus, mais peu entra\u00een\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre le travail scientifique contre des contradicteurs d\u00e9termin\u00e9s et bien financ\u00e9s.<\/p>\n<p>Ils sont aussi soumis \u00e0 un dilemme : l\u2019objectivit\u00e9 exige qu\u2019ils restent \u00e0 l\u2019\u00e9cart des questions contest\u00e9es, mais s\u2019ils ne s\u2019engagent pas, personne ne saura \u00e0 quoi ressemble le point de vue objectif sur la question.<\/p>\n<p>De m\u00eame, ils sont r\u00e9ticents \u00e0 prendre parti parce qu\u2019ils ont vu ce qui se passe quand ils le font. Les auteurs du pr\u00e9sent livre ont eux-m\u00eames \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s, en particulier par le s\u00e9nateur James Inhofe de l\u2019Oklahoma. Ben Santer continue d\u2019\u00eatre harcel\u00e9, l\u2019audit climatique conduit par Steve McIntyre, un g\u00e9ologue canadien li\u00e9 \u00e0 l\u2019industrie mini\u00e8re, a us\u00e9 du Freedom of Information Act (FOIA ) pour exiger des d\u00e9tails \u00e0 propos de ses recherches. Les attaques ont un effet inqui\u00e9tant. L\u2019intimidation fonctionne\u00a0!<\/p>\n<p>La raison la plus excusable pour laquelle les scientifiques ne se sont pas plus engag\u00e9s tient \u00e0 leur amour de la science, et \u00e0 leur croyance que la v\u00e9rit\u00e9 finit par triompher. C\u2019est leur travail sp\u00e9cifique d\u2019imaginer ce qu\u2019est cette v\u00e9rit\u00e9. Un scientifique renomm\u00e9 avait dit \u00e0 propos du rapport de 1983 sur le changement climatique qu\u2019il \u00e9tait bon \u00e0 mettre \u00e0 la poubelle et qu\u2019il l\u2019avait donc ignor\u00e9. Malheureusement, les poubelles ne se vident pas toutes seules.<\/p>\n<p>Des solutions existent. Il faut cesser de pr\u00eater l\u2019oreille \u00e0 la d\u00e9sinformation, \u00eatre attentif \u00e0 ce que disent les scientifiques et mettre \u00e0 contribution le pouvoir des ing\u00e9nieurs. Nous avons tous besoin d\u2019une meilleure compr\u00e9hension de ce qu\u2019est vraiment la science.<\/p>\n<p>Nous sommes confront\u00e9s maintenant aux co\u00fbts environnementaux li\u00e9s \u00e0 la fa\u00e7on dont les citoyens des nations riches et d\u00e9velopp\u00e9es ont v\u00e9cu depuis la R\u00e9volution industrielle. Maintenant nous devons ou bien en payer le prix, ou bien changer notre fa\u00e7on de faire, ou bien les deux. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que les marchands de doute aient eu du succ\u00e8s\u00a0: ils nous ont offert le pr\u00e9texte pour ignorer la note que nous allons devoir payer.<\/p>\n<p>La culture du doute a bien fonctionn\u00e9. La th\u00e9orie de la d\u00e9cision en explique la raison, selon les auteurs Ronald Giere, John Bickle, Robert Mauldin dans leur livre \u00ab Understanding Scientific Reasoning\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Selon cette th\u00e9orie, le r\u00e9sultat d\u2019une analyse rationnelle est le suivant : en cas de connaissance incertaine, la meilleure option est de ne rien faire. Faire quelque chose implique des co\u00fbts et si l\u2019on n\u2019est pas s\u00fbr que ces co\u00fbts seront compens\u00e9s par des b\u00e9n\u00e9fices futurs, il vaut mieux laisser les choses en l\u2019\u00e9tat. De plus, agir pour limiter les dommages \u00e0 venir oblige \u00e0 renoncer \u00e0 des avantages pour aujourd\u2019hui. Certains disent aussi qu\u2019il faudrait pour agir face au futur, des preuves irr\u00e9futables. La question est :\u00a0\u00ab\u00a0Pourquoi faudrait-il exiger de telles preuves ?\u00a0\u00bb car on ne peut jamais prouver quelque chose \u00e0 propos du futur.<\/p>\n<p>Le doute fonctionne car nous avons une vision erron\u00e9e de la science\u00a0: nous pensons que la science produit des certitudes. Par cons\u00e9quent, si la certitude fait d\u00e9faut, nous pensons que la science se trompe ou n\u2019est pas achev\u00e9e. Cela vient d\u2019une id\u00e9e positiviste du 19\u00e8me si\u00e8cle, qui n\u2019est rien de plus qu\u2019un r\u00eave. La science ne fournit qu\u2019un consensus d\u2019experts, fond\u00e9 sur l\u2019examen minutieux des faits et de leur organisation.<\/p>\n<p>De plus, \u00e9couter \u00ab\u00a0les deux versions\u00a0\u00bb sur un probl\u00e8me a du sens pour des d\u00e9bats politiques au sein d\u2019un syst\u00e8me biparti, mais pour une question scientifique, il peut y avoir de nombreuses hypoth\u00e8ses, comme il pouvait y en avoir par exemple pour la d\u00e9rive des continents. Malheureusement il y a eu un d\u00e9bat entre les opinions de Seitz, Singer, Nierenberg et une poign\u00e9e d\u2019autres d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et, de l\u2019autre, le GIEC, une organisation regroupant les travaux de milliers de personnes.<\/p>\n<p>Un autre point important \u00e0 mentionner est que la science est collective. Nous pensons \u00e0 de grands hommes de science comme Galil\u00e9e, Newton comme \u00e0 des personnalit\u00e9s h\u00e9ro\u00efques, isol\u00e9es mais d\u00e8s les premiers jours, la science a \u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 des institutions car les lettr\u00e9s ont compris que pour cr\u00e9er des connaissances nouvelles, il leur fallait les moyens de confronter les apports des uns et des autres, et faire de la place \u00e0 ces connaissances, qui n\u00e9cessitent un m\u00e9canisme de contr\u00f4le des innombrables contributions qui sont faites.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1960, l\u2019id\u00e9e fondatrice de la science est la m\u00eame : les id\u00e9es scientifiques doivent s\u2019appuyer sur des faits, et \u00eatre soumises \u00e0 acceptation ou rejet. Tant qu\u2019une opinion n\u2019est pas pass\u00e9e par le filtre du jugement par les pairs, ce n\u2019est pas plus qu\u2019une opinion. En science, on n\u2019est pas cens\u00e9 s\u2019accrocher \u00e0 un sujet jusqu\u2019\u00e0 ce que la r\u00e9serve des opposants ait \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9e.<\/p>\n<p>Nombre de points de vue des contradicteurs n\u2019avaient pas franchi les tests de l\u2019\u00e9valuation par les pairs. Ils ne pouvaient d\u00e8s lors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme scientifiques. De plus, beaucoup d\u2019entre eux avaient cess\u00e9 de faire de la recherche. Fred Singer est peut-\u00eatre le seul qui puisse pr\u00e9tendre avoir \u00e9t\u00e9 un scientifique actif durant le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s. Par ailleurs, ces hommes n\u2019\u00e9taient experts dans aucun des domaines vers lesquels ils se tourn\u00e8rent au sommet de leur gloire. Pour pouvoir \u00eatre expert dans les diff\u00e9rents domaines qu\u2019ils abord\u00e8rent, ils auraient d\u00fb l\u2019\u00eatre dans tous. Or la science moderne est beaucoup trop sp\u00e9cialis\u00e9e. Que dire d\u2019un expert dans plusieurs domaines \u00e0 la fois\u00a0?<\/p>\n<p>Que pouvons-nous faire ?<\/p>\n<p>Nous pouvons faire confiance aux experts scientifiques sur les sujets scientifiques, en nous informant sur ce qu\u2019ils ont fait. Si la communaut\u00e9 scientifique a \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9e pour analyser un dossier, il faut prendre au s\u00e9rieux ses analyses et ne pas les rejeter parce qu\u2019une personne, quelque part, n\u2019est pas d\u2019accord. Ce n\u2019est pas une raison non plus pour rejeter l\u2019observation faite par des profanes d\u00e9tenteurs d\u2019un v\u00e9ritable savoir empirique, que les scientifiques commencent \u00e0 reconna\u00eetre.<\/p>\n<p>Notre confiance doit \u00eatre sp\u00e9cifique. Une confiance stupide en l\u2019autorit\u00e9\u00a0est l\u2019ennemi de la v\u00e9rit\u00e9, mais il en va de m\u00eame d\u2019un cynisme stupide.<\/p>\n<p>Le mieux est de laisser les t\u00e9moins des \u00e9v\u00e9nements s\u2019exprimer eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Voici un premier commentaire\u00a0: celui de S. J. Green, directeur de recherche pour l\u2019institut du tabac : \u00ab\u00a0Exiger une preuve scientifique est toujours la bonne formule pour l\u2019inaction et la temporisation, et c\u2019est d\u2019habitude la premi\u00e8re r\u00e9action du coupable. Le fondement ad\u00e9quat d\u2019une prise de d\u00e9cision, bien s\u00fbr, c\u2019est tout simplement ce qui para\u00eet raisonnable dans les circonstances du moment\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et un deuxi\u00e8me commentaire, celui-ci de Nierenberg (dans un moment de candeur) : \u00ab\u00a0Au fond de vous-m\u00eame, vous savez bien qu\u2019il est impossible de r\u00e9pandre 25 millions de tonnes de sulfates par an dans le Nord-Est sans qu\u2019il en r\u00e9sulte quelques\u2026 cons\u00e9quences\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Un r\u00e9sum\u00e9 de <em>Les marchands de doute<\/em> (2010) de Naomi Oreskes et Erik M. Conway (Le Pommier 2012), par Madeleine Th\u00e9odore. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au sujet de la libert\u00e9 d\u2019expression, la notion d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9 du temps de parole\u00a0\u00bb demeure \u00e0 la racine du sens de la justice et du fair-play des Am\u00e9ricains. 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